"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

04 mai 2013

Sabbatum Sanctum: Les 2 résurrections du Chrétien



"Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, Juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, Il a été vivifié selon l’Esprit.  C’est en Lui qu’Il S’en alla même prêcher aux âmes en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau."
Première épître de saint Pierre, 3, 18-20


La Première et la Seconde Résurrection


"Que se passe-t-il ? Aujourd'hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s'est apaisée, parce que Dieu s'est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s'est mis à trembler."

Méliton, évêque de Sardes
homélie du Samedi Saint (P.G. 43, 439, 451, 462-463)


Chaque aspect de la vie liturgique de l'Église nous enseigne quelque chose à propos de notre propre vie spirituelle. Cela ressort particulièrement des impressionnants offices de la Semaine Sainte et de Pâques, dans lesquels, tout en glorifiant la Passion et la Résurrection du Christ, nous apprenons la signification de notre propre résurrection : la résurrection de la mort spirituelle à la vie Chrétienne en ce monde, et la résurrection à la vie éternelle avec le Christ après notre mort [physique].

Pourquoi appelons-nous l'office du matin du Samedi Saint la "première Résurrection" (i Proti Anastasis)? Pour deux raisons:


Lors de cette Divine Liturgie, nous lisons la première annonce de la Résurrection du Christ dans le saint Évangile, telle que rapportée par saint Matthieu (Mt 28), dans laquelles les Anges roulent la pierre et annoncent aux femmes Myrophores qu'Il est Ressuscité.
 

Le jour du Samedi Saint, nous nous souvenons que pendant qu'Il reposait corporellement dans la Tombe, notre Seigneur est descendus aux enfers avec Son âme humaine unie à Sa divinité, et là Il a ressucité les âmes de tous les justes depuis les débuts de l'humanité, qui attendaient la consolation des temps, espérant en la venue du Christ.

Ce relèvement des âmes dans l'Hadès précédant la Résurrection du Corps du Christ dans la Tombe est très intimement lié à la Première et Seconde Résurrection que chacun d'entre nous aura à expérimenter dans sa propre vie : nous devons recevoir la Première Résurrection – celle de l'âme – dans cette vie-ci, afin que nous puissions recevoir la Seconde Résurrection – celle du corps – à la fin du monde, dans la vie et la réjouissance éternelle, et pas dans l'éternelle condamnation !

Notre Première Résurrection a lieu au saint Baptême, lorsque la Grâce de Dieu nous transforme de créatures corruptibles et mortelles en membres de l'Immortel Corps du Christ. Tout au long de notre vie terrestre, nous devons constamment préserver et revivre cette Première Résurrection – de l'âme – en menant une vie de repentance et d'obéissance à l'Évangile du Christ. Nous devons constamment recevoir cette Résurrection à travers les saints Mystères et la vie sanctifiante de la liturgie de l'Église et toute sa pratique.
Si nous retenons la grâce de cette Première Résurrection – celle de l'âme – jusqu'à la mort de notre corps, alors la mort elle-même deviendra un passage vers la vie éternelle. Le Chrétien expérimente "une fin de vie Chrétienne, sans douleur, sans honte et paisible," et l'âme se retrouve en paradis en attendant la grande Résurrection générale des corps au Dernier Jour.
Lors de cette Seconde Résurrection, les corps de tous ceux qui ont un jour vécu [ici bas} seront relevés et réunis à leurs âmes. Pour ceux qui auront reçu et préservé cette Première Résurrection, cette Seconde Résurrection sera pour la joie parfaite de l'union au Christ pour toute l'éternité. Pour tous ceux qui n'auront pas reçu (*) la Première Résurrection ou l'auront rejetée, cette Seconde Résurrection sera pour le tourment éternel du corps et de l'âme.


Dès lors, vivons de sorte qu nous puissions nous réjouir d'entendre la douce voix du Christ nous dire "venez, vous les bénis de Mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous de toute éternité !" Saint Méliton concluait son homélie en imaginant la salutation du Christ à Adam et Eve, alors qu'Il les relevait de l'Hadès en ce premier Grand et Saint Samedi :
"Relève-toi, quittons ce lieu. L'ennemi t'a fait quitter le Paradis terrestre.  Je ne te replacerai pas dans ce Paradis, mais Je vais te placer sur un trône au Ciel.  Je t'avais interdit l'arbre qui n'était qu'un symbole de vie, mais vois, Moi qui suis la Vie elle-même, à présent Je suis avec toi. J'avais ordonné aux chérubins de te garder comme on garde les esclaves, mais à présent Je les fait t'adorer comme un Dieu.  Le trône formé par les chérubins t'attend, ses porteurs sont rapides et enthousiastes.  La chambre nuptiale est ornée, le banquet est prêt, les demeures éternelles sont préparées, la chambre au trésor de toutes les bonnes choses est grande ouverte."

Je vous adresserai donc à tous ce soir l'exclamation joyeuse : LE CHRIST EST RESSUSCITÉ !

P. Steven Allen

Saint Spyridon greek-orthodox church, St Claire shores, Michigan USA



(*) Ndt : ce point de vue me semble appeler une certaine nuance. Il ne me semble pas que Dieu condamnerait celui ou celle qui n'a pas pu recevoir l'illumination baptismale durant sa vie terrestre parce que les circonstances ne l'ont pas permis. Si vous naissez au milieu de la jungle amazonienne et mourrez avant d'avoir pu participer à une Divine Liturgie orientale et entendu l'Évangile (en grec, pour faire "la totale" :-) , Dieu ne vous condamnera pas : en quoi seriez-vous responsable de cette non-connaissance? La vision très stricte ci-dessus appartient à la lecture assez radicale de l'Évangile qu'en font certains groupes vieux-calendristes, dont le p. Steven fait partie, mais le restant de son homélie est bien dans la ligne de la pensée chrétienne. Pour la partie que je trouve la dépasser, je dirais que Jérémie prophétisait une nouvelle Alliance "écrite" dans les coeurs (Jér. 31,33) et saint Paul parle (Rom 1) de cette "loi naturelle" inscrite en l'âme de chaque être humain, baptisé ou non. Et ensuite puisque nous venons de commémorer la Crucifixion, aux côtés du Christ il y avait 2 brigands, dont un des 2 s'est repenti in extremis; le "jugement de Dieu" a été immédiat : sans baptême aucun "Je te le dis, aujourd'hui tu seras avec Moi en paradis". Et l'on pourrait difficilement objecter que ce saint Dismas (comme l'appellent les Grecs) aurait été "baptisé dans son sang" car ça, c'est pour les martyrs de la Foi, et lui il n'était pas sur sa croix à cause de sa foi mais de sa vie mauvaise..
Il y a donc de la nuance à apporter au propos du p. Steven : ce sont ceux qui ont eu la possibilité, en pleine conscience éclairée, de recevoir l'illumination et l'ont refusée, ou qui l'ont reçue et puis l'ont rejetée, qui eux recevront exactement ce qu'ils ont choisi – vivre éternellement le refus de Dieu en présence de Dieu, flamme d'amour qui brûle de joie ceux qui L'aiment mais brûle de douleur ceux qui Le rejettent.


 

Réjouis-toi, ô comblée de Grâce!
 

"Réjouis-toi, comblée de Grâce, le Seigneur est avec toi !" Quelle joie pourrait donc surpasser celle-ci, ô Vierge Mère ? Quelle grâce pourrait dépasser celle que Dieu t'a accordée à toi seule ? Que pourrait-on imaginer de plus inouï ou de plus merveilleux ? Devant le miracle que nous voyons t'arriver, tous les autres s'effacent ; tout est inférieur comparé à la grâce qui t'a été accordée. "Le Seigneur est avec toi..." Qui oserait se mesurer à toi ? Tu es la Theotokos ; qui n'auraitpas immédiatement grande révérence pour toi, et ne serait heureux de t'accorder grande primauté et honneur ? Pour cette raison, lorsque je regarde vers le privilège que tu as par dessus toutes les créatures, je t'adresse les plus hautes louanges. Par toi, ce n'est pas seulement aux hommes qu'est accordée la joie, mais aussi à toutes les puissances célestes.
Extrait d'une homélie de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem




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