"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

06 avril 2011

Saint Notker le bègue, enlumineur, hymnographe, grand saint de l'Occident Orthodoxe (Saint-Gall + 912)


saint Notker le Bègue, page 339 du Codex 14 de l'abbaye de Saint-Gall
Codices Electronici Sangallenses (CESG) – Virtuelle Bibliothek

Saint Notker, moine de Saint-Gall, surnommé Balbulus, parce qu'il était bègue, est né dans une famille aisée vers le milieu du 9ème siècle, à Heiligenau, en Thurgovie, Suisse.
Il a été élevé dans l'abbaye de Saint-Gall, appelée aussi "l'abbaye des Irlandais, où il a ensuite fait profession monastique.
Il avait un grand don pour la musique. A Saint-Gall, il y avait une école interne et une école externe au monastère, et il reçut la charge de la première. En dehors de sa charge scolaire, il travaillait à composer divers ouvrages et à retranscrire des manuscrits.
Il n'était pas que talentueux, il était aussi sage et réputé de vie sainte. Le roi Charles le Gros le consulta régulièrement pour avoir son avis sur divers problèmes du royaume.

Un jour un officier vint le voir de la part du roi. Il trouva Notker arrachant dans le jardin des mauvaises herbes qu'il remplaçait par de bonnes plantes. L'envoyé lui ayant fait part de sa mission, pour toute réponse, Notker lui dit : "Tu vois ce que je fais, va dire au roi qu'il en fasse autant."

Une autre fois, le roi était allé lui-même à Saint-Gall pour consulter le saint homme, qui était son père confesseur. Il était accompagné de son chapelain, religieux savant mais orgueilleux, jaloux que son maitre mette toute sa confiance dans un moine qu'il regardait comme un ignorant. Le chapelain en voyant arriver près d'eux l'humble Notker : " Je vais lui poser une question qui démontrera son ignorance."
Et il lui demanda "Dis donc, toi qui es si savant, explique-moi un peu ce que Dieu fait actuellement dans le Ciel?". Notker répondit "Il élève les humbles et abaisse les orgueilleux."
Le chapelain en fut très vexé. Il quitta le monastère, choqué de cette réponse qui le tournait en ridicule. Mais son cheval se cabra, le faisant chuter, et il se blessa à la figure et se cassa un pied. Les moines coururent le relever et le rapporter au monastère pour lui donner les soins dont il avait besoin. Mais le mal ne cessa de s'aggraver. Alors ils conseillèrent au chapelain d'avoir
recours aux prières de Notker, ce qu'il refusa aussi sec. Le temps passant, vaincu par la violence du mal, il s'écria enfin qu'il acceptait - "Faites venir le serviteur de Dieu, afin qu'il me pardonne et me bénisse, tout indigne que j'en sois." Notker s'étant rendu près de lui, le chapelain lui dit "père, j'ai péché contre Dieu et contre toi, pardonne-moi, et touche mon pied afin qu'il soit guéri." Notker s'étant mis à prier avec ferveur, le chapelain fut guéri à l'instant.

Entre autres oeuvres liturgiques, il a composé un chant d'intercession (paraclesis). L'origine de ce chant si simple et beau est particulière. Un jour saint Notker, en regardant des ouvriers qui construisaient un pont au-dessus d'un abîme, fut si frappé des dangers imminents qu'ils couraient, qu'aussitôt il alla composer pour eux cette belle prière, aux accents de "Trisagion."

Media vita in morte sumus, quem quaerimus adjutorem, nisi Te adjutorem, nisi Te, Domine, qui pro peccatis nostris juste irasceris.
Vivants, nous sommes sans cesse menacés par la mort. Qui nous assistera, si ce n'est Toi, Seigneur, Toi qui es justement irrité contre nous à cause de nos péchés?

In Te speraverunt patres nostri, speraverunt, et liberasti eos.
R. Sancte Deus.
Nos pères ont espéré en Toi, ils ont espéré et Tu les as sauvés.
R. Dieu saint


Ad Te clamaverunt patres nostri, clamaverunt, et non sunt confusi.
R. Sancte fortis.
Nos pères T'ont invoqué, ils T'ont invoqué, et ils n'ont pas été confondus.
R: Saint Fort.


Ne despicias nos in tempore senectutis, cum defecerit virtus nostra, ne derelinquas nos.
R. Sancte et misericors Salvator, amarae morti ne tradas nos.

Quand l'âge aura blanchi notre chevelure, quand les années auront brisé nos forces, ne nous abandonne pas.
R. Saint et miséricordieux Sauveur, ne nous abandonne pas à l'amertume de la mort!


Notker a rédigé un Martyrologe, se basant sur ceux d'Adon de Vienne en Provence (+ 875) et Raban Maur de Fulda, Germanie (+ 856). Cet ouvrage a longtemps été utilisé dans les églises de Germanie.
Il a aussi écrit ou composé :
* une "Vie de Saint-Gall" en vers;
* "Traité sur les interprètes de l'Écriture" - analyse de commentaires patristiques et catalogues d'Actes de Martyrs authentiques;
* "Livre des Séquences" - 38 "sequentiae" pour la Liturgie grégorienne. Il s'est inspiré de l'antiphonaire de l'abbaye de Jumièges (Normandie, à l'époque Neustrie);
Divers Hymnes. Dont 4 en l'honneur de saint Étienne le protomartyr, saint patron de la cathédrale de Metz, adressés à l'évêque Ruodbert de Metz, ancien moine de Saint-Gall. Ses hymnes sont dans la Patrologie Latine, tome LXXXVII, colonnes 37-54. Le "Victimae Paschali laudes" plein d'allégresse, utilisé à Pâques dans cette même Liturgie de l'Occident Orthodoxe, est aussi son oeuvre;
* "Écrits sur la musique", dont les fragments sont reproduits dans la Patrologie latine, tome LXXXI, colonnes 1169-1178.
* "Traité sur les fractions des nombres", un manuel d'arithmétique, dont on a des fragments;
* et un "Psautier" en langue locale, le tudesque (vieux germanique).

Notker est né au Ciel le 6 avril 912. Il fut enterré dans la chapelle de Saint-Pierre. Plusieurs miracles survenus à son tombeau lui ont valu un culte public, et à Saint-Gall, sa fête se célèbrait le troisième dimanche après Pâques.

Dans l'iconographie traditionnelle, on le représente avec un moulin parmi ses attributs. Un épisode de sa vie nous en livre la raison : une nuit, en passant par un dortoir, il entendit le bruit languissant et saccadé du tic tac d'un moulin privé d'eau. Il se mit aussitôt à composer la mélodie et le rythme d'une invocation au Saint-Esprit; il savait que l'homme n'est rien sur terre, sans la grâce du Saint-Esprit il est comme un moulin sans eau.

saint Notker le Bègue (c)
Icône du diacre Claude Lopez-Ginisty, Jeudi Saint 2012


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