"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

11 avril 2011

Jacob et Esau, la croissance spirituelle vue par les Pères (Dynamis)

DYNAMIS, Croissance spirituelle, 11 avril 2011, lundi de la 6ème semaine du Grand Carême

http://groups.yahoo.com/group/orthodoxdynamis/message/4444


Isaac vieillissait et ses yeux étaient devenus trop faibles pour voir, il appela Ésaü, son fils aîné, et lui dit : "Mon fils!" - "Me voici," répondit-il. Isaac dit : "Tu vois, je suis vieux et je ne sais pas quand je vais mourir. Je t'en prie, prends tes armes, ton carquois et ton arc, va dans la campagne, et tue-moi du gibier. Fais m'en un de ces ragoûts que j'aime, et apporte-le moi, pour que j'en mange et que je te bénisse avant de mourir." Or Rébecca prêtait l'oreille tandis qu'Isaac parlait à son fils Ésaü. Ésaü s'en alla dans la campagne pour tuer et rapporter du gibier. Rébecca dit à Jacob, son fils : "Je viens d'entendre ton père dire à ton frère Ésaü de lui rapporter du gibier et de lui préparer un plat savoureux, afin qu'il le mange et qu'il bénisse ton frère devant le Seigneur, avant de mourir. Écoute-moi donc, mon fils, et suis mes conseils. Va me chercher au troupeau deux beaux chevreaux. J'en ferai pour ton père un plat succulent, comme il l'aime; tu le lui porteras et il en mangera, afin qu'il te bénisse avant de mourir." - "Mais, répondit Jacob à sa mère, Ésaü, mon frère, est velu, et moi je ne le suis pas. Si mon père vient à me palper, je passerai à ses yeux pour un trompeur, et je m'attirerai une malédiction au lieu de la bénédiction." - "Je prends sur moi ta malédiction, mon fils, reprit sa mère. Écoute-moi seulement, et va me chercher ce que je dis." Jacob y alla et apporta les deux chevreaux à sa mère, qui en fit un plat succulent, comme son père les aimait. Elle choisit les plus beaux vêtements d'Ésaü, son fils aîné, qu'elle avait à la maison, et en revêtit Jacob, son fils cadet. Puis elle lui couvrit les mains, ainsi que la partie lisse du cou, de la peau des chevreaux, et lui mit dans la main le plat succulent et le pain qu'elle avait préparés. Jacob se rendit près de son père et lui dit : "Mon père." - "Oui. Qui es-tu, mon fils?" Jacob répondit à son père : "Je suis Ésaü, ton premier-né; j'ai fait ce que tu as demandé. Redresse-toi, je te prie, assieds-toi, et mange de mon gibier, afin que tu me bénisses." - "Comme tu as trouvé vite, mon fils!" - "C'est que le Seigneur ton Dieu m'a fait rencontrer le gibier." - "Approche donc, mon fils, que je te palpe, pour voir si tu es bien mon fils Ésaü." Jacob s'approcha d'Isaac, son père, qui le palpa et dit : "La voix, c'est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d'Ésaü." Il ne reconnut pas, car ses mains étaient velues comme celles de son frère Ésaü. Et il le bénit. "Tu es bien mon fils Ésaü?" Lui dit-il. - "Oui." - "Sers-moi, que je mange de ta chasse, mon fils, et que je te bénisse." Jacob le servit et il mangea; puis il lui présenta du vin, dont il but. Alors Isaac, son père, lui dit : "Approche-toi, mon fils, et embrasse-moi." Comme Jacob s'approchait pour l'embrasser, Isaac sentit l'odeur de ses vêtements, et il le bénit en ces termes : "Oui, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ que le Seigneur a béni. Que Dieu te donne de la rosée du ciel et de la fertilité de la terre, froment et vin en abondance! Que les peuples te servent, et que les nations se prosternent devant toi! Sois le maître de tes frères et que se courbent devant toi les fils de ta mère! Maudit soit qui te maudira, et béni qui te bénira!" À peine Isaac avait-il achevé de bénir Jacob, et celui-ci venait-il de quitter son père, qu'Ésaü rentra de la chasse. Il apprêta, lui aussi, un plat succulent, qu'il apporta à son père en lui disant : "Que mon père se redresse, et mange de la chasse de son fils, afin que tu me bénisses." - "Qui es-tu?" lui demanda son père Isaac. - "Je suis ton fils premier-né, Ésaü." Alors Isaac, en proie à une émotion violente : "Qui est donc, dit-il, celui qui a été à la chasse, et m'a apporté le gibier que j'ai mangé avant que tu reviennes? Je l'ai béni; aussi restera-t-il béni." En entendant ces paroles de son père, Ésaü poussa une clameur pleine d'amertume, et il lui dit : "Bénis-moi aussi, mon père." - "Ton frère, lui répondit-il, est venu surprendre ta bénédiction par ruse." Ésaü dit alors : "Est-ce parce qu'il s'appelle Jacob qu'il vient de me supplanter pour la seconde fois? Il m'a pris mon droit d'aînesse, et voici maintenant qu'il me ravit ma bénédiction!" Il ajouta : "Ne m'en as-tu point réservé une autre?" Isaac lui répondit : "J'ai fait de lui ton maître, et je lui ai donné tous ses frères pour serviteurs. Je l'ai pourvu de froment et de vin. Que puis-je donc faire pour toi, mon fils?" Ésaü dit à son père : "N'as-tu qu'une seule bénédiction, mon père? Bénis-moi aussi, mon père!" Et il se mit à pleurer. Alors Isaac reprit la parole : "voici, dit-il, que ton séjour sera privé de terres fertiles et de la rosée qui descend des cieux. Tu vivras de ton épée tout en servant ton frère, mais si tu te délivres, tu briseras son joug de dessus ton cou." Ésaü prit Jacob en aversion à cause de la bénédiction que lui avait donnée son père, et il dit en son coeur : "Viennent les jours de deuil de mon père, et je tuerai mon frère Jacob." On rapporta à Rébecca les propos de son fils aîné. Elle fit appeler son cadet Jacob et lui dit : "Ton frère Ésaü veut se venger de toi et te tuer."




Croissance spirituelle : Genèse 27,1-42, en particulier le verset 28: "Que Dieu te donne de la rosée du ciel et de la fertilité de la terre, froment et vin en abondance!" En cette dernière semaine du Grand Carême, la lecture de la Genèse met l'accent sur le petit-fils d'Abraham, Jacob, le plus jeune des jumeaux qu'Isaac, fils d'Abraham, a eu avec sa femme Rebbeca (Gn 25,21-23). La personnalité de ces 2 jumeaux était très différente : les saints Pères voient l'aîné, Esaü, comme cédant à la mauvaise sensualité, mais en Jacob, ils ont vu un homme qui croissait dans la relation avec Dieu. Les 2 hommes apportent un riche aperçu de la croissance dans l'Esprit : Esaü nous avertit qu'il vaut mieux étouffer tous les désirs charnels, et Jacob révèle comment entrer dans une manière spirituelle de vivre, et à passer le restant de notre vie dans la paix et la repentance.

Si on tire la péricope suivante hors du contexte historique de Jacob et Esaü, on pourrait facilement en conclure qu'Esaü a été victime d'une grave injustice, du fait du complot de Rebecca et Jacob. Cependant, les Pères lisent ce passage en contexte. D'où Origène faisait remarquer que "le complot d'Esaü contre Jacob a comme prétexte apparent de reprendre la bénédiction. Mais avant cela, l'âme d'Esaü avait des 'racines' dans l'immoralité et l'impiété." L'évidence de l'affirmation d'Origène se voit dans la lecture de ce jour, Esaü en colère décidant pour finir de commettre un meurtre (Gn. 27,41-42).

En parlant d'Esaü, l'Apôtre Paul met le fidèle en garde : "Veillez à ce que personne ne laisse passer la grâce de Dieu, à ce que ne surgisse aucune racine d'amertume capable de troubler et de contaminer la masse d'entre vous. Qu'il n'y ait parmi vous ni sensuel ni profanateur comme Ésaü [..]" (Héb. 12,15-16). Après tout, notre Seigneur nous demande de banir tout désir charnel. Et l'Apôtre ajoute : "Bannissez du milieu de vous toute espèce d'aigreur, d'emportement, de colère, de cri, d'injure, ainsi que toute méchanceté" (Eph. 4,31).

Dissertant sur le complot de Rebecca et Jacob, les Pères y ont vu la métaphore d'une croissance spirituelle. Tout comme Esaü et Jacob sortaient du même sein de Rebecca, le mal et le bien proviennent de la même source – nos âmes. Ce qui faisait dire à saint Ambroise de Milan que, comme Rebecca, nous devrions répudier les mauvais rejetons de nos coeurs et veiller à ce que ".. la bonté soit favorisée et renforcée." Ainsi, pleurant sur nos péchés, et nous détournant de l'Esaü qui est en nous, prions Dieu le Saint Esprit de nous assister de lutter avec une ferme résolution comme Jacob, de sorte que nous accomplissions toujours ce qui est agréable à Dieu et Lui apportions toujours louange et gloire. Décidons-nous à oeuvrer activement à la bonté. Alors, comme disait Saint Nicétas Stéthatos, nous serons ".. à la ressemblance (de Dieu) si nous possédons la vertu et la compréhension car 'Sa vertu couvre les Cieux' (Hab. 3,3)".

Il y a 2 aspects à l'effort requis pour la croissance spirituelle : nous débarasser des passions pécheresses, et faire nôtres les vertus. Dans le Grand Canon, saint André de Crète nous enseigne à nous encourager nous-mêmes : "Tu as imité le détestable Esaü, ô mon âme, tu as vendu ton droit d'aînesse, le droit de ta beauté originelle, à celui qui cherchait à te supplanter, et ainsi tu as été privée de la bénédiction Paternelle." Nous savons très facilement perdre la ressemblance de Dieu qui est marquée en nous; cependant, par la grâce de Dieu reçue dans les saints Mystères de la Confession et de la Communion, nous pouvons récupérer cet inestimable trésor.

Nous perdons l'héritage de notre Père Céleste par nos péchés. Saint André dit "aussi, fais pénitence." Dès lors, passons le restant de notre vie dans la paix et la repentance, et recouvrons l'état qui nous était originellement dévolu. Après avoir perdu la bénédiction, Esaü se mit à plaider sa cause car il voulait hériter de la bénédiction, mais il fut repoussé. Comme dit l'Apôtre il "[..] ne put amener son père à se repentir de ses paroles, encore qu'il l'en suppliât tout en larmes" (Héb. 12,17). Cependant, en Christ, la véritable repentance, la purification de nos péchés, et la restauration en Dieu sont à nouveau possibles.

Ô Seigneur, accepte la poussière de notre repentance, et par Ta grâce, accorde-nous le Ciel.



La Réconciliation de Jacob et Esaü (de longues années après!)



Aucun commentaire: