"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 juin 2011

Pourquoi pas la Communion ouverte à tout le monde? (p. John Breck)

http://www.pravmir.com/why-not-open-communion/



Particulièrement lors de la fête de Pâques, des chrétiens non-Orthodoxes demandent pourquoi ils ne peuvent pas recevoir la sainte Communion dans les paroisses Orthodoxes. Aussi pénible soit le refus qu'ils reçoivent, il est basé sur notre compréhension de la véritable signification du Sacrement telle que révélée dans l'Écriture sainte et l'expérience ecclésiale.

Il y a quelques mois, quelqu'un m'a retransmis le contenu d'une discussion sur un forum internet à propos du problème de communion entre les diverses confessions chrétiennes. En réponse à la question de savoir pourquoi une fidèle Protestante se voyait refuser le sacrement à Pâques dans la paroisse catholique-romaine de son petit ami, l'intervenant déclara que les non-catholiques romains ne croient pas en "la présence du corps de Dieu dans l'hostie transsubstanciée" et dès lors "ils ne peuvent pas prendre la communion."

Et d'ajouter : "il n'y a qu'une exception à cette règle. Les Chrétiens Orthodoxes (tels les Chrétiens Orthodoxes Grecs) peuvent prendre la communion dans toutes les églises catholiques romaines. La raison est que le Christianisme Orthodoxe enseigne aussi la présence réelle de Dieu dans l'hostie."

Ce point de vue largement répandu est inexact, et il doit être rectifié à plusieurs niveaux, théologiquement comme pastoralement. On pourrait écrire un volume entier d'explications, mais voici un aperçu de quelques uns des éléments les plus importants, et nous en explorerons d'autres dans les paragraphes suivants.

En premier lieu, il nous faut reconnaître que nombre de Protestants (y compris nombre d'Anglicans) croient que la sainte Communion leur apporte une véritable participation aux Corps et Sang du Christ. Ils n'expriment peut-être pas leur croyance comme les catholiques-romains ou les Orthodoxes le voudraient; mais leur foi en la "présence réelle du Christ dans l'Eucharistie" est véritable et ne devrait pas être écartée ou niée.

Ensuite, la théologie eucharistique Orthodoxe n'explique pas le changement du pain et du vin en Corps et Sang du Christ comme résultat d'une "transsubstanciation", ce principe expliquant que les propriétés visibles des éléments resteraient inaltérées, alors que leur "substance" ou essence intérieure deviendrait vrai Corps et Sang. La tradition Orthodoxe parle de "changement" ou "transformation" (metamorphôsis; dans la partie eucharistique de la Divine Liturgie c'est metabalôn, "en les changeant") mais toujours dans un souci de préserver le mystère des investigations de la raison humaine. Elle parle aussi du Corps et du Sang du Christ glorifié, exposant que notre communion est dans l'être personnel du Seigneur Ressuscité et Exalté, et pas dans la chair et le sang du Jésus incarné, déchirée et versé sur la Croix. Le Jésus incarné et le Christ ressuscité sont assurément la même Personne ("Jésus-Christ est Seigneur", déclare l'Apôtre Paul en Philippiens 2,11). Mais notre communion est dans la réalité radicalement transformée du Christ ressuscité, qui est monté aux Cieux et Se rend accessible à nous par la présence permanente du Saint Esprit au sein de l'Église.

Il faut aussi insister sur un autre point. Il est vrai que les Chrétiens Orthodoxes sont considérés par certains prêtres catholiques-romains comme ayant droit à recevoir la communion dans leurs paroisses; mais cette pratique n'est pas formellement autorisée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Saint Office ou Magistère) [vatican].
De l'autre côté, les Églises locales Orthodoxes, unies par dessus tout par leur Foi et pratique eucharistique, n'acceptent à la Communion que les baptisés Chrétiens Orthodoxes, et encore, théoriquement uniquement s'ils s'y sont préparés par la prière, le jeûne, et – dans la plupart des traditions – par la confession des péchés. De plus, les évêques Orthodoxes et nombre de théologiens exposent clairement aux fidèles qu'ils ne sauraient recevoir valablement la Communion que d'un prêtre ou évêque canoniquement ordonné dans le contexte de la Divine Liturgie Orthodoxe traditionnelle (qui comprend aussi la Communion apportée aux malades).

Il est grandement suffisant, cependant, de simplement exposer que les Orthodoxes n'enseignent pas une "transsubstanciation" (malgré que le terme puisse apparaître dans les traductions de certains de nos livres liturgiques), et que si ils sont fidèles à leur tradition, ils ne reçoivent pas la Communion hors de leur propre Église. Ici l'on arrive aussi au problème crucial de "l'identité ecclésiale." Aucun Chrétien Orthodoxe ne reçoit la sainte Communion de manière isolée. Nous sommes incorporés dans une communauté universelle de personnes, tant de vivants que de morts, dont la Foi et la pratique commune les unissent au sein de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Notre existence dans le Corps du Christ, notre identité ecclésiale comme Chrétiens Orthodoxes, est telle que nous représentons l'Église en tout ce que nous sommes et faisons. Si je méprise les règles de ma tradition ecclésiale et reçois la communion dans une autre confession chrétienne, ou si comme prêtre j'accepte un non-Orthodoxe pour recevoir l'Eucharistie dans ma paroisse, j'agis en violation de ma propre tradition, à laquelle je me suis consacré devant Dieu. Et du fait de ma solidarité avec tous les autres membres de l'Église Orthodoxe, je les implique implicitement dans mon acte de désobéissance.

Le vrai problème n'est cependant pas une question d'obéissance ou de désobéissance à des règles et normes. Si l'Orthodoxe préserve la sainteté de l'Eucharistie comme une obligation suprême, c'est du fait de la vérité inlassablement répétée que la communion au Corps et au Sang du Christ est le sommet ou l'accomplissement de la vie Chrétienne. Elle ne peut pas, par exemple, être réduite à un moyen de parvenir à une "unité chrétienne." (En tout cas, l'histoire ecclésiale a clairement prouvé que partager la communion entre communautés ecclésiales ayant des enseignements théologiques en conflit ne résultait jamais en une durable unité).

L'Eucharistie est vie en elle-même. Elle est la vie du Christ qui nous permet de vivre notre vie en Christ. Pour participer à l'Eucharistie comme nous y sommes appelés, cela requiert notre acceptation d'une position doctrinale et un engagement qui est spécifiquement "orthodoxe," enraciné dans les Écritures et transmis à travers les siècles sous la guidance et l'inspiration du Saint Esprit. Cela requiert aussi l'acceptation d'une discipline ascétique, qui comporte la prière personnelle, la célébration liturgique, le jeûne, la confession des péchés, et les actes de charité : les éléments d'une vie de repentance et d'une quête incessante de la sainteté. Et cela requiert que nous honorions notre "identité ecclésiale" particulière, en même temps que la soumission à l'autorité ecclésiale représentée avant tout par nos évêques : des personnes canoniquement ordonnées et établies, qui sont appelées par leurs actions et leurs enseignements à préserver et transmettre la vérité de la Foi Orthodoxe tout en maintenant un lien d'unité au sein du Corps du Christ. Une unité qui n'est pas fondée sur la puissance mais sur le respect et l'amour fraternel mutuels, partagés par tous les membres de l'Église.

Dans cette perspective, la "communion ouverte" – l'accueil de non-Orthodoxes pour partager la célébration eucharistique – n'est tout simplement pas possible sans saper la signification même du Sacrement. Cela n'implique pas de jugement particulier sur les offices de communion des autres communautés ecclésiales. Cela reconnaît au contraire que pour l'Orthodoxe, la Divine Liturgie est ce que son nom implique. Elle est à la fois le moyen et le sommet de l'existence Chrétienne, une existence qui surgit de la Foi Orthodoxe, de la repentance permanente, de la discipline ascétique, de l'identité ecclésiale, et des oeuvres de charité. A ceux qui acceptent cette "voie Orthodoxe," l'Eucharistie offre une authentique participation à la Vie même du Christ Ressuscité et glorifié, de même qu'elle offre le pardon des péchés, la guérison de l'âme et du corps, et un avant-goût du Banquet céleste dans la présence éternelle de Dieu.

père Jean

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