"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

18 juin 2013

Orthodoxie: club ethnique ou peuple missionnaire? (P. Tryphon, EORHF)


Communiquer la Foi comme peuple missionnaire.

Deux frères byzantins, les saints Cyril et Méthode, ont apporté le Christianisme Orthodoxe aux Slaves au 9ème siècle. L'éclat de l'élan missionnaire Orthodoxe oriental, par opposition à celui de l'Église latine, se remarquait dans l'usage de la langue vernaculaire. Ces grands saints que l'on a appelés Apôtres des Slaves, ont laissé aux Slaves une langue liturgique qui leur était compréhensible. Les Offices n'ont pas été transmis dans la langue grecque, comme si elle seule était assez sacrée pour être utilisée dans le culte divin, mais ils ont été aidés à comprendre leur nouvelle foi en célébrant dans leur propre langue.

Les premiers moines missionnaires de l'Amérique du Nord sont arrivés dans un pays où l'Orthodoxie n'avait jamais existé. Leur rencontre avec les peuples autochtones était empreinte de respect mutuel. Ils n'ont pas traité leurs nouveaux compatriotes comme des païens, mais comme un peuple dont l'expérience de Dieu était limitée, mais qui a néanmoins connaissaient certaines vérités qui étaient, par leur nature même, des vérités orthodoxes. Partageant avec ces peuples, les moines orthodoxes ont appris que les habitants indigènes de l'Alaska n'adoraient pas des totems, mais les utilisaient comme des objets de transmission historique familiale et clanique. Les moines ont rendu hommage aux peuples autochtones, en devenant amis, et, plus important encore, les traitant comme des enfants de Dieu.

En tant que chrétiens orthodoxes, nous avons le devoir de partager notre Foi avec les autres. Le Christ est pour tous, mais avec toute la mauvaise presse que le christianisme a reçu au cours de la dernière décennie, il est particulièrement important que nous abordions l'évangélisation à la lumière de l'Église historique. L'esprit missionnaire de l'Église orthodoxe doit être ranimé pour notre époque. Les paroisses ne doivent pas rester des enclaves de Grecs, de Russes, de Bulgares, de Palestiniens, ou Serbes. Les portes des églises doivent être grandes ouvertes, accueillant tous.

Avoir les portes ouvertes ne sert à rien si un visiteur est accueilli avec un froncement de sourcils à l'entrée de l'église. J'ai cessé de compter le nombre de gens qui m'ont partagé leur expérience d'avoir été ignorés par les autres fidèles, en entrant pour la première fois dans une paroisse orthodoxe. De nombreuses personnes m'ont dit avoir été confronté à la question: "êtes-vous Grec?", suivi par "alors pourquoi êtes-vous ici?" D'autres ont fait part de leur tristesse d'avoir été ignorés dans la salle paroissiale, parce qu'ils ne parlent pas russe.

Un moine catholique-romain m'a raconté un jour qu'il était allé à une cathédrale russe pour assister à sa première Divine Liturgie. Le premier Office terminé, quand le clergé est descendu les escaliers de la cathédrale, ils ont regardé comme s'il était transparent, quand bien même il portait l'habit franciscain. Il s'est senti si peu bienvenu qu'il est sorti et est partit.

Quel genre de témoignage était-ce? Avons-nous réduit l'Orthodoxie à l'état de club privé? Ne voyons-nous l'Église qu'en catégories ethniques? Que se serait-il passé si les saints Cyrille et Méthode avaient traité les Slaves de la même manière? Que se serait-il passé si les Chrétiens Juifs du premier siècle avaient traité ainsi les païens?

Nous sommes tous appelés à être des évangélisateurs pour la Foi Orthodoxe. Pas un seul d'entre nous n'est digne de cette perle de grand prix, si nous voulons la préserver seulement pour nous-mêmes. Comment osons-nous dire que nous aimons le Christ, si nous ne voulons pas que tous Le connaissent? Pourrons-nous être sauvés, à la fin, si nous souhaitons le Salut exclusivement pour "notre peuple"?

Nous devons inviter nos amis et notre prochain à "goûter et voir" le grand trésor qu'est l'Orthodoxie, car il est de notre responsabilité, en tant que Chrétiens, de tendre la main avec bonté, et avec un sourire accueillant, quand on voit des étrangers entrant dans nos églises.


Le clergé Chrétien Orthodoxe doit se rappeler qu'il est la première ligne de témoignage pour la Foi. Si nous tenons nous-mêmes à l'écart tout en portant nos soutanes et croix en public, nous ne pouvons pas nous appeler disciples du Seigneur, car en nous tenant à l'écart, nous faisons honte à la Croix du Christ.

Dans l'amour du Christ,
hiéromoine Tryphon 

Waaouuwww... un tel discours devrait être lu dans tous les séminaires et toutes les commissions épiscopales, obligatoire!.. et mis en pratique dans toutes les paroisses. Comment, sinon, détruire les Murs de Jéricho culturels que "l'Orthodoxie ethnique" a construits entre Dieu et le monde?


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Petit bémol cependant : Même dans un aussi bon texte, comme toujours, pour les aspects historiques, il faut que la "mythologie orthodoxe" prenne le pas sur la réalité et les faits de l'Histoire. On n'enseigne d'ailleurs rien d'autre dans nos séminaires et écoles de théologie, que cette vision mythique d'un Orient qui serait le tout de l'Église depuis les origines, une perfection, un Occident qui serait vicié dès le départ car "catholique-romain"... des siècles avant même que cette religion ne soit fondée (par les Carolingiens), etc. Les faits sont pourtant bien différents. Tant qu'on n'en reviendra pas aux faits, on ne guérira pas les innombrables problèmes internes - il faut démythologiser l'Église répétait souvent le père Schemann..

Les premiers évangélisateurs de l'Amérique du Nord n'étaient pas Russes mais Irlandais, de culture celtico-latine et pas orientale ou slave. Et c'était totalement Orthodoxe. C'est historique, c'est tout. Il faut le rappeler à temps et à contre-temps. Et ce n'était pas non plus dans leurs habitudes d'imposer la Foi par l'épée, ils étaient plutôt habitués à verser leur sang pour le Christ qu'à faire verser le sang d'autrui.


A l'époque des saints Cyril et Méthode, le latin était encore relativement "langue vernaculaire" dans nos régions. C'est d'ailleurs pour rendre la Foi accessible aux populations évangélisées à partir du 1er siècle que tout a été traduit puis composé directement en latin.
Et les régions où les 2 saints missionnaires n'étaient pas techniquement en juridiction de la métropole germanique qui les revendiquaient, d'où la décision par laquelle saint Méthode a reçu du pape de Rome l'autorisation pour sa mission évangélisatrice et sa langue liturgique. Ce n'est donc pas une nième différence entre "mauvais Latins" et "bons Grecs". Pour terminer sur ce non-argument, on rappellera qu'en 2013, tant Grecs que Russes utilisent pour la Liturgie une langue ancienne, langue morte, qui n'est pas la langue vernaculaire et n'est pas vraiment comprise par la plupart des fidèles... 

Là on rejoint aussi cet appel évangélisateur du hiéromoine Tryphon - la langue vernaculaire, à savoir la langue locale, au lieu d'une langue médiévale ou d'une langue d'un pays étranger. Si la majorité des fidèles fréquentant une paroisse est capable d'aller faire ses courses au magasin et traiter avec l'administration dans la langue du pays, alors elle est capable de célébrer Dieu dans la langue du pays. Sinon ça reste ce que c'est actuellement : un club ethnique, soit exactement le contraire de ce que le Christ a demandé.

1 commentaire:

Philippe Crévieaux a dit…

Quelle "EORHF"? L'ersatz moscoutaire ou celle demeurée sous Vladyka Vladimir?

Effectivement, il faut "démythologiser" l'histoire de l'Eglise.