"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

29 juin 2013

L'ontologie de la papauté catholique-romaine (métropolite Hierotheos Vlachos)

Traduit pour et publié en la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, colonnes de l'Église du Christ. L'auteur ci-dessous ne sera sûrement jamais invité pour être encensé lors de la célèbre "semaine de prière" qui a lieu chaque année en janvier, mais il rappelle des faits théologiques et historiques, avec ses conclusions propres, que chacun partagera ou pas, mais que personne ne devrait ignorer, me semble-t'il.


Métropolite Hierotheos de Nafpaktos et Agiou Vlasiou
http://www.johnsanidopoulos.com/2013/04/the-ontology-of-papacy.html

On connaît la décision du Saint Synode à propos d'une visite du pape en Grèce. Il recevra le pape comme un dirigeant séculier, comme le chef de l'État du Vatican, qui a accepté une invitation du chef de l'État grec et qui est en visite en Grèce. C'est dans ce cadre que l'Église de Grèce va définir sa position.

J'aimerais cependant exprimer quelques réflexions à propos de l'existence même de cette papauté.

1. Église et papauté.

Certains parlent erronément d'Église Catholique, mais puisque le terme Catholique coïncide avec Orthodoxe, il appartient à l'Église Orthodoxe, de même que le terme Église qui n'est pas approprié pour le Vatican.

La papauté est hors de l'Église, et cela est démontré par 2 Synodes, qui sont considérés comme Oecuméniques par les Orthodoxes, et qui ont été réunis à cause du Filioque et des énergies incréées de Dieu.

Au 8ème Concile Oecuménique avec saint Photios le Grand, auquel ont participé les représentants de celui qui était alors le pape Orthodoxe de Rome, les évêques Francs furent condamnés, qui avaient ajouté le Filioque au Credo, parce qu'un tel ajout "introduit volontairement quelque chose d'inconnu et est une attaque inexcusable contre les Pères", et c'est pourquoi ils furent "soumis à la défrocation complète s'il s'agit d'un membre du clergé, ou renvoyé avec un anathème s'il s'agit de laïcs" (Horos du 8ème Concile Oecuménique)/ Bien entendu, cette même condamnation s'applique au pape de Rome, depuis que le premier pape franc (Serge IV) a occupé le trône de Rome et introduit le Filioque dans sa lettre d'intronisation en 1009, et Benoît VII l'introduisit officiellement en 1014 dans le Credo qui était lu à la Liturgie. Il est à remarquer que le Synodikon de l'Orthodoxie dit que ceux qui aliènent "Dieu le Verbe et consubstantiel, et le co-glorifié Esprit Paraclet de Dieu égal en honneur et adoration, sont anathèmes."

Le Synode de 1341 avec saint Grégoire Palamas dit dans son Tomos synodal que ceux qui acceptent les énergies de Dieu comme créées, et en particulier ceux qui acceptent que la Lumière de la divinité est créée, comme l'enseignait l'uniate scolastique Barlaam de Calabre, et, bien sûr, c'est un élément clé de la papauté comme on le lit dans les oeuvres de Thomas d'Aquin, ceux-là sont considérés comme hors de l'Église. Il est écrit que ceux qui maintiennent de telles opinions et ne s'en repentent pas "doivent être retirés et rejetés de la sainte Église catholique et apostolique du Christ, et de son établissement Chrétien Orthodoxe."

Le Synodikon de l'Orthodoxie lance l'anathème sur quiconque accepte les idées de Platon, à savoir les conceptions métaphysique et ontologique d'Analogia Entis, qu'il y aurait une analogie entre Dieu et le monde, et Analogia Fidei, qu'il y aurait une similarité entre Dieu et la Sainte Écriture. L'anathème est aussi lancé sur ceux qui n'acceptent pas les dogmes avec une foi pure et simple, et de tout leur coeur, "mais attendent des preuves et des explications logiques," c'est à dire ceux qui introduisent la méthode scolastique de connaissance de Dieu.

En analysant plus avant tout cela, nous pouvons mentionner les grands pères et théologiens de la papauté, Anselme de Canterbury et Thomas d'Aquin, dont les enseignements sont acceptés dans la théologie papale.

Anselme de Canterbury a élaboré et introduit la doctrine de la satisfaction de la justice divine, que le péché d'Adam aurait changé la justice de Dieu, et le sacrifice du Christ sur la Croix apaisé la divine justice et restauré l'ordre dans la Création. Cette distorsion de la vérité à propos de Dieu, qui montre que Dieu aurait les qualités d'un homme livré aux passions, qui est offensé et affecté, est aussi une distorsion du mystère de la divine Incarnation du Christ et de Son sacrifice sur la Croix. Bien entendu, la théologie de la divine justice et de la satisfaction adoptèrent le système féodal avec toutes ses conséquences théologique et sociale.

Thomas d'Aquin est le représentant le plus caractéristique de la scolastique, qui tenta de combiner les théories d'Aristote et Augustin. Entre autre choses, il identifia les énergies incréées de Dieu avec l'essence incréée, après avoir parlé à propos des soi-disant "actus purus", et il introduit la vue erronée des énergies de Dieu comme créées, présentant donc un Dieu eudémoniste qui est en fait inaccessible, inconnaissable, impersonnel, et bien entendu, enseigne que l'homme est en communion avec les énergies créées de Dieu. C'est donc que l'amour, la grâce divine et la paix de Dieu seraient des énergies créées de Dieu. De cette perspective bien l'enseignement que le Saint Esprit procède à la fois du Père et du Fils (Filioque), le feu du purgatoire, l'infaillibilité, etc. Ces théories furent condamnées par le 7ème Concile Oecuménique et par les Conciles Palamites que l'on considère comme 9ème concile Ocuménique, comme mentionné dans le Synodikon de l'Orthodoxie. On y a anathémisé tous ceux qui ne confessent pas qu'il y a "à la fois essence et essentielle, énergie naturelle."

Pour toutes ces raisons, saint Grégoire Palamas dit "Ceux qui sont de l'Église du Christ, sont aussi de la vérité ; et ceux qui ne sont pas de la vérité, ceux-là ne sont aussi pas de l'Église du Christ." Saint Irénée, évêque de Lyon, disait la même chose : ceux qui sont "hors de l'Église" sont automatiquement "hors de l'Église" car ils n'acceptent pas les traditions des Apôtres et la Foi de l'Église. Suivant saint Irénée, nous les considérons "comme hérétiques et cacodoxes, ceux qui se sont arrachés d'eux-mêmes (de l'Église) par orgueil et insolence."

2. Succession apostolique et papauté.

Puisqu'ils sont hors de l'Église, ils n'ont pas les Mystères (Sacrements), c'est pourquoi le clergé de la papauté et le pape lui-même, pour nous Orthodoxes, n'ont pas la prêtrise, et ont été retranchés de la succession apostolique.

Bien entendu, tout ceci peut paraître un peu étrange, mais c'est la réalité qui découle de la théologie Orthodoxe.

La succession apostolique n'est pas simplement une série d'ordination, mais en même temps elle se situe dans le partage de la vérité révélée. Lorsqu'une église se coupe d'elle-même du troc de l'Église Orthodoxe à cause de différences doctrinales, cela signifie qu'elle n'a plus le mystère de la prêtrise. C'est à dire que lorsque la vérité révélée est perdue et que des opinions hérétiques sont adoptées, cela a des implications sur la succession apostolique. Les Apôtres ont transmis le don de la prêtrise, mais en même temps ils ont donné, par la régénération, l'entière tradition de révélation.

A ce point, il est bon de rappeler l'enseignement de saint Irénée, évêque de Lyon, dans lequel il montre clairement que l'Église est très intimement liée à l'Orthodoxie et l'Eucharistie, ce qui signifie que lorsque la foi Orthodoxe est perdue, il n'y a plus ni Église ni Divine Eucharistie. Dès lors, le clerc qui perd sa Foi Orthodoxe est retranché de l'Église, et bien entendu, pour lui la tradition et la succession apostoliques sont perdues. Que saint Irénée lie la succession apostolique non seulement à la prêtrise, mais à la préservation de la vraie Foi, cela se voit dans ce passage "c'est pourquoi il faut écouter les presbytres qui sont dans l'Église, ils sont les successeurs des apôtres, ainsi que nous l'avons montré, et avec la succession dans l'épiscopat, ils ont reçu le charisme assuré de la vérité selon la volonté du Père." (Adv. Haer. IV,26,2)

Puisque dès lors, il n'y a plus de prêtrise pour ceux qui sont sous la papauté, pour cette même raison il n'y a plus de mystères, et ce qu'ils accomplissent ne sont pas des mystères sanctifiants. Mais si, comme certains le prétendent, le pape a la prêtrise, alors leur Eucharistie est valie et le pain présent sur leur autel est le Christ. Mais ceux-là tombent dans 2 erreurs : ils violent nombre de canons sacrés et se détournent ainsi du Christ Lui-même.

En général, nous devons dire que le Vatican n'est pas une Église, mais un système politico-économique, situé hors de l'Église, et le pape ensemble avec tout le "clergé" du Vatican ne sont pas des successeurs des Apôtres, et n'ont ni la tradition ni la succession apostolique.

Dès lors, il faut insister que c'est nous les Chrétiens Orthodoxes qui sont les Romanoi – les Romains, c'est à dire les descendants de l'empire romain ; et les Catholiques, c'est à dire Orthodoxes puisque ce terme de Catholique se réfère à tous les Orthodoxes. Les papistes sont les franco-latins, depuis que les Francs se sont emparés du trône de Rome, et sont des hérétiques.

En ces temps de confusion, comme notre époque l'est, nous devons être des confesseurs de la Foi, des martyrs pour la vérité, et des pasteurs qui veillent sur le peuple de Dieu selon des critères et conditions qui sont ecclésiologiques, qui mènent au Salut.

Source: Paremvasis, Mars 2001


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A (re)lire :
Grippe & Sainte Communion (encyclique du métropolite Nicolas de Mesogaia et Lavreotiki, 08/2009)
http://stmaterne.blogspot.be/2010/02/grippe-sainte-communion-encyclique-du.html

Commentaire perso : handle with care :-)
carpe diem!

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