"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

21 novembre 2013

L'Entrée de la Theotokos au Temple (P. Panagiotes Carras)



L'ENTRÉE DE LA THEOTOKOS AU TEMPLE
21 Novembre (calendrier de l'Église) / 4 Décembre (calendrier russe)
Par le p. Panayiotis Carras

L'économie de notre Salut a commencé dès la Création du monde. Ce n'est pas par hasard que le 4ème Évangile ne commence pas par la généalogie de notre Seigneur, mais nous ramène aux tous débuts. Toutes choses depuis le début jusqu'à la fin, depuis l'alpha jusqu'à l'omega, font partie de l'économie de Dieu pour notre Salut, l'ordonnancement providentiel de Dieu pour notre Salut. L'homme a été créé afin qu'il puisse participer à la divinité de son Créateur en participant à sa propre perfection. Les Pères nous enseignent que l'homme a été créé pour la perfection. Adam se vit offrir la perfection, mais il chuta, victime de la tromperie du serpent. Le plan de Dieu ne pouvait pas être pour autant arrêté, et le Seigneur prépara le monde pour un autre Adam Qui sauverait la lignée du premier Adam.

Saint Paul nous explique qu'Adam est le prototype du futur Adam (Romains 5,14). Tous les Chrétiens sont descendants à la fois du premier et du dernier Adam. Du premier, nous avons hérité la mort, du dernier, nous avons hérité la vie éternelle (1 Co 15,45-50). C'est cet enseignement apostolique sur les deux Adam qui a été développé par les Pères, et a formé le noyau de l'enseignement de l'Église sur le Salut de l'humanité.

L'humanité, qui avait son commencement dans le premier Adam, devait recevoir un nouveau commencement. Un Nouvel Adam était nécessaire pour devenir la Tête de la Nouvelle Humanité, la Tête du Corps, l'Église, qui est Son Corps ( (Éphésiens 1,22-23).  Cependant, de même que dans l'Ancienne Humanité, ladite humanité avait reçu la liberté de choisir sa filiation; de même dans la Création de la Nouvelle Humanité, les êtres humains ont reçu la possibilité de choisir. Le premier Adam venait de la terre, un homme tiré de la poussière; le second vient du Ciel (1 Co 15,47). Le premier savait choisir le péché parce qu'il n'était pas encore parfait. Le deuxième Adam, notre Seigneur Jésus-Christ, étant Dieu par nature, était totalement étranger au péché. C'est du fait que l'économie de Dieu demandait un membre de l'espèce humaine qui soit capable de se prouver libre de tout péché que les temps étaient arrivés à leur plénitude (Gal. 4,4) pour que Dieu envoie Son Fils, puisque l'humanité avait été capable de susciter la toute sainte Vierge.

C'est précisément pour cela que "Theotokos" est le mot-clé de l'enseignement christologique du 4ème Concile Oecuménique, ou comme saint Jean Damascène le disait, "Ce nom contient tout le mystère de l'Économie" (De la Foi Orthodoxe 3,12). C'est pour cette raison que l'icône traditionnelle de la Mère de Dieu est une icône de l'Incarnation, la Vierge est toujours avec l'Enfant.

L'enseignement de l'Église sur la Theotokos est une extension de ce qui est cru au sujet de la Personne du Christ. Le Fils de Dieu est né d'une femme, et dans ce cas la mère n'est pas juste un instrument physique, mais un participant actif qui a trouvé grâce auprès de Dieu (Lc 1,30). La foi de l'Église est fort justement exprimée par les paroles de saint Nicolas Cabasilas dans son homélie sur l'Annonciation : L'Incarnation ne fut pas l'oeuvre du Père et de Sa PUIssance et Son Esprit, elle fut aussi l'oeuvre de la volonté et de la foi de la Vierge (Sur l'Annonciation, 4).

Tel est l'enseignement de l'Église, enseigné depuis les origines, à savoir que la Vierge mère du Seigneur Incarné a trouvé grâce auprès de Dieu (Lc 1,30) et qu'elle fut choisie et élue pour participer au Mystère de l'Incarnation, dans l'Économie du Salut. L'antique Église comprenait la relation typologique entre le premier Adam et le dernier Adam, et par extension elle fut à même de voir que la première Eve préfigurait la seconde Eve. Nous trouvons cela aussi tôt qu'au 2ème siècle avec saint Justin et saint Irénée qui avaient développé un enseignement sur la Theotokos comme seconde Eve qui par son obéissance avec remédié à la désobéissance de la première Eve :
" Parallèlement au Seigneur, on trouve aussi la Vierge Marie obéissante, lorsqu'elle dit « Voici ta servante, Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole ». Eve, au contraire, avait été désobéissante elle avait désobéi, alors qu'elle était encore vierge. Car, de même qu'Eve, ayant pour époux Adam, et cependant encore vierge — car « ils étaient nus tous les deux » dans le paradis « et n'en avaient point honte », parce que, créés peu auparavant, ils n'avaient pas de notion de la procréation il leur fallait d'abord grandir, et seulement ensuite se multiplier — de même donc qu'Eve, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant pour époux celui qui lui avait été destiné par avance, et cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain. C'est pour cette raison que la Loi donne à celle qui est fiancée à un homme, bien qu'elle soit encore vierge, le nom d'« épouse» de celui qui l'a prise pour fiancée, signifiant de la sorte le retournement qui s'opère de Marie à Eve Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l'on refait en sens inverse les boucles du nœud, en sorte que les premières boucles soient défaites grâce à des secondes et qu'inversement les secondes libèrent les premières : il se trouve de la sorte qu'un premier lien est dénoué par un second et que le second tient lieu de dénouement à l'égard du premier.

C'est pourquoi le Seigneur disait que les premiers seraient les derniers, et les derniers les premiers. Le prophète, de son côté, indique la même chose, en disant : « Au lieu de pères qu'ils étaient, ils sont devenus tes fils. » Car le Seigneur, en devenant le Premier-né des morts et en recevant dans son sein les anciens pères, les a fait renaître à la vie de Dieu, devenant lui-même le principe des vivants parce qu'Adam était devenu le principe des morts. C'est pourquoi aussi Luc a commencé sa généalogie par le Seigneur, pour la faire remonter de celui-ci jusqu'à Adam, indiquant par là que ce ne sont pas les pères qui ont donné la vie au Seigneur, mais lui au contraire qui les a fait renaître dans l'Évangile de vie. Ainsi également le nœud de la désobéissance d'Eve a été dénoué par l'obéissance de Marie, car ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie l'a délié par sa foi." (Contre les hérésies, 3,22,4). "Marie étant seule à coopérer à l'Économie" (Contre les hérésies, 3,21,7).

L'Église a proclamé ce grand Mystère de notre Salut non seulement par l'enseignement des Pères, mais aussi par les célébrations liturgiques des actes qui ont conduit à notre Salut, à commencer par le premier d'entre eux, la sainte Résurrection de notre Seigneur. Le 21 novembre, l'Église célèbre la Fête de l'Entrée de la Theotokos au Temple. C'est en cette occasion que le fidèle chante "aujourd'hui c'est le prélude à la bienveillance de Dieu et l'annonce du Salut de l'humanité" (hymne de conclusion).

Tout au long de la Liturgie, les hymnes proclament la place élevée que l'Entrée a dans l'histoire du Salut. L'Entrée marque la cloture de l'Ancienne Alliance, comme l'Annonciation marque le début de la Nouvelle Alliance. Avec l'Entrée, la très sainte Vierge passe de l'Ancienne Alliance à la Nouvelle, et cette transition en la personne de la Mère de Dieu nous montre comment la Nouvelle Alliance est l'accomplissement de l'Ancienne.

Comme tous les autres êtres humains, la sainte Vierge est née sous la loi du péché des origines, mais l'héritage pécheur de la chute n'a pas pu la marquer de son emprise. Elle était sans péché au milieu même de l'universel règne du péché, pure de toute séduction et cependant faisait partie de cette humanité enchaînée par le démon. C'est la victoire que la Fête de l'Entrée célèbre joyeusement. Saint Photius loue la sainte Vierge comme étant la toute grande, l'ornement de la race humaine façonné par Dieu, qui a fait de son âme un saint sanctuaire de bonté... ne permettant jamais à la moindre partie d'elle-même de ne fut-ce que toucher brièvement les émanations mauvaises du démon. (Sur l'Annonciation, 4). Ce thème paraît constament dans les hymnes de la Fête de l'Entrée. "Ton miracle, ô pure Theotokos, transcende la puissance des mots; car j'ai compis que ton corps transcende toute description, n'étant pas accessible aux les flots du péché." (3ème magnificat dans l'ode 9). Saint Nicolas Cabasilas a étendu son enseignement et en a intensivement parlé dans son homélie sur la Naissance de la Vierge, en l'occasion de laquelle il est lu. Nous y lisons : la Vierge est restée du début jusqu'à la fin libre de tout mal du fait de sa grande vigilance, ferme volonté, et ampleur de sagesse (Ch 15).

Cet absence de péché et cette pureté de la Theotokos, en plus du fait que le Seigneur la préparait pour devenir Sa chambre, surpassa la sainteté du temple de l'Ancien Testament. La toute pure Vierge est autorisée à entrer dans le saint des Saints précisément parce qu'elle est celel qui doit devenir le temple vivant de Dieu. Saint Taraise, dans son homélie sur l'Entrée, fait dire à sainte Anne "Reçoit, Zacharias, le tabernacle pur; reçoit ô prêtre, l'immaculée chambre du Verbe.. qu'elle demeure dans le temple fait de mains d'hommes, elle qui doit devenir le temple vivant du Verbe (Migne, PG 98:1489). Zacharias s'exprime à son tour en parlant à la Vierge "Tu es le dénouement des malédictions d'Adam, tu es le paiement de la dette d'Eve" et il continue en citant tous les prototypes et prophéties de l'Ancien Testament qui font référence à la Theotokos (Migne, 98:1492-93).


Dans les Menées de saint Dimitri de Rostov, nous lisons "Ainsi avec honneur et gloire non seulement des hommes mais aussi des Anges, la toute immaculée Vierge fut introduite dans le temple du Seigneur. Et on y vint à sa rencontre : car si l'Arche de l'Ancien Testament, qui contenait la manne reçue au désert, qui ne servait que comme prototype pour la toute sainte Vierge, fut cependant transportée dans le temple avec de très grands honneurs par l'assemblée de tout Israël, combien plus grand encore est cet honneur, avec l'assemblée des Anges et des gens, qui aurait dû avoir lieu à l'entrée de cette même arche vivante, qui avait la vraie manne - le Christ - en elle, à savoir la toute bénie Vierge, prévue pour devenir la Mère de Dieu.

La Fête de l'Entrée célèbre la sainteté de la la toute sainte Vierge et glorifie le Seigneur qui l'a placée dans l'inaccessible saint des Saints comme le trésor de Dieu, afin qu'il ne soit utilisé qu'en temps adéquat (ce qui arriva) pour l'enrichissement de, et comme ornement transcendant, ainsi que commun à, tout le monde. (Saint Grégoire Palamas, homélie sur l'Entrée 9).



Enseignements des offices de la Fête.

Dans les offices de l'Église (Orthodoxe) nous participons à des événements salutaires de l'Économie du Salut de Dieu. C'est pourquoi, durant ces offices, nous entendons souvent "aujourd'hui". C'est pourquoi dans le premier stichère au Seigneur, "Seigneur je crie vers Toi", commence "Ohé fidèles, dansons une danse de joie en ce jour."
Le second stichère commence par "dans le temple de la loi, entre aujourd'hui le temple vivant." Pendant les Vêpres, Matines et la Divine Liturgie, nous entrons dans le Mystère de l'Entrée de la Theotokos. Lorsque nous entrons dans le Mystère, nous ne sommes pas que de simples spectateurs comme les jeunes vierges accompagnant la Theotokos, mais au contraire des participants à ce mystère éternel.

Les 2 premières lectures vétérotestamentaires des Vêpres parlent de l'établissement divin du tabernacle et du temple ( (Exode 40,1-5, 9-10, 34-35 et 2Rois 8,1, 3-4, 6-7, 9, 10-11).  La 3ème lecture, tirée de la prophétie du prophète Ezechiel (Ezechiel 43,27-44,4) parle de la Theotokos comme étant le temple du Dieu vivant.

Durant la Divine Liturgie, dans la lecture de l'épitre de saint Paul aux Hébreux (9,1-7), on nous enseigne que toutes choses qui ont été faites dans le temple de l'Ancienne Alliance, c'était des annonces prophétiques de ce qui serait accomplit par notre Seigneur. Dans l'évangile de saint Luc, qui est lu lors de chaque Fête de la Mère de Dieu, nous entendons "Bienheureux le sein qui t'a porté, et les mamelles qui t'on allaité!" Il nous est rappelé de glorifié notre Seigneur et e bénir Sa mère, qui nous a apporté le Salut.




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