"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

11 septembre 2013

La première célébration orthodoxe de saints d'Occident (métropolite Antoine Bloom)


http://www.metropolit-anthony.orc.ru/eng/eng_07.htm

Dès les premiers jours de son existence, l'Église a vénéré et aimé et chanté les louanges de ses saints, de ces gens qui ont été les héraults de l'amour de Dieu, et qui ont témoigné de leur fidélité, de leur engagement ferme, de leur amour, non seulement en paroles, mais par toute leur vie, et par leur mort aussi. Le premier martyr, Étienne, et après lui tant de martyrs et de témoins, et tous ceux qui ont vécu et brillé, et qui ont été sur terre le resplendissement de Dieu, la brillance de Son amour, la tendresse de Sa compassion, la pureté de Son message, ont été commémorés avec grande gratitude. Certains de ces saints sont connus, d'innombrables noms sont tombés dans l'oubli, mais tous sont commémorés et tous sont parmi nous, et c'est leur foi, leur fidélité, leur message qui ont fait qu'il nous est possible à nous d'appartenir au Corps du CHrist, d'entrer sur le chemin qu'ils ont suivit si glorieusement. Certains de ces saints sont connus dans le monde entier, d'autres vénérés localement, dans l'un ou l'autre pays, ou simplement dans une région limitée où ils ontbrillé et où leur mémoire est préservée avec vénération.

Un des premiers saints de l'Occident qui a été appelé à la vénération des émigrés Russes Orthodoxes en Europe occidentale a été sainte Geneviève de Paris, et lorsque je dis qu'elle nous a appelés à la vénérer, à la commémorer ensemble avec les nombreux autres saints Orthodoxes d'Occident, j'utilise ce terme à dessein. Dans une de nos plus pauvres et plus petites communautés à Paris, une femme se vit en songe quelque part dans les fourrés près d'un bois, et se sentit poussée à regarder ce qui s'y trouvait. Elle découvrit une porte, la franchit et marchea, et se retrouva devant la statue d'une femme, qui tenait en ses mains un livre et une gerbe de blé, et cette femme la regardait avec tristesse et lui dit : "Comment se fait-il que le peuple de ma cité, qui partage ma foi, ne m'honnore pas?" La femme se réveilla, mais elle ne savait pas quel nom donner à cette vision. Elle en parla, mais ne reçut pas de réponse avant plusieurs semaines, lorsqu'en allant à un petit endroit pas loin de Paris, appelé Sainte Geneviève des Bois, elle reconnu le lieu de son rêve, les fourrés. Elle y entra, elle trouva la porte, et découvrit la même statue, mais cette fois une inscription lui révéla que c'était sainte Geneviève, la sainte patronne de Paris avec saint Denis. Et elle rapporta la nouvelle, et dans notre petite communauté, nous avons commencé à la prier, plus tard nous avons fondé une paroisse à son nom, et ce fut le début de l'Orthodoxie française (*).

Cet événement a ouvert nos esprits et nos coeurs à quelque chose que nous avions négligé, car ayant perdu notre pays et tout ce que nous aimions, nous avions tendance à nous enfermer dans notre vie russe, ne nous souvenant que de nos ancêtres russes, à la fois spirituels et matériels, du pays que nous aimons, du peuple qui est notre parent, et des saints qui étaient la gloire de la Russie. Et voilà que soudainement, nous devenions conscients que nous étions en Occident, non pas dans une partie du monde qui nous était étrange et étrangère, mais dans une partie du monde qui avait partagé pendant près de mille ans la même foi avec nous, la même plénitude d'unité, la même joie d'appartenir tous ensemble au monde Chrétien. Nous avons commencé à nous intéresser aux saints d'Occident et dans tous les pays, à présent, cette prise de conscience a grandit, et lorsque nous venons dans un pays du monde occidental, nous savons qu'au delà de mille ans de séparations, nous rencontrons la mémoire, les prières, les noms et la présence de ces saints de l'Orthodoxie qui sont et ont été sa gloire, le resplendissement devant Dieu, nous venons auprès de notre propre peuple. Et c'est quelque chose qui est si merveilleux, et pour lequel nous sommes si profondément reconnaissants. Nous ne sommes pas des étrangers dans ce pays, des myriades d'hommes et de femmes y ont partagé notre foi. Nous ne sommes étrangers en aucun pays car l'ininterrompue unicité de l'Église il y a des centaines d'années fait de nous les parents de ceux qui en sont leur resplendissement et leur gloire.

Par la suite nous avons écrit à ce sujet à un des plus grands hommes de l'Église de Russie, au patriarche Serge à l'époque où il était encore le "locum tenens" du Siège de Moscou et toute la Russie. Il nous a encouragés, nous a appelés à la re-création, à ramener à la vie l'Orthodoxie de l'Occident. Il nous a appelé à traduire les offices, à célébrer dans la langue du pays, à rendre l'Orthodoxie vivante et accessible pour ceux qui l'avaient perdue et cependant aspiraient après sa plénitude. Et c'est ce que nous avons fait dans tous les pays dans lesquels l'Orthodoxie de tradition russe a été apportée par la tragédie de la Révolution russe et les années qui l'ont suivie.

Et maintenant, pour la première fois nous avons célébré ici, après le Dimanche de Tous les Saints traditionnellement célébré après la Pentecôte, après le Dimanche de tous les saints de Russie qui est célébré suite à la décision du Concile de 1917-1918 au moment où la Révolution était occupée à détruire tout ce qui existait, nous avons à présent célébré le Dimanche de tous les saints des Îles Brittaniques. Aujourd'hui, ignorés du monde, nous avons commencé une tradition qui ne mourra pas, nous avons ressuscité la mémoire de tous ceux qui sont nos frères dans la Foi, des exemples à suivre pour nos vies, ces gens sur les prières desquels nous pouvons compter, qui sont un avec nous. N'oublions jamais cette unicité de l'Église de Dieu, n'oublions jamais la manière par laquelle les saints de l'Occident se sont adressés à nous, défiant notre fidélité en la personne de sainte Geneviève de Paris, n'oublions jamais la sagesse pleine d'amour du patriarche Serge qui nous a appelés à être comme une semence semée dans un Occident qui est voué à la mort, parce que nos générations croissent faiblement, et ceux qui ont porté des enfants sont à présent parmi les vieux de Russie. Souvenons-nous fidèlement, avec amour, et construisons sur les fondations des Saints, sur les fondations de la Foi qui leur a été remise, le Christ étant la pierre d'angle, une Église dont la caractéristique sera l'amour, l'abnégation, être prêt à mourir afin que les autres puissent vivre, pleine de joie, ouverte, tendre et vraie. Amen.


+ Antoine, métropolite de Sourozh
Dimanche 9 juillet  1978


(*) NDT : Mgr Antoine parle bien entendu de l'Orthodoxie française de tradition russe. Car l'Orthodoxie (gallo-romaine) était déjà là au tout début du 1er millénaire... sinon nous ne prierions pas sainte Geneviève comme sainte Orthodoxe :-)
 

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