"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 décembre 2011

Carême de la Nativité, un voyage vers Bethléem (p. Panteleimon Bouzounis)


A travers les yeux de notre âme, regardons vers le Ciel, et suivons l'étoile des mages, en route vers Bethleem.



La fête de la Nativité selon la chair de notre Seigneur Jésus-Christ, Noël, est un des plus grands jours de la chrétienté. Elle appartient aux célébrations festives, faisant par là référence à la vie en Christ, le Bon Pasteur. Avec Pâques, elle est une des plus grandes célébrations de l'Église Orthodoxe. Ce jour-là, nous célébrons l'Incarnation du Verbe de Dieu, la descente en ce monde de la Deuxième Personne de la Trinité. Dieu devient homme afin de devenir l'homme-dieu par grâce. Dieu descend du ciel sur terre, pour élever l'homme de la terre au Ciel. Le Christ est venu parmi nous pour sauver l'humanité, pour réparer les ponts effondrés de la communication avec Dieu, pour restaurer l'homme dans sa véritable gloire, pour révéler aux peuples la volonté de Dieu. Le Christ S'est humilié au plus profond afin de nous élever. Il est né dans la temporalité afin de vaincre le temps que cela nous prend pour que la nature humaine en arrive à la déification.
C'est pour cela que nous célébrons l'Incarnation, la "chairometha."


La sainte douzaine.
Au cours des premiers siècles, en Orient, on célébrait la Nativité et le Baptême du Christ le même jour, " syneortazontan", à savoir le 6 janvier. A partir du 4ème siècle, on a établi une fête séparée pour Noël au 25 décembre, et le 6 janvier est resté pour la fête du Baptême du Seigneur ou Théophanie. En même temps s'est formée la "sainte douzaine", la période de 12 jours qui va du 25 décembre au 6 janvier, donc de noël jusqu'au jour de la Théophanie / Epiphanie, pendant laquelle on trouve aussi la Fête de la Circoncision du Christ le 1er janvier, et ce même jour la commémoration de saint Basile le grand.




Préparation.
L'importance de la célébration de Noël et la dévotion des Chrétiens aux pratiques même du début du Carême de Pâques, ont amené la période de préparation, pendant laquelle les fidèles sont préparés spirituellement pour faire chemin vers l'étable à Bethleem. Cette période préparatoire dure 40 jours, on l'appelle aussi Carême de la Nativité, et elle commence [dans le rite oriental; ndt] chaque année le 15 novembre. Les hymnes nous rappellent que nous entrons dans cette sainte période, qu'en esprit nous avons pris le chemin qui mène à une Bethléem spirituelle, à savoir l'Église, dans laquelle le Christ est né pour régénérer tout un qui croit sincèrement en Lui comme étant son Sauveur personnel. A partir du 21 novembre, fête de la Présentation de Marie au Temple, s'amplifie le mouvement liturgique annonçant Noël, par une ode qui dit "Le Christ naît, glorifiez-le! Le Christ vient du ciel, venez à sa rencontre! Le Christ est sur la terre, soyez en allégresse!" (ndt : homélie de la Nativité par saint Grégoire de Nazianze). A partir du 26 novembre, cloture de la fête de la Vierge précitée, nous chantons le kondakion "La Vierge aujourd'hui met au monde l'Eternel et la terre offre une grotte à l'Inaccessible. Les anges et les pasteurs Le louent, et les mages avec l'étoile s'avancent, car Tu es né pour nous, Enfant nouveau et Dieu prééternel."

Jeûner.
Pendant la période de 40 jours, c-à-d du 15 novembre au soir de Noël, les Chrétiens jeûnent. Certains l'appellent "le jeûne de saint Philippe" car il commence le jour de la commémoration de ce saint Apôtre. Tous ces jours-là, nous ne mangeons pas de viande, laitages et oeufs. Mais nous pouvons consommer du poisson, sauf bien entendu les mercredi et vendredi. D'après la pratique grecque-orthodoxe et le Pedalion, cette tolérance pour le poisson dure jusqu'au 17 décembre. On peut aussi manger du poisson en la Fête de la Présentation au Temple si ce 21 novembre tombe un mercredi ou un vendredi. Notez cependant que le jour même de la Vigile de Noël, le 24, est un jour de jeûne strict, il prépare les Chrétiens pour ce jour de la Nativité, et en particulier pour la Divine Liturgie, qui sera célébrée avec faste. Dès lors, la nuit avant est réservée pour de grands moments d'élévation spirituelle, vu le grand événement du lendemain.



Alimentation et jeûne.
Nous devons garder à l'esprit que pour l'Église, le vrai jeûne n'est pas seulement question de s'abstenir de nourriture, mais aussi s'abstenir de vices et de péchés. Comme disait saint Photios le Grand, "le jeûne qui est agréable à Dieu est celui où l'abstinence de divers aliments est combinée avec l'aversion pour les commérages, l'envie, la haine et autres péchés. Celui qui s'abstient de nourritures mais succombe aux passions, c'est comme celui qui aurait bâti de splendides fondations pour la maison qu'il construit, mais laisserait y vivre
serpents, scorpions et autres reptiles venimeux." Dès lors, en cette période, notre but est un jeûne spirituel, où on s'efforce de s'abstenir de péchés, et où on s'efforce d'accomplir la volonté de Dieu, aimant notre prochain, pardonnant, généreux pour l'aumône, cherchant à grandir en vertu. C'est en cela que nous comprennons et accomplissons mieux les paroles de saint Basile le Grand, "le vrai jeûne, c'est s'abstenir de tout mal, de tout péché, de toute soumission aux passions, de tout désir malsain."

Repentance.
En jeûnant et en se préparant pour Noël dans un esprit de repentance, l'examen de conscience honnête, en assumant nos erreurs, nous comprenons qu'il est nécessaire de participer au saint sacrement de la Confession si nous voulons une participation vraiment bénéfique à la Liturgie de Noël. A cet égard, il est bon de venir à ce sacrement à heure et à temps, et pas en dernière minute. La période préparatoire avant la Nativité du Christ nous offre une bonne opportunité pour réaliser la misère cachée dans les profondeurs de notre être, nous sentons être appelés à la modestie, et au contrôle de nous-mêmes, à être transformés en esprit, à nous repentir sincèrement et à oser la grande rencontre avec le Seigneur nouveau-né à Bethleem.




Le culte liturgique.
Pendant cette période de préparation spirituelle et d'anticipation que sont ces 40 jours avant Noël, la prière des fidèles et notre participation au culte liturgique de l'Église jouent un rôle essentiel. Pendant ces jours-là, nous pouvons avoir des commémorations de fêtes et de saints qui nous amènent à être plus proches de la grâce de Dieu, en participant aux Vêpres et à la Divine Liturgie. En même temps, nous pouvons nous habituer à aller beaucoup à l'église, pour la célébration quotidienne de la Liturgie, comme une opportunité nouvelle de rester branché à Dieu bien qu'étant au sein de notre société. La soi-disante "Sarantaleitourgo" ou célébration des 40 liturgies d'affilée est au bénéfice de ceux qui y participent, qui se sont préparés pour la sainte Communion. Voilà donc ouvert devant nous le chemin vers Bethleem.

"Venez voir, vous les fidèles, qui faites naître le Christ," chante l'Eglise. Suivons les conseils de notre mère l'Eglise, préparons-nous dignement tous ces jours-là, et soyons dignes de pouvoir nous prosterner "devant l'Ancien des Jours, assis sur Son trône de métal précieux, lequel est placé dans une mangeoire, celui qui a brisé les liens du péché et qui est à présent drappé dans les langes, parce que telle est la volonté du Saint. (Chrysostome).


Je voudrais vous souhaiter à tous un très béni Noël, avec vos familles et amis.
L'indigne serviteur du Christ, père Panteleimon




voir aussi (en anglais) :



Pourquoi jeûner pour le Carême de la Nativité (p. Stephen)
the-nativity-fast-why-we-fast-2



"il honore bien la plupart de ses devoirs religieux mais il est lent à se mettre au jeûne"

22 décembre 2011

bien vite acquis ne dure jamais (saint Isaac le Syrien)

Tout ce qui a été vite obtenu est aussi facilement perdu, et tout ce qui a été péniblement acquis est préservé avec soin.
saint Isaac le Syrien

source icône :
http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=1740


"For anything that is quickly obtained is also easily lost, whereas everything found with toil is also kept with careful watching."
Saint Isaac the Syrian

21 décembre 2011

être chrétien seul de son côté?



Unus christianus, nullus christianus - nul ne sait être chrétien "tout seul"

Car l'Église n'est pas un club mondain, une association factuelle ou une pyramide humaine, mais elle est un organisme divino-humain qui communique la vie à ses membres (dixit saint Cyril d'Alexandrie)

20 décembre 2011

La culture du divorce (Dynamis)

http://groups.yahoo.com/group/orthodoxdynamis/message/4764


Saint Marc 10,2-12 - mardi de la 31ème semaine après la Pentecôte
Des pharisiens, ayant abordé Jésus, Lui demandèrent, pour Le mettre à l'épreuve, si un homme avait le droit de répudier sa femme. Il leur répondit : "Que vous a ordonné Moïse?" Ils repartirent : "Moïse a permis de dresser un acte de divorce et de renvoyer sa femme." Jésus reprit : "C'est en raison de la dureté de votre coeur qu'il a édicté pour vous cette loi; mais, au commencement de la Création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair; ainsi donc ils ne sont plus deux mais une seule chair. Eh bien! ce que Dieu a conjoint, que l'homme ne le sépare pas." À la maison, les disciples se mirent à L'interroger encore sur ce point. Jésus leur dit : "Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre commet l'adultère à l'égard de la première, et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle se rend adultère."



La culture du divorce - saint Marc 10,2-12, en particulier le verset 9 : "Eh bien! ce que Dieu a conjoint, que l'homme ne le sépare pas."
L'Église appelle son Seigneur "l'Époux," et elle se présente comme Son épouse (Mc 2,19-20; Jn 3,29, Eph. 5,21-32; Apoc. 21,2). Ceux qui sont unis au Christ se réjouissent dans l'union mystique et vivificatrice avec Lui, embrassent l'Époux, et choisissent de ne plus être deux mais une seule chair (Mc 10,8). Et le Seigneur les guérit et les déifie. Au contraire, la société contemporaine est une culture de la séparation, division, divorce, et pas simplement parce qu'une majorité s'accommode du divorce, mais parce que le vide spirituel imprègne profondément l'âme de tous ces gens vivant "modernes." Dans le vocabulaire contemporain, ce néant spirituel est appelé "sécularisme." La Bible et la sainte Tradition l'appellent "vie mondaine" et "vie sans Dieu."


La multitude sécularisée vivant tout autour de l'Église est spirituellement appauvrie, vivant facilement alors que séparée de Dieu, sans la moindre idée des bénédictions d'être une seul chair avec Dieu. Bien nombreux sont perdus, sans ressources pour échapper au fouet que le sécularisme utilise pour les battre, eux et leurs mariages! Bien sûr, ils succombent au divorce; c'est une bonne "solution" lorsque le mariage "échoue."

Il y a un nombre inimaginable de bénédictions à être uni au Seigneur Jésus. Il encourage, renforce, aime, et nous donne l'illumination afin de résister et lutter contre cette acceptation séculière majoritaire du divorce facile. Cependant, attention : le divorce étant devenu si commun, nombre de Chrétiens spirituellement immatures, Chrétiens de nom uniquement, s'engagent dans le mariage sans les ressources de la vie en Christ. Dès lors, nombre d'entre eux goûtent à l'amertume du divorce. De telles tragédies nous poussent, nous exhortent à entrer plus profondément en union avec le Christ, à se rencontrer en Lui, et à vivre victorieusement malgré la culture du divorce.

Quel que soit notre état de vie - jamais marié, célibataire, marié, divorcé, remarié - nous sommes dans un dialogue vital avec la culture qui nous entoure, une question de mort ou de vie dans cette culture athée et sa propension à tout séparer rapidement. Prenez conscience : ceux que Dieu a unis (v. 9) en Christ peuvent y divorcer et s'éloigner de l'Époux. Et pourtant Dieu n'a pas l'intention de s'éloigner de nous ni de nous abandonner. Ce n'est pas dans Sa nature. Mais nous, nous invitons la mort et nous L'abandonnons! Mais enfin, voyons!

Un jour, chacun d'entre nous se retrouvera devant Son Trône, pour le Jugement. C'est maintenant qu'est le temps pour se repentir de notre dureté de coeur (cfr Mc 10,5). Voyez avec quelle délicatesse le Christ enseigne à Son Épouse de relever et restaurer ceux qui tombent dans le divorce, et même de permettre à certains de se remarier. Il n'y a cependant pas négation et oubli des échecs passés. La confession, la pénitence et l'absolution sont toujours nécessaires, pour tous. L'Époux attend de Ses fidèles qu'ils soient chastes. La fornication, l'adultère, l'abus d'autrui et le divorce sont des péchés qu'on ne pense pas être impardonnables. Nous sommes unis au Christ. Prenons no croix. Et recevons Sa force.

Pour être fort au milieu de la tempête du divorce et de la perversion, nous avons besoin d'être unis à l'Époux et partager Sa vision du mariage, car le Christ nous amène à Lui. Que nous soyons mariés ou seuls, notre tâche en ce monde est de rechercher l'illumination et de partager aux autres la lumière de notre vivante union. Nombre de saints révèlent à quel point des vies et mariages Chrétiens peuvent être des bouées de sauvetage!

Vous les couples Chrétiens, vous avez le privilège de porter à ce monde effondré le message que "Dieu ne vous a pas abandonnés! Il vous aime. Il vous accueillera dans la vraie maison. Ses bras se tendent vers vous." Comprenez bien autant la vie célibataire que la vie mariée dans cet éclairage! Quand nous saisissons une telle vérité, et que nous cherchons à modeler notre position dans la vie pour en faire une vivante icône d'espérance, alors la grâce de notre union avec le Christ va se répandre dans le monde à travers nos vies. Le mariage sur terre peut devenir source de bénédictions pour les autres. De même, ceux qui sont dans le célibat sont en réalité dans un lien de mariage avec le Christ-Dieu, l'Époux. Tous nous pouvons proclamer la puissance du véritable mariage à cette culture imprégnée du divorce.

O Maître, envoie Ta grâce sur Tes serviteurs, mariés comme célibataires. Préserve-nous tous, O Seigneur, comme Tu préserva Noé dans l'Arche, et que Ton allégresse soit sur nous.


19 décembre 2011

Vivre dans l'action de grâce (p. Alexandre Schmemann)

Vivre dans la droiture en présence et en communion avec Dieu, c'est vivre en étant d'action de grâce permanente. C'est de Lui que nous recevons tout ce que nous avons - notre vie et notre existence même, toutes bonnes choses, l'espérance de la rédemption, et la joie de la communion. L'offrande de l'action de grâce, c'est la reconnaissance dans notre coeur que nous-mêmes ne sommes pas les auteurs du moindre de ces bienfaits, mais en sommes les bénéficiaires - ceux qui reçoivent les dons de Dieu."
P. Alexander Schmemann

acathiste d'action de grâce



To live rightly in the presence and communion of God is to live in a state of constant thanksgiving. For from Him we receive all that we have – our life and existence, all good things, the hope of redemption, and the joy of communion. The offering of thanksgiving is the acknowledgement within our heart that we ourselves are not the author of any of these things, but are rather the recipients – those who receive gifts from God."
Fr. Alexander Schmemann

akathist of thanksgiving

18 décembre 2011

L'or, l'argent, les pauvres et le Christ (saint Boniface, saint Jean Chrysostome)

Autrefois, nous avions des prêtres en or qui célébraient le sacrifice liturgique dans des calices en bois; à présent nous avons des prêtres de bois célébrant dans des calices en or.
évêque saint Boniface de Fulda, hiéromartyr



Quel bien tire le Christ d'un autel du sacrifice rempli de calices en or quand Il meurt de faim en la personne des pauvres?
Saint Jean Chrysostome




What does Christ gain from a sacrificial table full of golden vessels when He dies of hunger in the persons of the poor?
Saint John Chrysostom