"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 juin 2013

L'Église est bâtie sur la confession de foi de saint Pierre, pas sur sa personne (saint Augustin d'Hippone)



Aujourd'hui, la Sainte Eglise se remémore pieusement les souffrances des Saints Glorieux et hautement loués Apôtres Pierre et Paul.

Saint Pierre, le fervent disciple de Jésus-Christ, par sa profonde confession de Sa Divinité : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant", fut trouvé digne par le Sauveur d'entendre en réponse : "Tu es bienheureux, Simon.. Je te le dis, tu es Pierre (Petrus), et sur cette pierre (Petra) Je bâtirai Mon Eglise" (Mt 16,16-18). Sur "cette pierre" (petra), c'est celle sur laquelle tu as dit: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant", c'est sur ceci ta confession Je bâtirai mon Eglise. Dès lors "tu es Pierre" : c'est de la "pierre" (petra) que Pierre (Petrus) est, et non de Pierre (Petrus) que la "pierre" (petra) est, de même que le Chrétien vient du Christ, et non pas le Christ du Chrétien. Veux-tu savoir de quel sorte de "rocher" (petra) l'Apôtre Pierre fut appelé? Ecoute l'Apôtre Paul : "Frères, je ne veux pas que vous soyez ignorants", dit l'Apôtre du Christ, "nos pères ont tous été sous la nuée, tous ont passé à travers la mer, tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer, tous ont mangé le même aliment spirituel et tous ont bu le même breuvage spirituel-ils buvaient en effet à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher c'était le Christ." (1 Cor 10, 1-4). Voici là d'où le "rocher" est Pierre.

Notre Seigneur Jésus-Christ, dans les derniers jours de Sa vie terrestre, durant les jours de Sa mission auprès de la race humaine, choisit parmi Ses disciples Ses 12 Apôtres pour prêcher la Parole de Dieu. Parmi eux, l'Apôtre Pierre par son caractère enflammé fut gratifié d'occuper la première place (Mt 10,2) et pour devenir comme la personne représentante pour toute l'Eglise. Dès lors il lui est dit, préférentiellement, après la confession : "Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux : et tout ce que tu auras lié sur terre, il sera lié aux Cieux; et tout ce que tu auras délié sur terre, il sera délié aux Cieux" (Mt 16,19). Dès lors ce n'était pas à l'homme seul, mais plutôt l'Eglise Une et Universelle, qui reçut ces clés et le droit pour "lier et délier". C'est en fait l'Eglise qui a reçut ce droit, et non pas exclusivement une seule personne, que cela tourne votre attention vers un autre endroit des Ecritures, quand notre même Seigneur dit à tous Ses Apôtres, "Recevez l'Esprit-Saint", et ensuite après cela, "Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, et ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus" (Jean 20,22-23); ou : "tout ce que vous lierez sur terre, sera lié dans les Cieux, et tout ce que vous délierez sur terre, sera délié dans les Cieux" (Mt 18,18)
Donc, c'est l'Eglise qui lie, l'Eglise qui délie; l'Eglise, fondée sur la pierre de fondation, Jésus-Christ Lui-même (Ephésiens 2,20), lie et délie. Redoutons dès lors tant le "lier" que le "délier" : le déliement, afin de ne pas retomber à nouveau sous cela; le "lier", afin de ne pas demeurer pour toujours dans cette condition. Dès lors, "Le méchant est pris à ses propres méfaits, dans les liens de son péché il est capturé", dit la Sagesse (Proverbes 5,22); et excepté pour la Sainte Eglise, il n'est nulle part possible d'en être délié.

Après Sa Résurrection, le Seigneur confia à l'Apôtre Pierre de guider Son troupeau spirituel non parce que, parmi les disciples seul Pierre aurait pré-mérité de guider le troupeau du Christ, mais le Christ s'adresse Lui-même surtout à Pierre parce que, ce Pierre était le premier parmi les Apôtres et à ce titre le représentant de l'Eglise; à côté de cela, s'étant tourné dans le cas présent vers Pierre seul, comme prince des Apôtres, par cela le Christ confirme l'unité de l'Eglise. "Simon fils de Jean" -- dit le Seigneur à Pierre -- "M'aimes-tu?" -- et l'Apôtre de répondre : "Oui, Seigneur, Tu sais bien que je T'aime"; et une seconde fois que cela lui fut demandé, et une seconde fois il répondit ainsi; étant questionné pour la troisième fois, voyant qu'il n'était pas crû, il fut attristé. Mais comment lui serait-il possible de ne pas croire Celui-là, Qui connaît son coeur? Dès lors Pierre répondit : "Seigneur, Tu sais tout; Tu sais que je T'aime". Et Jésus lui dit les trois fois "pais Mes brebis" (Jn 20,15-27).

A côté de cela, le triple appel du Sauveur à Pierre et la triple confession de Pierre devant le Seigneur eut un but bénéfique particulier pour l'Apôtre. Celui-là, à qui furent données "les clés du royaume" et le droit "de lier et de délier", triplement lié de lui-même par sa peur et sa lâcheté (Mt 26:69-75), et le Seigneur le libèra triplement par Sa demande et en réponse à sa confession d'un profond amour. Et pour guider, littéralement, le troupeau du Christ, cela fut acquis par tous les Apôtres et leurs successeurs. Dès lors l'Apôtre Paul recommande vivement aux presbytres d'église : Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l'Esprit Saint vous a établis gardiens pour paître l'Église de Dieu, qu'Il s'est acquise par le sang de son propre fils" (Actes 20,28); et l'Apôtre Pierre aux anciens : "Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec l'élan du coeur; non pas en faisant les seigneurs à l'égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. Et quand paraîtra le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas." (1 Pierre 5,2-4).

Il est à remarquer que le Christ, ayant dit à Pierre : "Pais Mes brebis", n'a pas dit "Pais tes brebis", mais plutôt nourris, bon serviteur, les brebis du Seigneur. "Est-ce que le Christ est divisé? Est-ce Paul qui fut crucifié pour vous? Ou avez-vous été baptisés dans le nom de Paul?" (1 Co 1,13). "Pais Mes brebis". Donc "des voleurs voraces, des oppresseurs féroces, des enseignants mensongers et mercenaires, non-concernés par le troupeau" (Mt 7,15; Actes 20,29; 2 Pi 2,1; Jn 10,12), ayant pillé un troupeau étranger et gaspillant comme si c'était leur propre gain, ils pensent qu'ils font paître leur troupeau. Ceux-là ne sont pas des bons pasteurs, comme le sont les pasteurs du Seigneur. "Le bon berger donne sa vie pour son troupeau" (Jn 10,11), à lui confié par le chef Berger Lui-même (1 P 5,4). Et l'Apôtre Pierre, répondant à son appel, donna son âme pour le vrai troupeau du Christ, ayant scellé son apostolat par la mort en martyr, est à présent glorifié à travers le monde entier.

L'Apôtre Paul, auparavant Saül, fut transformé, d'un loup vorace en doux agneau. Au départ ennemi de l'Eglise, il se manifesta ensuite en Apôtre. Au départ la pourchassant, puis il La prêcha. Ayant reçu des hauts prêtres l'autorité pour faire partout mettre aux fers les Chrétiens pour les exécuter, il était déjà en chemin, il respirait "menaces et massacres contre les disciples du Seigneur" (Actes 9,1), assoiffé de sang, mais "Celui qui demeure dans les Cieux rira de lui avec dédain" (Ps 2,4). Quand lui, "ayant persécuté et harassé" à ce point "l'Eglise de Dieu" (1 Co 15,9; Actes 8,5), il vint près de Damas, et le Seigneur des Cieux l'appela : "Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu?" et Je suis là, et Je suis là, Je suis partout : voici Ma tête; voici Mon corps. Il n'y a rien de surprenant en cela; nous-mêmes sont membres du Corps du Christ. "Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu; c'est dur pour toi de lutter contre l'aiguillon (Actes 9,4-5). Saul, cependant, "tremblant et effrayé", cria "Qui es-Tu, Seigneur"?
Le Seigneur lui répondit, "Je suis Jésus Que tu persécutes".

Et soudainement en Paul se produit un changement : "Que veux-Tu que je fasse" - cria-t-il. Et soudainement, pour lui, il y eut la Voix : Lève toi et va à la ville, et là il te sera enseigné ce que tu dois faire" (Actes 9,6). Là le Seigneur envoie Ananie: "Lève toi et va dans la rue" vers un homme, "du nom de Saul", et baptise le, "car celui-là M'est un instrument de prédilection, pour porter Mon Nom aux Païens, aux rois, et aux enfants d'Israël" (Actes 9,11.15.18). Cet instrument doit être rempli de Ma Grâce. "Ananie, cependant, répondit "Seigneur, j'en ai entendu beaucoup parler de cet homme, combien il a fait de tort à Tes saints à Jérusalem : et là il reçut l'autorité des chefs des prêtres pour enchaîner tous ceux qui invoquent Ton Nom" (Actes 9,13-14). Mais le Seigneur enjoint avec empressement à Ananie : "Recherche le et rapporte le, car il est un instrument de prédilection pour Moi : car Je vais lui montrer pour quelles grandes choses il doit souffrir pour l'amour de Mon Nom" (Actes 9,11. 15-16).

Et en effet le Seigneur montra à l'Apôtre Paul les sortes de souffrances qu'il aurait à endurer pour Son Nom. Il l'enseigna sur les actions; Il ne s'arrêta pas aux chaînes, aux fers, aux prisons et aux naufrages; Il endura Lui-même pour ses souffrances, Il le guida Lui-même vers ce jour. En ce même jour, on célèbre les souffrances de ces 2 Apôtres ensemble, bien qu'ils aient souffert en des jours séparés, mais par l'esprit et la proximité de leurs souffrances, ils ne font qu'un. Pierre partit le premier, et Paul le suivit peu après. Auparavant appelé Saul, et puis Paul, ayant transformé sa fierté en humilité. Son vrai nom (Paulus), signifiant "petit, peu, moins", le démontrant. Qu'est l'Apôtre Paul après cela? Demandez-le lui, et il vous répondra lui-même ceci : "Je suis", dit-il, "le moindre des Apôtres.. mais j'ai travaillé plus que tous : cependant non pas moi, mais la grâce de Dieu, qui était avec moi" (1 Cor 15,9-10).

Et ainsi, frères, en célébrant à présent la mémoire des saints Apôtres Pierre et Paul, nous rappelant leurs vénérables souffrances, nous admirons leur vraie Foi et leur sainte vie, nous avons de la considération pour l'innocence de leurs souffrances et leur pure confession. Aimant en eux la sublime qualité, et les imitant par de grands exploits, "par lesquels nous pourrons leur ressembler" (2 Thess 3: 5-9), et nous atteindrons cette béatitude éternelle qui est préparée pour tous les saints. Le chemin de notre vie d'avant fut plus mauvais, plus épineux, plus dur, mais "nous sommes nous aussi entourés d'une telle nuée de témoins" (Héb 12,1), l'ayant accompli avant nous, et le rendant pour nous plus facile, et plus léger, et plus facilement franchissable. Tout d'abord, ce chemin fut emprunté par "l'auteur et l'accomplissement de notre Foi", notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même (Héb 12,2); Ses audacieux Apôtres suivirent après Lui; puis les martyrs, enfants, femmes, vierges, et une grande multitude de témoins. Qui a agi en eux et les a aidés sur ce chemin? Celui Qui dit Sans Moi, vous ne pouvez rien" (Jean 15,5)

+ Augustin, évêque d'Hippone




Saints Pierre et Paul, fresques retrouvées sous une couche de calcaire dans la catacombe de sainte Thecla, à Rome, datée de la fin du 4ème siècle.
source info:
http://www.johnsanidopoulos.com/2010/06/4th-century-icons-of-apostles-peter-and.html 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Saint Hilaire de Poitiers (†367), surnommé « l'Athanase de l'Occident » pour avoir activement défendu l'Orthodoxie contre l'arianisme en Gaule, appelle pierre sur laquelle est bâtie l'Église la confession du bienheureux Simon (super hanc igitur confessionis petram Ecclesiae aedificatio est)[6]. Le fondement intangible (immobile fundamentum) est donc la pierre de la confession de foi bienheureuse de Pierre (una haec felix fidei petra Petri ore confessa)[7].

Saint Grégoire de Nysse (†394), l'un des trois grands « cappadociens », ne s'attarde pas à louer Simon, un simple pécheur, mais glorifie sa foi ferme (αλλα προς την εκεινου πιστιν την στερεαν), qui est le fondement de toute l'Église[8].

Saint Ambroise de Milan (†397), l'un des grands docteurs de l'Église latine, qui convertit saint Augustin au christianisme et influença l'empereur Théodose le Grand, estime que la foi est le fondement de l'Église (Fides ergo est Ecclesiæ fundamentum), car il n'est pas dit de la chair de Pierre, mais de la foi que les portes de la mort ne l'emporteront pas sur elle (non enim de carne Petri, sed de fide dictum est, quia portæ mortis ei non prævalebunt)[9]. Saint Ambroise appelle ensuite le Christ rocher, suivant la pensée de l'apôtre Paul développée dans la lettre aux Corinthiens (I Cor 10, 4) et invite chaque chrétien à s'efforcer de devenir pierre à son tour. Le chrétien ne doit pas chercher la pierre en dehors, mais au-dedans de lui. Cette pierre, c'est sa foi, et la foi est le fondement de l'Église[10]. Cette interprétation allégorique de type ascétique ne permet pas non plus de faire de l'apôtre Pierre le fondement de l'Église. La fameuse maxime de saint Ambroise « Là où est Pierre, là est l'Église » (Ubi Petrus, ibi Ecclesia)[11] doit être comprise du point de vue ecclésiologique patristique, suivant lequel l'épiscopat est pleinement incarné dans chaque évêque, qui possède en plénitude le don pétrinien de fonder l'Église. Nous reviendrons en détail sur ce point.

http://www.orthomonde.fr/index.php/journal/45-sur-quelle-pierre-le-christ-a-t-il-fonde-son-eglise