"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 février 2012

Homélie de grand Carême - saint Tillo d'Izegem (7ème s.)


Travail de défrichage - les moines orthodoxes ont "créé" l'Occident fermier
1640, gravure.
Antwerpen, RR1.1640.

Homélie de saint Tillo, surnommé "Paul", abbé en Gaule, apôtre d'Izegem (Flandre occidentale), + 702.
Homélie du le manuscrit "Codex Claromarescani Cisterciensium in Artesia Monasterii".
Version NL dans le livre "Vergeten Helden" Januari , p.83-88, monastère de Pervijze



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Un jour, les frères réunis lui demandèrent des instructions salutaires.
Elevant la voix, d'un ton prophétique et assuré, il leur assura que
pour connaître tous les Commandements de Dieu, les Saintes
Ecritures suffisaient.
Il leur dit que "le mieux c'est que les frères, chacun, à tour de rôle, se confortent mutuellement par des paroles d'encouragement".
Puis il ajouta : "Et toi, écoute-moi, moi qui suis ton père, ce que tu sais, et moi, puisque vous êtes mes fils, je vais vous montrer ce que j'ai appris et atteint dans mon grand âge. Mais ceci, c'est le premier de nos commandements : tout mettre en commun. Quand tu entame une action, ne te laisse pas aller au relâchement,
persévère, continue ton travail, et agis comme si tu n'en étais toujours qu'au début. C'est qu'en effet, courte est la vie humaine, comparée à l'Eternité."
Ensuite, le saint homme se tût, emporté dans sa contemplation de l'abondance des merveilles de Dieu.
Après un temps de silence, il ajouta : "Dans la vie courante, bien des gens s'investissent dans des choses éphémères, mais la plupart ne reçoivent rien en retour par rapport à ce qu'ils se sont
dépensés. Et si nous comparons les éventuels gains avec les promesses de la vie éternelle, on voit à quel point les petits gains
terrestres sont vraiment ridicules. Donc, mes petits enfants, ne vous laissez pas aller à faire tout à contrecoeur, et ne vous attachez pas à la vaine gloire.
La souffrance des temps présents n'est rien par rapport aux biens à venir, qui nous serons dévoilés en nous. C'est comme quelqu'un qui comparerait une petite pièce de monnaie avec cent pièces
d'or; ainsi quelqu'un qui, pour le Nom de Dieu, refuserait l'héritage d'une ville, recevrait le centuple du Trône du Très-Haut.
Nous devons donc nous tenir loin de tout ça, car quand nous amassons des trésors, ils nous serons malgré tout retirés par la loi de la mort, volens nolens. Pourquoi donc dès lors, pour conquérir le Royaume des Cieux, ne laissons-nous pas tout cela derrière nous, puisqu'en finale le lustre de ces biens ne durera pas? Il n'y a pas de rémission possible pour les moines qui ne s'en détachent pas. Nous devons donc toujours rechercher ce qui nous mène au Ciel : la sagesse, le discernement, la droiture, la vertu, l'amour des veilles, le souci des pauvres, une Foi indéfectible en Christ, l'impassibilité de l'âme et l'hospitalité. En poursuivant ces buts ici sur terre, nous nous préparons une demeure dans le Ciel, comme nous le promet l'Evangile.
C'est pourquoi je vous exhorte avec force à ce que tous ensemble
nous unissions nos efforts dans cette direction. Ne laissons personne être comme la femme de Lot, regardant en arrière, d'autant que Notre Seigneur Lui-même nous a dit que si quelqu'un ayant mis la main à la charrue regardait en arrière, il ne serait pas digne du Royaume (Luc 9,62). Regarder en arrière, ce n'est rien d'autre que d'avoir du regret pour ce qu'on a entrepris, et se rattacher aux désirs du monde.
Nous avons voué nos âmes à Dieu, alors accomplissons notre voeu. Personne ne peut arguer à Dieu qu'il ne serait né que d'un peu de poussière, et donc faible. Dieu connaît l'oeuvre de Ses Mains. Qu'Il puisse donc recevoir Son oeuvre en l'état où Il l'a
créée.
Que nous suffise ce dont la nature nous a dotés. Ne repoussez
pas, ô frères, la générosité de Dieu, parce que vouloir modifier l'oeuvre de Dieu, c'est la salir. Nous devons faire attention à ne pas nous laisser vaincre par la tyrannie de la colère, car il est écrit : "La colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu" (Jacques 1,20). Par la Voix divine, il nous a été prescrit la garde continuelle du coeur, car nous avons à lutter contre les rangs de l'armée ennemie ("Plus que sur toute chose, veille sur ton coeur, car c'est de lui que procède la vie" (Proverbes 4,23).
Selon la parole de l'Apôtre, nous devons lutter contre elle sans relâche, comme le dit le bienheureux Paul : "Car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes." (Ephésiens 6,12) Leur grand tapage est en effet emporté en l'air par le vent, où il est sans effet. Toute l'armée ennemie est anéantie sous nos yeux.

Mais pour cela nous devons tout d'abord en persuader notre esprit, et ne rien faire de mal aux yeux de Dieu, ni dévier de sa loi pour tomber dans la domination du diable. L'immoralité n'est pas une faiblesse de la nature mais de la volonté. Dieu les a en effet créés bons, mais c'est leur orgueil qui a fait chuter du Ciel sur la terre les esprits mauvais. Maintenant, ils nous tourmentent par jalousie, ils n'ont de cesse de nous tracasser, car ils ne veulent pas que nous puissions siéger sur les trônes qu'ils ont perdus.

C'est pourquoi il est nécessaire de demander au Seigneur le don du discernement des esprits, afin que nous puissions déjouer leurs ruses innombrables et les anéantir par l'étendard de la Croix. Pour cette raison que Paul, après avoir obtenu cette miséricorde, a dit : "Il ne s'agit pas d'être dupes de Satan, car nous n'ignorons pas ses desseins" (2 Corinthiens 2,11). Les démons détestent tous les Chrétiens comme leurs pires ennemis, mais par dessus tout, ils détestent surtout les moines. Ils tendent sans arrêt de nombreux pièges sur les chemins des moines, et ils essayent dedétourner leur esprit par des pensées oppressantes, athées et obscènes. Le diable a même revendiqué le bienheureux Antoine comme sa propriété, ce diable que Job a connu par une révélation divine : "De ses éternuements jaillit la lumière, ses yeux sont comme les pupilles de l'aurore. De sa gueule partent des éclairs, des étincelles de feu s'en échappent. Une fumée sort de ses naseaux, comme d'une marmite bouillante ou d'un chaudron. Son haleine embrase les braises, de sa gueule sortent des flammes" (Job 41,10-13).

Cet ennemi hurlant brûle tant de vous tuer, qu'il vous incite à jouir de tout, afin que vous tombiez dans ses filets. Frères, ne croyez pas ses promesses, et n'ayez ni peur de ses menaces ni de ses horribles insinuations. En effet, il ment toujours. Sa promesse n'est jamais crédible. Le serpent a été attrapé avec le crochet de la Croix, et tel un animal de trait, il a été soumis au joug, enchaîné comme une esclave en fuite. On a enfoncé un anneau de fer dans son museau et il n'a plus été autorisée à dévorer les croyants. Mes petits enfants, nous devons mépriser le diable, avec ses paroles vaniteuses et hautaines et avec sa faconde. Même s'il se présente comme un éclair étincelant, c'est une fausse lumière. Il apparaît seulement de la sorte pour tromper quelqu'un. Nous, toutefois, qui marchons dans les traces des pieds des Saints, pleins de confiance, passons outre de ses pièges, suivant leur exemple, eux qui ont connu ses ruses et chantaient prophétiquement : "Je restai silencieux tant que l'impie se trouva devant moi, je me suis abaissé et j'ai même gardé le silence sur les bonnes choses" (Psaume gr38,2; heb39,2)

Et quand les démons viennent pendant la nuit, selon leur habitude, alors les anges sont là aussi, eux qui louent le zèle des fidèles, admirent leur persévérance et leur promettent les récompenses futures.
Et quand les démons verront comment vous et les vôtres êtes armés du signe de la Croix, ils seront sur-le-champ emportés vers le néant."
Après que le bienheureux Tillo, aussi surnommé "Paul", se
tût, tous se réjouirent et s'enflammèrent du désir de s'exercer
aux vertus. Et après avoir dit tout cela, Tillo resta attentif à
accomplir le service divin : larges aumônes, zèle pour les
veilles, pieuse Foi, parfait dans l'amour, d'une humilité extrême,
persévérant dans l'oraison, instruit dans la connaissance, prudent dans les paroles, très saint dans son comportement et détaché
du monde. Il se distingua par son obéissance aux serviteurs de Dieu, et resta toujours tourné vers le Ciel quelque soient les circonstances. C'est pour cela que tant vinrent à lui, aussi bien des moines que des clercs, et nul n'était jamais rassasié par ses éloquentes paroles.



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Le belgo-auvergnat Tillo, était surnommé "Paul" par les fidèles de Solignac comme par les moines auvergnats, à son grand dam d'ailleurs. Né au Ciel le 6 janvier 702, et fêté le lendemain de la Sainte Théophanie.
saint Tillo que l'on nomme "Tijl" chez nous (B), prénom célèbre par les aventures de Tijl Uilenspiegel, le grand résistant aux occupants hispaniques mais c'est une autre (et longue et passionnante) histoire.
Saxon de naissance, vendu comme esclave, débarqué du côté de la Belgique rhénane - n'oublions pas que Trèves, p.ex., c'était belge, comme Lille l'a été jusqu'au milieu du 15ième siècle -, racheté par saint Eloi, le bon évêque de Tournai et Noyon, qui en était coutumier. Formé à la vie Chrétienne par l'abbé Remaclius au monastère de Solignac - notre futur saint Remacle l'Apôtre des Ardennes, que saint Eloi avait placé à la direction de la-dite abbaye. Puis formé au métier d'orfèvre à la cour du roi Dagobert par saint Eloi qui était l'orfèvre royal. Suite au Concile ordonné par saint Eloi pour tenter d'éradiquer la simonie galopante dans ses régions, il sera choisit comme prêtre pour la paroisse de Solignac, étant devenu moine entretemps.
Fuira vers l'Auvergne (où son cloître caché a été retrouvé quasi intact en 1984 à Garjac par les archéologues) parce que les miracles que sa prière obtenaient était nombreux et lui amenaient trop de gloire pour ce rude moine aux habitudes très "égyptiennes", jeûnes & pénitences & veilles à répétition.
Il laissera son monastère de 300 moines pour revenir à Solignac - monastère auvergnat que seule la tristement célèbre "Révolution française" arrivera à arrêter.
A Solignac, il ne sera plus abbé, par sa volonté, mais simple moine. Les miracles n'en arrêteront pas, expliquant d'ailleurs son aspect sur les statuaires (et icônes), le tonneau (ou coupe) d'huile en plus du bâton d'abbé. Miracles encore signalés par la suite tant à son invocation qu'auprès de son tombeau, dont la "veilleuse" ne voyait pas son niveau d'huile diminuer et les gens en prenant pour s'oindre se trouvant guéris.
Il est un des "saints d'huile" connus - est invoqué contre les fièvres fulgurantes, fortes toux d'enfants. Apôtre d'Izegem, c'est là que se trouve l'unique relique (de son crâne) encore existante, cadeau de l'évêque de Limoges en 1886. Les reliques de Solignac ont toutes été brûlées par les Huguenots, celle de Brajac volées, et l'autre d'Izegem, qui se trouvait à l'église qui lui est dédiée, volée le 17 avril 1996. L'ultime relique est conservée chez le doyen d'Izegem où elle peut être vénérée :



On le fête le 7 janvier, ce saint Tillo d'Izegem, un des Pères de l'Église de Belgique, disciple de saint Éloi et saint Remacle.

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