"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

02 avril 2013

L'Église a écrit la Bible! Impact sur la théologie et compréhension biblique Orient / Occident (dr. Carlton, p. Bernstein)

Lorsque Jésus est monté vers le Père, Il n'a laissé qu'une chose derrière Lui. Il n'a pas laissé un livre ou un manuel d'instruction - pour autant que nous le sachions, la seule chose qu'Il ai jamais écrit l'a été sur du sable. Il n'a pas laissé une école. Au contraire, Il a laissé Son corps et envoyé Son Esprit. Jésus a promit Sa présence vivante dans Son Corps, l'Église, qui est la plénitude de Celui Qui est tout en tout (Eph. 1,23). Il a promis d'envoyer le Saint Esprit, Qui guiderait l'Église dans la vérité toute entière (Jn 16,13). Le fait est que l'Église a écrit la Bible. Ce n'est pas la Bible qui a créé l'Église. Au contraire, l'Église a décidé quels livres étaient canoniques et quels livres ne l'étaient pas. Et seule l'Église définit avec justesse la Parole de Vérité.
Dr. Clark Carlton

 

"When Jesus ascended to the Father, He left only one thing behind. He did not leave a book or instruction manual - as far as we know the only thing He ever wrote was a scribble in the sand. He did not leave a school. Rather, 'He left His body and sent His Spirit.' Jesus promised His abiding presence to His Body, the Church, which is the fullness of Him Who filleth all in all (Eph. 1:23). He promised to send the Holy Spirit Who would guide the Church into all truth (John 16:13). The fact is, the Church wrote the Bible; the Bible did not create the Church. The Church decided which books were canonical and which were not, and the Church alone rightly defines the Word of Truth." 
Dr. Clark Carlton



L'Évangile chrétien originel



Vous pourrez être étonné d'apprendre que l'Évangile originel - la Bonne Nouvelle prêchée par Jésus-Christ et Ses disciples - est plutôt différent de ce qui est majoritairement exposé de nos jours par la grande majorité du christianisme en Occident. Pour nombre de chrétiens, entendre cet Évangile originel nécessitera un changement de paradigme majeur - un changement radical de conceptions à propos de Dieu et du Salut, qui sont au coeur de l'Évangile.
 

L'Évangile Chrétien originel commence par - l'amour...

Jean 3,16-17 dit: "Car Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.  Car Dieu n’a pas envoyé Son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Son entremise." Par ailleurs, l'Apôtre Jean dit "Dieu est amour" (1 Jn 4,8).


Qu'est-ce que l'Amour de Dieu ?

La compréhension chrétienne originelle de l'amour et du salut est, de manière frappante, radicalement différente de ce qui est habituellement exposé dans les confessions chrétiennes non-orthodoxes.

Tout d'abord : Dieu est amour – bien avant même qu'Il ne crée. Son amour n'est pas juste une expression de Sa volonté envers la Création, ou simplement un attribut, mais plutôt Dieu aime par nature – par le fait même de Celui qu'Il est. L'amour est intrinsèque à Son Essence inconnaissable.

Mais comment, dès lors, ce Dieu Un, Qui est parfait et ne manque de rien, pourrait-Il être amour, lorsque l'amour nécessite une relation à autrui ? La question de qui Dieu aime avant la Création de l'univers est résolue par l'Orthodoxie Trinitaire. Dieu est compris comme n'étant pas une unité ou monade absolue, mais une unité composée, une Trinité du Père, du Fils et du Saint Esprit. Chaque Personne de la Sainte Trinité est pleinement divine et pour l'éternité aime les deux autres. La Trinité est une éternelle union d'amour, existant avant la Création de l'univers.

Cette compréhension de ce qu'est l'amour de Dieu diffère de la compréhension des principales dénominations chrétiennes non-orthodoxes, qui tendent à voir l'amour comme un attribut créé de Dieu et non pas essentiel à Son Être ou essence. Pour le Chrétien Orthodoxe biblique, l'amour de Dieu est incréé. L'amour, plus que toute autre qualité – plus que la justice, la miséricorde, la connaissance, ou la puissance – nous communique de manière unique quelque chose d'essentiel sur Qui Dieu est.

L'amour de Dieu se manifeste dans Sa création de l'univers, et dans cette condescendance qui amène à créer des créatures ayant un authentique libre arbitre – et peuvent même choisir de résister à Son amour. Pour créer un univers capable de résister à Sa volonté, Dieu devait, à un certain point, retirer Sa toute puissance – c'est-à-dire de S'abstenir d'exercer un contrôle forcé sur Ses créatures. Cette sorte de distanciation crée un espace dans lequel Ses créatures, dotées du libre arbitre, seront à même de répondre à Son amour sans y être forcées. En quoi cela est-il essentiel ? L'amour forcé – ce que certains protestants calvinistes appellent la grâce irrésistible – n'est pas un véritable amour, parce qu'il n'est pas donné librement.
 

Dieu est-Il Humble?

Est-ce que la condescendance de Dieu dans l'amour – en créant l'univers, et Son Incarnation comme homme, Jésus-Christ – c'est la même chose que de l'humilité ?
Nous voici au coeur et au point crucial de l'Évangile originel. Parce que Dieu est amour, et aime Sa Création, à laquelle il a donné un authentique libre-arbitre, et condescend même de S'incarner en homme, Jésus-Christ, l'amour de Dieu est une manifestation d'humilité. C'est-à-dire : Dieu est humble !
Le célèbre auteur et conférencier le métropolite Kallistos (Timothy) Ware exprime cela ainsi : "Il est aussi naturel pour Dieu d'être humble qu'il est naturel d'être Tout-Puissant." Il dit aussi "Dieu est aussi humble qu'Il est Tout-Puissant." C'est-à-dire, Dieu est à la fois tout-puissant et humble.
Nous avons souvent entendu que Jésus est humble. Mais nous avons toujours compris que ce n'était qu'en Son humanité qu'Il était humble, pas en Sa Divinité. L'Évangile originel et le métropolite Kallistos disent que Dieu Lui-même – le divin Créateur du ciel et de la terre – est humble.
D'un côté, Dieu est l'omnipotent, l'omniscient, l'omniprésent Créateur de l'univers, éternel et n'ayant besoin de rien. De l'autre côté, Dieu est humble ! Non seulement Dieu en Christ, mais aussi dans les deux autres Personnes de la Trinité – Dieu le Père Lui-même, et le Saint Esprit de Dieu.

Les Saintes Écritures parlent de l'humilité de Dieu


"Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus:  Lui étant dans la forme de Dieu n’a pas usé de Son droit d’être traité comme un Dieu mais Il S’est dépouillé prenant la forme d’esclave. Devenant semblable aux hommes et reconnu à Son aspect comme un homme  Il S’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort à la mort sur une Croix." (Phil. 2,5-8)


Jésus dit : "Venez à Moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et Moi Je vous soulagerai. Chargez-vous de Mon joug et mettez-vous à Mon école, car Je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes" (Mt 11,28-29). Et de fait, la Passion du Christ – Sa dernière semaine avant Sa Crucifixion " est appelée dans l'Église Orthodoxe Son "extrême humilité."


L'humilité du Christ était vue par les Chrétiens des origines, càd Orthodoxes, non pas comme une faiblesse morale mais comme une force morale. L'humilité de Dieu n'est pas une expression de faute ou d'incapacité, mais une manifestation de perfection. A savoir que du fait que Dieu est parfait amour, Il est humble. Dieu ne cesse pas d'être humble après la Résurrection, comme si l'humilité n'avait pas de réalité éternelle – comme si elle n'était qu'une qualité créée, utilitaire, temporaire, nécessaire pour sauver l'homme. Au contraire, Dieu ne cesse pas d'être humble parce qu'Il nous aime, nous nourrit et nous soutient sans fin. Et c'est une raison pour laquelle les Chrétiens des origines croyaient que le corps humain glorifié de Jésus conservait ses blessures après la Résurrection (comme le vit Thomas) : parce qu'elles sont un rappel visuel permanent de Son humilité plein de condescendance.


Que le Dieu Chrétien est un Dieu d'amour, qu'il est amour et manifeste Son amour dans l'humilité, cela a de stupéfiantes implications pour nous. Pour commencer, cela signifie que puisque Dieu aime, nous devrions aimer ; puisque Dieu est humble, nous devrions être humbles. Cela signifie aussi que Dieu nous aime tous, inconditionnellement – le juste et l'injuste, maintenant et pour toujours – parce qu'il n'est dans la nature de Dieu que d'aimer, pas de haïr.


Jésus dit : "Vous avez entendu dire 'tu aimeras ton prochain et haïra ton ennemi'. Et bien Moi Je vous dis, aimez vos ennemis .. afin que vous puissiez être enfants de votre Père Qui est dans les Cieux" (Mt 5,43-45). Jésus nous dit que nous devrions aimer nos ennemis parce que Dieu le père aime Ses ennemis. En effet, même du haut de la Croix, le Dieu-Homme crucifié pria pour Ses ennemis, disant "Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font !" Et en aimant nos ennemis, Dieu dit que nous devenons enfants de notre Père dans les Cieux – c'est-à-dire que nous devenons semblables à Dieu, d'authentiques enfants de Dieu. Et le verset conclut en disant "car Il (càd le Père) fait lever Son soleil sur les méchants et sur les bons."


Cette compréhension du soleil brillant autant sur tous a été utilisée par les premiers Chrétiens comme exemple de la nature inconditionnelle de l'amour de Dieu. C'est-à-dire que le soleil rayonne toujours de la lumière – jamais des ténèbres. Dès lors, d'où proviennent les ténèbres ? Les ténèbres que nous expérimentons ne viennent pas de ce que le soleil retiendrait sa lumière ; cela ne vient que du fait que nous nous cachons de la lumière, nous fermons nos yeux à la lumière. Nos ténèbres ne viennent que de notre propre aveuglément.

Saint Antoine le Grand, fondateur en Égypte du monachisme au 4ème siècle, exposait cela parfaitement : "Dire que Dieu Se détournerait des méchants, c'est comme dire que le soleil se cacherait des aveugles."

Alors quelle est la cause de la souffrance pour ceux qui rejettent la lumière de Dieu dans leurs vies? Leur souffrance vient de l'impossibilité d'échapper à la lumière. La lumière et l'amour de Dieu sont omniprésents; ils imprègnent l'univers, un peu comme la Divine Lumière de Dieu dans le Buisson Ardent - ce buisson qui brûlait sans jamais se consumer. Et c'est ce que David dit dans le Psaume 139 : "Où irai-je loin de Ton Esprit, où fuirai-je loin de Ta face? Si j’escalade les cieux, Tu es là, qu’au shéol je me couche, Te voici."

Cet amour de Dieu qui tout imprègne était le thème central de l'Évangile originel. Mais le temps passant, cette compréhension de l'amour a été grandement distordue et pervertie par des enseignements non-bibibliques, non-Orthodoxes.

Examinons une de ces déformations de l'Évangile originel, qui imprègne le catholicisme-romain et le protestantisme : l'idée que la mort vient de Dieu. Ce point de vue erroné est un développement de la fausse doctrine qui prévaut parmi les dénominations non-Orthodoxes, affirmant que la culpabilité du péché qu'Adam a commis et ayant entraîné la Chute, passe de génération en génération à toute l'humanité. C'est ce qui est appelé "l'héritage de la culpabilité du péché originel." Cet enseignement non-biblique, ni les Juifs ni l'Église Chrétienne Orthodoxe ne l'ont jamais soutenu, ni aux temps bibliques ni de nos jours.

La mort vient-elle de Dieu?

Les saintes Écritures disent "Et le Seigneur Dieu fit à l’homme ce commandement: "Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu mourras sûrement" (Gen 2,16-17). Peu importe la manière dont le passage est interprété – que ça soit littéralement ou symboliquement – toutes les interprétations considèrent que l'homme s'est détourné de Dieu, et qu'il en résulta qu'il perdit son intimité avec Dieu et chuta dans un état de confusion et de mort. C'est ce qui est appelé "la Chute." Péché, mortalité et mort, tant spirituelle que physique, furent le résultat direct de la désobéissance de l'homme.


Jusque là tout va bien. Jusqu'à la prochaine principal affirmation : que la mort était le résultat direct d'une phrase punitive prononcée par Dieu. C'est-à-dire que Dieu a établi la loi "vous ne mangerez pas de ce fruit, sinon vous en mourrez, sûrement" – et lorsqu'Adam et Eve ont enfreint cette loi, la mort a suivi la proclamation punitive de Dieu. C'est-à-dire que Dieu Lui-même les aurait alors rendus mortels – et les aurait fait mourir. L'action et la punition qui en résulte sont comprises comme étant de nature juridique. Dans cette compréhension non-orthodoxe de la Chute, Dieu n'avait pas d'autre choix que de déclarer qu'Adam et Eve allaient mourir. L'action punitive était requise par une nécessité à laquelle Dieu Lui-même était liée – la nécessité d'être juste.


Par contraste avec cette vision juridique, la vision biblique orthodoxe expose que lorsque Dieu a dit à Adam qu'il mourrait s'il mangeait du fruit défendu, ce n'était que le simple exposé d'un fait. Le Seigneur disait en substance que "si tu te détourne de Moi, la seule source de vie, alors la mort en sera la conséquence." Dieu n'a pas dit "Je vais te tuer," mais plutôt "tu mourras." Puisque Dieu seul a la vie en Lui-même et est la source de toute vie, seule la vie sait sortir de Lui. En se détournant de Dieu, la fontaine vivifiante, l'homme s'est tourné vers la mort.
En mangeant du fruit, Adam et Eve ont cessé de désirer Dieu. Ils ont cessé de chercher après Lui pour leur subsistance, pour leur nourriture, et au contraire ont mangé d'un fruit qui représente le monde. En mangeant le monde, ils ont regardé vers la Création elle-même pour leur subsistance au lieu de vers Dieu. Ainsi donc par cet acte, les premiers parents ont cherché à exclure Dieu de leurs vies, et à vivre de manière autonome – indépendamment de Dieu.


Dans l'Orthodoxie, le péché est bien plus qu'un manquement moral ou l'échec à mener une vie conforme à quelque code comportemental externe. Le péché, c'est ne pas parvenir à mener une vie d'amour et de communion, ne pas parvenir à la plénitude, ne pas être sain, complet. C'est le rejet de la communion personnelle avec Dieu. Le péché nous limite nous-mêmes, nous isolant afin de vivre de manière autonome, indépendante, à mener une vie où l'on se suffit à soi-même. En un sens, le péché est un amour de soi obsessionnel. Pour l'Orthodoxe, l'autonomie absolue de l'individu est un péché, c'est en effet le "péché des origines." Notre offense vers Dieu n'est pas que nous aurions "offensé Son honneur," mais plutôt que nous nous serions détournés de la vie elle-même. Le péché, c'est nier l'image de Dieu en l'homme, et celle de Dieu Lui-même. C'est de l'auto-destruction. Dieu hait le péché, non pas pour ce que cela Lui causerait, mais pour ce que cela nous cause.


La différence entre ces deux conceptions ne saurait être surestimée : la conception non-orthodoxe (qui est communément acceptée par les catholiques-romains et les protestants) insiste que la mort est le jugement rétributif direct de Dieu sur l'homme pour avoir enfreint Sa loi. La lecture Orthodoxe insiste que la mort est une condition que l'homme s'est lui-même imposée en s'étant détourné de Dieu, seule source de vie. En ce sens, c'est un suicide spirituel et physique.
La différence entre ces deux vues est cruciale, car si je crois que al mort viendrait quelque part de Dieu, je serai tenté de voir Dieu Lui-même comme un obstacle qui doit être vaincu si je veux gagner le salut. Clairement, le but alors, c'est d'apaiser un Dieu en colère. Hélas, certains chrétiens voient même la Trinité ainsi : Dieu le Père est vu comme cette figure totalement inapprochable de l'Ancien Testament, avec une longue barbe blanche flottante – féroce, dur, vindicatif et antipathique. Il est le Dieu de justice et de jugement, comme le dieu viking Odin qui écrasait d'éclairs de tonnerre les chétifs, fragiles et mortels humains. Par contraste, Jésus-Christ est vu comme le gentil, aimable et compatissant Agneau de Dieu qui comme Fils cherche à apaiser Son colérique père. (le Saint Esprit est une étrange Personne d'où Il est souvent ignoré).
Dans la compréhension originelle Orthodoxe de l'Évangile, le problème n'est pas légal ou juridque, mais ce qu'on appelle ontologique en théologie. C'est-à-dire qu'il touche à l'essence même de ce que nous sommes – l'état intérieur de notre coeur.


Le refus Orthodoxe de considérer la Chute et le péché comme étant d'abord un problème juridique a un très profond impact sur les développements théologiques qui le suivent. Puisque la mort n'est pas vue comme un problème juridique, alors sa guérison ne l'est pas non plus. Dans le protestantisme, le salut signifie essentiellement échapper à l'enfer et aller au ciel. Dans l'Orthodoxie, le salut signifie non pas être sauvé de la vengeance de Dieu, mais de la puissance, du contrôle, de l'aiguillon et du poison des trois grands ennemis : le péché, la mort et le diable.

A quel point en est notre chute ?


La réponse à cette question dépend de deux choses : quel état l'état à partir duquel nous avons chuté, et dans quel état avons-nous chuté ? Dans le christianisme non-orthodoxe, tant la hauteur dont nous sommes tombés que la profondeur dans laquelle nous avons chuté sont considérées comme bien plus grandes que dans l'Orthodoxie. La forme extrême de cette vision, le calvinisme, voit l'homme comme ayant chuté d'un état de perfection absolue vers un état de totale dépravation, n'ayant conservé aucune capacité en lui de revenir à Dieu.


Dans son livre "L'Église Orthodoxe," le métropolite Kallistos Ware dit que les Orthodoxes "ne peuvent être d'accord avec saint Augustin lorsqu'il écrit que les humains sont dans un état de 'nécessité irrésistible' de commettre le péché, et que 'la nature humaine a été vaincue par la faute dans laquelle elle a chuté, et ainsi vint le manque de liberté.'" La position Orthodoxe est que "l'image de Dieu est déformée par le péché, mais jamais détruite." Il continue en rappelant "dans les paroles d'une hymne chantée par les Orthodoxes à l'Office des Funérailles : 'Je suis l'image de Ta gloire inexprimable, quand bien même je porte les cicatrices du péché.' Et parce que nous conservons toujours l'image de Dieu, nous conservons toujours le libre-arbitre, bien que le péché en limite les capacités. Même après la Chute, Dieu 'ne retire pas à l'homme la capacité de volonté – celle de Lui obéir ou non.'"


Selon saint Irénée (2ème siècle), l'état originel de l'homme était celui de l'enfance spirituelle, de l'innocence et de la simplicité jointe à la pureté morale. L'homme devait parvenir à la ressemblance divine par un lent processus. Il ne voit pas la chute de l'homme comme une rébellion totale mais plutôt comme le désir impulsif de grandir avant que n'en soit venu le temps.


La métaphore de l'oeil endommagé est utile pour comprendre la différence entre les deux points de vue. Le modèle de la dépravation totale voit la Chute comme ayant détruit l'oeil spirituel de l'homme, de sorte qu'il n'est plus capable de la moindre vue spirituelle. Son seul espoir c'est de recevoir un tout nouvel oeil de Dieu. Dans le calvinisme, Dieu décide unilatéralement qui recevra un nouvel oeil et qui n'en recevra pas. C'est appelé la double prédestination, parce que Dieu seul décide (prédestination) qui recevra la grâce irrésistible et ira au ciel, et qui ne recevra pas la foi et ira en enfer.


Par contraste, dans la vision biblique originelle Orthodoxe, la Chute a endommagé l'oeil spirituel mais ne l'a pas complètement détruit [1]. Nous ne sommes pas complètement aveugles. Pourquoi ? Parce qu'ayant été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, nous conservons encore le libre-arbitre et un certain désir de Dieu.


La manière dont un problème est défini détermine le type de solution qui est recherché. C'est-à-dire que si nous avons un problème légal / juridique, nous irons chez un avocat. Si, d'un autre côté, nous avons un problème médical, nous irons chez un médecin. Très tôt dans le Christianisme occidental, la vue erronée de notre état de chute comme étant principalement un problème juridique a eu pour résultante des solutions proposées dont l'Église Orthodoxe n'a jamais ressenti le besoin.


La vision de la mort comme une malédiction ou un jugement de Dieu a eu pour conséquence le développement parmi les non-orthodoxes de diverses théories d'apaisement ou d'expiation qui n'ont aucun fondement biblique. Ces visions déformées d'expiation – ou de moyen de salut – présentent le Dieu Chrétien comme un Dieu vengeur, vindicatif qu'il convient d'apaiser avant qu'Il ne nous détruise.

Solutions à des problèmes qui n'existent pas.


Historiquement, le christianisme occidental (2) a développé 4 théories expiatoires majeures.

1. Faudra-t'il payer le diable ?
La première importante théorie expiatoire non-bibliques est appelée la théorie de la "rançon" ou "négociation". Elle soutient que dans la Chute, Adam et Eve ont vendu l'humanité au diable. De ce fait, nous sommes devenus la propriété du diable, et la justice demande qu'il lui soit payé une rançon pour notre liberté. C'est de cette idée que vient l'expression "il faudra payer le diable."
La solution présentée par cette théorie, c'est que Dieu a trompé le diable en lui faisant accepter la mort de Jésus comme rançon. La mort et l'Hadès n'ont pas pu retenir Jésus, mais Son sacrifice et Sa mort ont cependant satisfait l'exigence de justice du diable. En S'offrant Lui-même comme l'Agneau sacrificiel de Dieu, Jésus a libéré l'humanité déchue de la revendication que le diable avec sur nous. Ce point du vue a prévalu dans le christianisme occidental mille ans durant après le Christ.

2. Un paiement pour apaiser un Dieu Courroucé ?
Au 11ème siècle, Anselme, archevêque de Canterbury (3) écrivit "Pourquoi Dieu S'est-Il fait homme ?" Cette critique de la théorie de la rançon / négociation a eu pour effet son abandon virtuel. La critique d'Anselme est que le diable est un bandit et n'a rien à revendiquer de l'humanité. Dès lors Dieu n'a pas à lui payer quoi que ce soit afin de nous libérer.
Le principe expiatoire d'Anselme a été appelé la théorie de la "dette" ou "satisfaction". Il se base en partie sur le concept de dépravation totale, qui affirme que le péché de l'homme contre Dieu (qui est total) doit être absolument puni par Dieu. Selon cette théorie, l'honneur et la justice de Dieu demandent que pour éviter cette punition, la dette que la race humaine a envers Lui soit payée ou satisfaite. De nous-mêmes, nous ne saurions payer la dette envers Dieu, parce que nous sommes déchus et pécheurs. Il n'y a que Jésus-Christ Qui pourrait payer ce que nous devons à Dieu, parce qu'Il est sans péché et parfait. En mourant sur la Croix, le Christ a complètement payé cette dette pour chacun d'entre nous. Si nous croyons l'expiation de substitution de Jésus, alors nous sommes pardonnées, et Dieu est libre de nous accorder Sa grâce et Sa miséricorde.
Dans la théorie de la rançon ou négociation, la dette était due au diable. Dans la théorie de la dette ou de la satisfaction, la dette est due à Dieu. Dans cette compréhension, même si nous nous repentons, Dieu est carrément incapable de nous pardonner nos péchés parce qu'Il est contraint par la nécessité de ce qui est appelé "justice divine." La justice divine et l'honneur offensé demandent un dédommagement, un sacrifice, et une punition afin de rencontrer l'exigence de justice avant que Dieu ne puisse nous pardonner. Bien que Dieu est amour, à moins que Sa terrible vengeance ne soit appliquée, selon ce point de vue, Il n'aurait pas d'autre choix que de punir les pécheurs.


Au centre de cette théorie expiatoire de la dette ou de la satisfaction, on trouve le concept de "nécessité." Cette nécessité est analogue au Destin impersonnel (en grec "anangke") qui dirigeait les divinités païennes. Le problème avec ce concept de nécessité, c'est qu'il peut créer un Dieu au dessus de Dieu. Si Dieu est vraiment souverain, alors Il n'est limité par aucune nécessité que ce soit. Il est ce qu'Il est et Il fait ce qu'Il veut sans la moindre contrainte.
Une vue essentiellement légale du péché mène inévitablement à une vue légale du Salut. Si le salut est en tout premier une question de Père punissant le Fils Incarné à notre place, alors comme nécessité juridique, nous incapacité à croire en Jésus force Dieu à nous punir. De telles théologies voient la Croix comme nous sauvant d'une colère punitive de Dieu, légalement déterminée – Dieu le Fils nous sauvant de Dieu le Père. Voir Dieu comme étant vindicatif peut nous causer de grands torts, en particulier si nous croyons que les dégâts physiques et spirituels que nous nous causons par le péché viennent de Dieu (alors qu'en réalité ils viennent de nous). Confondre notre culpabilité avec la colère de Dieu peut nous provoquer la crainte et nous faire Le fuir, ce qui ne fera qu'aggraver notre affaiblissement.
La théorie de la dette ou satisfaction est devenue la théorie expiatoire dominante dans virtuellement toutes les églises non-Orthodoxes. Elle se reflète dans les paroles de nombres d'hymnes occidentales, y compris les paroles d'une hymne protestante populaire, "He paid a debt He did not owe; I owed a debt I couldnot pay" ("Il a payé la dette qu'Il ne devait pas ; j'avais une dette que je ne savais pas payer").


3. La théorie expiatoire de la Substitution Pénale
Les Réformateurs protestants ont retravaillé la théorie de la satisfaction et développé une 3ème théorie expiatoire appelée "substitution pénale." Alors que la théorie de la dette ou satisfaction souligne que le Christ a payé la dette que nous devons à Dieu, la théorie pénale souligne que le Christ a reçu la punition que nous méritons. Selon cette vue, la justice demande que nos péchés soient punis. En souffrant et en mourant sur la Croix, le Christ a reçu la punition de Dieu pour nous, afin que nous n'ayons plus besoin d'être punis. Ce point de vue a acquis une grande popularité et c'est probablement le plus connu des 3 théories non-orthodoxes expiatoires que nous ayons évoquées jusqu'à présent.

Au niveau populaire, les théories expiatoires de la rançon/négociation, de la dette/satisfaction et de la substitution pénale sont combinées, ce qui donne que dans la mort du Christ, on voit un payement effectué à la fois au diable à et à Dieu le Père, et en plus le Christ est puni pour nos péchés.

Une autre variante intéressante de cette théorie expiatoire pénale qui a gagné en importance dans certains milieux protestants, c'est le point de vue que puisque Jésus a souffert la punition que nous devions subir, alors nous n'aurions plus à souffrir dans cette vie-ci ni dans la suivante. Selon cette opinion, que l'on appelle "l'évangile de la prospérité," si les Chrétiens réclament dans la foi la guérison du fait des souffrances de Jésus à notre place, nous n'aurons plus à souffrir et nous seront prospères de toutes les manières. Ce point de vue extrême est celui de petits groupes en pleine croissance dans le protestantisme, et est en particulier populaire parmi les télé-évangélistes.

Il peut être difficile pour nous, qui vivons à une époque si sécularisée et prospère, de comprendre l'énorme impact que la compréhension juridique de l'expiation a eu sur le christianisme non-orthodoxe. Voir Dieu comme un Juge féroce – colérique, vindicatif, déversant Sa divine vengeance sur Son Fils Jésus par "amour" pour nous pécheurs, cela apparaît comme grotesque pour d'innombrables non-Chrétiens. Cela explique en partie pourquoi ils sont si nombreux à ressentir de la répulsion pour les églises institutionnelles et n'admettent admirer Jésus qu'à un niveau strictement privé et non-institutionnel. Cette vision est exprimée avec une force incroyable dans le célèbre sermon de Jonathan Edwards "Pécheurs entre les mains d'un Dieu Courroucé" (cité dans mon livre "Surprised by Christ", ConciliarPress, 2008, pp. ).

Bien entendu, il est nécessaire de reconnaître que sans la Grâce de Dieu, nous sombrerions tous dans les abysses de l'éternelle affliction et peine. Mettre l'accent sur le jugement que nous méritons peut amener quelque repentance. Cependant, cette représentation de Dieu comme vindicatif, carrément brutal – un dictateur dont la colère exprimerait quelque part un amour sous-jacent – n'est pas en accord avec le Dieu Qui nous est pleinement révélé en Jésus-Christ. Il n'est pas étonnant que tant de personnes à qui on a présenté cette image de Dieu ont fuit vers d'autres religions, ou sont devenus athées et anti-Chrétiens.


4. Trop dur à supporter : la théorie expiatoire de l'exemplarité morale.
Ces conceptions juridiques ont été de véritables repoussoirs pour bien d'autres que moi. Les chrétiens progressistes des 19 et 20ème siècles ont désiré découvrir un Dieu plus doux, plus gentil et plus approchable, ce qui les a amenés à retravailler la 4ème vision de l'expiation, appelée la théorie de "l'exemplarité morale", qui avait déjà été popularisée au 11ème siècle par le théologien Pierre Abélard.
Peu après qu'Anselme aie présenté sa vision dette / satisfaction de l'expiation, Pierre Abélard a réagit énergiquement contre la doctrine d'Anselme en demandant pourquoi Dieu aurait exigé la satisfaction pour des péchés qu'Il sait tout simplement pardonner. Abélard exposait que le Père n'avait pas besoin du sacrifice de Son Fils, et que le but premier de la vie du Christ était d'apporter un modèle moral parfait et un exemple d'amour que nous puissions suivre. Abélard réduisit l'importance de la Crucifixion et mit l'accent sur la vie d'amour du Christ. Des centaines d'années plus tard, le point de vue d'Abélard fut repris par les théologiens progressistes qui cherchaient à mettre en avant un évangile social de douceur, bonté et amour.

Bien qu'il y aie du vrai dans cette vision du Christ – car Jésus dit "suivez-Moi" – les Orthodoxes exposent que la vision de l'exemplarité morale est inadéquate. Elle sous-estime l'unicité de la vie, la mort et la Résurrection de Jésus comme Dieu Incarné. Elle ignore aussi la dimension spirituelle, mystique, ontologique et eschatologique – et même cosmique – de la vie du Christ, et au contraire confine Sa vie à une dimension strictement terrestre, morale.


L'origine biblique de la compréhension Orthodoxe du Salut.

La compréhension originelle Chrétienne Orthodoxe de la réconciliation est incarnationnelle. Elle n'a pas son fondement dans la loi ou dans le tribunal, mais dans l'amour et la grâce inconditionnelles de Dieu. Nous commençons avec la compréhension que le pardon et l'expiation (au sens littéral de réconciliation avec Dieu) ne sont pas dans leur essence des concepts légaux ou juridiques. Ils sont principalement de nature thérapeutique, organique, synergique, transformante et pour finir ontologique. En fat, le terme grec traduit par "salut" est "soterias", dont la signification de la racine signifie "santé."
Donc être sauvé signifie bien plus qu'être sauvé de quelque chose, comme la mort ou l'enfer. Cela signifie aussi être guéri, ou retrouver la plénitude. Lorsque Jésus dit "ta foi t'a sauvé" (Lc 7,50), Il veut dire "ta foi t'a guéri," ou "ta foi t'a fait revenir à la plénitude." Le pardon et la réconciliation appartiennent à la participation de Dieu à Sa Création afin de renouveler Son image et ressemblance en nous, et nous amener à la plénitude et l'épanouissement. Pour être soigné, nous n'allons pas chez un avocat ou chez un juge. Pour guérir, nous allons chez un médecin – et Jésus est le Grand Médecin.

Dans l'Orthodoxie, nous n'expérimentons pas Dieu comme seulement un Juge, mais dans les Offices nous parlons de Lui comme "le Philanthrope" [ami de l'Homme]. La théologie incarnationnelle Orthodoxe, qui est au coeur de l'Évangile originel, enseigne que Dieu Lui-même, la seconde Personne de la Trinité, S'est incarné, non pas pour payer une dette au diable ou à Dieu le Père, non pas pour être une offrande de substitution pour apaiser un Dieu juste, mais afin de nous sauver de notre condition déchue et nous transformer, nous permettant de parvenir à la déification. La manière que Dieu a choisie pour nous délivrer de notre condition – notre maladie, chute, mortalité, corruption et péché – a été d'assumer Lui-même notre nature humaine et de participer avec nous aux limitations que l'état de créature implique. Pardonner nos péchés n'est qu'une infime partie d'un tout, car le pardon en lui-même n'est pas suffisant pour assurer la guérison, la purification, la plénitude et la transfiguration. La participation organique actuelle à la vie du Dieu Incarné est requise, en plus d'être pardonné.

L'Évangile biblique originel parle souvent du Salut comme d'une expérience organique qui est par excellence non-juridique. Les mots et les phrases utilisés incluent : être crucifié avec, mourir avec, être enseveli, ressuscité et vivre avec le Christ et en Christ ; être uni et avec le Christ, de même que revêtir le Christ. Ils parlent aussi de demeurer en Lui et Lui en nous, d'être un avec lui, marié au Christ, membres de Son Corps, et un de chair avec le Christ.

Placer la Chute, le péché et la mort dans un cadre légal mène à voir la Personne et les oeuvres du Christ comme faisant partie de ce même cadre légal. Accepter notre héritage de la faute d'Adam mène à une compréhension de culpabilité juridique pour le péché comme étant notre principal problème, ce qui résulte dans la croyance qu'une fois la justice divine satisfaite sur la Croix, la rédemption est complète. C'est pour cela que nombre d'expressions du Christianisme semblent creuses et simplistes : sanctification, vertu, sainteté, vie en Christ, transfiguration, union et communion avec Dieu étant vues comme à ajouter à la rédemption et au salut, et pas partie intégrante de leur essence même.

L'Évangile originel insiste que Jésus assume notre humanité afin de la purifier, guérir, illuminer et transfigurer. Nous sommes sauvés de quelque chose (à savoir la mort, le péché, et le diable) afin d'être sauvés pour quelque chose d'autre (l'union et la communion avec Dieu). L'union et la communion avec Dieu, c'est un voyage d'amour s'approfondissant sans cesse, qui commence dans cette vie-ci et – parce que l'amour de Dieu est infini – se poursuit éternellement.

P. James
A. Bernstein

Saint Paul Orthodox Church, Brier (Seattle), WA, USA
Ce livret est adapté d'une conférence donnée par le p. James Bernstein à Oklahoma City, Oklahoma USA, le 19 juin 2009.

© 2009 Conciliar Press. Publié à l'origine sous forme de livret par Conciliar Press, www.conciliarpress.com . Utilisé avec autorisation. Traduction "blog Saint Materne" couverte par le même copyright. Toute reproduction (même partielle) de cette publication, en ligne ou imprimée, requiert la permission écrite préalable de l'éditeur, Conciliar Press




Source : "the original Christian gospel"






Cette brillante conférence mérite cependant selon moi quelques précisions et / ou éclaircissements, d'où ces "Notes de traduction" :

1. Que l'on se rappelle que Caïn et Abel présentaient des offrandes à Dieu. Et que la Bible mentionne que dès la "génération suivante" (au sens symbolique bien entendu, pas paléontologique), Henoch commença à invoquer le Nom du Seigneur. L'oeil spirituel est bien endommagé mais pas détruit, c'est "biblique."

2. L'auteur parle ici du catholicisme-romain, protestantisme, etc. Pas du Christianisme occidental tel qu'on le trouvait jusqu'aux Carolingiens, qui lui était bien Orthodoxe et n'a jamais développé doctrinalement de telles théories non-bibliques. Orthodoxes, saint Ambroise de Milan, saint Colomban de Luxueil ou saint Eleuthère de Tournai ne l'étaient pas moins que saint Jean Chrysostome ou saint Grégoire de Nysse ; au Concile Oecuménique de Chalcédoine, c'est saint Léon le Grand, évêque et pape de Rome, qui a été acclamé par les pères conciliaires comme "champion de la Foi" ; et saintBasile le Grand n'aurait jamais rédigé sa "Lettreaux évêques d'Italie et des Gaules sur l'état des Églises" pour demander leur aide face aux innombrables hérésies déchirant un Orient pas si Orthodoxe si au contraire chez nous, la Foi de l'Église n'avait pas été parfaitement Orthodoxe.. On pourrait multiplier les exemples à l'envi, jusqu'au 8ème Concile Oecuménique compris (879-880). Le terme "christianisme occidental" est très mal utilisé de nos jours dans l'Église et c'est dramatique.

Lorsqu'il évoque la "rançon" du Christ descendant dans l'Hadès et trompant ainsi le diable, que l'on relise bien des hymnes dans la Liturgie hellénique et on trouvera ce genre d'image où "la mort" est personnifiée et présentée comme ainsi trompée, voire le diable roulé. Exemple avec cet apostiche des Vêpres du Vendredi Saint :
"Quand, Rédempteur de l'univers, Tu fus déposé pour tous dans le tombeau nouveau - l'enfer joué fut terrifié de Te voir - Ses verrous rompus et ses portes brisées - les sépulcres s'ouvrirent et les morts ressuscitèrent - Alors Adam rendit grâce et se réjouit de Te dire - Gloire à ta descente parmi nous, Dieu qui aimes l'homme. "
Une expression poétique n'est pas à prendre au pied de la lettre, n'est pas un Canon doctrinal de Concile Oecuménique. Je ne souscris donc pas totalement à ce point particulier de la démonstration de l'auteur. D'autant que sur les innombrables auteurs de l'époque d'avant la "chute de l'Occident" déjà lus, je n'ai jamais rencontré une sorte de fondement dogmatique d'un tel point de vue.

3. Par contre, la théorie d'Anselme est, elle, bel et bien devenue leur théologie très longtemps durant, et toujours actuelle chez leurs "tridentins." On rappelera que Canterbury n'était plus Orthodoxe depuis 1066 et l'invasion militaire de l'Angleterre, avec appui du pape germano-romain, et toute l'Église avait vu sa Foi apostolique remplacée par la religion des envahisseurs.


Il faut faire attention aux amalgames et aux anachronismes en matière d'Occident et de Foi, telle est ma remarque finale. Il circule beaucoup d'affirmations sur l'Occident du 1er millénaire qui ne sont pas souvent assorties des éléments probants. Tel auteur cite tel Père occidental mais il ne l'a pas lu "dans le texte" (et en latin de préférence), non, il l'a lu chez untel qui cite untel qui cite untel qui.. et c'est en vain qu'on va lire le Père occidental incriminé, on n'y retrouve pas la citation qui base l'affirmation. Par contre il m'est arrivé de retrouver sur telle ou telle polémique la citation comme venant.. des célèbres "chaînes" de Thomas d'Aquin (qui a compilé des sources carolingiennes dont on connaît le peu de fiabilité et les volontaires falsifications); mais rien chez l'auteur originel.. L'amalgame est facile. Saint Photios le Grand, lui, allait lire chez les auteurs latins et en latin. Il n'a pas trouvé à redire de la Foi de l'Église en Occident et la pleine communion de Foi régnait à son époque avec le pape romain Jean VIII - d'où ils ont souscrit ensemble au 8ème Concile Oecuménique. Cette vérité théologique me suffit comme conclusion.




1 commentaire:

Anonyme a dit…

Frederica Mathewes-Green
https://www.facebook.com/fredericamg/posts/607123412648897
The Orthodox view of sin is as an infection that pervades Creation and causes suffering for all (rather than bad deeds that demand punishment). It's a new idea and hard to grasp, for converts. But one of its implications has to do with the suffering of the innocent; there is suffering because you and I sin, and contribute to the dis-ease of this life, and empower the evil one who hates humanity. The question of "why does God permit suffering" gets turned around. God became man to put an end to sin, but we keep returning to it voluntarily. Of course the evil one is going to go after the innocent in particular, because added to that suffering is the pain onlookers feel. Why do the innocent suffer? Because I gossip and eat too much.

Here's an illustrative quote I received today in an email from Met. Ephraim of Boston (HOCNA):

Elder Joseph the Cave-dweller (†1959): “Why does the dog bark at us? It barks, because it is telling us, 'On account of your sins, I also suffer illness and die.'”