"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 juin 2012

Le jeûne des saints Apôtres (p. Stephen Freeman, évêque copte Youssef)


L'année Orthodoxe a un rythme, un peu comme la marée qui monte et redescend - sauf que ce rythme-ci est une ondulation entre les périodes de jeûne et de fêtes (enfin, quelques jours). Chaque semaine, à quelques exceptions près, les mercredi et vendredi sont marqués par le jeûne, et chaque célébration de la Divine Liturgie se prépare en s'abstenant de manger après minuit, jusqu'à communion aux saints Dons.

Voilà, c'est un rythme. Notre monde moderne a perdu la plupart de ses rythmes naturels. Le soleil se lève et éclaire, mais il ne provoque que peu d'effet en un monde qui est mû et dirigé par d'autres sources d'énergies. En Amérique du nord, à peu près tout est toujours ou presque en fête, quand bien même toute la pharmacopée que nous utilisons pour préserver cette merveilleuse corne d'abondance est probablement occupée à lentement empoisonner nos corps.

Les saintes Écritures parlent des rythmes du monde - "le soleil règnera sur le jour.. la lune et les étoiles règneront sur la nuit.."

Le rythme de l'Église ne cherche pas à nous rendre esclaves du calendrier, ni ne traite certains aliments comme éléments de péché. Il nous appelle simplement à une manière plus humaine de vivre. Ce n'est tout simplement pas humain de manger tout ce dont vous avez envie, n'importe quand. Même Adam et Even, aux origines, dans le Jardin, savaient qu'ils avaient à s'abstenir du fruit d'un arbre bien précis.

Les Chrétiens Orthodoxes ne se meurent pas lorsqu'ils jeûnent - simplement, nous nous abstenons de certains aliments, et en général nous mangeons moins.

En même temps, on nous enseigne de prier plus souvent, de participer plus fréquemment aux offices liturgiques, et d'accroître notre générosité envers autrui (aumône).

Mais c'est un rythme - les jeûnes sont suivis de fêtes. Le jeûne des Apôtres commence le 2ème lundi après la Pentecôte, et se termine par la Fête des saints Pierre et Paul le 29 juin. Dans ce qui s'appelle la chrétienté, la plupart l'ignorent. Les Chrétiens Orthodoxes sont entrés en période de Carême alors que le monde entier pense à ses vacances.

Le Dieu vu par nos contemporains ressemble à leur vision du régime - nous voulons autant que Lui que nous le souhaitons - n'importe où, n'importe quand. Il n'y a plus de rythme à nos désirs, uniquement la montée et la descente des passions.

Il n'y a pas de légalisme dans le jeûne orthodoxe. Je ne crois pas que Dieu punisse ceux qui manquent le jeûne. Je crois qu'en ce qui les concerne, c'est eux qui simplement deviennent de moins en moins humains. Nous n'acceptons pas les limites et confinements de notre existence, et nous nous retrouvons alors avec des désirs qui sont incessants et déréglés. Ca nous rend bestiaux.

Pour ceux qui ont commencé à jeûner - que Dieu vous donne la grâce! Pour ceux qui ne connaissent rien de ce jeûne - que Dieu vous donne la grâce et vous préserve d'un monde qui vous dévorera. Que Dieu nous donne à tous les miséricordes de Sa bonté, et nous aide à nous souvenir des oeuvres de Ses bienheureux Apôtres!

P. Stephen





Le Jeûne des Apôtres (évêque Youssef)



Que la Paix du Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous.


Le 5ème d'Abib, nous célébrons la "Fête des Apôtres." En préparation de cette fête, j'aimerais vous partager quelques réflexions concernant les Apôtres et la fondation de l'antique Église. Ma prière est que tous seront attirés plus fortement vers Dieu, vers une compréhension de qui étaient les Apôtres, et de ceux qui ont reçu l'instruction des disciples des Apôtres.

"
Puis Il gravit la montagne et appela ceux qu'Il voulut. Ils allèrent à Lui. Il en établit douze pour demeurer avec Lui. Il les enverrait prêcher avec la puissance de chasser les démons. Il institua donc les Douze (apôtres)" (Mc 3,13-16)

Les Douze Apôtres formaient le coeur du ministère terrestre du Seigneur Jésus-Christ. Ils furent personnellement choisis par le Seigneur Lui-même, avec pouvoir d'accomplir des miracles, et furent inspirés pour enseigner et accomplir d'extraordinaires oeuvres missionnaires. En la Fête de la Pentecôte, le Saint Esprit descendit sur les Apôtres, et ils devinrent grands, rendant témoignage de la puissance de la vie, et de la mort et la Résurrection de Jésus, comme Il avait dit qu'ils devraient faire.

"Lorsque l'Époux leur sera enlevé.. alors ils jeûneront" (Mt 9,15). Le Jeûne des Apôtres est le plus ancien Carême et le premier à avoir été honoré par l'Église Chrétienne. Pendant le Carême des Apôtres, le Saint Esprit leur avait parlé : "Pendant qu'ils célébraient le culte du Seigneur après avoir jeûné, l'Esprit-Saint leur dit : « Mettez à part Barnabé et Saul pour l'oeuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, ayant pratiqué des jeûnes et des prières, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent aller." (Actes 13,2-3)

Les Apôtres ont servi le Seigneur Jésus, et par la suite ont dirigé la première génération de croyants Chrétiens. Ils avaient une telle importance que le terme "apôtre" revient près de 80 fois dans le Nouveau Testament. Les Actes d'Apôtres nous dépeignent les apôtres comme dirigeants de la première Église, à Jérusalem, pendant la première décennie de l'Église. Les apôtres ont vraiment établi l'Église, et avec leur jeûne, nous contemplons la gloire de Dieu, leur foi, et les épreuves qu'ils ont surmontées.

Les "Pères Apostoliques" sont une collection d'antique écrits Chrétiens, écrits entre le 2ème tiers du premier siècle et la fin du second. C'est une collection de paroles des antiques dirigeants de l'Église, pendant un siècle. Les "Pères Apostoliques" ne sont pas une collection complète d'écrits mais une sélection d'écrits qui ont trait aux problèmes pratiques survenus avec le développement des communautés ecclésiales des 1er et 2ème siècles. Ces problèmes comprenaient la signification du Christianisme, un style de vie Chrétien approprié, l'autorité dans les disputes, et l'établissement de la tradition.

La collection des "Pères Apostoliques" comprend :
1. Lettre de Clément de Rome
2. Lettre de Polycarpe de Smyrne
3. Lettre à Diognète - apologie de la Foi Chrétienne
4. Le Pasteur d'Hermas - révélations directes des vérités éternelles (style littéraire semblable à l'Apocalypse de saint Jean)
5. Didachè - manuel pour instruire les nouveaux convertis à la Foi et guider les responsables de communautés dans leurs oeuvres
6. Lettre de Barnabé
7. Lettres d'Ignace d'Antioche - développement de la doctrine Chrétienne antique en Asie Mineure

J'aimerais vous partager un des passages les plus passionnants de ces oeuvres, un extrait de la Lettre d'Ignace aux Romains. C'est une authentique ancienne lettre, dont il existe aussi d'anciennes versions en copte et arabe. Sous la menace d'un proche martyre, saint Ignace est escorté par les soldats de la ville d'Antioche jusqu'à la capitale, Rome. C'est son rôle d'évêque qui a mené saint Ignace à son arrestation. On considère ce passage comme "saint des saints" :



"Moi j'écris à toutes les Églises, et j'expose à tous que c'est de bon coeur que je vais mourir pour Dieu, si du moins vous ne m'empêchez pas. Je vous en supplie, n'ayez pas pour moi une bienveillance inopportune. Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ. Flattez plutôt les bêtes, pour qu'elles soient mon tombeau, et qu'elles ne laissent rien de mon corps, pour que dans mon dernier sommeil, je ne sois à charge de personne. C'est alors que je serai vraiment disciple de Jésus-Christ, quand le monde ne verra même plus mon corps. Implorez le Christ pour moi pour que, par l'instrument bestial, je sois une victime offerte à Dieu. Je ne vous donne pas de ordres comme Pierre et Paul: eux ils étaient libres, et moi jusqu'à présent je suis esclave. Mais si je souffre, je serai un affranchi de Jésus-Christ, et je renaîtrai en Lui, libre. Maintenant, enchaîné, j'apprends à ne rien désirer." (Epitre aux Romains, 4)



Pensant à ces grands hommes, l'inspiration de Dieu eux, et les Douze qui avaient ouvert la voie, contemplons avec crainte les Apôtres.

+ Youssouf




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