"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

15 mai 2011

Dimanche du Paralytique (Archimandrite Panteleimon P. Lampadarios, vicaire patriarcal d'Alexandrie)

http://www.orthodoxresearchinstitute.org/resources/sermons/lampadarios_sunday_paralytic.htm




La vie du paralytique, qui attendait à la piscine aux brebis, appelée Bethesda en hébreu, était dramatique. Durant 38 ans, il s'était trouvé là, paralysé et abandonné. Seul, au milieu de tant de malades et de compatriotes, attendant patiemment le mouvement miraculeux des eaux, qui guérissait la première personne qui alors s'y baignait. Dans cet environnement, le Christ rencontre le paralytique. Dieu rencontre Sa créature. Le Dieu-homme rencontre l'homme.

Le Christ l'approche avec une intention philanthropique et demande au paralytique : "veux-tu guérir?" Le Seigneur demande avec discrétion, afin de guérir. Avec amour Il le cherche, afin de sauver.

Le paralytique attendait patiemment depuis 38 ans, et ses espoirs ne s'étaient jamais évanouis, il n'avait jamais cessé de croire, il n'avait jamais abandonné. Il attendait, bien que tous ses amis et proches l'avaient abandonné. Tout le monde était reparti, vers sa maison, son travail, sa famille, parce qu'ils voyaient que rien ne se produisait. Ils avaient probablement essayé en vain de l'aidé, de le jeter à la piscine. Mais d'autres, plus empressés, avaient été guéris, et lui il restait malade. Leur foi et leur espérance s'étaient évanouies, et ils l'avaient abandonné. Le paralytique exprime sa complainte au Christ en disant "Seigneur, je n'ai personne pour m'aider."

Seigneur, je n'ai personne! Pas de parents! Pas d'amis! Pas de compatriote qui voudrait bien rester auprès de moi! Je suis resté seul, dans la solitude de ma maladie et de mes souffrances, et pas moyen de trouver quelqu'un qui voudrait m'aider!

Chaque jour, les 5 galeries de la piscine de Bethesda étaient pleines de foules et d'invalides, mais peu importe, personne ne voulait compatir aux souffrances du paralytique. Comme de nos jours, des millions de gens souffrent de diverses maladies corporelles ou spirituelles, et tous d'une seule voix s'écrient "Seigneur, je n'ai personne pour m'aider!" Les maladies, qui tourmentent l'homme et lui apportent dépression et affliction; isolement et solitude; et l'homme s'écrie d'une voix forte : "Seigneur, je n'ai personne pour m'aider!"

L'affliction et la douleur sont entrelacées avec notre vie. La richesse et les biens matériels n'empêchent pas leur invasion de notre vie. Elles nous arrivent par les malaises et maladies de ceux qui nous sont chers. Elles nous arrivent par l'ingratitude des amis et des proches. Elles nous arrivent par la calomnie et les moqueries endurées. Elles nous arrivent par la suspicion et les incompréhensions. Elles nous arrivent quand notre travail et nos services rendus ne sont pas reconnus. Par des sentiments repoussés, et des espoirs jamais comblés. L'affliction et la douleur se présentent à la vie de tout un chacun, et frappent à nos portes. Elles ne font pas la différence entre qui que ce soit, ou quelque société, condition ou statut social. Elles ne font pas de distinction entre le pauvre et le riche, l'érudit ou l'illettré.

Le paralytique de la péricope évangélique de ce jour, a mené une vie pécheresse. Le Seigneur ne Se satisfait pas de seulement le guérir physiquement. Les péchés du paralytique l'ont ruiné. Il serait bon de le guérir, mais avec un préalable, qu'il ne pèche plus.

Le péché et la manière prodigue de vivre sont les raisons des différentes tribulations de l'homme. Nos souffrances morales et familiales ont leurs racines dans nos propres désirs. Nous les provoquons par notre propre comportement déraisonnable et nos actions pécheresses. C'est pour cela que notre Seigneur dit au paralytique : "Tu es guéri; ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pire encore," en d'autres termes, à présent que tu es guéri, veille bien à ne plus mener une vie pécheresse, sinon il t'arrivera pire encore.

Hélas, bien que nous tous, nous sachions que ce conseil est logique et vrai, nous tendons à l'enfreindre. Nous permettons à notre orgueil de surpasser notre raison. Nous prenons le risque de participer à des amusements amoraux, de l'alcoolisme, du tabagisme, de longues soirées à taper la carte, des relations sexuelles hors mariage, et nous avons pour calamiteuses fréquentations des gens mauvais.

Bien qu'ayant promis de ne plus pécher, combien de fois ne nous sommes-nous pas retrouvés pris dans les mortelles tentacules du péché? Combien de fois, alors que nous avions la volonté ferme de résister à nos désirs pécheurs, n'avons-nous pas dès les premiers instants abdiqué devant les passions de la chair? Combien de fois ne nous sommes-nous pas crûs forts, mais démontrés faibles?

Si l'âme n'est pas dans la grâce de Dieu, le péché prévaudra toujours. Le péché écrase et humilie l'homme. Le prophète et roi David dit "Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs; si le Seigneur ne garde la ville, en vain la garde veille." (Ps 127,1)

Lorsqu'un homme pèche, il pèche avec une volonté malade, sans force morale. Ainsi l'homme qui devient esclave du péché, est comparé à un navire ingouvernable, qui aurait perdu son gouvernail, son compas, son ancre. Cette condition fait de l'homme un paralytique au plan spirituel et corporel. A la fin, il est écrasé par la mort elle-même. Saint Paul, le grand Apôtre des nations, disait "le salaire du péché, c'est la mort" (Rom. 6,23). "Que je suis misérable, et qui me délivrera de ce corps de mort?", et il répond que cela se passera "par notre Seigneur Jésus-Christ" (Rom. 7,24-25), parce que "la grâce de Dieu est la vie éternelle" (Rom. 6,23).

Et vraiment, mes bien-aimés, le péché ne sait être vaincu qu'avec l'aide de la grâce de Dieu. Notre Seigneur nous en a assurés, en disant "sans Moi, vous ne pouvez rien" (Jn 15,5).

Mes bien-aimés en Christ,

Aujourd'hui, nous ne trouvons pas de mots appropriés pour exprimer la théologie de saint Paul, qui avait proclamé que Dieu nous avait montré Son amour, car alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous (Rom. 5,8) afin de nous offrir l'adoption filiale (Gal. 4,5), pour que nous puissions devenir héritiers de Dieu, co-héritiers de Jésus-Christ (Rom. 8,17). Luttons dès lors pour nous débarrasser de notre vie pécheresse de paralytique vivant dans la mort spirituelle. Et avec la grâce de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, le Ressuscité, recevoir la guérison pour notre âme et notre corps, devenant une personnalité intègre en Christ; et que notre vie toute entière soit une doxologie à la gloire de Dieu.
Amen.
Archimandrite Panteleimon (à l'époque de l'homélie, ensuite il est devenu archevêque du Ghana, d'où la photo ci-dessous)


Évangile pour le 4ème dimanche de Pâques, dimanche du Paralytique : saint Jean 5,1-15
Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem. Or il existe à Jérusalem une piscine Probatique, qui se dit en hébreu Bethesda et qui a cinq portiques. Sous ces portiques gisaient une multitude d’infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l’eau. Car l’ange du Seigneur se lavait par moments dans la piscine et agitait l’eau; le premier alors à y entrer, après que l’eau avait été agitée, recouvrait la santé, quel que fût son mal. Il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant étendu et apprenant qu’il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit: "Veux-tu guérir?" L’infirme lui répondit: "Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine, quand l’eau vient à être agitée; et, le temps que j’y aille, un autre descend avant moi." Jésus lui dit: "Lève-toi, prends ton grabat et marche." Et aussitôt l’homme recouvra la santé; il prit son grabat et il marchait. Or c’était le sabbat, ce jour-là. Les Juifs dirent donc à celui qui venait d’être guéri: "C’est le sabbat. Il ne t’est pas permis de porter ton grabat." Il leur répondit: "Celui qui m’a rendu la santé m’a dit: Prends ton grabat et marche." Ils lui demandèrent: "Quel est l’homme qui t’a dit: Prends ton grabat et marche?" Mais celui qui avait été guéri ne savait pas qui c’était; Jésus en effet avait disparu, car il y avait foule en ce lieu. Après cela, Jésus le rencontre dans le Temple et lui dit: "Voilà tu as recouvré la santé; ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive pire encore." L’homme s’en fut révéler aux Juifs que c’était Jésus qui lui avait rendu la santé.

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