"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 janvier 2013

Fedor Dostoïevski : anniversaire de son décès (28/1 - 9/2)


Dostoievsky sur son lit de mort


Le 28 janvier / 9 février 1981 marquait le 100ème anniversaire du décès de Fyodor M. Dostoevsky, le grand auteur Russe, qui fut probablement la plus puissante voix Orthodoxe dans la littérature mondiale au cours des siècles récents.

En marquant son anniversaire par un oukaze (décret) décrétant la célébration d'offices de commémoration pour lui dans tous les diocèses, de même que recommandant des réunions et conférences à lui consacrées, le Synode de l'Église Orthodoxe russe hors frontières a noté que "son activité créatrice était tenue en haute estime par de remarquables penseurs religieux. Ses funérailles ont été un événement extraordinnaire, et au nom de la laure Saint Alexandre Nevsky à Saint-Petersbourg, il avait été demandé à sa veuve de bien vouloir l'y enterrer, car Fyodor Michailovich Dostoïevsky était un défenseur de l'Orthodoxie."

Au contraire de la plupart des romanciers et écrivains russes du 19ème siècle, l'intentionnalité de Dostoïevsky dans son activité créative était précisément de poser les principes Orthodoxes en exemple. Après une fascination pour les idées occidentales pendant sa jeunesse, et son implication dans un groupe socialiste-révolutionnaire, Dostoïevsky revint d'une période d'exil en Sibérie en étant complètement converti à la vérité de l'Orthodoxie, et résolu à utiliser son talent littéraire pour défendre cette vérité contre les nombreux ennemis qu'elle a, et illuminer de sa lumière l'esprit du temps.
Dans "les possédés" (littéralement "les démons"), il a livré une analyse d'une précision dévastatrice de l'esprit radical révolutionnaire, et prédit ces cent millions de victimes qu'il serait nécessaire pour que la révolution réussisse en Russie (Soljénitsine a fait remarquer l'étonnante correspondance exacte avec le nombre de victimes du communisme soviétique).
Dans "Crime et châtiment", il retrace les effets de la philosophie du nihilisme (fondement de la révolution) dans l'âme d'une personne, et son salut par le Christianisme.
Dans "la légende du grand inquisiteur", que l'on retrouve au milieu des "Frères Karamazov", il décrit la différence entre la déformation occidentale du christianisme et la véritable version, l'Orthodoxie. Et dans "la diaspora d'un occident", il a exposé l'unité sous-jacente entre papisme et socialisme, et leur unité finale dans le règne de l'antéchrist. Dans ces livres-là et d'autres encore, il met à nu l'intention et la finalité de l'humanisme séculier moderne : une société sans Dieu. Il exprima la définition "théologique" de ce but plusieurs années avant que Nietzche ne le face en Occident : Il n'y a pas de Dieu (ou "il n'y a pas d'immortalité"), dès lors tout est permis. Mais au contraire de Nietzche, dont l'incapacité à croire l'a mené à la folie, Dostoïevsky a livré avec son diagnostic la réponse à cette maladie moderne de l'âme : le retour aux fondamentaux du Christianisme, dans l'Orthodoxie.

Dostoïevsky était un homme passionné, qui a connu beaucoup de chutes et d'erreurs. Mais on le commémore comme celui qui, étant cet homme profondément "moderne" qui en était arrivé à voir "l'unique nécessaire" dans la vie, opposa une sincère lutte contre ses passions, et nous aida tous à voir plus clair dans la nature et le fonctionnement des passions et du péché dans l'homme déchu. L'Ancien saint Ambroise d'Optina disait de Dostoïevsky, après que ce dernier eu visité son monastère, qu'il était "celui qui se repent." Il est donc bien plus proche aujourd'hui pour les convertis Orthodoxes que  nombre d'hommes plus parfaits, tels les grands ascètes Russes du 19ème siècle, et peut aider à leur ouvrir la voie vers la vérité salvifique de l'Orthodoxie. Par dessus tout, ses portraits pleins de compassion pour les souffrants et les miséreux, et même pour ceux victimes des passions, peuvent aider les convertis Orthodoxes à développer le souci et la compassion chrétien basique qui manquent si souvent dans notre époque si intellectuelle.


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