"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

14 janvier 2013

Saint Augustin d'Hippone et la Prière du Coeur

Ainsi averti de revenir à moi, j’entrai dans le plus secret de mon âme, aidé de Ton secours. J’entrai, et j’aperçus de l’oeil intérieur, si faible qu’il fût, au-dessus de cet oeil intérieur, au-dessus de mon intelligence, la Lumière immuable; non cette lumière évidente au regard charnel, non pas une autre, de même nature, dardant d’un plus vaste foyer de plus vifs rayons et remplissant l’espace de sa grandeur. Cette lumière était d’un ordre tout différent. Et elle n’était pas au-dessus de mon esprit, ainsi que l’huile est au-dessus de l’eau, et le ciel au-dessus de la terre; elle m’était supérieure, comme auteur de mon être; je lui étais inférieur comme son ouvrage. Qui connaît la vérité voit cette lumière, et qui voit cette lumière connaît l’éternité. L’amour est l’oeil qui la voit,

O éternelle vérité! ô vraie charité! ô chère éternité! Tu es mon Dieu; après Toi je soupire, jour et nuit; et dès que je pus Te découvrir, Tu m’as soulevé, pour me faire voir qu’il me restait infiniment à voir, et que je n’avais pas encore les yeux pour voir. Et Tu éblouissais ma faible vue de Ta vive et pénétrante clarté, et je frissonnais d’amour et d’horreur. Et je me trouvais bien loin de Toi, aux régions souterraines où j’entendais à peine Ta voix descendue d’en-haut : "Je suis la nourriture des forts; crois, et tu me mangeras. Et je ne passerai pas dans ta substance, (423) comme les aliments de ta chair ; c’est toi qui passeras dans la Mienne.»

Et j’appris alors que Tu éprouvais l’homme à cause de son iniquité, et qu’ainsi "Tu avais 'fait sécher mon âme comme l’araignée' ( Ps. 38, 12)." Et je disais : N’est-ce donc rien que la vérité, parce qu’elle ne s’étend, à mes yeux, ni dans l’espace fini, ni dans l’infini? Et Tu m’a crié de loin : Erreur, Je suis Celui qui est ( Exod. 3,14)! Et j’ai entendu, comme on entend dans le coeur, Et je n’avais plus aucun sujet de douter. Et j'eusse douté plutôt de ma vie que de l’existence de la vérité, "où atteint le regard de l’intelligence à travers les créatures visibles" (Rom. 1, 20).
Saint Augustin, évêque d'Hippone, Confessions, livre 7, ch.10




I entered into my inward self, Thou leading me on; and I was able to do it, for You had become my helper. And I entered, and with the eye of my soul (such as it was) saw above the same eye of my so
ul, above my mind, the Unchangeable Light. Not this common light, which all flesh may look upon, nor, as it were, a greater one of the same kind, as though the brightness of this should be much more resplendent, and with its greatness fill up all things. Not like this was that light, but different, yea, very different from all these. Nor was it above my mind as oil is above water, nor as heaven above earth; but above it was, because it made me, and I below it, because I was made by it. He who knows the Truth knows that Light; and he that knows it knows eternity. Love knows it. O Eternal Truth, and true Love, and love Eternity! You are my God; to You do I sigh both night and day. When I first knew You, You lifted me up, that I might see there was that which I might see, and that yet it was not I that did see. And Thou beat back the infirmity of my sight, pouring forth upon me most strongly Your beams of light, and I trembled with love and fear; and I found myself to be far off from You, in the region of dissimilarity, as if I heard this voice of Yours from on high: "I am the food of strong men; grow, and you shall feed upon me; nor shall you convert me, like the food of your flesh, into you, but you shall be converted into me." And I learned that You correct man for iniquity, and You make my soul consume away like a spider. And I said, "Is Truth, therefore, nothing because it is neither diffused through space, finite, nor infinite?" And You cried to me from afar, "Yea, verily, ‘I Am that I Am.’" And I heard this, as things are heard in the heart, nor was there room for doubt; and I should more readily doubt that I live than that Truth is not, which is "clearly seen, being understood by the things that are made." Rom. 1:20
St Augustine, Confessions, Bk. 7.10

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