"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

23 mars 2013

Le rire est-il interdit en Carême?


Le Carême est-il une période où il faut aussi s'abstenir de rire de tout, et avant tout de soi-même?

Faut-il tirer la gueule jusque par terre pour "avoir l'air d'un ascète"?

Faut-il considérer que seule la lecture jusqu'à la nausée de livres "spirituels" va nous amener à être "bien vus" de Dieu?

Quand notre Seigneur Jésus demande à l'aveugle "que veux-tu que Je fasse pour toi?", n'y-a-t'il pas une forme d'humour là derrière, Dieu sachant si bien ce que l'on en attend? Et à Canaa, notre Seigneur que les pharisiens traitaient de buveur et de glouton, Il est resté stoïque aux noces, regardant en chien de faïence la fête se déroulant devant Lui, ou bien a-t'Il pleinement participé à ces réjouissances, et donc aussi aux rires qui immanquablement accompagnent les fêtes?

Et quand notre Seigneur nous parle de se retirer "dans la chambre haute, et là ton Père Qui est dans le secret..", nous parle-t'Il d'une chambre "matérielle", ou puisqu'en même temps Il nous invite à prier sans cesse, ne serait-ce pas la "chambre de l'âme"? Et là, Dieu est-Il couroucé si nous Lui parlons comme à un papa ("Abba"), avec respect mais aussi avec humour? Voire avec dérision envers nous-mêmes, quand nous constatons "tout ce mal que je fais et que je ne voudrais pas faire, et tout ce bien que je voudrais faire et n'arrive pas à faire"? Ne sommes-nous pas risibles aussi à nous battre pour des peccadilles alors que Dieu nous propose toute l'éternité en Son Royaume sans fin?

C'est le rire moquerie, le rire qui est un jugement de son prochain, qui est vraiment nocif. Et pas uniquement en Carême. Par contre, rire d'un bon mot de son enfant, d'une pitrerie de son chat, d'une situation vécue qui serait dramatique humainement parlant mais qu'on aborde avec philosophie "bah, il y a pire.."


"Quelle précieuse ressource de pouvoir rire de nous-mêmes! Rire de nos bévues, de nos ambitions folles non satisfaites, de nos déboires amoureux, de nos déceptions méritées ou non, de nos travers, de nos contradictions, de nos illusions! Un bon rire sain, et nous voilà désarmés envers nous-mêmes, en paix avec nous-mêmes.. et corrigés à moitié, sinon tout à fait"
Paul Nyssens, "le rire"

Je suis un peu lassé des remarques et comportements "plus orthodoxe que les Apôtres"...
Et j'ai encore envie de rire de moi-même.

Un peu de sagesse antique ne ferait pas de tort..

Felix qui se ipsum ridere potest, nam semper oblectabitur!

(Heureux celui qui sait rire de lui-même car il n'a pas finit de s'amuser)




1 commentaire:

rémy a dit…

j'imagine mal le Christ ne riant pas avec des convives, Lui qui a été invité souvent à des repas... :)