"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 mai 2013

Faire des Juifs des boucs émissaires? Pas chrétien! (p. Tryphon + métropolite Antoine Khrapovitsky - EORHF)


Son éminence le métropolite Antoine (Khrapovitsky) de Kiev et Galice fut un des plus éminents hiérarques de l'Église de Russie du 20ème siècle. Auteur réputé et théologien, il reçu une majorité de votes pour le titre de patriarche de Moscou, mais ce fut le futur confesseur et martyr Tikhon qui fut nommé patriarche à sa place. Fuyant en 1918 l'avancée des Bolchéviques, pendant qu'un grand nombre de ses confrères évêques étaient exécutés, le métropolite fut chargé par le patriarche Tikhon de diriger l'Église de Russie en exil.
A une époque où circulent tant de théories conspirationistes concernant les attentats du 11 septembre 2001 en Amérique, l'industrie des banques, et l'emprise du gouvernement par des Juifs, je pense qu'il est temps de relire les paroles de ce saint hiérarque, une exhortation qu'il prononça sur les marches de la synagogue à Kiev, adressé à une foule qui venait de commettre un pogrom. Nous devrions prendre à coeur les paroles du métropolite Antoine pour le temps présent, pour la crise économique, de même que la masse de sans emplois, car notre monde est dans le même dangereux état qu'on trouvait en Allemagne, juste avant l'avènement d'Adolf Hitler. Plus jamais aucun d'entre nous ne pourra rester assis et garder le silence, et permettre que qui que ce soit se retrouve massacré comme bouc émissaire pour le péché de tous.


Dans l'amour du Christ,
hiéromoine Tryphon



Photo: Métropolite Anthoine (Khrapovitsky)







Metropolite Anthony (Khrapovitsky) :

"Au même moment où dans les saintes églises l'on chantait 'Embrassons-nous les uns les autres et appelons frère même ceux qui nous haïssent', oui, au même moment, à l'extérieur des murs de l'église, une foule bestiale et ivre s'introduit dans des maisons de Juifs, attaquant leurs paisibles habitants et réduisant des êtres humains en charpie. Ils ont balancé les corps sur la rue à travers les fenêtres et pillé les magasins juifs. Une autre foule aussi folle et avide s'est empressée pour voler les vêtements et bijoux des corps ensanglantés, emportant tout ce qu'ils pouvaient. Comme Judas, ces voleurs se sont enrichis du sang versé – le sang de ces honteux sacrifices humains !

Oh mon Dieu ! Comment Ta bonté a-t'elle pu endurer une telle insulte et offense le jour de Ta salvatrice passion et glorieuse Résurrection ? Tu as enduré Ta terrible épreuve afin que nous soyions morts au péché et vivions en Toi (cfr Rm 6,11). Mais ici ils massacrèrent cruellement et d'une manière absolument bestiale ceux qui étaient Tes parents selon la chair, qui bien qu'ils ne T'avaient pas reconnus étaient cependant chers à Ton coeur comme Toi-même l'a dit peu avant que Tu ne souffre dans la chair "Jérusalem, Jérusalem, toi qui tue les prophètes et lapide ceux qui te sont envoyés, combien de fois J'ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l'a pas voulu" (Mt 23,37).

O frères, j'aimerais vous faire comprendre cela, afin que vous vous rendiez compte que même aujourd'hui, le peuple juif est cher au coeur de Dieu, et que vous réalisiez que Dieu est en colère lorsque quiconque s'en prend à ce peuple.  De peur que qui que ce soit puisse supposer que nous sélectionnions avec partialité des paroles de la Sainte Écriture, laissez-moi vous citer les paroles d'un homme que les Juifs ont haï par dessus tout. C'est pour cet homme qu'un groupe de Juif avait fait voeux de ne plus manger ni boire jusqu'à ce qu'ils l'aient tué (Actes 23,12) – l'Apôtre Paul.

"Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens point - ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint,  j’éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon coeur.  Car je souhaiterais d’être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair,  eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses  et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement! Amen." (Rm. 9,1-5).

Paroles éloquentes et effrayantes ! Les as-tu réellement écrites, Paul, toi qui en vint à aimer le Christ, qui commença à vivre en Christ comme le Christ vivait en toi ? Pour l'amour de qui as-tu consenti à être séparé du Christ ? N'était-ce pas toi, Paul, qui écrivit les lignes précédant ces versets "Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur" (Rm 8,38-39). Même les Anges n'auraient pas pu accomplir ce que toi tu étais prêt à accomplir volontairement pour que les Juifs parviennent au salut – ceux-là qui étaient devenus tes ennemis, qui t'avaient flagellé, enchaîné et jeté en prison, exilé et condamné à mort.

Voyez donc, frères, et émerveillez-vous : ces paroles de l'Apôtre Paul sont dites à propos des Juifs, quand bien même ils étaient opposés à la foi en Christ. Et pour accroître votre perplexité, je poursuis, avec ce même apôtre et martyr expliquant dans le chapitre suivant la raison de son amour pour la maison d'Israël ! "Frères, certes l’élan de mon coeur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés.  Car je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu; mais c’est un zèle mal éclairé. Méconnaissant la justice de Dieu et cherchant à établir la leur propre, ils ont refusé de se soumettre à la justice de Dieu" (Rm 10,1-3)

Ces paroles sont confirmées encore à notre époque par la vie des Juifs. Observez un peu convenablement leur soumission à leur loi, leur manière de respecter le Sabbat, leur fidélité envers leur conjoint, leur amour du travail et leur amour envers leurs enfants, qu'ils encouragent à l'obéissance. Il fut un temps pas si éloigné que ça où les Chrétiens excellaient en toutes ces choses, mais dans notre époque corrompue et dégénérée, nous devons regarder avec regret vers toutes ces qualités dans la manière de vivre des pieux Juifs. Dans nos villes, la majorité des chrétiens ne fait plus de différence entre jour ordinaire, jour de fête et jour de jeûne, mais a sombré dans la négligence et une vie dissolue.

Il est vrai qu'on en trouve aussi certains parmi les Juifs à vivre ainsi, mais de qui ont-ils appris une telle voie désordonnée ? Hélas, de ceux dont les ancêtres confessaient le Christ, de nihilistes européens et Russes qui, tels des crapauds, infestent notre terre, dont les livres et journaux empoisonnent l'air alentour comme la peste et le choléra.

Les Juifs du Karaïm et du Talmud doivent être respectés, mais malheur autant aux nihilistes d'entre les Juifs qu'à ceux d'entre nous, qui corrompent à la foi la famille et la société, qui sèment les graines de leur contagion dans les jeunesse de Russie et de Pologne, et qui sont la principale cause de la haine envers les descendants des saints ancêtres et prophètes aimés par le Seigneur. Je ne parle pas de respecter ces nihilistes d'entre les Juifs.

Écoutez donc comment le bienheureux apôtre explique encore la raison pour cet amour profond et désintéressé envers ce peuple ; entendez donc comme il explique leur incroyance et leur endurcissement contre le Christ : "Je demande donc: serait-ce pour une vraie chute qu’ils ont bronché? Certes non! mais leur faux pas a procuré le salut aux païens, afin que leur propre jalousie en fût excitée" (Rm 11,11). Si les Juifs avaient tous accepté la foi en Christ, alors les païens qui méprisaient les Juifs l'aurait rejetée. Si les Juifs avaient tous crû, alors nous, frères, nous n'aurions pas accepté de devenir Chrétiens, mais nous serions encore occupés à adorer Jupiter et Vénus ou Peroun et Volass, comme le faisaient nos ancêtres païens. Dès lors, prenez garde de mépriser l'incroyance des Juifs ; au contraire, affligez-vous en, et priez que le Seigneur puisse leur être révélé. N'ayez aucune inimitié envers eux, mais respectez la parole apostolique à propos de la racine israélite et la branche qui en est tombée "Tu diras: On a coupé des branches, pour que, moi, je fusse greffé.  Fort bien. Elles ont été coupées pour leur incrédulité, et c’est la foi qui te fait tenir. Ne t’enorgueillis pas; crains plutôt. Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage" (Rm 11,19-21).

O Chrétiens, craignez d'offenser ce qui est la tribu sacrée, même si rejetée. La récompense de Dieu s'abattra sur les mauvaises gens qui auront versé le sang qui est de la même race que le Theanthropos – le Christ -, Sa très pure Mère, les apôtres et les prophètes. N'allez pas vous imaginer que ce sang n'aurait été sacré que par le passé, mais comprenez que même dans le futur, la réconciliation à la divine nature les attend (2 Pi 1,4), comme le vase d'élection du Christ l'atteste par la suite "Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre sagesse: une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des nations, et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit: De Sion viendra le Libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob.  Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés" (Rm 11,25-27).

Que les sauvages sachent qu'ils ont massacré de futurs Chrétiens, qui étaient en gestation dans les membres des Juifs actuels ; qu'ils sachent qu'ils se sont prouvés être eux les opposants corrompus à la Providence de Dieu, des persécuteurs d'un peuple aimé de Dieu même après son rejet (Rm 11,28).

Quel péché que cette haine envers les Juifs, basé sur l'ignorance de la Loi de Dieu, et comment pourrait-il être pardonné lorsqu'il surgit d'impulsions abominables et disgracieuses. Les bandits qui ont pillé les Juifs ne l'ont en réalité pas fait pour leur faire payer leur opposition au Christianisme, mais au contraire, par avidité pour la propriété et les biens d'autrui. Sous l'habile camouflage du zèle pour la foi, ils ont servit le démon de la convoitise. Ils ressemblent à Judas qui a trahit le Christ par un baiser, alors qu'il était aveuglé par la maladie de l'avarice. Mais ces assassins, se cachant derrière le Nom du Christ, ont tué Ses parents selon la chair, afin de les piller.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

"Je considère mon appartenance au peuple d’Israël comme un don immérité, comme le signe d’une responsabilité supplémentaire devant Dieu. Dieu a appelé Israël à le servir et toute son histoire est une histoire sainte qui se poursuit jusqu’à nos jours. Israël est apparu non comme une nation, mais comme une communauté religieuse et, par la suite, il formait plus une « Église » qu’une race. Le christianisme a repoussé les limites de cette « Église » en y faisant entrer tous les peuples. Il a ainsi accompli l’attente des prophètes. Est-ce que, depuis, le peuple d’Israël est rejeté ? Je ne peux répondre à cette question qu’en reprenant les paroles de l’apôtre Paul : « Dieu aurait-Il rejeté son peuple ? Certes non. Dieu n’a pas rejeté son peuple que d’avance Il a discerné » (Rm 11, 1-2). Tout en évoquant l’hostilité de la plupart des Juifs à l’égard du Christ, l’apôtre ajoute que, néanmoins, ils sont, « selon l’élection, chéris par Dieu, car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 28-29). Bien qu’avec la venue du Christ tous les peuples soient devenus des fils de Dieu, Israël, en tant que peuple, conserve son élection selon la parole de l’apôtre, restant le fils premier-né."
Prêtre martyr Alexandre Men