"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 décembre 2013

Épître de Noël de saint Jean Maximovitch (1962)

Épître de la Nativité (1962)

par Saint Jean, archevêque de Bruxelles, Shangai et San Francisco

"Toi, qui est le Dieu de paix et le Père des compassions, Tu nous a envoyé l'ange de Ton grand Conseil, nous accordant la paix." L'Ange-messager du Conseil pré-éternel de la Sainte Trinité vient sur terre. Ce n'est pas un messager ordinaire. Il est le Fils unique de Dieu Lui-même. Il apporte la paix aux hommes. "La paix soit avec vous," dira-t'Il plus d'une fois à Ses disciples. "Je vous donne la paix, je vous laisse Ma paix," leur dit-Il lors de la Cène Mystique, "Je ne vous la donne pas comme le monde la donne." Et apparaissant après Sa Résurrection, Il redit "la paix soit avec vous."
"Car Il est notre paix," disait le saint Apôtre Paul à Son sujet. "Il est venu sur terre pour réconcilier l'homme à Dieu par la Croix, ayant vaincu l'ennemi par elle. Et étant venu, Il a annoncé la paix à ceux qui étaient au loin et ceux qui étaient proches, afin que par Lui nous ayons tous accès au Père."

Le mur qui séparait les Cieux et la terre est détruit. L'épée qui barrait le passage vers l'Arbre de Vie disparaît. Le Créateur vient vers l'homme qui avait péché, l'appelant à L'embrasser! Par les bouches des Apôtres, le Saint Esprit S'écrie "En Christ, soyez réconciliés avec Dieu." Vous qui aviez péché, vous ne veniez pas à Dieu, mais le Fils de Dieu, devant Qui vous avez péché, Lui est venu à vous! Il appelle tout le monde à Lui-même. Il accorde le pardon à tous ceux qui y aspirent. Car sans le désir de l'homme lui-même, sans le moindre petit effort de sa part, la paix de Dieu ne saurait s'installer en lui. Le Seigneur ne force personne à venir à Lui, mais appelle tout le monde. "Venez vous tous qui ployez sous le fardeau, et Je vous donnerai le repos." Venez vous tous qui êtes surchargés de péchés, qui êtes épuisés par vos labeurs et ne trouvez nul repos! Vous trouverez cette paix intérieure, et vous découvrirez qu'il n'y a rien de plus désirable sur la terre. L'âme ressentira une paix et une joie qui ne sont pas de ce monde.

Les rois mages qui ont adoré l'Enfant ont expérimenté cette joie. Les bergers qui L'ont trouvé dans la mangeoire, l'ont ressentie. Mais ni la paix ni la joie n'ont touché le coeur d'Hérode et de ceux qui voulaient détruire l'Enfant. Car les désirs mauvais et la méchanceté sont incompatibles avec la paix intérieure. Et quiconque n'a pas la paix intérieure, ne fera que semer la discorde et le mal.

L'Église nous appelle à présent à rencontrer le Christ Qui descend des Cieux. Que pouvons-nous faire afin de Le rencontrer comme l'ont fait les rois mages, et non pas comme Hérode? "Garde ta langue du mal, tes lèvres des paroles trompeuses. Évite le mal, fais le bien, recherche la paix et poursuis-la. (Ps 34,14-15) Cela semble difficile à accomplir. Nous sommes si faibles lorsqu'il s'agit de ne faire que le bien. Mais le Fils de Dieu est même venu pour ça : afin de nous renforcer. Ce n'est pas pour rien qu'Il est né à Bethléem, qui signifie "la maison du pain." Il nous nourrit de la céleste nourriture, Sa Chair. "Dieu, le Seigneur et Créateur de tout, comme petit enfant dans la chair, est adoré dans une pauvre mangeoire, nous exclamant: 'Mangez Mon Corps, et par la Foi vous serez rendus forts." Ces paroles du divin Enfant sont pour nous. Entendons Son appel! Suivons les rois mages, hâtons-nous avec les bergers! Nos églises sont à présent toutes une étable de Bethléem. Non pas de manière illusoire, mais c'est bien la réalité que Celui Qui est né à présent dans Sa très pure chair, repose en chacune d'elles. Adorons-Le. Offrons comme un don nos pensées et nos désirs. Confessons nos péchés, et goûtons à Son Corps et Son Sang immaculés. Que celui qui ne l'a jamais fait auparavant le fasse au moins cette fois, alors que l'Étoile de Bethléem est déjà à briller! Nos esprits seront illuminés et nos coeurs entendrons :

"Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, paix sur la terre, bienveillance parmi les hommes!"

Le Christ est né!


+ Jean, archevêque de Bruxelles, Shangaï et San Francisco


3 commentaires:

rémy a dit…

Joyeux Noël à vous et votre famille et merci pour votre travail !

Anonyme a dit…

http://www.ec-patr.org/docdisplay.php?lang=gr&id=1838&tla=fr

Message Patriarcal diffusé à l’occasion de Noël 2013.

No de protocole 1109
Message patriarcal
diffusé à l’occasion de Noël

† BARTHOLOMAIOS
PAR LA GRÂCE DE DIEU ARCHEVÊQUE DE CONSTANTINOPLE,
NOUVELLE ROME ET PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE,
À TOUT LE PLÉRÔME DE L’ÉGLISE
GRÂCE, MISÉRICORDE ET PAIX DU CHRIST SAUVEUR NÉ À BETHLÉEM
* * *

Frères et Enfants bien-aimés dans le Seigneur,
« Un enfant nous est né, un fils nous a été donné » ! (Es 9, 5.)
Enthousiaste et joyeux, de nombreux siècles à l’avance, le Prophète nous annonce de façon prémonitoire la Naissance de l’Enfant Jésus, enfanté par Marie toujours-Vierge. Certes, du temps du recensement décrété par César Auguste, il n’y avait pas de place dans l’hôtellerie pour héberger la sainte Vierge enceinte par l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est pourquoi, saint Joseph, son fiancé et protecteur, est contraint à la conduire dans une grotte, à la crèche, pour « mettre au monde l’Enfant ».

Le ciel et la terre l’accueillent en exprimant leur action de grâce au Créateur : « Les Anges, leur chant ; le Ciel, une étoile ; les Mages, leurs cadeaux ; les Bergers, l’émerveillement ; la terre, une grotte ; les Prés, une crèche ; et nous-mêmes une Mère vierge ». Les bergers montent la garde auprès de « leur troupeau pendant la nuit » et, contemplant le Mystère des anges, chantent des louanges (Vêpres de Noël).

Une fois de plus, la douceur de la sainte Nuit de Noël comble le monde. Et au milieu des labeurs et des souffrances, de la crise et des crises, des passions et des hostilités, des inquiétudes et des déceptions, se produit, réel et actuel plus que jamais, le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu, descendu « comme la pluie sur un pré fauché » dans le sein de Marie toujours-Vierge, pour que paraissent justice et abondance de paix (cf. Ps 71, 6-7).

Dans le silence et la paix de la Nuit de Noël, Jésus Christ, sans commencement, éternel, invisible, incompréhensible, immatériel, celui qui est toujours, qui est aussi, entre dans le drame de l’histoire, porteur de notre chair, discret, pauvre, inconnu. Il entre, en même temps, comme «l’Admirable, le Conseiller, le Dieu fort, le Puissant, le Père à jamais, le Prince de la paix » (Es 9, 6-7).

Oui, il vient comme un homme né d’une Mère Vierge et il abolit l’emprise de l’iniquité. Par sa Grâce et sa Miséricorde, il fournit une issue aux dilemmes de la vie. Il donne à l’aventure humaine, une fin, une valeur, une substance, un ethos exemplaire et un modèle.

Le Seigneur a assumé toute la nature humaine et l’a sanctifiée. Le Dieu éternel a daigné devenir embryon pour nous et être porté dans le sein de la Théotokos. De la sorte, il a aussi honoré la vie humaine dès ses prémices. Il a enseigné le respect dû à l’être humain dès le début de la gestation. Le Créateur de l’univers a condescendu à naître comme Nourrisson et être allaité par la Vierge. De la sorte, il a honoré la virginité et la maternité spirituelle et naturelle. C’est pourquoi saint Grégoire le Théologien exhorte : « femmes, pratiquez la virginité, si vous voulez être mères du Christ » (Discours 38, Pour la Théophanie, PG 36, 313A, SC 358).

Anonyme a dit…

Et le Seigneur a établi l’homme et la femme comme conjoints dans la famille bénie. Cette institution de la famille chrétienne constitue la cellule de la vie et la couveuse du développement sain psychique et corporel des enfants. Dès lors, tant l’Église que les dirigeants de chaque nation ont l’obligation et le devoir de renforcer de diverses manières l’institution de la famille.

Le développement sain et normal d’un enfant requiert une famille où l’homme et la femme vivent harmonieusement, comme un seul corps, une chair, une âme, se soumettant l’un à l’autre.

Nous sommes certains que les dirigeants spirituels et ecclésiastiques, à l’instar des bergers vigilants, mais aussi les décideurs des affaires du monde connaissent et acceptent cette réalité et cette vérité divine, qu’à l’occasion de Noël nous proclamons cette année aussi de la part de notre Patriarcat œcuménique. Nous devons tous encourager la création et le fonctionnement des familles normales pour procréer des citoyens psychiquement sains et heureux, se sentant en pleine sécurité, soutenus par le sentiment d’être protégés et défendus par la force du père, l’affection et l’amour de la mère. Des familles dans lesquelles Dieu se reposera. Nous invitons et exhortons le plérôme de notre sainte Église orthodoxe, œuvrant de façon digne de l’appel reçu, à faire tout ce qui est possible pour soutenir l’institution de la famille.

Frères et enfants bien-aimés, « la nuit est avancée, le jour est tout proche » (Rm 13, 12). Déjà, les bergers cheminent vers Bethléem proclamant le prodige et nous invitent à les suivre, à l’instar des « mages observateurs des étoiles remplis de joie (tropaire 4 de l’ode des Matines de Noël). Ils Lui présentent des dons très précieux : « comme au Roi des siècles, de l’or, de l’encens, comme au Dieu de l’univers, et de la myrrhe à l’Immortel » (Vêpres de Noël, Apostiches). C’est-à-dire les dons de l’amour, de notre foi et de notre probation en tant que chrétiens, notamment chrétiens orthodoxes, dans l’ethos et la tradition familiale, patristique, ecclésiastique, qui agit toujours avec justesse à travers les siècles et qui, jusqu’à nos jours, assure la cohésion de notre société bénie, dont une cellule de la vie et du développement selon Dieu est, répétons-le, la famille.
Frères et enfants,

2013 ans depuis la Naissance dans la chair du Christ ;
2013 ans que le Christ, comme en ce temps-là, ne cesse d’être persécuté par Hérode dans la personne des faibles, les Hérode contemporains de toute sorte ;
2013 ans que Christ part, réfugié avec les réfugiés, non pas en Égypte, mais au Liban, en Europe, en Amérique et ailleurs pour trouver la sécurité dans l’insécurité du monde ;
2013 ans que l’Enfant Jésus est encore prisonnier avec les deux hiérarques de Syrie, Paul et Jean, avec les moniales orthodoxes et plusieurs autres chrétiens, anonymes et connus ;
2013 ans que Christ est crucifié avec ceux qui sont torturés et assassinés pour ne pas renier leur foi ;
2013 ans que Jésus est quotidiennement tué en la personne d’embryons que leurs parents ne laissent pas naître ;
2013 ans que Christ est victime de moqueries et d’injures dans la personne des enfants malheureux vivant dans la crise de la famille, de la misère et du dénuement.

Le Seigneur est venu, il vient ce Noël encore, assumer la douleur, l’affliction et les souffrances des êtres humains, Lui qui a dit : « [...] toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites » (Mt 25, 40). C’est pour eux qu’il est né de la Vierge, c’est pour eux qu’il est devenu homme, c’est pour eux qu’il a souffert la passion, a été crucifié et est ressuscité. C’est-à-dire, pour nous tous. Prenons donc chacun sa croix « afin que nous obtenions miséricorde et que nous trouvions grâce, pour un secours opportun » (He 4, 16) pour que « Dieu soit avec nous », Emmanuel, Sauveur et Seigneur. Amen.

Noël 2013

† Bartholomaios de Constantinople
fervent intercesseur de vous tous en Dieu