"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

18 mars 2011

les substituts à la viande & laitages en Carême (Pravmir / p. David Moser)

http://pravmir.com/what-about-meat-and-dairy-substitutes-during-great-lent/



Chaque année à l'approche du Grand Carême, il y a comme une course à la recherche de bonnes recettes de carême, rapides, faciles et nourrissantes. De plus en plus souvent, ces recettes contiennent des produits à base de soja ou d'autres produits végétaux qui ont été transformés de manière à ressembler et à être utilisé comme de la viande ou des produits laitiers. Avec l'apparition de ces produits, il semble que la question de savoir s'il y a "tricherie" ou pas puisse se poser. Après tout, quand quelqu'un sait se préparer un "hamburger végétarien" avec du "fromage" de soja pour dîner, en quoi cela serait-il différent d'aller manger dans un fast-food? Afin de comprendre comment ces substituts végétaux de viande et de laitages rentrent dans notre régime alimentaire carémique, il est nécessaire de prendre du recul et de réfléchir (au moins un peu) au pourquoi nous nous abstenons de viande.



Dans l'Hexameron, son grand ouvrage sur la Création, saint Basile le Grand nous donne quelques aperçus sur le lien étroit entre l'âme et le sang d'un animal. Commentant Lévitique 17,11, il dit :"..selon l'Écriture, 'la vie de toute créature est dans son sang' vu que le sang qui s'épaissit change en chair, et la chair lorsque corrompue, se décompose et retourne à la terre.. voyez l'affinité de l'âme avec le sang, du sang avec la chair, de la chair avec la terre" (homélie 8,2). C'est important pour nous qui jeûnons parce que la viande que nous mangeons, la chair d'animaux, est étroitement associée à l'âme animale. Qu'elle soit animale ou humaine, l'âme est le siège de la volonté et du désir, des sensations et émotions, et de l'intellect. On trouve fréquemment dans les cultures primitives la croyance qu'un chasseur ou un guerrier peut acquérir les caractéristiques de sa proie ou de son ennemi en mangeant sa chair. Vu l'étroite relation entre la chair et le sang, et le sang et l'âme, il devient plus clair qu'en consommant la chair des animaux, nous "communions" quelque part à leur volonté et passions animales. De la nature, nous voyons ce même processus dans l'alimentation du nourrisson par la mère qui l'allaite. La mère ne donne pas seulement au petit les nutriments physiques requis, mais en lui donnant un produit de son propre corps, elle lui communique les caractéristiques de sa nature. En s'abstenant de viande et de laitages, pendant le Carême nous nous abstenons de cette "communion" avec l'animal afin de pouvoir affaiblir les passions bestiales de notre nature déchue, afin de pouvoir plus facilement résister et vaincre les tentations et les appels qui en proviennent.

Gardant cela à l'esprit, revenons-en à la question des substituts de viande et de laitages. Ces substituts sont en général obtenus par raffinement de protéines végétales (habituellement dérivés de soja ou de gluten de blé) qui ont été traités pour leur donner une forme et une texture qui sont similaires aux produits carnés qui font habituellement partie de notre régime alimentaire. Ce n'est pas la forme et la texture de la viande qui nous relient aux passions bestiales, mais c'est plutôt le lien au sang de l'animal et dès lors son âme. Vu que ces substituts de viande sont à base végétale (et les plantes n'ont pas d'âme et dès lors ne nous communiquent pas les passions par leur nature), ce n'est donc pas la même chose que de la viande, malgré leur apparence et texture. Il est simple dès lors de voir qu'il n'y a pas d'objection de principe à utiliser ces substituts végétaux de viande.



Cependant, la question subsiste pour nous. Quelle est la raison pour tout ce processus de transformation de la plante afin de ressembler à de la viande et autre produit d'origine animale? Une des raisons tient dans nos habitudes culinaires, l'habitude de préparer de la nourriture avec des protéines animales. En utilisant ces substituts de viande et laitages, nous n'avons pas à réorganiser complètement nos cuisines et recettes. Nous parlons ici de la facilité de préparer la nourriture et de la facilité d'utiliser des techniques de cuisson qui nous sont familières. Dans un monde qui vit à un rythme fou, cette facilité nous donne la capacité de répondre plus facilement à toutes les sollicitations de nos vies, qui ne diminuent pas rien que parce que c'est temps de carême. En ayant ces produits pour notre facilité, nous sommes à même de nous couper d'un côté de l'influence de l'âme animale, et de l'autre de continuer à remplir nos obligations.

Un autre aspect similaire à celui de facilité précité, c'est la raison que dans nombre de ménages, en particulier dans la culture occidentale, il manque la connaissance du comment préparer des repas équilibrés sans utiliser de viande. Ces substituts de viande et laitages permettent à la cuisinière moyenne d'être à même de préparer des repas carémiques sans avoir à sacrifier l'aspect nutritionnel.



Dans les 2 exemples précités, le bénéfice spirituel de la facilité et du fait de ne pas devoir apprendre de nouvelles techniques de cuisine est important. Si nous avions à restructurer nos vies juste pour nous soumettre aux exigences du régime alimentaire carémique, alors une grande partie de notre temps et de notre énergie serait gaspillée dans cet effort plutôt que d'être investi dans un accroissement des labeurs spirituels du Grand Carême. Bien entendu, cela présuppose que nous augmentions effectivement nos efforts spirituels – en terme de prières tant à l'église qu'en privé, lecture de livres et articles spirituels, accroissement des oeuvres de miséricorde et ainsi de suite. C'est ici que nous commençons à voir peut-être une raison pour éviter les substituts de viande et de laitages. Si vous n'allez pas augmenter vos efforts spirituels, alors il n'y a réellement aucun bénéfice dans la facilité apportée par l'utilisation de ces aliments. Il vaudrait mieux avoir investi le temps et l'énergie à apprendre à cuisiner des aliments carémiques, et à travailler à réorganiser sa cuisine, que de gaspiller le temps épargné à ces efforts en continuant nos activités mondaines habituelles. Un autre problème en relation est exprimé par la recommandation patristique que durant le jeûne, nous devrions manger moins en quantité, et que l'argent que nous épargnons ainsi puisse être donné pour les pauvres. Lorsque nous payons fort cher pour ces substituts de viande et laitages, et que nous mangeons autant que d'habitude, alors non seulement il n'y a aucun gain financier, mais nous dépensons plus pour la nourriture que durant les périodes sans jeûne.



Il y a une autre raison qui rend moins approprié l'usage de ces substituts de viande et laitages. C'est que ces substituts nous permettent de manger des aliments plus goûteux et plus agréables pendant le jeûne. C'est une défaite. Il n'est pas utile de se retrancher d'une source de tentation (l'âme animale) d'un côté, pour nous soumettre de l'autre à nos tentations de gloutonnerie et d'amour du plaisir de la table de l'autre. Il vaut mieux manger des aliments simples et naturels sans de coûteux substituts à la viande et laitage, que d'utiliser ces derniers pour préparer des plats goûteux et agréables.




L'utilisation de substituts de viande et laitages n'est pas en soi-même un problème spirituel – ce sont simplement des aliments à base végétale transformés pour donner une autre apparence mais sans changement fondamental. Spirituellement, manger un "hamburger végétarien" n'est en rien différent de manger ses composants végétaux. Le danger de ces substituts de viande et laitages, c'est dans la manière dont nous les utilisons. Si nous les employons pour libérer du temps et de l'énergie pour nous adonner à toujours plus d'efforts spirituels, alors c'est cohérent avec le Carême. D'un autre côté, si nous utilisons ces aliments pour nous apporter une opportunité d'alimenter d'autres passions, et que nous gaspillons le temps gagné en frivolités, alors il vaudrait mieux que nous n'en achetions pas. Il est nécessaire de s'examiner en son âme et conscience, et là où il y a le moindre doute, de demander à votre confesseur comment faire. Le but du Grand Carême est de nous donner la possibilité d'un plus grand renoncement à soi, et d'affaiblir les passions qui nous assaillent de toutes parts. Ces substituts à la viande et aux laitages sont des moyens à utiliser dans cet effort. S'ils nous aident dans cet effort, alors ils peuvent être utilisés. Si d'un autre côté, ils sont là comme des barrières bloquant notre développement spirituel, alors il faut les éviter.

Archiprêtre David Moser


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