"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

02 mars 2013

Samedi des Défunts: prier pour nos chers disparus (Voice in the wilderness)


Une des plus appréciables pratiques de l'Église (Orthodoxe) est la commémoration des défunts dans nos prières liturgiques. C'est un des enseignements les plus constants de l'Église dpuis les temps apostoliques, que nos prières, offrandes et bonnes oeuvres peuvent aider les défunts.

Saint Jean Chrysostome (+ 407) parlant des défunts à ses fidèles disait :
"Assistons-les selon notre pouvoir. Pensons à quelque chose qui leur est favorable, aussi petit puisse-t'il être, mais aidons-les. Comment, de quelle manière? En priant pour eux, en demandant à d'autres de prier pour eux, et en faisant l'aumône aux pauvres en leur faveur! (Hom. sur Phil. 3,4)



C'est une grande consolation pour nous autres, les amis et proches de nos défunts, d'être en mesure de les aider et de leur rester unis par le lien d'amour éternel. Saint Ambroise de Milan (+ 397), prêchant à la commémoration de l'empereur pour le 40ème jour après sa mort en 395, consolait les fidèles en disant : ".. j'aime l'homme (l'empereur) et je ne l'abandonnerai pas jusqu'à ce que, par mes larmes et mes prières, je l'ai amené à la sainte Montagne de Dieu (Ps 2,6), où est la vie éternelle!" (oraison funèbre de Théodose, 37)

La coutume d'offrir des prières et des sacrifices pour les défunts nous vient de l'Ancien Testament. La sainte Écriture loue cette coutume comme pieuse et bonne, comme il est écrit "c'était là bonne et religieuse pensée; voilà pourquoi il demanda un sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils fussent absous de leurs fautes" (II Maccabées 12,46).




Dans l'Église (Orthodoxe), la commémoration des défunts est considérée comme une des principales oeuvres de miséricorde. Saint Paul pria pour son dévoué ami Onésiphore afin que le Seigneur lui accorde miséricorde lorsqu'il sera devant le trône du jugement de Dieu (2 Tim. 1,18).

Toutes les antiques Liturgies de l'Église, y compris la plus ancienne, la Liturgie de saint Jacques, contiennent une prière pour les défunts. Dans les liturgies de saint Basile le Grand et saint Jean Chrysostome, on reprend aussi des prières pour les défunts.

Saint Jean Chrysostome interprète cela ainsi : ".. Ce n'est pas en vain que les Apôtres ont ordonné que la commémoration des défunts aie lieu durant les redoutables Mystères (= Liturgie). Ils connaissaient le grand gain qu'ils (les défunts) en tirent, et le grand bénéfice. Car lorsque toute l'assemblée (le peuple) se tient les mains élevées et que le redoutable Sacrifice est là, comment nos suppliques en leur faveur ne seraient-elles pas reçues de Dieu? Et nous faisons cela pour ceux qui sont morts dans la foi! (hom. sur Phil. 3,4).

Dans l'Église (Orthodoxe), nous commémorons les défunts tous les jours à la Divine Liturgie, immédiatement après la consécration, par la prière "Souviens-toi de tous ceux qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection pour la vie éternelle, [NN, dyptiques], donne-leur le repos, ô notre Dieu, en un lieu que visite la lumière de Ta face." (Liturgie de saint Jean Chrysostome)

 



Dans notre calendrier liturgique, les samedis sont consacrés d'une manière spéciale à la prière pour les défunts. Suivant saint Jean Damascène, le Synaxaire nous en dit : "En hébreux, sabbath (samedi) signifie repos, car en ce jour-là Dieu Se reposa de Ses oeuvres (Gen. 2,2-3). Nous faisons mémoire des défunts en ce "jour de repos" car ils "reposent" de leurs soucis terrestres." Lorsque nous commémorons nos défunts, nous implorons constamment Dieu de leur donner le repos éternel, car selon les Écritures, entrer dans le repos de Dieu signifie Le rejoindre dans une vie éternelle de béatitude (Heb. 4,3-11; Apoc. 14,13). Saint Ambroise l'explique "c'est un grand repos qui comble la prière des vivants, une promesse très glorieuse" (or. Theodosius 37)

Depuis le 9ème siècle, l'Église a fixé 2 samedis avant le début du Grand Carême ainsi que le 1er samedi de Carême comme jours où l'Église commémore la vie de ceux qui "se sont endormis dans la mort", en célébrant la Divine Liturgie, et un Office de commémoration le jour que l'on appelle à présent Samedi des Défunts (ou "des âmes").





Le Triode de Carême, compilé au 9ème siècle, explique que ces jours ont été organisés pour :

1. Se préparer aux jours non-liturgiques du Grand Carême, car dans la Liturgie des saints Dons Présanctifiés, prévue en Carême, il n'y a pas de commémoration des défunts;
2. Nous rappeler notre propre mort, et rendre nos efforts pénitentiels de Carême plus signifiants; et
3. Nous donner une occasion de pratiquer de bonnes oeuvres envers nos fidèles défunts, et leur renouveler notre amour.

Dans l'année liturgique chrétienne orthodoxe, il y a 5 Samedis des Défunts, à savoir le Samedi de carnaval, les 2ème 3ème et 4ème samedis du Grand Carême, et le samedi de Pentecôte.

Le samedi de carnaval est un jour particulier de prière pour les défunts, il remonte au moins au 6ème siècle, à l'époque où a été composé le Typikon de saint Sava, appelé Typikon de Jérusalem.
Le Synaxaire, qui décrit liturgiquement la fête ou la commémoration, utilise ce jour-là l'oraison "à propos de ceux morts dans la foi", qui est attribuée à saint Jean Damascène (Migne, PG. 95, 247-278)

Le dimanche du carnaval, nous commémorons liturgiquement le Jugement Dernier (Mt. 25,31-46). Dès lors, dans notre amour, la veille nous intercédons auprès du Juge miséricordieux pour les défunts, afin qu'ils soient placés à Sa droite lorsqu'Il viendra juger les vivants et les morts.





Le samedi de Pentecôte, nous commémorons "tous les défunts depuis Adam." Par la Descente du Saint Esprit, commémorée le dimanche de Pentecôte, l'économie de notre Salut a été achevée.
Puisque la volonté de Dieu est que "tous les hommes soient sauvés" (1 Tim. 2,4), dès lors le jour précédant cette fête est mis à part comme jour de prière pour tous les défins, afin qu'ils puissent être incorporés dans l'oeuvre salvatrice du Christ. Nos ancêtres spirituels, comme part de notre bel héritage spirituel, nous ont transmis cette vénérable pratique.
Chaque année, juste avant le samedi du carnaval, les familles remettent au prêtre les listes de leurs bien-aimés défunts, demandant qu'il en soit fait mention aux offices de défunts du Samedi des Défunts. Et saint Jean Chrysostome nous assure que "alors à ce moment-là, alors que s'accomplit la célébration des Mystères, c'est pour tous les hommes le plus grand honneur d'être trouvés dignes d'être cités." (Homélie sur les Actes 21,4)

On encourage les membres de la famille à participer à ces offices du Samedi des Défunts car par leur présence et leurs prières personnelles et en recevant la sainte Communion, ils renforcent le lien d'amour avec leurs bien-aimés défunts et gardent leur mémoire éternelle!




Saint Grégoire le Théologien, évêque de Nazianze (+ 390), après avoir accomplit les offices funéraires pour son frère Césaire, conclut son eulogie par les paroles suivantes : "La partie de mon don funéraire est accomplie. Le restant, nous l'accomplirons en offrant chaque année, tant que nous vivrons, honneur et commémoration pour lui." (Oratio 7,17).

Nous devrions aussi imiter saint Grégoire en commémorant nos bien-aimés défunts, en particulier durant les Samedis des Défunts, aussi longtemps que nous vivrons, et le faire savoir à ceux qui nous suivrons, qu'ils connaissent la plénitude de cette belle et louable habitude de prier et de se souvenir des chers défunts.

Traditionnellement, certaines sortes d'aliments sont offerts et bénis au cours de l'office de commémoration. En fonction de la juridiction ou des coutume locales, cela varie beaucoup. Dans les traditions slaves et helléniques, on utilise un plat de blé cuit spécial, appelé "kolyva", qui est béni et ensuite servi dans de petits récipients.

Le blé symbolise la résurection, en ce sens que comme nous, il est enterré en terre et comme nous, il ressort pour une nouvelle vie, lui sous les épis de blé. On ajoute parfois d'autres ingrédients au blé bouilli, comme des noix, du miel, du sucre, des fruits tels des raisins secs, et des épices. Parfois chez les Antiochiens et Palestiniens, ils vont réaliser un pain d'offrande / prosphora, une énorme miche, parfois parfumée à l'eau de rose, il sera aussi béni pendant l'office des défunts et ensuite offert par la famille après l'office.

Lorsque l'on accepte du kolyva ou de la prosphore d'offrande, il faut reprendre les personnes qui en étaient commémorées dans vos propres prières durant la semaine qui s'ouvre, ajoutant ainsi vos prières à ceux de leur famille, participant avec eux à cette oeuvre de miséricorde.



 

source :
The Voice in the Wilderness, lettre paroissiale de l'église Saint John the Forerunner, patriarcat d'Antioche, archidiocèse USA.
 


A (re)lire :
La prière pour les défunts: μνημόσυνον / panikhide (Grand Carême, Hadès/enfer, koliva/κόλλυβα, etc)
http://stmaterne.blogspot.be/2008/04/la-prire-pour-les-dfunts-panikhide.html

Synaxaire en anglais pour ce Samedi des âmes
http://www.johnsanidopoulos.com/2011/02/saturday-before-meatfare-saturday-of.html

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