"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 mai 2011

Le Christ est ressuscité! Oui, bof, et ça change quoi? (p. John Moses)


http://www.pravmir.com/christ-is-risen-well-so-what/


Le Christ est ressuscité!

C'est le plus grand message que l'humanité puisse avoir entendu depuis ses origines.
C'est aussi le message le plus ignoré en ce monde.
Je regarde ce monde après Pâques, et bien peu a changé. La guerre continue, le prix du carburant continue d'augmenter, et les rats continuent leur course. Une malheureuse a été retrouvée dans une cave avec son enfant, et elle y avait été retenue prisonnière 25 ans durant. Le Christ est ressuscité. Vous pourriez me trouver impie, mais je me dois de demander : bien, et après?
C'est un des passages les plus étonnants de l'Écriture, qui laisse perplexe : "Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné rendez- vous. Et quand ils Le virent, ils se prosternèrent; d’aucuns cependant doutèrent" (Mt 28,16-17).

Certains doutèrent. Le doute? Comment donc cela pourrait-il être possible? C'est comme si certains d'entre eux étaient là à regarder le Seigneur Ressuscité et demandaient "oui, bon, et alors?" Je suis absolument certain que si j'avais vu le Seigneur Ressuscité de mes propres yeux, je croirais. Après tout, j'ai entendu que "voir c'est croire." Je suis certain que je croirais et que je changerais. Je serais fidèle. N'est-ce pas?
Et bien peut-être que non.
Après tout, malgré la gloire de Pâques, je suis encore et toujours un pécheur non-repentant. Je suis pire que saint Thomas, car lui n'a touché qu'une seule fois la chair du Seigneur et il a proclamé "Mon Seigneur et mon Dieu." Après ça, Thomas est parti évangéliser en Inde. Je touche le Corps et le Sang du Seigneur chaque dimanche, et c'est ce que je fais depuis 12 ans, et je ne m'en sors pas.
Alors, peut-être que le monde ignore le plus grand message de tous les temps à cause du témoignage de ma vie, qui est qu'Il serait encore mort et que je reste esclave du péché. Pourquoi la pierre reste-t'elle roulée devant la tombe pour moi? Quelle puissance empêche la pierre d'être roulée au loin?
Au 2ème chapitre de l'épître aux Hébreux, on lit : "..Lui (Jésus) aussi y participa pareillement afin de réduire à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et d’affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort."
Voilà qui est intéressant. Ainsi donc, c'est la crainte de la mort qui me lie et m'aveugle et me rend esclave du péché. Pourtant, je ne passe pas tout mon temps à m'inquiéter de ma mort physique, mais je m'inquiète cependant bien d'un tas de choses. Je pensais pourtant que c'était le fait que le péché était marrant ou agréable qui me liait à lui. Non, pour être honnête, par dessus tout, c'est la peur. Quand je pense à la vie du Seigneur, combien de fois les Anges ont-ils dit "n'ayez pas peur?" Combien de fois le Seigneur Lui-même n'a-t'Il pas dit "ne craignez pas?" Ai-je peur, vraiment?
Oui, en vérité.
Par exemple, je vis pour manger, je ne mange pas pour vivre. Pourquoi donc est-ce que je mange autant? Craindrai-je de ne pas avoir assez à manger. Peut-être que ce serait parce qu'au fond de mon coeur, j'aurais peur – peut-être ne suis-je pas assez aimé. Peut-être suis-je laid. Peut-être suis-je vraiment un nul. Je découvre que je peux manger et tuer cette faim et douleur dans un déluge d'hydrates de carbone. Après tout, un grand paquet de biscuits cookies et un grand verre de lait frais, ça me fait aussi me sentir bien.
Un autre exemple, c'est que je juge autrui afin de me sentir supérieur. J'ai besoin de me sentir supérieur à eux, car j'ai peur que les gens voient à quel point je suis vraiment n'importe quoi. Je sais exactement pourquoi le Pharisien était heureux qu'il n'était pas "comme cet homme-là." Je suis aussi content parce que cela apaise ma crainte d'être stupide et hypocrite. Après tout, je ne dois pas être si mauvais que ça, quand on voit tous ces gens qui sont manifestement bien plus mauvais et fous que moi.
Je pourrais continuer ainsi, mais je pense que vous avez compris. La peur imprègne tous les aspects de la vie, et elle se trouve à la base de chaque péché habituel qui nous empeste. C'était ainsi pour nos Ancêtres. Lorsque Adam et Eve ont enfreint le Commandement de Dieu, ils se sont cachés dans les buissons parce qu'ils ont eu peur. Lorsque vous vous souvenez qu'auparavant, ils avaient "marché dans la brise du soir avec Dieu," que c'est triste de voir qu'ils en étaient à se cacher de leur Père. Dans l'Icône de la Résurrection, Adam et Eve remontent en grande joie, quittant les ombres. Cependant, certains y sont encore dans une semi-pénombre.
Tel Adam et Eve, je me cache à cause de la peur, et c'est la peur qui m'enchaîne. Quand bien même je proclame de mes lèvres "le Christ est ressuscité," mon coeur est enchaîné. N'y aurait-il aucune aide?
L'Orthodoxie proclame que le Christ "a vaincu la mort par la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie." En écrasant ainsi la mort, Il détruit la puissance aliénante de la mort, qui est la crainte. Il a vaincu celui qui détient cette puissance, le diable. Cela signifie que mes craintes, bien qu'elles me soient réelles, n'ont plus de vraie puissance. Pour le savoir, j'ai à ouvrir volontairement tous les coins sombres de mon âme à la lumière de la Résurrection. Une des manières de commencer cela, c'est dans la confession, qui me permet de commencer à sortir de mon buisson où je me cache.
Je me rappelle d'une histoire qu'on m'avait racontée quand j'étais jeune. Quelque 30 ans après la 2ème guerre mondiale, un soldat Japonais solitaire avait été retrouvé sur une petite île isolée du Pacifique. Il avait passé tout ce temps à croire que la guerre n'était pas terminée, et il tenait son poste, et chaque jour il guettait après l'ennemi (1).
Je suis juste comme ce pauvre soldat. Le Christ a gagné la guerre et l'ennemi a été vaincu. Le problème, c'est que je n'ai pas encore entendu la bonne nouvelle. Enfin, si, je l'ai déjà entendue, mais je ne la crois pas. Seigneur, je crois, mais viens au secours de mon manque de foi!
Peut-être que pour la prochaine Pâques, je vais véritablement écouter la Bonne Nouvelle. La tombe s'ouvrira pour moi, et le Seigneur Ressuscité va se tenir devant moi, et je vais L'adorer et je ne douterai plus. Peut-être alors je vais connaître la glorieuse liberté du Christ. Peut-être vais-je alors saisir cette même main qu'Il tend vers Adam et Eve, et vers le monde entier. Alors, je proclamerai le grand message – "Le Christ est Ressuscité!" - et ceux qui l'entendront croiront, car ils verront que ce message a transformé le messager, d'esclave de la crainte en serviteur de Dieu.
Notre président avait raison – "il n'y a rien à craindre, si ce n'est la peur elle-même". Jean l'Évangéliste l'avait entendu du Seigneur – "Ne craignez pas... Je détiens les clés de la Mort et de l'Hadès."
En vérité, Il est Ressuscité!

p. John Moses, prêtre en région rurale en Virginie (USA)



(1) En 1974, un soldat Japonais qui s'appelait Hiroo Onoda (1922-) est sorti de la jungle sur l'île du Pacifique de Lubang. Ce lieutenant s'y était caché pendant 29 ans, ignorant que son pays s'était rendu.

Benford, Timothy B. 1999. The World War II Quiz and Fact Book. New York, NY: Random House.
Les 2 derniers soldats Japonais survivants de la seconde guerre mondiale à s'être rendus, c'était en 2005... Une telle fidélité à un code d'honneur, c'est pas chez nous qu'on en trouverait!




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