"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 décembre 2013

Saint Etienne et l'amour du Christ - sermon de saint Fulgence de Ruspe (+ 532)


L'inscription dit "Souviens-Toi Seigneur, souviens-Toi Maître, souviens-Toi ô Saint, souviens-Toi du protomartyr Étienne, au Jour du Jugement, ainsi que de moi, le pécheur hiéromoine Seraphim. Le 17 octobre de l'an 1805"
Le hiéromoine Seraphim est peint agenouillé sur cette icône.

Martyre de saint Étienne, monastère de Vatopedi, Mont Athos


Hier, nous fêtions la Nativité dans le temps de notre Roi éternel, aujourd’hui, nous célébrons la passion triomphale du soldat.

Hier notre Roi, revêtu de la robe charnelle, sortait du sanctuaire d’un sein virginal et daignait visiter le monde. Aujourd’hui, Son soldat quitte le tabernacle de son corps et part triomphant vers le Ciel.

Notre Roi, tout en conservant la grandeur de l’éternelle majesté, vint dans l'humilité pour notre Salut, et cependant Il vint prêt à la lutte. Il apporta à Ses soldats un grand don qui non seulement les enrichis, mais aussi les rendit invincibles à la bataille, car c'était le don d'amour, qui allait amener les hommes à partager Sa divinité. Il a cependant fait ce présent sans la moindre perte pour Lui-même. D'une manière merveilleuse, Il a changé en richesse la pauvreté de Ses fidèles serviteurs tout en demeurant en pleine possession de Ses inépuisables richesses.

Et ainsi l'amour qui avait amené le Christ du Ciel sur la terre, éleva Étienne de la terre au Ciel. D'abord vu dans le Roi, il brilla ensuite dans Son soldat. L'amour était l'arme d'Étienne par laquelle il a remporté toute bataille, et aussi gagné la couronne qu'exprime son nom. Son amour de Dieu le préserva d'hurler contre la foule féroce. Son amour du prochain le fit prier pour ceux qui étaient à le lapider. L'amour lui inspira de reprocher à ceux qui étaient dans l'errance, pour les amener à s'amender. L'amour l'amena à prier pour ceux qui le lapidaient, afin de les sauver de la punition. Renforcé par la puissance de son amour, Il vainquit la cruelle rage de Saul et gagna son persécuteur sur terre pour en faire un compagnon au Ciel. Dans son saint et infatigable amour, il aspira à gagner par la prière ceux qu'il ne parvenait pas à gagner par l'admonition.

Et voici que maintenant Paul partage la joie d'Étienne, il jouit avec Étienne de la gloire du Christ, il exulte avec Étienne, il règne avec lui. Là où Étienne est allé le premier, mis à mort par la lapidation de Paul, c'est là que Paul l'a suivi, secouru par les prières d'Étienne. Assurément mes frères, c'est en cela qu'est la véritable vie, une vie dans laquelle Paul ne ressent aucune honte pour la mort d'Étienne, et Étienne se réjouit de la compagnie de Paul, car l'amour les remplit tous les deux de joie. Chez Étienne, l'amour a surmonté l’hostilité de la foule. Et chez Paul, l'amour a recouvert une multitude de ses péchés. Chez l’un comme chez l’autre, l'amour a pareillement obtenu de posséder le Royaume des Cieux.

L'amour est donc la source et l’origine de tous les biens, une protection invincible, la route qui mène au Ciel. Celui qui marche dans l'amour ne pourra ni s’égarer, ni avoir peur : l'amour le dirige, le protège, le conduit au but final de son parcours.

Mes frères, le Christ a dressé l’échelle de l'amour, par laquelle tout Chrétien peut monter au Ciel. Alors accrochez-vous y bien, en toute sincérité, pratiquez-le entre vous et, en progressant dans l'amour, faites votre ascension ensemble.

Claudius Gordianus Fulgensis (467-532), dit Saint Fulgence, évêque de Ruspe (près de Tunis), Sermon 3, &-3;5-6, CCL 91A, 905-906.

Ndt : on remarquera à l'introduction du sermon "Hier, nous fêtions la Nativité dans le temps de notre Roi éternel [..]" qu'au temps où l'Occident était chrétien orthodoxe, c'est le lendemain de Noël que nous fêtions saint Étienne. Les catholiques-romains, qui ont remplacé
en nos pays notre foi par leur religion, ont repris cette antique date. La partie orientale de l'Église a depuis placé une fête de Synaxe, celle de la Mère de Dieu, au lendemain de la Nativité du Christ.



Yesterday we celebrated the birth in time of our eternal King. Today we celebrate the triumphant suffering of his soldier.

Yesterday our king, clothed in his robe of flesh, left his place in the Virgin’s womb and graciously visited the world. Today his soldier leaves the tabernacle of his body and goes triumphantly to heaven.

Our king, despite his exalted majesty, came in humility for our sake; yet he did not come empty-handed. He brought his soldiers a great gift that not only enriched them but also made them unconquerable in battle, for it was the gift of love, which was to bring men to share in his divinity. He gave of his bounty, yet without any loss to himself. In a marvellous way he changed into wealth the poverty of his faithful followers while remaining in full possession of his own inexhaustible riches.

And so the love that brought Christ from heaven to earth raised Stephen from earth to heaven; shown first in the king, it later shone forth in his soldier. Love was Stephen’s weapon by which he gained every battle, and so won the crown signified by his name. His love of God kept him from yielding to the ferocious mob; his love for his neighbor made him pray for those who were stoning him. Love inspired him to reprove those who erred, to make them amend; love led him to pray for those who stoned him, to save them from punishment. Strengthened by the power of his love, he overcame the raging cruelty of Saul and won his persecutor on earth as his companion in heaven. In his holy and tireless love he longed to gain by prayer those whom he could not convert by admonition.

Now at last, Paul rejoices with Stephen, with Stephen he delights in the glory of Christ, with Stephen he exalts, with Stephen he reigns. Stephen went first, slain by the stones thrown by Paul, but Paul followed after, helped by the prayer of Stephen. This, surely, is the true life, my brothers, a life in which Paul feels no shame because of Stephen’s death, and Stephen delights in Paul’s companionship, for love fills them both with joy. It was Stephen’s love that prevailed over the cruelty of the mob, and it was Paul’s love that covered the multitude of his sins; it was love that won for both of them the kingdom of heaven.

Love, indeed, is the source of all good things; it is an impregnable defense,- and the way that leads to heaven. He who walks in love can neither go astray nor be afraid: love guides him, protects him, and brings him to his journey’s end.

My brothers, Christ made love the stairway that would enable all Christians to climb to heaven. Hold fast to it, therefore, in all sincerity, give one another practical proof of it, and by your progress in it, make your ascent together.

Aucun commentaire: