"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

21 octobre 2013

Saint Walfroy, unique stylite d'Occident, veille sur nos vertes Ardennes (21/10)


Miaou, miaou : un(e) iconographe voudrait-il bien avoir la bonne idée de réaliser une icône de saint Walfroy pour l'Église? Ca manque! Ah oui : il était Mérovingien et vivait dans nos Ardennes, alors de grâce, n'en faites pas une copie d'un saint oriental dans son désert de Syrie juché sur une colonne hellénique, merci.


"Le roi Childebert, ayant ensuite parlé en secret à l'envoyé Félix, le pria et lui dit : "Je supplie mon seigneur et père de ne faire souffrir aucune injure à l'évêque Théodore, car s'il le faisait, il en naîtrait aussitôt du scandale entre nous,
et nous serions divisés par les empêchements de la discorde, nous qui devons demeurer en paix, et nous soutenir avec affection." L'envoyé partit après avoir obtenu réponse sur ce point et sur plusieurs autres.
Durant notre séjour avec le roi dans le susdit château, une fois que nous avions été retenus jusqu'à la nuit à la table du prince, le repas fini, nous nous levâmes, et nous étant rendus au bord du fleuve, nous y trouvâmes une barque qui avait été préparée pour nous. Comme nous y montions, une troupe de gens de toutes sortes vint s'y précipiter, et la barque se trouva remplie tant d'hommes que d'eau mais la puissance du Seigneur se montra en ceci, non sans un grand miracle; car, bien que la barque fut remplie jusqu'au bord, elle ne put enfoncer. Nous avions avec nous les reliques du bienheureux Martin et de plusieurs antres Saints, et c'est par leurs vertus que nous croyons avoir été sauvés. La barque revint au rivage d'où nous étions partis; on la vida d'hommes et d'eau, on repoussa les étrangers, et nous passâmes sans obstacle. Le lendemain, nous dîmes adieu au rois et partîmes.
Dans notre route, nous arrivâmes au château d'Ivois [ autrefois au Duché de Luxembourg ]. Là, nous trouvâmes le diacre Vulfilaïc [ Walfroy ] qui nous conduisit à son monastère, où nous fûmes recus avec beaucoup de bienveillance. Ce monastère est à environ 8 milles du château de Conflans, et situé sur la cîme d'un mont. Walfroy y a bâtit une grande basilique qu'il a illustrée par les reliques de saint Martin et de plusieurs autres Saints. Pendant notre séjour dans ce lieu, nous commençâmes à le prier d'avoir la bonté de nous raconter quelque chose de son entrée en religion, et comment il était arrivé aux fonctions ecclésiastiques, car il était Lombard de naissance; mais il ne se souciait pas de nous faire connaître ce que nous lui demandions, voulant. de tout son coeur éviter la vaine gloire. Mais moi, l'en conjurant au nom des choses les plus redoutables, et lui promettant de ne rien divulguer de ce qu'il nous raconterait, je le priai de ne me rien cacher des choses sur lesquelles je l'interrogeais. Après s'y être refusé longtemps, vaincu tant par mes prières que par mes adjurations, il me dit :
"J'étais encore un tout petit enfant , qu'ayant entendu prononcer le nom du bienheureux Martin, sans savoir si c'était un martyr ou un confesseur ni ce qu'il avait fait de bien dans ce monde, ni quelle contrée avait mérité de posséder le tombeau qui renfermait ses membres bienheureux, je célébrais déjà des veilles en son honneur, et s'il m'arrivait quelque argent, je faisais l'aumône. En avançant en âge, je m'appliquai à apprendre mes lettres, et je sus les écrire avant de pouvoir reconnaitre ce qui était écrit. M'étant associé à l'abbé Arédius [ saint Yreix, 25 août], et instruit par lui, j'allai dans la basilique du bienheureux Martin. Comme nous revenions ensemble, il avait dérobé un peu de la poussière bénite de ce bienheureux sépulcre; il la mit dans une petite boîte, et la suspendit à mon cou. Lorsque nous fûmes arrivés à son monastère situé sur le territoire de Limoges, il prit la boîte pour la placer dans son oratoire. La poussière s'était tellement augmentée, que non seulement elle remplissait toute la boîte, mais s'échappait par les bords et par toutes les issues. Ce miracle enflamma mon âme d'une plus vive lumière, et me décida à placer toutes les espérances de ma vie dans les vertus de ce Saint. De là je me rendis dans le territoire de Trèves, et j'y construisis de mes propres mains, sur cette montagne, la petite demeure que vous voyez. J'y trouvai un simulacre de Diane (1) que les gens du lieu, encore infidèles, adoraient comme une divinité (2). J'y élevai une colonne, sur laquelle je me tenais avec de grandes souffrances, sans aucune espèce de chaussure; et lorsqu'arrivait, le temps de l'hiver, j'étais tellement brûlé des rigueurs dc la gelée que très-souvent elles ont fait tomber les ongles de mes pieds, et l'eau glacée pendait à ma barbe en forme de chandelles; car cette contrée passe pour avoir souvent des hivers très-froids".
Nous lui demandâmes ensuite avec instance de nous dire quelles étaient sa nourriture et sa boisson, et comment il avait renvcrsé le simulacre de la montagne, il nous dit :
"Ma nourriture était un peu de pain et d'herbe et une petite quantité d'eau. Mais il commença à accourir vers moi une grande quantité de gens des villages voisins. Je leur prêchais continuellement que Diane n'existait pas, que le simulacre et les autres objets auxquels ils pensaient devoir adresser un culte, n'étaient absolument rien. Je leur répétais aussi que ces cantiques qu'ils avaient coutume de chanter en buvant, et au milieu de leurs débauches, étaient indignes de la divinité, et qu'il valait bien mieux offrir le sacrifice de leurs louanges au Dieu Tout-Puissant qui a fait le ciel et la terre. Je priais aussi bien souvent le Seigneur qu'il daignât renverser la statue d'idole, et arracher ces peuples à leurs erreurs. La Miséricorde du Seigneur fléchit ces esprits grossiers, et les disposa, prêtant l'oreille à mes paroles, à quitter leurs idoles, et à suivre le Seigneur. J'assemblai quelques-uns d'entr'eux, afin de pouvoir, avec leur secours, renverser ce simulacre immense que je ne pouvais détruire par ma seule force. J'avais déjà brisé les autres idoles, ce qui était plus facile. Beaucoup se rassemblèrent autour de la statue de Diane; ils y jetèrent des cordes, et commencèrent à la tirer; mais tous leurs efforts ne pouvaient parvenir à l'ébranler. Alors je me rendis à la basilique, me prosternai à terre, et je suppliai avec larmes la Miséricorde divine de détruire, par la puissance du Ciel, ce que l'effort terrestre ne pouvait suffire à renverser. Après mon oraison, je sortis dc la basilique, et vins retrouver les ouvriers; je pris la corde, et aussitôt que nous recommençâmes à tirer, dès le premier coup, l'idole tomba à terre; on la brisa ensuite, et avec des maillets de fer, on la réduisit en poudre. A cette heure même, comme j'allais prendre mon repas, tout mon corps, depuis le sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds, fut couvert de pustules malignes, en telle sorte que je n'y pouvais trouver un espace vide de la largeur de mon doigt. Alors j'entrai seul dans la basilique, et me dépouillai devant le saint autel. J'avais une bouteille pleine d'huile que j'avais apportée de la basilique Saint-Martin; j'en oignis moi-même tous mes membres, puis je me livrai incontinent au sommeil.
En me réveillant vers le milieu de la nuit, comme je me levais pour réciter les Offices ordinaires, je trouvai tout mon corps parfaitement sain, et comme si je n'avais jamais eu sur moi le moindre ulcère, et je reconnus que cette plaie n'avait pu m'être envoyée que par la haine de l'ennemi des hommes. Et, comme rempli d'envie, il s'efforce toujonrs de nuire à ceux qui cherchent Dieu, les évêques qui auraient dû me fortifier, afin que je pusse continuer plus parfaitement l'ouvrage que j'avais commencé, survinrent, et me dirent : 'La voie que tu as choisie n'est pas la voie droite, et toi, indigne, tu ne saurais t'égaler à Siméon d'Antiocbe, qui vécut sur sa colonne. La situation du lieu ne permet pas d'ailleurs de supporter une pareille souffrance; descends plutôt, et habite avec les frères que tu as rassemblés.'
A ces paroles, pour n'être pas accusé du crime de désobéissance envers les évêques, je descendis, et j'allai avec eux, et pris aussi avec eux le repas. Un jour l'évêque, m'ayant fait venir loin du village, y envoya des ouvriers avec des haches, des ciseaux et des marteaux, et fit renverser la colonne sur laquelle j'avais coutume de me tenir. Quand je revins le lendemain, je trouvai tout détruit; je pleurai amèrement; mais je ne voulus pas rétablir cc qu'on avait détruit, de peur qu'on ne m'accusât d'aller contre les ordres des évêques; et, depuis ce temps, je demeure ici, et me contente d'habiter avec mes frères."
Comme nous lui demandions de nous raconter ce qui s'était opéré en ces lieux par les intercessions du Bienheureux Martin, il nous rapporta ceci :
"Le fils d'un Franc, homme très noble parmi les siens, était sourd et muet. Les parens de l'enfant l'ayant amené à cette basilique, j'ordonnai qu'on lui mît un lit dans ce temple saint pour le coucher avec mon diacre et un autre des ministres de l'église. Le jour il vaquait à l'oraison, et la nuit, comme je l'ai dit, il dormait dans la basilique. Dieu eut pitié de lui et le Bienheureux Martin m'apparut dans une vision et me dit : 'Fais sortir l'agneau de la basilique, car il est guéri'. Le matin arrivé, comme je croyais que c'était un songe, l'enfant vint vers moi, se mit à parler, et commença à rendre grâces à Dieu; puis, se tournant vers moi, il me dit : 'J'offre mes actions de grâces au Dieu tout-puissant qui m'a rendu la parole et l'ouïe'.
Dès ce moment il recouvra la parole et retourna dans sa maison.
Un autre qui, mêlé dans plusieurs vols et diverses sortes de crimes, avait coutume de se parjurer toutes les fois qu'il était accusé de quelques-uns de ses vols, dit: 'J'irai à la basilique du Bienheureux Martin, et prétant serment, je serai absous'. Au moment où il entrait, sa hache échappa de sa main; il courut à la porte saisi d'une violente douleur au coeur, et le malheureux confessa de sa bouche le crime dont il venait se laver par un parjure.
Un autre, accusé d'avoir mis le feu à la maison de son voisin, dit également : 'J'irai au temple de saint Martin, j'y jurerai ma foi, et serai déchargé de cette accusation.'. II était évident qu'il avait mis le feu à cette maison. Lors donc qu'il vint pour prêter serment, je me tournai vers lui, et lui dis: 'D'après l'assertion de tes voisins, tu ne peux être innocent de ce crime, mais Dieu est partout et Sa puissance habite au dehors comme au dedans; ainsi donc, si tu es pis de cette vaine confiance que Dieu ou ses saints ne se vengent pas du parjure, voilà devant toi le temple saint, Jure, si tu veux; car il ne te sera pas permis de passer le seuil sacré.'
Il leva les mains et dit : Par le Dieu tout-puissant, et par les mérites du bienheureux Martin son évêque, je ne suis pas l'auteur de cet incendie.'
Lorsqu'il s'en allait après avoir ainsi prêté serment, on le vit comme entouré de feu, et aussitôt, se précipitant par terre, il commenca à crier que le bienheureux évêque le brûlait avec violence. Ce malheureux disait : 'J'atteste Dieu que j'ai vu le feu descendre du ciel, et que d'épaisses vapeurs m'environnent et m'embrasent'. En disant ces paroles il rendit l'esprit. Cela fut un avertissement à beaucoup d'autres de n'avoir plus la hardiesse de parjurer désormais en ce lieu."
Le diacre me raconta encore plusieurs autres miracles qu'il serait trop long de rapporter ici.
Pendant mon séjour dans ce lieu nous vîmes, durant 2 nuits, des signes dans le ciel. Il parut du côté du nord des rayons d'une si brillante clarté qu'on n'en avait pas encore vu de pareils, et des 2 côtés, à l'orient et à l'occident, étaient des nuages de couleur de sang; la troisième nuit ces rayons apparurent vers la seconde heure, et voilà, pendant que nous les regardions avec étonnement, que des 4 points du monde s'en élevèrent de semblables; nous en vîmes tout le ciel couvert.
Il y avait au milieu du ciel une nuée brillante où les rayons allaient se réunir à la manière d'une tente dont les plis, beaucoup plus larges par en bas, se réunissent par le haut en guise de faisceau et forment comme une sorte de capuchon; au milieu de ces rayons on voyait d'autres nuages ou des clartés flamboyantes. Ce signe nous pénétra d'une grande crainte, et nous nous attendîmes à voir le ciel nous envoyer quelque plaie.
Le roi Childebert, poussé par les lettres de l'empereur qui lui redemandait l'or qu'il lui avait donné l'année précédente, envoya une armée en Italie. On disait d'ailleurs que sa soeur Ingonde avait été transportée à Constantinople; mais la division se mit entre ses chefs, et ils revinrent sans avoir fait aucune acquisition avantageuse."

HISTOIRE DES FRANCS vol 1, livre 8. , par Saint Grégoire, évêque de Tours (fin 6ième siècle), traduction M. Guizot, professeur d'histoire moderne à l'Académie de paris, J-L-J Brière Libraire, Paris, 1823.





(1) "Illad Dianae immensum simulacrum" - Guil. Wilheim, "Historia Luxemburgensis".

(2) "Le paganisme régnait encore particulièrement dans la région de l'Ardenne. Situé aux confins des diocèses de Reims, de Trèves et de Tongeren, éloigné de ces villes, qui étaient des centres du Christianisme, ce pays n'avait encore reçu que faiblement la lumière de l'Evangile, et les statues des faux dieux y étaient encore debout." -- Prégnon, Histoire de Sedan, ch.1, p.22




Les r.p. Bénédictins de Paris, dans leur sanctoral, ed. Letouzey & Ane, Paris, 1952, signalent que d'après une étude de Dom Morin moine à Maredsous (Dom Morin, S. Walfroy et S. Wulphy, dans Anal. boll., t. 17, 1898, p. 307-313), les reliques de saint Walfroy seraient en Ponthieu, où il serait vénéré dans le Ponthieu sous un autre nom :
" Elles disparurent de bonne heure. Dom Morin a supposé avec beaucoup de vraisemblance qu'elles auraient été emportées, vers 1060, par les soldats d'Eustache de Boulogne, en Ponthieu où l'on vénère à partir du 12ième siècle un saint Wulphy ("Wulflagius", forme reçue du nom de "Vulfilaicus"), à Montreuil et à Rue, personnage absolument ignoré avant cette époque, bien qu'on ait prétendu plus tard qu'il avait été curé de Rue au 7ième siècle (voir au 7 juin, t. 6, p. 130).

nb : j'ai acquis il y a quelques années un exemplaire original de ladite étude, j'ai trouvé que c'est très convainquant, mais n'ai pas encore eu l'occasion d'aller en Ponthieu pour y vénérer lesdites reliques.

(cum benedictio) - Tropaire de saint Walfroy le Stylite, ton 4
Colonne de prière reliant Ciel et terre,
Affrontant illusions païennes autant que tempêtes ardennaises,
Tu plantas haut l'étendard du Christ en nos vertes vallées,
Nous montrant par ta vie l'unique chemin pour s'élever
Vers le Christ qui nous a donnés en toi un père dans la Foi,
Pour nous mener vers le Salut, saint Walfroy
.


Ni fresque ni icône à dispo', hélas, juste quelques images pieuses et autres statues d'origine non-orthodoxe :
 










Les Stylites sont une forme originale, marginale et prophétique de Fols-en-Christ nés en Syrie, mais on en trouvera quelques uns ailleurs, comme chez nous en Gaule Belgique avec saint Walfroy, en Grèce ou en Russie.






Saint Syméon le Stylite sur sa colonne où grimpe un serpent, Syrie, 6ème siècle, collection du Musée du Louvres, salle de Qabr Hiram.
source




Saint Syméon le Stylite, bas-relief, Syrie 5ème-6ème siècle
source

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Tropaire de saint Symeon le Stylite, t. 1
Colonne de patience, tu imitas les Pères de jadis: * dans ses souffrances Job, dans ses épreuves Joseph; * des Anges incorporels tu menas la vie en ton corps, * vénérable Père Siméon; * intercède auprès du Christ notre Dieu, * pour qu'il accorde à nos âmes le salut.

Kondakion, t. 2
Recherchant les choses d'en-haut, * conversant avec les êtres d'en-bas * et faisant de ta colonne un char de feu, * par elle tu devins un confident des Anges, Père saint; * et sans cesse tu intercèdes avec eux * pour nous tous auprès du Christ notre Dieu.

Ikos
De louer la pure vie de Siméon * quelle langue jamais sera capable ici-bas ? * Pourtant je veux chanter dans la sagesse de Dieu * les victorieux combats de ce héros qui sur terre à tout mortel apparut comme un flambeau * et dans le chœur des Anges pour sa patience grandement resplendit; * ayant acquis par la tempérance la pureté * et sans cesse psalmodiant avec eux, * pour nous tous il intercède auprès du Christ notre Dieu.


Troparion of St Nicetas the Stylite Tone 4
O Nicetas, thou didst despise the lusts of youth with true discernment. In thy courageous life thou didst defeat the enemy and wast pleasing to God in thy prudence. Thou hast received the gift of wonderworking/ and dost cast out demons and healest infirmities. Entreat Christ our God to save our souls.

Nikolas Petit a dit…

Merci de nous faire découvrir ce magnifique saint qu'est saint Walfroy.