"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 juillet 2011

L'humour, une nécessité théologique (In Communion / Orthodox Peace Fellowship)

http://www.incommunion.org/2004/12/12/the-theological-necessity-for-humor/




Dans une collection d'essais appelé "Sainte rigolade", Conrad Hyers dit "un trait commun des dictateurs, révolutionnaires et des autoritaires ecclésiastiques, c'est de refuser de rire d'eux-mêmes ou de permettre aux autres à rire d'eux."

Bien entendu, ce "eux" peut facilement se traduire par "nous"." Parfois, nous nous prenons trop au sérieux, oubliant de rire devant le miroir, et refusant les autres de nous voir tels que nous sommes, comme des petits enfants avançant en hésitant et titubant vers le Royaume. Si nous ne rions pas de nous-mêmes, et ne permettons pas aux autres de rire de nous et avec nous, alors nous avons tendance à nous adorer nous-mêmes. Rire de soi-même, c'est comme faire une bonne confession. Laisser les autres rires de nous, c'est comme accepter une parole prophétique.
Nombre de paroles des Pères du Désert sont de fameuses touches d'humour. Avez-vous entendu parler du saint abbé Moïse? Un jour qu'il se pressait vers des pèlerins qui venaient le voir, l'abbé refusa d'agir comme s'il était important, et dit de lui-même : "que lui voulez-vous? Cet homme est un dingue et un hérétique!"

Avez-vous entendu parler de ce disciple qui avait pour instruction de récompenser quiconque l'insultait? Pendant 3 ans, il accepta d'échanger de l'argent contre des injures. Après ces 3 années, le disciple fut relevé de son obligation et voyagea à Athènes. Lorsqu'il tenta d'entrer dans la ville, il fut salué par un vieillard, qui aussitôt après l'injuria. Le disciple éclata de rire : "pourquoi rigoles-tu?" demanda le vieillard. Le disciple répondit "parce que 3 ans durant, j'ai payé pour ce genre de chose, alors que toi tu me le donne pour rien."

Comme le disciple du récit, nous avons tous besoin de réagir comme des petits enfants, de laisser notre rire éclater en présence d'autrui, même devant de vieux grincheux. Si nous tuons le rire en nos vies, une bête désagréable va se lever pour emplir le vide. Dieu épargna Sourire (Isaac) et fournit un autre sacrifice. Le bélier, un symbole de guerre, fut brûlé à la place d'Isaac. Maintenant, certains dans le monde, et certains dans l'Église, voudraient nous voir remettre Sourire sur le bûcher du sacrifice. Dans son livre "The Joyful Christ" (le Christ joyeux), Cal Samra dit : "L'humour est une force équilibrante, désarmante, et dès lors pacifiante, qui touche au divin."



Les hommes et les femmes pacifiques ont un divin sens de l'humour, une force guérissante. Ils ont une manière détachée de repousser les choses. Les pacifiques savent combattre sans haïr, et dès lors combattent rarement. Comme dit Cal Samra, "il est possible d'acheter la paix avec de l'humour."
Avez-vous entendu cette histoire de 2 pères du Désert qui allaient se disputer? Les 2 saints hommes voulaient se quereller pour une question de brique – un bon symbole de terre et de propriété – mais aucun d'entre eux ne gagna, car au cours de leurs années de prière et de jeûne, ils en avaient oublié comment se battre. "Tu dis que cette brique est à toi? Bon, alors garde-là!"
Le meilleur humour a lieu lorsque l'Évangile surnaturel est utilisé dans la vie réelle : un général trois étoiles qui tend l'autre joue; un président d'une très grande entreprise qui travaille pour un salaire minimum; un modiste parisien célèbre qui abandonne son emploi pour aller coudre des tuniques pour des moniales. Lorsque quelqu'un vit l'Évangile, c'est une contradiction hilarante face à ce que le monde prend au sérieux. Le monde rigole de ceux qui cherchent la perfection évangélique. Le monde rigole de gens comme sainte Xénia de Saint-Petersbourg, qui avait vendu tout ce qu'elle vait et donné l'argent aux pauvres. Le monde rigole et appelle Xénia une folle. L'Église sourit et l'appelle une "folle-en-Christ", et une sainte.
Comme nous le savons tous, le miroir peut être l'endroit le plus comique au monde. Vous auriez dû me voir ce matin. J'ai 35 ans, et je dois encore apprendre comment me raser. J'ai mis de la mousse plein mon nez et mes yeux, et par une surprenante loi de physique de salle de bains, une bulle de mousse à raser grosse comme une mouche a atterit sur le bouton de mon pantalon. Est-ce la révélation de Dieu, qu'Il favoriserait vraiment les Chrétiens portant la barbe? Plus sérieusement, tout ce foutoir était simplement le résultat de ma propre impatience, un péché quotidien de croire que je suis trop important pour vivre l'instant présent.
Dans la féodalité médiévale, il y avait un personnage qui pouvait défier le prince au pouvoir et pourtant rester en vie. C'était le fou du roi, suffisamment sot pour exprimer de manière satirique la vérité plutôt que de flatter. Et dans la Russie du 16ème siècle, Ivan le Terrible n'acceptait de critique de personne sinon de saint Basile le Fol-en-Christ. Peut-être qu'aujourd'hui, nous aurions tous besoin d'un fou, si pas un fol-en-Christ, pour dans nos propres petits royaumes.

David Athey est un auteur créatif à l'école des arts à Palm Beach, Floride, USA.

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