"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 décembre 2012

Homélie celtique sur le martyre, 8ème siècle (en la fête de saint Étienne)

1. A. TARDIF, Fragment d'homélie en langue celtique, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes. 1852, p. 193-202.

Un fragment d'homélie en langue celtique a été trouvé, il y a un demi-siècle, dans un manuscrit de la bibliothèque de Cambrai (n° 619), provenant de la spoliation de la bibliothèque capitulaire de cette ville à la fin du XVIIIe siècle. Ce texte remonterait, paraît-il, au VIIIe siècle, peut-être même un peu plus haut. En voici la traduction:

Au nom du Dieu très haut. Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix et vienne. Ce sont les paroles que notre Seigneur Jésus-Christ adresse à chacun de nous, pour nous inviter à renoncer au vice et au péché, à nous enrichir de vertus, à porter la croix pour l'amour de lui, tandis que notre âme est unie à notre corps; enfin à suivre par nos bonnes actions les traces de notre divin Maître. Jésus-Christ dit en effet.: Si quelqu'un veut Me suivre, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il vienne. Or nous ne Le suivons pas, si nous refusons d'obéir à ce précepte, si nous ne veillons pas sur nos passions, si nous ne résistons pas aux tentations. Nous prenons au contraire notre croix, quand nous acceptons les condamnations, les afflictions, le martyre pour l'amour du Christ. Comme le dit un sage : Le mot croix s'applique à ce qui nous fait souffrir ; nous avons deux manières de porter la croix du Seigneur, soit par la mortification corporelle, soit par la compassion à l'égard du prochain dont les besoins deviennent nôtres.
Celui qui ressent le mal d'autrui porte la croix intérieure. Et l'Apôtre dit aussi : Pleurez avec ceux qui pleurent, réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent : si un membre souffre, que tous les membres s'associent à cette souffrance. Lorsqu'on éprouve une douleur dans une partie du corps, qu'elle ait son siège au bras ou aux doigts, le corps tout entier souffre de cette douleur. C'est ainsi que nous devons agir : chacun des membres du grand corps humain doit prendre part aux douleurs, aux peines qui affligent son voisin, comme le dit l'Apôtre : "Quis scandalizatur et ego non uror" ? "Ne suis-je pas comme dans le feu, lorsque quelqu'un est scandalisé" ? (2 Co 11,29) Ces paroles que prononce le saint apôtre dans l'élan de sa charité reviennent à dire que je souffre des souffrances des autres, je m'afflige de leurs afflictions, je me fatigue de leurs fatigues. C'est ainsi que chaque homme doit compatir dans son coeur à toutes les maladies, à toutes les privations, à tous les labeurs de ses frères. Le sage dont nous avons rapporté la parole nous apprend aussi que toute affliction qui rentre dans l'un des trois genres de martyre peut être regardée comme une croix, que ce soit le martyre blanc, le martyre gris ou le martyre rouge. On souffre le martyre blanc quand on renonce pour l'amour de Dieu à ce que l'on aime, quoiqu'on doive endurer des privations de la pauvreté. On souffre le martyre gris quand on renonce à ses passions pour se repentir et faire pénitence. Le martyre rouge consiste à souffrir les supplices et la mort pour l'amour du Christ, comme les Apôtres qui voulaient à la fois déraciner le vice et promulguer la Loi de Dieu, de sorte qu'ils souffrirent ces trois genres de martyre. Se repentir sincèrement de ses fautes; renoncer à ses passions; supporter les tourments, les afflictions, les fatigues pour l'amour du Christ, voilà ce que comprennent les trois genres de martyre, tous précieux devant Dieu, Qui nous récompensera si nous avons su les souffrir. Chasteté dans la jeunesse, modération dans l'abondance.


in : "Les Martyrs", p.354, vol 4
Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu'au XX° siècle
Traduites et publiées par le R. P. Dom H. LECLERCQ
Moine bénédictin de Saint-Michel de Farnborough de 1903 à 1924

source (page disparue) : http://www.amdg.be/martyrs1.html

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