"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

15 décembre 2013

Péché et repentance (Dimanche des Ancêtres du Christ / DYNAMIS)



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2 Samuel 11,1-18; 23-27 - 6ème lecture à propos de la typologie de David comme annonçant le Christ.

1 Au retour de l’année, au temps où les rois se mettent en campagne, David envoya Joab et ses serviteurs avec lui ainsi que tout Israël: ils massacrèrent les Ammonites et mirent le siège devant Rabba. Cependant David restait à Jérusalem.  2 Il arriva que, vers le soir, David, s’étant levé de son lit, alla se promener sur la terrasse de la maison du roi et aperçut, de la terrasse, une femme qui se baignait. Cette femme était très belle.  3 David fit prendre des informations sur cette femme, et on répondit: "Mais c’est Bethsabée, fille d’Éliam et femme d’Urie le Hittite!"  4 Alors David envoya des émissaires pour la prendre. Elle vint chez lui et il coucha avec elle, alors qu’elle venait de se purifier de ses règles. Puis elle retourna dans sa maison.  5 La femme conçut. Elle en fit informer David: "Je suis enceinte!"  6 David envoya dire à Joab: "Envoie-moi Urie le Hittite", et Joab envoya Urie à David.  7 Lorsque Urie fut arrivé auprès de lui, David demanda comment allaient Joab et le peuple et la guerre.  8 Puis David dit à Urie: "Descends chez toi et lave-toi les pieds." Urie sortit de la maison du roi, suivi d’un présent du roi.  9 Mais Urie coucha à la porte de la maison du roi avec tous les serviteurs de son maître et ne descendit pas chez lui.  10 On en informa David: "Urie, lui dit-on, n’est pas descendu chez lui." David demanda à Urie: "N’arrives-tu pas de voyage? Pourquoi n’es-tu pas descendu chez toi?"  11 Urie répondit à David: "L’arche, Israël et Juda logent sous les huttes, mon maître Joab et les serviteurs de Monseigneur campent en rase campagne, et moi j’irais chez moi pour manger, boire et coucher avec ma femme! Par ta vie, par ta propre vie, je ne ferai pas cette chose- là!"  12 Alors David dit à Urie: "Reste encore aujourd’hui ici, et demain je te donnerai congé." Urie resta donc à Jérusalem ce jour-là et le lendemain.  13 David l’invita. Il mangea et il but en sa présence. David l’enivra. Le soir Urie sortit et se recoucha sur son lit avec les serviteurs de son maître, mais il ne descendit pas chez lui.  14 Le matin suivant, David écrivit une lettre à Joab et la fit porter par Urie.  15 Il écrivait dans la lettre: "Mettez Urie en première ligne, au plus fort de la bataille, puis reculez derrière lui: qu’il soit frappé et qu’il meure."  16 Joab, qui surveillait la ville, plaça Urie à l’endroit où il savait que se trouvaient de vaillants guerriers.  17 Les gens de la ville firent une sortie et attaquèrent Joab. Il y eut des victimes parmi la troupe, parmi les serviteurs de David, et Urie le Hittite mourut aussi.  18 Joab envoya informer David de tous les détails du combat. [...] 23 Le messager dit à David: "Ces hommes l’avaient emporté sur nous et étaient sortis vers nous en rase campagne, mais nous avons contre-attaqué jusqu’à l’entrée de la porte,  24 mais les tireurs ont tiré sur tes serviteurs du haut du rempart; certains des serviteurs du roi sont morts et ton serviteur Urie le Hittite est mort lui aussi."  25 David dit au messager: "Tu parleras ainsi à Joab: "Ne prends pas trop mal cette affaire! L’épée dévore d’une façon ou de l’autre. Renforce ton attaque contre la ville et détruis-là." Réconforte-le ainsi."  26 Lorsque la femme d’Urie apprit que son époux, Urie, était mort, elle pleura son mari.  27 Quand le deuil fut achevé, David l’envoya chercher et la recueillit chez lui, et elle devint sa femme. Elle lui enfanta un fils. Mais l’action que David avait commise déplut au Seigneur.

David – péché et repentance : 2 Samuel 11,1-18, 23-27, en particulier le verset 27 : "Mais l’action que David avait commise déplut au Seigneur." Saint Paul met en garde "Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel" (Rom 6,12). Saint Augustin d'Hippone, qui connaissait la puissance du péché, fait remarquer que saint Paul n'a pas dit "qu'il n'y aie pas de péché, mais 'ne le laissez pas régner'. Il y a péché en vous lorsque vous en tirez du plaisir; il règne en vous lorsque vous y avez consenti" (NPNF 1ère Série, vol. 8, p. 189).

Le péché régnait en effet dans le roi David, comme le révèle ce sordide chapitre de sa vie. Il devint le déplorable captif du péché jusqu'à ce qu'il s'effondre en larmes et cris de repentance "Affranchis-moi du sang, Dieu, Dieu de mon salut" (Ps 51,15)

Il est important de considérer le récit de ce jour lorsque nous considérons le roi David de manière typologique par rapport au Christ. Ces événements révèlent la limite typologique lorsqu'on compare au prototype - c'est à dire, aux actions bienheureuses et directes de Dieu lorsqu'Il Se dévoile Lui-même à nous. Le péché de David expose la limite de tout être créé quant à être porteur de la sainteté, de la gloire et de la majesté de Dieu. Tout comme nous, il est un homme de Dieu et c'est à travers son exemple que le Seigneur nous rappelle que le but premier de notre vie en Christ est la repentance.


La chute du roi David a commencé par une vision et du fantasme : il "aperçut, de la terrasse, une femme qui se baignait. Cette femme était très belle" (2 Sam 11,2). Notez qu'il ne détourne pas son regard ni ne tente d'étouffer sa passion naissante. Ce petit pas, pourtant traître, qu'il franchit, passant du regard posé sur Betsabée qui se baigne, jusqu'à se faire remarquer qu'elle est très belle, révèle le penchant à la sensualité en lui. Saint Grégoire le Sinaïte note que les démons jouent un rôle pour enflammer nos esprits et faire naître des émotions qui progressent de la simple vue, jusqu'à faire naître en nous des images de plaisir : "Les esprits de complaisance enflamment la faculté de désir de l'âme, et ils rendent aussi confus la cîme de l'âme, et la plonge dans la ténèbre" (Philocalie vol. 2, pp817)

Notre captivité au péché commence avec cette progression intérieure, depuis la réception de l'information (par les yeux, oreilles, ou le toucher), jusqu'à la naissance du désir concret. Selon les mots de saint Grégoire, "les esprits vagabonds.. cherchent à s'emparer de nous afin de nous dévorer." Une fois que la passion est réveillée, nous sommes poussés à l'action.

Influencé par les démons, "David fit prendre des informations sur cette femme" (v. 3). Nous observons ici un roi qui devient à présent un esclave, suivant avec obéissance les tentations qui jouent avec ses passions. Il ignore tout écho du Commandement de vie du Seigneur contre l'adultère! Les esprits du mal s'emparent des renes de son âme, et bien vite la plongent dans les ténèbres.

Un puissant dirigeant peut savourer son plaisir, et ensuite faire usage de son pouvoir du trône pour se protéger. Le roi David cherche frénétiquement à utiliser Urie pour cacher son péché, mais le soldat du roi prouve être plus noble que son monarque. Urie refuse de jouir des plaisirs d'une noce alors que ses hommes sont sur le terrain (vs. 9-13).

David n'arrive pas à faire taire sa conscience. Son second péché, comme le premier, commence avec la pensée bancale et l'illusion qu'il peut se sauver lui-même. Le meurtre d'Urie est facilement arrangé et organisé sur ordre du roi. Joab obéit et "plaça Urie à l’endroit où il savait que se trouvaient de vaillants guerriers.  [..] et Urie le Hittite mourut aussi." (vs 16-17). "Mais l’action que David avait commise déplut au Seigneur" (v. 27). Le Seigneur connaît nos voies, et rien ne Lui est caché.

En David, nous voyons la désespérance d'une âme sensible qui réalise son malheur et fait face aux conséquences de ses actes. Ces conséquences mènent David à la repentance " Sauve-moi, ô Dieu, car les eaux me sont entrées jusqu’à l’âme.  J’enfonce dans la bourbe du gouffre, et rien qui tienne; je suis entré dans l’abîme des eaux et le flot me submerge" (Ps 69,1-2).

"Ai pitié de moi, O Dieu, selon Ta grande miséricorde, en ta grande tendresse efface mon péché, lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi." Ps 51,1-2






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