"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 avril 2011

Funérailles: pourquoi les Chrétiens Orthodoxes ne se font-ils pas incinérer (p. John Touloumes)



http://www.saintbarbara.org/faith/society/cremation.cfm


La crémation – réduire en cendres le corps des défunts – est une pratique que l'on nous "vend" comme économiquement plus efficace que l'ensevelissement traditionnel du corps, et ce au niveau du coût et de l'espace requis. Cependant, tout au long de son histoire, l'Église Orthodoxe a interdit cette pratiqe. Mais comme dans nombre de domaines de la Foi, il est important de prendre du temps pour comprendre pourquoi l'Église a adopté une telle position. De la sorte, non seulement nous grandirons dans notre propre connaissance du Seigneur et de Son Église, mais nous serons mieux préparés pour répondre aux questions que les autres nous poseront à propos de la Foi Chrétienne Orthodoxe.

La compilation ci-dessous vient d'extraits du journal Orthodoxe "Life Transfigured" une publication du monastère Holy Transfiguration à Ellwood City, et de "Contemporary Moral Issues" (problèmes moraux actuels) par le p. Stanley Harakas.

p. John Touloumes



Une pratique et un problème croissants.
Dans notre pays, la crémation est pratiquée de manière croissante. Ceci tient en partie au fait de l'influence de religions orientales comme l'hindouisme et le bouddhisme, et à l'essor du néo-paganisme. Mais aussi à l'érosion de la pratique traditionnelle chez les chrétiens non-Orthodoxes. Dans nombre de confessions chrétiennes – et en tout cas parmi leur clergé libéral – il n'est plus nécessaire de croire à la "tombe vide," en la Résurrection physique du Christ. Ces prédicateurs traitent le "tombeau vide" de mythe et réduisent les apparitions de Jésus après la Résurrection à des expériences spirituelles virtuelles. La conviction Orthodoxe que le Fils de Dieu était aussi vraiment homme et a été relevé dans toute Sa nature humaine – corps et âme – explique le rejet traditionnel de la crémation par l'Église, une pratique qui est diamétralement opposée à l'attente de la résurrection des morts en Christ. Si la Résurrection n'est tout au plus qu'une légende ou une belle métaphore, alors voir ce que saint Paul en dit : "Si le Christ n'est pas ressuscité, alors votre foi est vaine" (1 Co 15,17).

Fondements historiques pour l'Église
Tout au long de son histoire, l'Église a mis l'accent sur l'importance de comprendre que Jésus était né avec un vrai corps humain, ayant les mêmes attributs et besoins que tout autre corps humain, lequel corps est mort lors de la crucifixion, de la même mort que tout autre corps décède. Trois jours plus tard, la Résurrection concernait aussi Son corps humain.
A travers tout ceci, Jésus rend bien clair que toute notre humanité – le corps de même que l'âme – a été appelée au Salut et à la vie éternelle. Toute la nature humaine a été élevée par l'Ascension du Christ à la droite du Père. Jésus nous en a donné bien des preuves, mais cela ressort particulièrement bien dans l'apparition du Christ à saint Thomas. Dans son "Commentaire sur saint Jean," saint Cyril d'Alexandrie écrit :

"Quel besoin avait-Il de montrer Ses mains et Son côté percé, si d'après l'égarement de certains, Il n'est pas ressuscité avec Sa propre chair? S'il voulait que Ses disciples croient autrement à Son sujet, pourquoi n'est-Il pas apparu autrement, pour abaisser la forme charnelle, pour les amener à une autre compréhension? Mais il était de la plus haute importance qu'Il Se montre Lui-même correctement à ce moment-là, afin qu'ils croient en la future résurrection de la chair."

Saint Cyril ajoute que le Corps du Christ avait à être relevé de la mort afin de vaincre la mort et de détruire la puissance de la corruption de la chair. Le corps du Christ, que saint Thomas a pu constater être bien réel en le touchant, rend clairement témoignage de la future résurrection de nos propres corps.

A l'image de Dieu
La personne humaine est créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Lorsque nous sommes baptisés, ce n'est pas seulement l'âme qui devient le temple du Saint Esprit, mais aussi le corps. Lorsque nous recevons la sainte Communion, nous recevons en nos corps les véritables Corps et Sang du Christ. Dans les mystères de la Chrismation et de la sainte Onction, c'est notre corps qui est oint du saint Chrême. Une preuve particulière de la sainteté du corps se voit chez des saints tels que Spyridon, Paraskeva, Savas, Gérasime, et Denys, dont les corps sont restés incorrompus des siècles après leurs morts physiques. L'Église connaît d'innombrables récits de guérisons survenues en étant béni avec les reliques d'un saint. Ces femmes et ces hommes ont mené leur vie en Christ de manière si entière que non seulement leurs âmes sont montées au Ciel, mais leur corps conserve la sainteté et la puissance guérissante de la présence du Saint Esprit.



L'exemple du Vendredi Saint
La future résurrection du corps et de l'âme du fidèle, selon la vérité que le Christ a révélée, dicte la nature des traditions Orthodoxes concernant le corps à sa mort. Dans les funérailles Orthodoxes, les fidèles en deuil se rassemblent "comme les femmes myrophores, afin de servir pour la dernière fois le corps Chrétien, en préparation de la Résurrection." Quiconque a assisté aux offices Orthodoxes du Vendredi Saint connaît la séquence qui suit la mort du Christ : Joseph d'Arimathie prend le grand risque d'aller supplier Pilate pour obtenir le corps de Jésus. Comme le montrent nos Icônes, la Théotokos, Nicodème, l'Apôtre Jean et les femmes Myrophores aident Joseph, couvrant le Très Précieux Corps de leurs larmes.

Comment nous prenons soin du corps
Depuis la Crucifixion du Christ, l'Église a toujours enseigné sans équivoque que la manière convenable de traiter le mort était un service funéraire respectueux du corps, dans le cadre de funérailles religieuses appropriées, avec des prières pour ceux qui se sont endormis dans le Seigneur. Nous chantons des hymnes et des Psaumes pour accompagner le défunt sur son chemin et pour exprimer à Dieu notre reconnaissance pour sa vie et sa mort. Nous enveloppons le corps d'un linge neuf, symbolisant le nouveau vêtement d'incorruptibilité que la personne est destinée à recevoir. Nous versons myrrhe et huile sur le corps, comme nous le faisons au baptême. Nous accompagnons cela d'encens et de cierges allumés, montrant notre foi en la libération de la personne des ténèbres et son avancée vers la vraie Lumière. Nous plaçons le corps dans la tombe, tournée vers l'Est, pour symboliser la Résurrection qui vient. Nous pleurons notre peine, mais pas sans retenue, car nous connaissons la joie qui va arriver.

Le processus de la mort.
"Ô mort, où est ton aiguillon? Ô tombe, où est ta victoire?" (1 Co 15,55). La mort n'est ni une finalité, ni même tout au plus une étape d'évolution. Dans sa sagesse, l'Église commémore les saints le jour où ils sont morts à cette vie-ci, l'appelant le jour de leur naissance à la vie éternelle au Ciel ("dies natalis"). Une mort Chrétienne signifie la vie éternelle avec le Christ, où au Jugement Dernier, le corps et l'âme seront réunis et glorifiés ensemble.

La Chambre Nuptiale
Un splendide verset des Matines (Orthros) de Pâques au sujet de la Résurrection corporelle du Christ, sorti vivant de la tombe, insiste sur la bienheureuse espérance qu'Il nous a donnée à tous, disant :
"en ce jour, du tombeau / comme au sortir de la chambre nuptiale / resplendissant s'est levé / le Christ, comblant de joie les myrophores en leur disant: / Informez les Apôtres de Ma Résurrection!"

Une image de fond
En conclusion, l'acceptation de la crémation représenterait un abandon radical d'une pratique établie pour laquelle il ne semble pas y avoir de raison valable d'instituer un changement. L'argument que les cimetières gaspillent de l'espace ne tient pas dans un pays comme le nôtre, en particulier lorsque la grande disponibilité de moyens de transport permet d'avoir des lieux de sépulture facilement accessibles loin des centres urbains. Le prix exorbitant de certaines funérailles n'est pas non plus regardé comme une raison obligeant à autoriser la crémation, car l'Église ne demande pas des funérailles extravagantes et coûteuses, mais qu'un certain respect soit montré à l'égard du corps humain qui était autrefois le temple d'une âme humaine. C'est pourquoi l'Église, par souci pastoral pour la préservation d'une juste croyance et d'un pratique correcte restant ancrée dans la Tradition des Pères, et par sens de respect pour ses défunts, doit continuer de s'opposer à cette pratique. Chaque Chrétien Orthodoxe devrait savoir que puisque la crémation est interdite par les Canons (règles de l'Église), ceux qui insistent pour obtenir leur crémation ne pourront pas avoir des funérailles au sein de l'Église. Naturellement, il y a des exceptions lorsque l'Église est confrontée avec le cas d'accidents ou de cataclysmes naturels où la crémation est nécessaire pour sauvegarder la santé des vivants. Dans ces situations particulières, l'Église autorise la crémation des fidèles Orthodoxes concernés, mais avec autorisation épiscopale préalable, et uniquement par "économie."

P. John



"Il entra et saisit la main de la jeune fille"
Dès lors que le Christ est entré en nous par Sa propre chair, nous ressusciterons entièrement. Il est inconcevable, ou plutôt impossible, que la Vie ne fasse pas vivre ceux chez qui elle s’introduit. Comme on recouvre un tison ardent d’un tas de paille pour garder intacte le germe du feu, de même notre Seigneur Jésus Christ cache la vie en nous par Sa propre chair et y met comme une semence d’immortalité qui écarte toute la corruption que nous portons en nous. Ce n’est donc pas seulement par Sa parole qu’Il réalise la résurrection des morts. Pour montrer que Son corps donne la vie, comme nous l’avons dit, Il touche les cadavres et par Son corps Il donne la vie à ces corps déjà en voie de putréfaction. Si le seul contact de Sa chair sacrée rend la vie à ces morts, quel profit ne trouverons-nous pas en Son Eucharistie vivifiante quand nous la recevrons ! Il ne suffirait pas que notre âme seulement soit régénérée par l’Esprit pour une vie nouvelle. Notre corps épais et terrestre aussi devait être sanctifié par sa participation à un corps aussi consistant et de même origine que le nôtre et devait être appelé ainsi à l’incorruptibilité.
Saint Cyril d'Alexandrie
Commentaire sur l’évangile de Jean, 4 (PG 73, 560)


L'Ancien Testament connaît aussi le miracle de la résurrection d'un mort au contact de reliques d'un saint, en l'occurence celles du prophète Élisée:
"Élisée mourut et on l’enterra. Des bandes de Moabites faisaient incursion dans le pays chaque année. Il arriva que des gens qui portaient un homme en terre virent la bande; ils jetèrent l’homme dans la tombe d’Élisée et partirent. L’homme toucha les ossements d’Élisée: il reprit vie et se dressa sur ses pieds."
2ème Livre des Rois, ch. 13, vv 20-21

1 commentaire:

Anonyme a dit…

À la lumière de ces enseignements saints sur l'importance du corps, comment comprendre les positions de diverses Églises (dont tout récemment l'Église serbe) sur le don d'organes ?
On maintient systématiquement la confusion entre don pré-mortem (on donne un rein à un frère), et post-mortem (on prélève des organes sur un cadavre frais, dont on a maintenu artificiellement la vitalité biologique, pour l'interrompre médicalement juste avant le prélèvement). Le don post-mortem est-il acceptable en considérant les critères de refus de la crémation ? La mort est-elle, tout comme le commencement de la vie, un processus dont on peut au gré des besoins faire varier la définition ? Ceci est le cas pour les religions qui ont accepté le don d'organes (notamment celui du coeur), elles ont toutes modifié la défintion de la mort. Ainsi, un mort peut être décédé, mais il n'est pas défunt. Et le prélèvement se fait entre-deux !