"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 mai 2012

Le testament d'une reine : Louise-Marie, première reine des Belges



La première reine du royaume de Belgique, Louise Marie, avait vécu un mariage arrangé, quasiment forcé, avec notre premier roi, Léopold I.
Elle était catholique-romaine, et lui protestant.

Elle était ouverte, vivante, accrochée à lui. Il était taciturne, il ne cherchait que la solitude.

etc

Un couple qui était en plus soumis à des devoirs qui dépassent l'entendement, dans un pays soumis à toutes les tensions, encore en état de guerre larvée avec son voisin du nord (Pays-Bas), un pays qui renaissait de ses cendres sous une forme politique nouvelle (royauté constitutionnelle) et où tout était à faire. Et à sa tête, un couple avec tant d'ennuis, si peu de vie privée.

On possède encore la lettre qu'elle lui a écrite comme testament, qu'il n'a reçue qu'après la mort de sa femme.


"Cher, cher ami,

Ce testament te sera remis lorsque je ne serai plus, lorsque mon coeur, ce coeur qui n'aura jamais battu que pour toi, aura cessé de
battre, lorsque mes yeux qui aimaient tant à te contempler seront fermés par la mort et que mon âme seule pourra veiller sur toi, lorsque enfin je n'aurai plus d'espoir de te revoir que dans ce monde inconnu, objet de tes préoccupations et de tes voeux et où, je
l'espère, Dieu nous fera la grâce d'être éternellement réunis. Puisses-tu trouver dans l'expression de mes dernières volontés et
deviner par-delà les mots une faible partie de l'affection et de la reconnaissance que j'éprouve pour toi et qu'aucun langage humain ne
pourra jamais rendre. Puisse Dieu se charger de la dette de ma reconnaissance et te remercier de ta bonté pour moi en te bénissant et en te protégeant en toutes choses comme mon coeur le désire et le lui demande sans cesse. Puisses-tu être heureux que je l'ai été par toi et près de toi. Puisses-tu être aimé, apprécié, chéri, admiré, j'allais presque dire adoré par beaucoup comme tu l'as été par moi. Puissent tes enfants être toujours pour toi une source de joie et de consolation. Puisse ta mort être douce comme celle du juste et tes derniers moments embellis par le souvenir de tout le bien que tu as fait à moi et aux autres. Puisses-tu, pendant l'éternité, jouir de ce bonheur immatériel et sans bornes pour lequel ton âme a été créée plus que toute autre et puissé-je te servir, toi et ceux que tu as aimés, ou seulement te voir de loin dans cette éternité bienheureuse et avoir la certitude de ton bonheur, même sans le partager.
Tels sont, cher ami, mes derniers et mes plus chers voeux car il n'y a pas un battement de mon coeur ni une pensée de mon âme qui ne soit à toi et pour toi. Mon affection pour toi, cette affection qui a été, je puis le dire, la vie de ma vie, le mobile et l'essence de mon existence ici-bas doit même, je le sens, être immortelle comme l'âme que Dieu m'a donnée pour L'adorer, Le servir, Le prier et apprécier Ses bienfaits et doit, comme elle, survivre à ce corps de boue. Quel que soit le moment où Dieu tout-puissant m'appellera à Lui et quelque déchirement que la pensée seule de me séparer de toi me fasse éprouver, je ne puis que bénir Son nom, adorer Ses décrets, m'y soumettre et Le remercier du bonheur si grand et si peu fait pour la terre qu'Il m'a départi en m'unissant à toi. D'ailleurs, que ma vie soit longue ou courte, j'aurai toujours assez vécu si je t'ai été bonne à quelque chose, ne fût-ce qu'un instant."

Cité par Madeleine Lassère, "Louise reine des Belges: 1812-1850", 2006, pp. 258-259


Avouez, c'est quand même autre chose que les frasques républicaines ou les écrits de nos politiciens...


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