"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 avril 2011

L'Eucharistie et le Baptême, homélie pascale de saint Augustin d'Hippone


Je n'ai pas oublié ma promesse. Je vous avais promis, à vous qui avez été baptisés, un entretien sur le Sacrement de la Table du Seigneur que vous voyez maintenant encore et auquel vous avez pris part la nuit dernière. Vous devez savoir ce que vous avez reçu, ce que vous recevrez, ce que vous devriez recevoir chaque jour. (1)
Ce pain, que vous voyez sur l'Autel, consacré par la Parole de Dieu, est le Corps du Christ. La Coupe ou plutôt le contenu de la coupe consacré par la Parole de Dieu est le Sang du Christ. Par eux, le Seigneur Christ a voulu nous confier Son corps et Son sang, qu'Il a répandus pour nous en rémission de nos péchés. Si vous les avez reçus dans de bonnes dispositions, vous êtes ce que vous avez reçu. L'apôtre dit en effet : "Nous sommes nombreux, mais un seul pain, un seul corps" (1 Co 10,17). C'est ainsi qu'il explique le Sacrement de la Table du Seigneur "Nous sommes nombreux, mais un seul pain, un seul corps." Il vous est démontré avec ce pain combien vous devez aimer l'unité. Car ce pain est-il fait d'un seul grain? Les grains de blé n'étaient-ils pas au contraire fort nombreux? Mais avant d'être du pain, ils étaient séparés; ils ont été liés par de l'eau, après avoir été broyés (2). Si le blé n'est pas moulu et pétri avec de l'eau, il n'arrivera pas du tout à former cette chose qu'on nomme pain.
Vous aussi vous avez commencé par passer en quelque sorte sous la meule de l'humiliation du jeûne et du Sacrement de l'exorcisme. Vint le Baptême et avec l'eau vous avez été en quelque sorte pétris pour devenir du pain. Mais sans le feu, ce n'est pas encore du pain. Que symbolise donc le feu, c'est-à-dire l'onction d'huile (3)? Assurément l'huile nourricière du feu (4) est le sacrement du Saint-Esprit. Remarquez ce qu'on lit dans les Actes d'Apôtres. On vient de commencer la lecture de ce livre. C'est aujourd'hui qu'on commence la lecture du livre intitulé Actes d'Apôtres. Qui veut faire des progrès peut en tirer profit. Quand vous vous réunissez pour l'assemblée, cessez vos inutiles bavardages, soyez attentifs aux Écritures. Nous sommes vos livres. Réfléchissez donc et regardez par quelle voie le Saint-Esprit doit venir à la Pentecôte. Voici comment Il viendra : Il Se montre en langues de feu. Il nous insuffle la charité pour que, par elle, nous soyons enflammés pour Dieu et méprisions le monde, que nous fassions brûler nos scories et que notre coeur soit purifié comme l'or. Vient donc l'Esprit-Saint, après l'eau, le feu, et vous devenez le pain qui est le Corps du Christ. Ainsi en quelque sorte est symbolisée l'unité.

Vous connaissez les Mystères dans leur déroulement.
En premier lieu, après la prière (5), on vous invite à tenir votre coeur en haut; cela convient à des membres du Christ. En effet si vous êtes devenus membres du Christ, où se trouve votre tête? Les membres du corps ont une tête. Si la tête n'avait pas dirigé le mouvement, les membres ne suivraient pas. Où est allée notre tête? Qu'avez-vous récité dans le Symbole de la Foi? "Le troisième jour Il est ressuscité des morts, Il est monté au Ciel, S'est assis à la droite du Père." (6) C'est donc au Ciel qu'est notre tête. Aussi quand on dit : "élevons nos coeurs!" (7), vous répondez : "Nous le tenons vers le Seigneur." Et pour que vous n'attribuiez pas ce fait, d'avoir votre coeur vers le Seigneur, à vos propres forces, à vos propres mérites, à vos propres efforts, car c'est un don de Dieu d'avoir son coeur en haut, l'évêque, ou le prêtre qui offre, après la réponse du peuple : "Nous tenons notre coeur en haut vers le Seigneur", continue : "Rendons grâces au Seigneur notre Dieu", parce que nous tenons notre coeur en haut, "rendons grâces", car si ce n'était pas un de Ses dons, nous aurions notre coeur à terre. Et vous l'attestez en disant : "Il est digne et juste" que nous Lui rendions grâces, à Lui qui a fait que nous tenions notre coeur en haut vers notre tête.
Ensuite, après la sanctification du sacrifice de Dieu, parce qu'Il a voulu que nous soyons nous-mêmes Son sacrifice, ce qui est clairement indiqué dès qu'a été déposé ce sacrifice de Dieu que nous sommes nous aussi — ou plutôt le signe qui nous représente — voici donc qu'est achevée la sanctification, nous disons la Prière du Seigneur que vous avez apprise et récitée. Ensuite on dit : "La paix soit avec vous", et les Chrétiens s'échangent une sainte accolade. C'est le signe de la paix. Ce qu'expriment les lèvres doit se réaliser dans la conscience, c'est-à-dire que, de même que tes lèvres s'approchent de la joue de ton frère, de même ton coeur ne doit pas s'éloigner de son coeur.
Ce sont donc de grands, de très grands mystères. Veux-tu savoir à quelles conditions ils nous sont confiés? L'apôtre dit : "Celui qui mange indignement le Corps du Christ ou boit la Coupe du Seigneur se rend coupable du Corps et du Sang du Seigneur" (1 Co 11,27). Que signifie recevoir indignement? Recevoir avec dérision, recevoir avec mépris. Ne prends pas cela pour chose banale parce que tu le vois de tes yeux. Ce que tu vois passe, l'invisible qui est manifesté ne passe pas, mais demeure. Voici qu'on Le reçoit, qu'on Le mange, qu'on Le détruit... Le Corps du Christ est-Il détruit? L'Église du Christ est-elle détruite? Les membres du Christ sont-ils détruits? Non, vraiment! Ici ils sont purifiés, là-haut couronnés. Par conséquent ce qui est signifié demeurera quoique ce qui
signifie semble passer. Recevez-le donc pour y conformer votre pensée, pour conserver l'unité dans vos coeurs, pour fixer votre coeur en haut. Ne placez pas votre espoir sur la terre, mais dans le Ciel. Que votre foi en Dieu soit solide, que Dieu daigne l'agréer. Ce que vous ne voyez pas ici maintenant et que vous croyez, vous le verrez là-haut où sans fin vous vous en réjouirez.
Amen

+ Augustin


(1) Comme il convient et comme c'était le cas à la grande époque patristique de l'Église, à Hippone aussi, on célébrait la Divine Liturgie tous les jours.
(2) saint Irénée de Lyon, Adversus Haereses 3,17 (2)
(3) saint chrême ou myron
(4) symboliquement, puisque dans les lampadas, c'est l'huile qui alimente le feu brûlant devant les Icônes
(5) Dans la Divine Liturgie, les prières qui suivent la proclamation de la Parole
(6) Version de Carthage, pas le Credo "des Apôtres", autre version canonique en usage dans tout l'Occident Orthodoxe au 1er millénaire
(7) saint Cyprien de Carthage, De oratione Dominica, 31




Homélie 227 de saint Augustin, évêque d'Hippone, "sur les Mystères", adressée aux nouveaux baptisés le saint jour de Pâques

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