"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 juillet 2012

Ordination et historique de la diaconesse dans l'Église Orthodoxe (Mega Evchologion, rite oriental)

Un sujet certes "polémique", mais qui ne sera abordé que sous ses aspects liturgiques, patristiques & historiques. Comme seule remarque hors texte, je dirais que n'est pas parce qu'aujourd'hui, après des siècles de persécutions externes, de transformations internes et d'uniformisation impériale souvent imposée de force (hé oui), etc, nous ne connaissons plus telle ou telle institution ou forme de vie dans l'Église, qu'elle n'appartient pas à la volonté divine pour le fonctionnement de Son Corps, qui est cette Église. Il y a 5 ou 6 ans, dans le "SOP", un métropolite Grec dont j'ai hélas oublié le nom faisait remarquer qu'à son avis, on avait beaucoup perdu en n'ayant plus d'évêques mariés, quand il voyait la "qualité" de certains de ses confrères, tous issus (comme lui) d'une certaine forme de vie monastique.. Ce qui était hier, de par la volonté de Dieu, et qui a disparu par les vicissitudes de l'Histoire et du temps, peut bien un jour revenir. Pas nécessairement mais cela se peut. A Dieu appartient la direction de l'Eglise, car "le Christ est le chef de l'Église" (Ephésiens 5,23)


Sainte Bathilde, reine puis diaconesse


Ordination de diaconesse selon l'Euchologue
http://www.anastasis.org.uk/ordinations.htm

Le rite pour ordonner les femmes-diacres, ou diaconesses, n'est plus utilisé, bien qu'il était encore repris dans l'édition imprimée de l'Euchologue au 17ème siècle. La traduction actuelle vient de Goar, qui utilisait l'édition vénitienne de 1638 pour son Euchologue. On peut trouver un certain nombre d'autres versions du rite dans l'Euchologue de Dmitrievsky. Si aux premiers jours de l'Église les diaconesses avaient un rôle liturgique dans l'administration du Baptême et plus généralement dans le ministère auprès des femmes de l'assemblée, rôle analogue à celui des diacres auprès des hommes, à partir du 6ème siècle, comme le montre une lettre de Sevère d'Antioche adressée à une "archimandrite et diaconesse," le diaconat féminin semble avoir été conféré plus comme un honneur, en particulier aux abesses et moniales âgées, plutôt que comme une nécessité pratique: "Dans le cas d'une diaconesse, en particulier dans les monastères, l'ordination n'est pas tant reçue pour le besoin de l'administration des Mystères, mais pour l'honneur seulement." Les 2 prières du rite, en particulier la seconde, semblent refléter le côté monastique de ce développement. Je pense qu'il n'y a pas de preuve que les diaconesses auraient joué un rôle équivalent à celui des diacres dans le rite eucharistique. Le 19ème Canon du 1er Concile de Nicée semble impliquer que les diaconesses ne seraient pas ordonnées, mais seraient des laïques. A partir de Chalcédoine, la situation semble avoir changé, et le rite étendu reflète ce développement. L'ordination a lieu au même moment de la Liturgie que pour les diacres, et le rôle principal du diaconat comme ministre du Calice est mis en évidence par la remise du Calice à la diaconesse nouvellement ordonnée. Cela indique clairement que la nouvelle ordonnée était admise dans le Sanctuaire et se tenait près de l'Autel. Le canoniste du 14ème siècle Mathieu Blastares note que "hormis pour quelques détails, l'ordination de diaconesses doit être accomplie comme celle pour les diacres." Il note en particulier que "on l'amène à la sainte Table." Les détails de rubrique dans les livres plus anciens sont rares, et le formulaire actuel d'ordination n'est pas complet. Suite à cela, nous ne savons pas comment la candidate était décrite ni quel était son état ecclésiastique avant l'ordination. Je ne crois pas que le fait qu'elle ne fait que se courber et ne s'agenouille pas aie la moindre signification théologique. La proclamation de l'Évangile est la tâche première de l'évêque, qui est ordonné devant l'Évangéliaire. Le diacre est le ministre du plus bas rang à qui il est permis de lire l'Évangile dans l'assemblée Chrétienne.


Ordo pour l'ordination d'une femme-diacre
http://www.anastasis.org.uk/woman_deacon.htm

Après l'accomplissement de la sainte Anaphore et l'ouverture des portes, avant que le diacre ne dise "ayant commémoré tous les saints" (1), celle qui va être ordonnée est amenée devant l'évêque. Alors qu'il prononce l'invocation, "divine grâce" (2), etc, elle courbe la tête, et il y pose la main. Il trace trois fois le Signe de Croix sur elle et prononce la prière suivante:
Dieu Saint et Tout-Puissant, Toi qui as sanctifié le sexe féminin par la naissance selon la chair de Ton Fils unique et notre Dieu d'une Vierge et qui as accordé non pas seulement au hommes mais aussi aux femmes, le don de Ta grâce et de la venue de Ton Esprit Saint, maintenant encore, Ô Maître, daigner regarder Ta servante que voici, appelle-la à l'œuvre de Ton service (3), et fais descendre sur elle les dons précieux de ton Saint Esprit. Garde la dans la Foi Orthodoxe, dans une vie irréprochable, menée selon ce qui T'est agréable, accomplissant son ministère (4) continuellement (5). Car à Toi appartiennent toute gloire, honneur et adoration, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
Après le "amen", un des diacres prononce la prière suivante : En paix, prions le Seigneur. Et la suite, comme pour l'ordination d'un diacre masculin, avec les nécessaires changement de genre dans la prière pour la candidate.

[- Pour la paix d'en haut et pour le salut de nos âmes, prions le Seigneur.
- Pour la paix du monde entier, pour la stabilité des saintes Églises de Dieu, et pour l'union de tous, prions le Seigneur.
- Pour cette sainte maison, et pour tous ceux qui y pénètrent avec foi, piété, et crainte de Dieu, prions le Seigneur.
- Pour notre évêque N, pour l'ordre vénérable des prêtres, pour le diaconat dans le Christ, et pour tout le clergé et tout le peuple, prions le Seigneur.
- Pour le/la serviteur/servante de Dieu N, qui se fait ordonner diacre, et pour son salut, prions le Seigneur.
- Pour que Dieu, l'ami du genre humain, lui donne un diaconat sans tâche et sans scandale, prions le Seigneur.
- Faisant mémoire de notre très sainte, immaculée, toute bénie et glorieuse Dame, la Mère de Dieu et toujours vierge Marie et de tous les saints, offrons-nous nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie, au Christ, notre Dieu.
À toi, Seigneur."]

Pendant que le diacre dit cela, l'évêque, ayant toujours sa main posée sur la tête de celle qui est ordonnée, dit la prière suivante :
Maître et Seigneur, Toi qui ne repousses pas les femmes qui se consacrent à toi et qui veulent, suivant un divin conseil, Te servir dans tes Saintes Demeures, mais qui les accueilles dans l'ordre des ministres [du culte; ndt].
Accorde la grâce de ton Saint Esprit à Ta servante que voici, qui veut se consacrer à Toi et accomplir la grâce du diaconat, de la même façon que Tu as accordé cette grâce à Ta servante Phébée, que Tu avais appelée à l'œuvre du ministère (4).
Accorde-lui, Ô Dieu, de persévérer sans reproche dans Tes saintes églises, de veiller avec la plus grande attention à sa manière de vivre, en particulier à la chasteté, et fais la devenir Ta parfaite servante afin que lorsqu'elle se présentera devant le Jugement du Christ, elle puisse aussi recevoir la récompense qui convient à sa manière de vivre (6). Par la miséricorde et la philanthropie de Ton Fils Unique, avec Qui Tu es béni, etc.

Et après le "amen", l'évêque impose l'orarion de diacre sur l'épaule et autour de la nuque de la femme, sous le maphôrion, ramenant les deux extrémités par devant (7). Les autres diacres se tiennent debout hors du sanctuaire et disent : Ayant commémoré tous les saints, encore et encore, prions le Seigneur, etc. Après qu'elle aie reçu la Communion au saint Corps et saint Sang, l'évêque lui remet le Calice. Lorsqu'elle l'a reçu, elle le pose sur la sainte Table.


[1]. L'ordination prend place au même moment dans la Liturgie que pour les diacres masculins, et le rôle du diaconat comme ministère du Calice se voit mis en exergue par la remise du Calice à la diaconesse nouvellement ordonnée. Cela indique clairement que la nouvelle ordonnée était admise dans le sanctuaire et se tenait près de l'Autel. Le canoniste du 14ème siècle Mathieu Blastares note que "excepté sur quelques détails, l'ordination des diaconesses doit être accomplie comme celle des diacres." Il note en particulier que "elle est amenée à la sainte Table." Les détails des rubriques des anciens livres sont peu nombreux et la formule d'ordination concrète n'est pas donnée entièrement. Suite à cela, nous ne savons pas comment la candidate était décrite, ou quel était son statut ecclésiastique avant l'ordination. Je ne crois pas que le fait qu'elle ne fait que se courber et pas s'agenouiller aie la moindre signification théologique.
[2] Voir le rite d'ordination des diacres masculins.
[3] Grec: "diakonia".
[4] Grec: "leitourgia." Traduit ici et ailleurs par "ministère," et le verbe par "administrer."
[5] Cette prière est moins spécifique que pour le diaconat masculin et ne fait pas référence au "service des Mystères." D'un autre côté, il n'y a pas de distinction entre les sexes quant au "don du Saint Esprit" conferré par l'ordination.
[6] Alors que le modèle pour le diaconat masculin est saint Étienne, celui pour les diaconesses est sainte Phébée de Cenchrée, qui est clairement décrite comme "diaconesse" dans l'épître aux Romains chapitre 16. Par contraste avec la prière pour les candidats masculins, cette prière-ci souligne le fait que la femme s'est consacrée elle-même pour l'ordination, ce qui est plus une réminescence du rite la profession monastique.
[7] La diaconesse est décrite spécifiquement comme revêtue de l'orarion du diacre, mais elle le porte avec les 2 pans qui pendant devant elle, comme une étole occidentale, plutôt que par dessus son épaule gauche. Cette différence semble être une question d'ordre pratique, car la diaconesse portant le maphorion, ou ample voile monastique, cela aurait posé problème de devoir porter l'orarion sur l'épaule.

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L'Histoire nous a gardé la lecture "par erreur" par saint Maël d'Armagh du rite d'ordination épiscopale sur sainte Brigitte de Kildare, au lieu du rite d'abbesse, en faisant officiellement l'unique femme-évêque dans les faits connue dans l'Histoire de l'Église Orthodoxe.


A côté de cet épisode particulier, les murs la chapelle Saint-Zénon dans l'église de Sainte-Praxède à Rome ont encore cet étonnant témoignage du passé : "Episcopa Theodora". Cependant l'on ne tirera pas de conclusion trop hâtive car on donnait ce titre aux mères d'évêques. Néanmoins ce titre a dû choquer des extrémistes phalocrates car la terminaison du titre a été grattée sur la mosaïque..

Quelques diaconesses célèbres que l'on retrouve dans le Synaxaire :

Sainte Olympias la Confesseuse, diaconesse de saint Jean Chrysostome (cfr lettre 6)
Sainte Platonida de Nisibe en Syrie, higoumena et diaconesse (+ 308)
Sainte Macrine, soeur aînée de saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nysse, higoumena et diaconesse (4ème s)
Martyre Publia la Confesseuse, diaconesse d'Antioche (4ième s)


Sainte Mélanie la Jeune, disciple de saint Jérôme, fondatrice de monastères en Palestine et diaconesse (+ 31 décembre 439)
Sainte Bathilde, reine des Francs Mérovingiens puis diaconesse, fondatrice de l'abbaye royale de Corbie (7ème s)
Sainte Suzanne d'Eleutheropolis, diaconesse et martyre (4ème s)
Sainte Radegonde, reine des Francs Mérovingiens, puis ordonnée diaconesse par saint Germain de Paris (6ème s)
Sainte Tatienne la Romaine, martyre, diaconesse à Rome (+ 225)
etc, et enfin
Sainte Nonna, mère de saint Grégoire le Théologien "de Nazianze":



Guide des catacombes romaines, chapelle de Sainte-Emerentienne
"Avant l'entrée de cet arénaire, plusieurs cryptes ont la forme d'une basilique, avec le vestibule, la nef, l'abside. A droite et à gauche se trouvent des chaires qui ont servi aux prêtres, aux diacres et aux diaconesses, non pour la confession, comme on l'a dit, mais pour d'autres usages liturgiques. Les arcosoles ont tenu lieu d'autels. Il ne reste aucune inscription qui puisse nous faire savoir à qui ont appartenu ces cryptes. Ce groupe intéressant est du 3ème siècle."
Éléments d'archéologie chrétienne, volume 2, Paris 1903


Les diacres Philippe, Procore et la diaconesse Phébée (fêtée le 3 septembre)
fresque de la paroisse Agios Andreas, patriarcat de Constantinople, Allemagne




Diaconesses (Wikipedia)
http://en.wikipedia.org/wiki/Deaconess


Nous avons une preuve évidente dès le début du 2ème siècle, dans une lettre de Pline le Jeune à l'empereur Trajan, qui atteste le rôle des diaconnesses. Pline fait référence à 2 "desservantes féminines" comme étant des diaconnesses qu'il torture afin d'en savoir plus sur les Chrétiens. Ceci renforce l'existence de l'office de diaconnesse dans diverses parties de l'Empire romain. De plus, dans la Didascalie des Apôtres, on trouve une autre mention des femmes diacres. Dans ce livre, on affirme que Marie Madeleine était en effet devenue diaconnesse, elle avait aussi servi Jésus Christ. Le terme "diakonein" traduit comme "ministre" est utilisé dans le Nouveau Testament pour décrire Marie-Madeleine, Jeanne la femme du serviteur d'Hérode, Suzanne et d'autres qui se sont occupées de Jésus, comme groupe de service. Cependant, on pense généralement que l'institution des diaconnesses a vraiment commencé au 3ème siècle, vers l'époque où a été écrite la Didascalie. C'est le premier document qui discute spécifiquement du rôle des diacres et des diaconnesses au 3ème siècle, en Syrie. L'auteur y demande de prendre les diacres et diaconnesses comme "artisans pour la justice", dénotant par là même leur place importante dans la hiérarchie de l'Église.
Plus tard, au 4ème siècle, on retrouve les diaconnesses mentionnées au Concile à Nicée en 325, ce qui implique leur statut hiérarchique et consacré. Olympias, une des plus proches amies et soutien de l'archevêque Jean Chrysostome de Constantinople, était connue comme une diaconnesse riche et influente, au 5ème siècle. Même la législation de Justinien au sujet du clergé dans les grandes églises impériales de Agia Sophia (Sainte-Sagesse) et Blachernae au milieu du 6ème siècle, comporte des femmes diacres. Il reprenait aussi les femmes diacres parmi ceux qu'il énumérait pour le service à la Grande Église, Agia Sophia, comptabilisant hommes et femmes diacres ensemble, précisant par la suite 100 hommes et 40 femmes comme diacres.
De plus, de la radieuse période du 8ème siècle, le Codex Barberini contenant un manuel liturgique, fournit un rite de consécration pour les femmes diacres, qui est virtuellement identique au rite d'ordination pour les hommes diacres. Les diaconnesses ont continué d'exister après la période moyenne de l'empire romain d'Orient, en particulier dans la capitale de même que dans nombre de communautés monastiques.
La preuve de la continuité des rôles liturgique et pastoral est fournie par le Manuel des Cérémonies de Constantin Porphyrogénète, au 10ème siècle, (De Ceremoniis), qui parle d'une zone réservée pour les diaconnesses à Agia Sophia.


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Sainte Elisabeth, Néo-Martyre et Grande Duchesse de Russie, a tenté de restaurer l'ancien office de diaconnesse en Russie. Elle fut soutenue avec zèle par le métropolite Vladimir de Moscou, mais virulement opposée par l'évêque Hermogène de Saratov.
En particulier en Orient, la diaconnesse était un important intermédiaire entre la hiérarchie de l'Église et les femmes, pour les questions de cérémonial, d'instruction et d'aide sociale. Jusqu'à la chute de Constantinople, pendant ce qui est considéré comme l'âge d'or de l'Orthodoxie, les diaconnesses jouaient un rôle vital pour soutenir la foi de la famille. Par leur propre bon exemple, par l'enseignement, le conseil et les recommendations, elles guidaient les épouses et les mères dans la manière orthodoxe de vivre. Il est intéressant de noter qu'à l'époque contemporaine, il y a eu un important mouvement pour essayer de restaurer l'ordre des diaconnesses dans l'Eglsie. Saint Nectaire d'Égine a par exemple ordonné des diaconnesses pour son monastère.
On trouve décrit une tentative de restaurer l'ancien office de diaconnesse en Russie dans la Vie de sainte Élisabeth la néo-martyre, telle que rapportée par le métropolite Anastassy. Comme exposé plus haut, ses efforts pour restaurer cet office furent très chaleureusement supportés avec zèle par le métropolite de Moscou. Cependant, l'évêque Hermogène de Saratov s'y opposait, par méprise. Il en fut aussi loin que d'accuser la sainte de tendances au Protestantisme. Mais par la suite, il s'en repentit. Entre-temps, la Grande Duchesse abandonna son projet et se soumis à l'autorité de l'Église. Il est remarquable de voir qu'elle ne tira pas avantage de sa position comme Grande Duchesse pour parvenir à réaliser son rêve.
Presbytera Valerie Bockman




Publié en la fête de sainte Olympias, diaconnesse - gloire à Dieu en toutes choses!

24 juillet 2012

Le père spirituel, médecin moral de la société (saint Nectaire d'Egine)

Le père spirituel est le médecin moral de la société. Lui seul est capable d'interpréter tout le mal qui afflige la société de nos jours. Il enseignera à ceux qui vivent dans l'illusion. Il relèvera ceux qui sont tombés. Il soutiendra ceux qui s'égarent. Il éclairera ceux qui sont dans les ténèbres. Il guidera les faibles. Il aidera les pauvres. Il apaisera les crises. Il calmera les passions. Il réconciliera les séparés. Il amènera la paix entre les ennemis. Il raffermira les liens entre les gens. Et il apportera la paix aux familles. Pour vos âmes et pour votre paix, cherchez un tel médecin.
saint Nectaire d'Egine




The spiritual father is the moral physician of society. he alone is capable of interpreting all the bad things that afflict society today. He will teach those deluded; he will raise up those who have fallen; he will support those who quiver; he will enlighten those who are darkened; he will lead the weak; he will help the poor; he will subdue the urges; he will subdue the passions; he will reconcile those separated; he will make peace between enemies; he will tighten the bonds among men; and he will grant peace to families... Seek physicians for your souls and for your peace.
St. Nektarios of Pentapolis

22 juillet 2012

Pourquoi prier et demander aux saints? (hiéromoine Tryphon, EORHF)




Jésus, Unique Médiateur entre Dieu et l'Homme

La plupart des églises protestantes rejettent fermement toute intercession de saint, citant des passages tels que 1 Timothée 2,1-5, qui dit que Jésus est le seul médiateur entre Dieu et l'homme, de même que Deutéronome 18,10-11 qui semble interdire d'invoquer les âmes de défunts. Ils parlent aussi du fait qu'il n'y a pas d'exemple dans la Bible d'humains vivants priant des humains défunts - Jésus-Christ étant l'unique exception, parce qu'Il est vivant et ressuscité, et parce qu'Il est à la fois divin et humain.

Et pourtant la Bible nous demande d'invoquer ceux au Ciel et de leur demander de prier pour nous. Dans le Psaume 102, nous prions "
Anges du Seigneur, bénissez-Le, héros vigoureux qui exécutez Ses ordres, dociles à Sa parole. Armées du Seigneur, bénissez-Le, vous, Ses serviteurs, qui accomplissez Sa volonté" (Ps 102,20-21). Et dans le Psaume 148, nous prions
"
Louez le Seigneur dans les Cieux; louez-Le dans les hauteurs du firmament. Louez-Le, vous tous Ses anges, louez-Le toutes, vous, Ses armées!" (Ps 148,1-2).

Non seulement ceux au Ciel prient avec nous, mais ils prient aussi pour nous. Dans l'Apocalypse de saint Jean, nous lisons:
"
Survint un autre ange qui se plaça près de l'autel, un encensoir d'or à la main. On lui remit quantité de parfums à offrir, avec les prières de tous les saints, sur l'autel d'or qui fait face au trône. Ainsi la fumée des parfums s'éleva avec les prières des saints, de la main de l'ange, en face de Dieu." (Apoc. 8,3-4).
Et ceux au Ciel qui offrent à Dieu nos prières ne sont pas uniquement des Anges, mais aussi des humains. Jean voyait que
"
Quand il en eut pris possession, les quatre Vivants et les 24 Vieillards s'inclinèrent bien bas devant l'Agneau; ils tenaient chacun une cithare et des coupes d'or emplies de parfums (ce sont les prières des saints)" (Apoc. 5,8). Le simple fait, comme le montre ce passage, c'est que les saints au Ciel offrent à Dieu les prières des saints sur terre.

Oui, nous avons le Christ pour unique intercesseur devant lez Trône, mais cela n'a jamais empêché le moindre de nos amis Protestants de demander à ses frères de confession de prier pour lui. Nous demandons toujours aux amis de Dieu de prier pour nous, lorsque nous demandons les prières de nos amis et frères dans la foi. Et le demander à ceux qui nous ont quittés est possible, parce qu'ils sont vivants dans le Christ, et offrent leurs prières au Christ, tout comme nous. Nous tous, tant ceux qui sont au Ciel que ceux encore sur terre, nous prions le même "unique Médiateur entre Dieu et l'homme", Jésus-Christ. C'est par le Christ que nous approchons du Trône du Père.

Après tout, pourquoi ne voudrions-nous pas demander les prières de ceux qui ont déjà gagné leur place au Paradis, et se tiennent déjà devant le Trône de Dieu, adorant la Sainte Trinité?

Une partie du problème des Protestants (ndt: et d'un très grand nombre de catholiques-romains "modernes") pour accepter la vénération des saints provient de leur dépendance à une approche strictement biblique de la doctrine et de la pratique. Les citations scripturaires sont donc la norme pour la majorité du débat protestant sur l'interprétation d'un passage donné. Pour la même question, l'unité liturgique et doctrinale que l'on trouve dans l'Église (Orthodoxe) tient au fait que nous avons basé à la fois notre pratique et notre culte liturgique sur la sainte Tradition et l'Écriture sainte. La Bible étant issue de la Tradition orale et vivante de l'Église, les Écritures ne sauraient être convenablement interprétées qu'au sein de la vie de l'Église. Notre unité est basée sur ce qui a toujours été enseigné.

L'Église (Orthodoxe) proclame comme dogmes ce qui a toujours et partout été enseigné. L'Église est catholique de par ce qu'elle enseigne, et la manière dont elle célèbre ne remonte pas seulement aux temps apostoliques; mais tout cela était partout enseigné et pratiqué aux temps apostoliques. Elle est catholique, universelle, parce qu'elle est la même qu'elle était depuis le tout début de son histoire. Elle se base sur sa sainte Tradition lorsqu'elle interprète la Bible, parce que c'est de sa Tradition qu'est sortie la Bible.

Un autre élément à prendre en compte, c'est comment la mentalité occidentale protestantisée interprète le concept de Christ comme unique Médiateur entre Dieu et les hommes. L'idée protestante est que médiateur signifie intercesseur. Mais il y a une signification bien plus profonde que simplement intercesseur, c'est la réconciliation entre Dieu et l'homme dans la réalité de l'union hypostatique entre Dieu et l'homme dans la Personne de Jésus-Christ. Telle est selon moi la réelle signification de ce terme de médiateur. Voyez p.ex la source latine de notre mot, mediare, "placer au milieu". Il me semble qu'on voit mieux ainsi l'erreur profonde d'interprétation. Dès lors qu'on l'a compris, toute leur argumentation contre l'intercession des saints est vaine.

Dans l'amour du Christ,
Hiéromoine Tryphon