"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

24 novembre 2013

Saintes Flora et Maria de Cordoue, martyres, ou l'Espagne Orthodoxe face à l'islam conquérant (+ 851)


SAINTES FLORA ET MARIA, MARTYRES (+ 851)
Dieu merci, l'historien des saints de l'antiquité et du Moyen Age n'a pas à travailler que sur des plagiats et des faux. Il rencontre aussi des témoignages directs où l'on sent battre un coeur. Les textes de saint Euloge, prêtre de Cordoue, archevêque élu de Tolède et martyr en 859, sont de cette catégorie bénie. Son style quelquefois précieux, toujours scripturaire, aide l'émotion intense qui éclate dans son "Instruction sur le martyre" dédiée aux vierges Flora et Maria, et dans la relation qu'il nous a laissée sur leur vie et leur mort en 851.
Euloge était l'animateur de la résistance Chrétienne contre l'Islam à Cordoue, quand il vit Flora pour la première fois. Elle avait été scalpée à coups de fouet. "Et moi, écrit-il, moi, ce pécheur, ce riche en iniquités, qui dès le début de son martyre ai joui de son amitié, j'ai touché de mes mains jointes les cicatrices de cette tête vénérable et délicate, après que par des coups de fouet la chevelure virginale était tombée" (P. L., t. 115, col. 838 D; cf. 831 B). On peut lire vers la fin de l'Instruction "Puissé-je tirer profit, moi pécheur, de ce médiocre petit livre, que j'ai écrit brûlant de votre amour spirituel, dans le dessein de vous sauver" (833 B).
Née d'un loup et d'une brebis, rose épanouie sur des épines, comme parle Euloge (831 A), Flora était vers 845 dans la fleur de sa beauté, physique et morale. Sa mère, originaire d'un bourg à l'ouest de Cordoue, était Chrétienne et de famille noble. Son père, un païen de Séville, avait élu domicile dans la capitale : il y mourut bientôt. La mère restait avec un fils et 2 filles. Elle fit de Flora, la plus jeune, une Chrétienne. Elle racontait plus tard à Euloge que la petite donnait aux pauvres la portion qu'on lui servait, et "furtivement accomplissait le bienheureux jeûne". Il fallait se gendarmer pour qu'elle mangeât, et seulemnent le soir. Cependant, en grandissant, Flora trouvait honteux d'avoir un Christianisme tout caché. Son frère, musulman fanatique, la gênait fort. Elle s'enfuit un jour avec sa soeur Baldegothone et se réfugia chez des Chrétiens. Le frère prit des clercs comme otages et les fit incarcérer. Flora ne voulait pas qu'on souffrît pour elle : elle revint dans sa maison et se déclara prête à tout endurer pour Jésus-Christ. Le frère, après avoir essayé de la séduire, la mena au juge. Elle déclara avec crânerie qu'elle était au Christ depuis son enfance et qu'elle lui gardait son corps intègre. Alors 2 satellites la maintiennent par ses bras étendus, et l'on fouaille sa tête jusqu'à la rendre chauve. On la rend presque évanouie à son frère: qu'il la soigne, l'instruise et la ramène, si elle ne se convertit point. Dès qu'elle se sent guérie Flora monte la nuit sur le mur du logis et saute dans la rue. Un Chrétien la recueille dans ce "chaos nocturne". Puis elle se cache près de Tucci (Martos, diocèse de Guadix) avec Baldegothone. Cette retraite dura 6 ans (831 C).
Et Maria, compagne de Flora dans son martyre? Son père était Chrétien, originaire d'Ilipula (= Cortijo de Repla? on préfère en général Niebla). Sa mère, arabe, se convertit. Ils eurent 2 enfants, Maria, puis un garçon, Walabonse, et se fixèrent à Froniano, village dans la montagne à l'ouest de Cordoue. Le père, devenu veuf, s'orienta vers la vie monastique. Walabonse devint moine à Saint-Félix sous le prêtre Salvator, et Maria nonne à Cuteclara près de Cordoue, sous une sainte femme, Artemia. Salvator étant mort, Walabonse revint chez lui et devint diacre. Maria l'aimait comme une seconde mère. Mais il se permit de lui fausser compagnie par le martyre. Pauvre petite sainte, sans son frère... Il apparut à une nonne : patience! Maria le rejoindrait bientôt. "De ce jour, la vierge sentait son coeur brûler d'amour pour le martyre. Brusquement éclairée par le Ciel, elle soupirait après le martyre avec impatiente ardeur" (840 B).
Un jour, elle partit pour le tribunal, afin de conquérir la couronne. En route, elle entra à Saint-Aciscla, et y trouva Flora, à qui le Christ avait donné rendez-vous sur sa croix. Elles se baisèrent, firent alliance : pas de repos, tant qu'elles n'auraient
pas Flora son Christ, et Maria son Walabonse. L'assaut du juge fut facile. Flora attaqua, puis Maria. "Et moi, juge, naguère j'ai eu un frère parmi ces confesseurs magnifiques, mort après avoir démoli votre prophète. J'imite leur courage en affirmant que le Christ est Dieu en vérité, et jure que les rites de votre loi et vos cérémonies sont des rêveries démoniaques" (841 A). Le cadi les envoie en un cachot malpropre, parmi des femmes de mauvaise vie. Elles se mettent à jeûner, à prier; le chant des hymnes fait passer l'horreur de l'ergastule. Cependant Euloge, pour les fortifier contre toute tentation d'apostasie, rédigea son Instruction, à laquelle il joignit une prière, pour obtenir la grâce de consommer le martyre (834 AD).
Enfin, après un 3ième avertissement du cadi, elles sont menées au tribunal pour être humiliées. On les interroge, ensemble, séparément. C'est ainsi, que 10 jours avant la fin, Flora comparut seule. Il n'obtint rien et la renvoya au cachot. Euloge, lui aussi détenu, eut alors une audience de "sa dame". Écoutons son récit (843 B) : "Elle était belle comme un Ange, brillante de la grâce d'une clarté céleste, l'air enjoué, le visage pudique, déjà épanouie par les joies de la Patrie céleste; elle me dit en souriant 'Maître, aujourd'hui j'ai passé devant le juge, avec mon frère en face de moi, cet adversaire de notre Foi, qui m'a persécutée jusqu'à me faire choir en cette fosse. On me demanda si je le connaissais. Je dis que c'était mon propre frère. Comment se fait-il, demanda le juge, que celui-ci soit un pilier de notre foi, et que toi tu professes le Christ?
- Je répondis : Juge, avant la 8ième année, moi aussi je vivais sous les ténèbres de l'ignorance, esclave des lois de mes pères,
et servais l'erreur des païens. Mais, illuminée par l'Auteur de la piété, je choisis la Foi des Chrétiens, pour laquelle j'ai résolu
de combattre à mort.
- Quel est, aujourd'hui, ton dernier mot par rapport à ce que tu m'as déjà exprimé?...
- Juge, je répète exactement ce que tu as entendu. Si tu m'interroges encore, ce que je dirai sera encore plus raide que la première fois.
Alors, il enfle sa gueule, tire de sa gorge gonflée des sons stridents, me menace de mort et ordonne de me ramener à la geôle."
Et après que ma dame m'eut fait son rapport avec sa voix de miel, je l'encourageai comme je pus, je lui rappelai l'espoir de la couronne méritée, puis, incliné profondément, j'adorai son visage angélique, me recommandant à ses prières. Renouvelé par ses paroles très vénérables, je revins à la retraite de mon cachot."
Finalement, Flora et Maria sont menées rapidement au lieu du supplice. Elles tracent sur leur visage les signes sacrés (de la Croix). Puis elles tendent le cou, et après la bienheureuse Flora, sainte Maria est prosternée. Les corps sont laissés aux chiens et aux oiseaux, puis on les jette au fleuve. Le cadavre de Maria fut retrouvé, mais non celui de Flora. Leurs 2 têtes furent recueillies dans la basilique Saint-Aciscle. Elles moururent le 24 novembre 851, à l'heure de none (3 heures). Euloge fut libéré grâce à leur prière, assure-t-il - le 29. Le tour de l'entraîneur entraîné viendrait en 859. Il fit parvenir à Baldegothone la ceinture que Flora portait dans la prison.

Bibl. - Textes d'Euloge dans P. L., t. 115, col. 819-845; notes, col. 899-903. Le Documentum martyrii (martyriale) ou "Instruction sur le martyre" est trop long pour que nous le traduisions. Euloge le soumit à son confrère Paul Alvare, futur martyr lui aussi, pour qu'il en vérifiât la correction dogmatique. Alvare répondit que l'Esprit-Saint parlait dans cet écrit; il l'avait lu rapidement pour ne pas le retenir, mais souhaitait vivement une copie. Le prologue indique le but : encourager, pour le rush final, les vierges emprisonnées. Mais Euloge ne dispose que de moyens pauvres : le riche pense et fait; le pauvre pense et défaille. L'opuscule évoque d'abord Esther et Judith. Le voisinage de femmes perdues ne doit pas décourager Flora et Maria : "Comme un lis parmi les épines, ainsi mon amie parmi les filles" (Cant., 2, 2). Les violences des bourreaux ne souilleraient pas leur âme, comme le déclarent saint Augustin et saint Jérôme (Quest. hébr. Gen., 12, 15; P. L. t. 23, éd. Vallarsi, col. 324-325) "Ce n'est pas la brutalité subie qui souille les saintes, mais la volupté consentie". Euloge allègue la constance de plusieurs héros de l'Ancien Testament, puis ces captifs Jonas, Malc (ici, t. 10, p.689), Paulin de Nole (ici, t. 6, p. 361 épisode légendaire). Courage! L'Eglise est opprimée. "Les divins tabernacles connaissent l'horreur de la solitude; l'araignée a couvert le temple, tout est silencieux" (cf. Saint Jérôme, Epist., 107, 1). On a engagé les détenues à rétracter leur déclaration de Christianisme devant le juge. "Mais nous, nous vous interdisons de le faire". Les tentateurs ont beau alléguer l'Église anéantie, il ne faut pas les écouter, en ajoutant au crime que serait le reniement de la vérité, cet autre crime de manquer à la confession de la vérité. Le silence serait une connivence intolérable avec le mal. L'occupant prétend réglementer, minimiser l'exercice du Christianisme. L'héroïsme des 2 martyres sera une bonne leçon pour la couardise publique. Euloge évoque les cicatrices de Flora qu'il a touchées d'une main tremblante, car il n'osait les baiser, sur ce crâne aux cheveux arrachés. "Après t'avoir quittée, longtemps et profondément j'ai réfléchi et soupiré".  Il pensait à saint Pierre libéré par un Ange, en se rappelant la jeune femme fuyant de nuit la prison fraternelle. Courage! Les vaillants soldats de Dieu, leurs frères, les ont précédées. Euloge énumère 12 martyrs récents, dont Walabonse : Maria retrouvera son frère. Pour finir, une prière au Seigneur Dieu tout-puissant demande le courage de boire le calice de la Passion avec entrain, et se termine par un souvenir au pauvre Euloge qu'il obtienne une petite place, la dernière, au pays des vivants!
- Le Documentum a des mouvements à la manière de saint Jérôme: § 22 début, cf. Jérôme, Epist., 77, 12; 137, 14; domina soror mea, cf. Epist., 22, 26; ici t. 9, p. 574 milieu; ou Lettres, éd. Labourt, t. 1, p. 138, 10. - § 23, occurret..., cf. Epist., 22, 41; éd. Labourt, p. 159, 3.
R.    Dozy, Hist. de Los Musulmanes espanoles... (711-1110), trad. F. de Castro, t. 2, 1878, p. 144-149, 176-183. - F. J. Simonet, Hist. de los Mozarabes de Espana, 1897-1903, p. 413-425 (Mens. de la R. acad. de la Hist., t. 13). - J. Perez de Urbel, Ano Cristiano, t. 4, 1933, p. 298-303, et S. Eulogio de Cordoba, 1928, rééd. 1942.




Tropaire des martyrs de Cordoue, ton 3
O martyrs de Cordoue, parfaite éloge de l'Hispanie, vous avez combattu le bon combat et exalté la Foi Orthodoxe, dénonçant les croyances des infidèles Hagarènes, et avec grande audace, proclamé le Christ comme Unique Fils de Dieu. Dès lors intercédez pour nous, afin que nos âmes reçoivent grande paix et abondante miséricorde.


Elles ont une rue qui leur est dédiée.. Ces héroïnes de l'univers n'ont qu'une rue.. pas de cathédrale orthodoxe, pas même une chapelle orthodoxe, rien, nous avons oublié tous nos ancêtres dans la Foi s'ils ne sont pas "ethniquement corrects" (à savoir orientaux).. et même nombre d'entre eux sont passés à la trappe.. honte à nous les "vrais" chrétiens...
http://callejero.interbusca.com/CORDOBA/CORDOBA/Calle-santos+flora+y+maria+n56-1.html




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