"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

08 mars 2013

Vouloir revenir de notre exil volontaire (P. Schmemann, Dimanche du Fils Prodigue)

Le 3ème dimanche de préparation au Carême, nous entendons la parabole du Fils Prodigue (Lc 15,11-32). A travers l'hymnographie de ce jour, remplie de références à cette parabole, le temps du repentir se révèle à nous comme le retour d'exil de l'homme. Le fils prodigue, nous dit-on, partit pour un pays lointain, et là gaspilla tout ce qu'il possédait. "Un pays lointain"  : telle est l'unique définition de notre condition humaine que nous devons assumer et faire nôtre, quand nous commençons à marcher vers Dieu. L'homme qui n'a jamais fait cette expérience, ne fut-ce que très brièvement, qui n'a jamais senti qu'il est exilé de Dieu et de la vraie Vie, ne comprendra jamais ce qu'est le Christianisme. Et celui qui est parfaitement "chez lui" en ce monde et dans la vie de ce monde, qui n'a jamais été blessé par le désir nostalgique d'une autre réalité, celui-là ne compendra pas ce qu'est le repentir.
Souvent, le repentir est simplement identifié à une froide et objective énumération de péchés et de transgressions, à un aveu de culpabilité devant une accusation légale. Confession et absolution sont envisagées comme des actes de nature juridique. Mais on néglige une chose essentielle, sans laquelle ni la confession ni l'absolution n'ont de réelle signification, ni de pouvoir. Et cette chose, c'est précisément le sentiment d'être exilé de Dieu, exilé loin de la joie de la communion avec Lui, et loin de la vraie Vie qui est créée et donnée par Dieu. Il est facile en effet de confesser que je n'ai pas jeûné aux jours prescrits, que j'ai oublié mes prières ou que je me suis mis en colère. C'est tout autre chose que de réaliser tout à coup que j'ai souillé et perdu ma beauté spirituelle, que je suis très loin de ma vraie demeure, de ma vraie vie, et que, dans la trame même de mon existence, quelque chose de précieux, de beau et de pur a été irrémédiablement brisé. Pourtant c'est cela, et cela seul, qui est le repentir, et c'est pourquoi il est aussi un désir profond de retourner vers ce qu'on a quitté, de revenir, de retrouvera la "demeure" perdue.
J'ai reçu de Dieu de merveilleuses richesses : tout d'abord la vie, et la possibilité d'en jouir, de lui donner un sens, de la remplir d'amour et de connaissance; puis au Baptême, la Vie nouvelle du Christ Lui-même, le don de l'Esprit Saint, la paix et la joie du Royaume éternel. J'ai reçu la connaissance de Dieu, et en Lui la connaissance de toute chose, et le pouvoir d'être enfant de Dieu. Et tout cela, je l'ai perdu. Tout cela, je le perds constamment, non seulement dans des "transgressions" et des "péchés", [mais] en détournant mon amour de Dieu, en préférant "le pays lointain" à la beauté de la Maison du Père.
P. Alexandre Schmemann, Le Grand Carême, ch.1 §3.






Return from exile : The Sunday of the Prodigal Son

On the third Sunday of preparation for Lent, we hear the parable of the Prodigal Son (Lk. 15:11-32). Together with the hymns of this day, the parable reveals to us the time of repentance as man's return from exile. The prodigal son, we are told, went to a far country and there spent all that he had. A far country! It is this unique definition of our human condition that we must assume and make ours as we begin our approach to God. A man who has never had that experience, be it only very briefly, who has never felt that he is exiled from God and from real life, will never understand what Christianity is about. And the one who is perfectly "at home" in this world and its life, who has never been wounded by the nostalgic desire for another Reality, will not understand what is repentance.

Repentance is often simply identified as a cool and "objective" enumeration of sins and transgressions, as the act of "pleading guilty" to a legal indictment. Confession and absolution are seen as being of a juridical nature. But something very essential is overlooked-without which neither confession nor absolution have any real meaning or power. This "something" is precisely the feeling of alienation from God, from the 'joy of communion with Him, from the real life as created and given by God. It is easy indeed to confess that I have not fasted on prescribed days, or missed my prayers, or become angry. It is quite a different thing, however, to realize suddenly that I have defiled and lost my spiritual beauty, that I am far away from my real home, my real life, and that something precious and pure and beautiful has been hopelessly broken in the very texture of my existence. Yet this, and only this, ,is repentance, and therefore it is also a deep desire to return, to go back, to recover that lost home. I received from God wonderful riches: first of all life and the possibility to enjoy it, to fill it with meaning, love, and knowledge; then-in Baptism-the new life of Christ Himself, the gift of the Holy Spirit, the peace and the joy of the eternal Kingdom. I received the knowledge of God, and in Him the knowledge of everything else and the power to be a son of God. And all this I have lost, all this I am losing all the time, not only in particular "sins" and "transgressions," but in the sin of all sins: the deviation of my love from God, preferring the "far country" to the beautiful home of the Father.
Fr. Alexander Schmemann

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