"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 mars 2013

les aliments carémiques spéciaux (humour)

Les souris, c'est carémique, je l'ai lu quelque part dans un Canon.
(c) Grumpy Orthodox Cat

(la bière belge sûrement aussi, et les rollmops, puisque c'est pas interdit textuellement dans les Canons :-)

Parrain & marraine, un rôle essentiel (p. Tryphon, EORHF)


Le rôle des parrain et marraine est une énorme responsabilité.

L'institution des parrain et marraine remonte au premier siècle de l'Église chrétienne. Quiconque venait recevoir le Baptême, qu'il soit enfant ou adulte, devait avoir un parrain ou marraine. Dans le cas d'un enfant, c'est le parrain ou marraine qui parle pour l'enfant, répondant aux questions posées par le prêtre durant l'office de Baptême. Mais cela ne s'arrête pas là! Le parrain ou marraine est chargé par l'Église du devoir de veiller à ce que le nouvellement baptisé soit instruit dans les enseignements de l'Église, communie fréquemment au sein de l'Église, et reste actif dans l'Église. Dans le cas d'un enfant, c'est au parrain ou marraine que les parents confient leur enfant, sachant que ce parrain/marraine restera soutenir activement l'enfant au sein de la vie de l'Église. Si quelque chose devait arriver aux parents, traditionnellement ce sont les parrain et marraine qui veilleront à ce que l'enfant continue à venir à l'église et reste Chrétien (Orthodoxe).

Vu l'énorme responsabilité que c'est qu'être parrain ou marraine, il est des plus important de les choisir avec le plus grand soin. L'Église ne permet pas à quelqu'un de non-Orthodoxe de devenir parrain ou marraine, car comment quelqu'un qui ne vit pas lui-même dans la piété, qui ne serait pas un Chrétien Orthodoxe actif, pourrait-il témoigner de la vie dans la Foi Orthodoxe? Le parrain / marraine doit dès lors être une personne de grande valeur morale, capable d'inspirer au nouvellement baptiser d'accomplir ses voeux de Baptême.

Lorsque le nouveau baptisé approche le saint Calice pour les 3 premiers dimanches suivant son Baptême, ce sont les parrain / marraine qui l'accompagnent pour recevoir les saints Mystères. Le parrain / marraine doit dès lors être quelqu'un qui lui-même communie fréquemment. De plus, le parrain / marraine doit être quelqu'un qui est actif dans la vie de l'Église, soutenant l'Église en versant la dîme, respectant les jeûnes, et menant une vie de piété et sainteté.

La personne choisie pour être parrain / marraine doit être quelqu'un qui veut honorer son engagement toute une vie durant auprès du nouveau baptisé, et désireux de nourir la vie spirituelle et le développement du baptisé tout au long de sa vie. Dès lors, c'est une très mauvaie idée de choisir comme parrain / marraine quelqu'un simplement parce que vous êtes bons amis. Les parrain / marraine sont liés par un devoir, continuer à soutenir leur filleul, même lorsqu'il sera adulte. Il doit donc être quelqu'un qui se souviendra qu'il faut fêter le filleul en certaines occasions, comme l'anniversaire ou la fête du saint patron. Il devra faire partie de la vie du filleul durant les grandes fêtes de l'Église, comme Pâques ou la Nativité du Christ. Il devra commémorer l'anniversaire du Baptême du filleul en offrant un présent chrétien, comme une bible, un livre de prière, une icône, etc.

Tout devrait être fait pour renforcer les liens entre parrain / marraine et filleul tout au long des années qui suivront. Ils sortiront diner ensemble, iront communion ensemble à chaque fois que possible. Il faudra se donner du temps pour cultiver un lien spirituel unique, et le parrain / marraine devra assister les parents de l'enfant à chaque fois que possible - en particulier lorsqu'en agissant de la sorte, cela augmente l'engagement du filleul envers sa Foi Orthodoxe.

Le Baptême a été qualifié d'illumination. Il nous mène hors des ténèbres du péché, nous fait entrer dans la Lumière du Christ. Dès lors le rôle du parrain / marraine est un rôle critique, essentiel. Il doit s'assurer que la Lumière du Christ continuera à briller dans l'âme du filleul. Ce rôle comme parrain / marraine est dès lors une énorme, écrasante responsabilité, et il ne doit surtout pas être vu comme un événement d'un seul jour. Si on vous demande de devenir parrain ou marraine, mais que vous ne vous sentez pas capable d'en faire une vocation de toute une vie, de grâce, déclinez l'honneur.



Dans l'amour du Christ,
Hiéromoine Tryphon


Photo: Eleana Brown, ma chère amie, qui est marraine pour plusieurs

29 mars 2013

Livre: "saints de tous les jours", par l'archimandrite Tikhon (Chevkounov)


Archimandrite Tikhon (Chevkounov): saints de tous les jours et autres récits
Traduit du russe par Maria-Luisa Bonaque
Format : 14 cm x 22,5 cm
384 pages
isBn : 978-2-84545-176-6
code sodis : 7111080
23 euros
À paraître le 21 mars 2013
Éditions des syrtes
74, rue de sèvres, 75007 Paris
01 56 58 66 66 – edifin@worldonline.fr
http://www.editions-syrtes.fr

Né en 1958, l’archimandrite Tikhon Chevkounov est le supérieur du monastère de la Sainte-Rencontre à Moscou.
Son livre dresse un tableau vivant de l’univers méconnu et caché de la vie des moines dans les vingt dernières années du xxe siècle. C’est un éloge de la vie monastique, de ces humbles héros des temps modernes, dans leur lutte contre le mal et l’illusion ; il y a parmi eux des ascètes, des mystiques, des excentriques, des rusés… Mais tous sont de bons chrétiens et, surtout, de profonds croyants. Servi par un texte plein de spontanéité et de simplicité, ce Journal fourmille de détails croqués sur le vif et décrits avec finesse et humour.
"saints de tous les jours" met en évidence le statut spirituel fondamental occupé par le monachisme dans l’Église orthodoxe – statut bafoué pendant les années de communisme. Le lecteur éprouve sans cesse la lutte contre la force puissante de l’État athée qui veut éliminer l’Église millénaire de Russie, alors que transparaît la foi en la force de Dieu, capable de transformer les hommes quels qu’ils soient en « saints de tous les jours ».
De ces récits se dégage l’idée-force de la confession, de la communion et de la prière ; on trouve, par exemple, un fragment de la prière de Soljenitsyne gardé par l’un des moines.
L’unité de l’œuvre est fournie par la personnalité du narrateur, le père Tikhon, qui, sur le ton de la confidence, est toujours en quête de l’unique nécessaire – la prière – qui établit l’esprit dans la communion avec Dieu et avec ses semblables. Homme d’Église et de prière, l’auteur demeure cependant profondément enraciné dans son époque.




Info (et merci!) diacre Claude Lopez-Ginisty
http://orthodoxologie.blogspot.be/2013/03/aux-editions-des-syrtes-archimandrite.html


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Actualité juin 2013 Belgique :

une annonce de la radio de service public francophone :

"Et dieu dans tout ça? - La Première RTBF

Emission du 9 juin 2013 - La Première vers 11h35

Sujet 2 : « Comment être moine orthodoxe en Russie aujourd’hui ? »

En Europe occidentale, peu de gens ont sans doute entendu parler de l’archimandrite Tikhon Chevkounov… Pourtant en Russie, ce moine orthodoxe, supérieur d’un gros monastère au centre de Moscou, jouit d’une notoriété surprenante. Son dernier livre y est un best-seller absolu, témoignant d’un intérêt renouvelé de la part des jeunes Russes pour la vie spirituelle et religieuse dans un pays où, longtemps, elle fortement marginalisée. Mais que veut exactement nous dire le P. Chevkounov qui, par ailleurs, est réputé être le confesseur de Vladimir Poutine ?...

Rencontre avec Nathalie Popowski, à propos de « Père Rafaïl et autres saints de tous les jours » qui vient de paraître en français aux éditions des Syrtes (Genève)"
 
 

L'ÉVÊQUE (Anton Pavlovitch TCHEKHOV, présentation p. Alexander SCHMEMANN)

"Le soir, conférence sur 'l'évêque' de Tchékhov: une forme de libération intérieure et de purification. Musique étonnante de ce récit que je m'efforçais de rendre. Et puis, ces thèmes de la mère et de l'enfance, de la semaine de la Passion sur cette toile de fond des pères Sissoï et Demianov-Zmeevidets : tout est tellement sublime, un art si pur. L'essence même du Christianisme et de l'Orthodoxie s'y exprime mieux que dans les pompeuses définitions théologiques. Mystère du Christianisme : beauté de la défaite, total affranchissement du succès. "Ce que Tu as caché aux sages..." (Mt 11,25). Dans ce récit, tout est défaite et, pourtant, il resplendit tout entier comme une victoire ineffable, mystérieuse. "Maintenant, le Fils de l'Homme a été glorifié..." (Jn 13,31).
C'est pourquoi la théologie, coupée de la culture qui seule peut nous révéler ces moments indéfinissables (beauté de la défaite et lumière de la victoire qu'elle recèle), perd si souvent son sel et devient pur verbiage."

P. Alexander Schmemann, "Journal", p. 295 de l'édition FR

La traduction ci-dessous est vieillotte mais libre de droits donc... Et si p. Alexander recommande cette nouvelle, je m'en délecte.


L'évêque


Dmitri Belyukin, 2004


TRADUIT DU RUSSE PAR DENIS ROCHE, Plon éditeur, Paris 1929
(Seule traduction autorisée par l'auteur)

Publiée en 1902, cette nouvelle semble une des dernières qu'écrivit Anton Tchékhov.


La veille du jour des Rameaux, il y eut complies au monastère Staro-Pétrôvski. Lorsqu'on distribua les branchettes, il était déjà près de dix heures. Les lumières baissaient, les mèches charbonnaient ; tout semblait dans la buée. La foule, dans la pénombre de l'église, ondait comme la mer, et il paraissait à Mgr Pierre, déjà mal portant depuis deux ou trois jours, que tous les visages, jeunes ou vieux, masculins ou féminins, se ressemblaient.
Tous ceux qui venaient de recevoir un rameau avaient aux yeux une même expression. A cause de la buée, on ne voyait pas la porte ; la foule oscillait toujours et il semblait qu'elle ne finissait pas et ne finirait jamais de s'écouler. Un chœur de femmes chantait ; une moniale lisait le Canon.
Qu'il faisait chaud, étouffant ! Que l'office avait été long ! Mgr Pierre était las. Sa respiration était haletante, courte, sèche. Ses épaules lui faisaient mal, ses jambes tremblaient. Et il ressentait de l'énervement de ce qu'un simple d'esprit criât parfois dans la tribune.
Et soudain, comme en songe, ou dans le délire, il sembla à Sa Grandeur que, parmi la foule, sa mère, Maria Timofèiévna, qu'il n'avait pas vue depuis neuf ans déjà, s'était approchée de lui, — ou bien c'était une femme ressemblant à sa mère, qui, après avoir reçu de lui un rameau, s'éloigna et le regarda joyeusement, avec un sourire bon et heureux, tant qu'elle n'eut pas disparu dans le remous. Et, on ne sait pourquoi, des larmes coulèrent sur le visage de Sa Grandeur. Son âme était calme, tout allait à souhait, mais son regard restait fixé, dans le choeur à gauche, à l'endroit où l'on lisait le Canon et où l'on ne pouvait plus, dans la buée, distinguer personne ; et il pleurait.
Des larmes brillaient sur ses traits, sur sa barbe.
Quelqu'un, non loin de lui, se mit à pleurer aussi, puis quelqu'un plus loin, et encore quelqu'un ; encore quelqu'un. Et, peu à peu, l'église s'emplit de douces larmes. Ensuite, au bout de cinq à six minutes, la maîtrise des moniales chanta, et on cessa de pleurer. Tout redevint comme avant.
L'office prit bientôt fin. Tandis que l'archevêque montait en carrosse pour rentrer chez lui, le carillon joyeux des cloches, lourdes et de grand prix, se répandit dans tout le jardin du couvent, éclairé par la lune. Les blanches murailles, les croix blanches des tombes, les bouleaux blancs, les ombres noires et la lune lointaine dans le ciel, qui se trouvait juste au-dessus du monastère, semblaient vivre maintenant une vie particulière, incompréhensible, mais proche de l'âme humaine.
C'était le commencement d'avril, et, après une tiède journée de printemps, il faisait un peu froid. Il avait un peu gelé, mais dans l'air doux on sentait un souffle de printemps.
La route menant en ville passait dans le sable ; il fallait aller au pas. Et des deux côtés de la voiture, sous le clair de lune paisible, des fidèles cheminaient. Recueillis, tous se taisaient. Tout, alentour, était accueillant, renouvelé, si intime, — tout : les arbres, le ciel, et même la lune, — tout était si intime que l'on voulait penser qu'il en serait toujours ainsi. Le carrosse, entrant enfin en ville, roula dans la rue principale. Les boutiques étaient déjà fermées ; chez Iérâkine seulement, le marchand millionnaire, on essayait l'éclairage électrique qui sautait fortement. Il y avait foule alentour. Ce furent ensuite, l'une après l'autre, les rues larges et sombres, désertes, puis hors de la ville, la chaussée faite par l'Assemblée provinciale et les champs. Il arriva une odeur de sapins, et, tout à coup, surgit un mur blanc, crénelé. Derrière lui, un haut clocher, tout inondé de lumière, et auprès, cinq larges coupoles dorées, brillantes. C'était le monastère de Saint-Pancrace où habitait Mgr Pierre. Là aussi on voyait, haute au-dessus du couvent, la lune, calme et pensive.
Le carrosse, broyant le sable, franchit le portail ; de-ci, de-là, apparurent, dans le clair de lune, quelques noires silhouettes de moines. On entendait des pas sur les dalles de pierre...
— Votre Grandeur, dit un frère servant, comme l'évêque entrait chez lui, madame votre maman est arrivée en votre absence.
— Ma chère maman ! Quand est-elle arrivée ?
— Avant complies. Elle a demandé où vous étiez et s'est fait conduire ensuite au couvent des femmes.
— C'est donc bien elle que j'avais vue tout à l'heure à l'église ! Oh ! Seigneur !
Et l'évêque se mit à rire de joie.
— Madame votre maman a ordonné de dire à Votre Grandeur qu'elle viendrait demain. Elle avait avec elle une fillette, sans doute sa petite-fille. Elle est descendue à l'auberge d'Ovsiânnikov.
— Quelle heure est-il?
— Onze heures passées.
— Ah ! quel dommage !
L'évêque resta quelques minutes assis dans le salon, hésitant, et semblant douter qu'il fût déjà si tard. Ses bras et ses jambes étaient rompus, sa nuque était lourde. Il avait chaud et se sentait mal à l'aise. Après avoir un peu soufflé, il se rendit dans sa chambre et y resta également quelques instants assis, songeant toujours à sa mère. On entendait s'éloigner le servant, et, dans la chambre voisine, ronfler le moine Sissoï. L'horloge du monastère sonna un quart.
L'évêque se dévêtit et se mit, avant de s'endormir, à lire les prières du soir. Il lisait attentivement ces vieilles prières qu'il connaissait depuis si longtemps, et songeait à sa mère. Elle avait neuf enfants et près de quarante petits-enfants. Jadis elle habitait avec son mari, qui était diacre, dans un pauvre village. Elle y vécut très longtemps, de sa dix-septième à sa soixantième année. L'évêque se souvenait d'elle dès sa plus tendre enfance, dès l'âge de trois ans. Et comme il l'aimait !... Bonne, chère, inoubliable enfance ! Pourquoi le temps enfui pour toujours, à jamais, pourquoi semble-t-il plus radieux, plus féerique, plus magnifique qu'il ne fût en réalité?
Lorsque, dans son enfance et dans sa jeunesse il était malade, combien tendre et délicate était sa mère ! Et les prières de l'évêque se mêlaient maintenant à ses souvenirs qui se ranimaient de plus en plus comme une flamme, et ses prières ne l'empêchaient pas de penser à sa mère.
Quand il eut fini de prier, il acheva de se déshabiller et se coucha. Et dès qu'il eut éteint, il vit son père défunt, sa mère, son village natal : Lièssopôlié...
Il entendit le grincement des roues, le bêlement des moutons, le carillon des cloches par les clairs matins d'été, et les tsiganes, mendiant aux fenêtres. Qu'il était doux de songer à tout cela !
Il se souvint du prêtre de Lièssopôlié, le P. Siméon, doux, calme et bon. Le P. Siméon était petit et maigre, mais son fils, qui entra lui aussi au séminaire, était de grande taille, et parlait d'une grosse voix rude. Une fois, le fils du P. Siméon se fâcha contre la cuisinière et lui dit : « Ah ! l'ânesse de Iégoudnl ! » Le prêtre, qui avait entendu, ne dit mot, se sentant heureux parce qu'il ne pouvait pas se rappeler en quel endroit des Saintes Écritures il est parlé de cette ânesse. Le P. Damiane, qui buvait beaucoup, « jusqu'à en voir le serpent vert », lui succéda à Lièssopôlié. On l'avait surnommé Damiane-Qui-Voit-Le-Serpent. L'instituteur de Lièssopôlié était un ancien séminariste, Matvéi Nicolàitch, homme pas bête et bon, mais ivrogne lui aussi. Il ne battait jamais les élèves mais il y avait chez lui un paquet de verges de bouleau, suspendu au mur, et, au-dessous, une inscription macaronique tout à fait abracadabrante : betula kinderbalsarnica secuta. Il avait un chien noir, frisé, qu'il appelait Syntaxis.
Et Monseigneur se mit à rire.
A huit verstes de Lièssopôlié se trouve le village d'Obnino qui possède une icône miraculeuse. En été, on la portait en procession dans les hameaux voisins, et, toute la journée, on carillonnait tantôt dans un village, tantôt dans l'autre. Il semblait à Sa Grandeur — que l'on appelait alors Pavloûcha (1) — que la joie frémissait dans l'air. Il marchait nu-pieds, nu-tête, derrière l'icône, avec une foi naïve, un naïf sourire, infiniment heureux.

(1) Petit Paul. Il est d'usage en Russie que le nom monastique que l'on prend, commence par la même lettre que le prénom reçu au baptême. — (Tr.)

A Obnino, il s'en souvenait maintenant, il y avait toujours beaucoup de monde, et le prêtre du lieu, le père Alexéï, pour arriver à dire la Liturgie, faisait lire à un neveu sourd qu'il avait, nommé Ilarione, les petits bouts de papier et les noms écrits sur les pains de consécration, portant ces mots : «pour les vivants » et « pour les morts ». Ilarione, pour les lire, recevait de temps à autre cinq ou dix copeks par Liturgie, et ce n'est que lorsqu'il fut devenu chauve et gris, et que sa vie était déjà passée, qu'il lut un beau jour ces mots-là écrits sur un papier : « Mais tu es un sot, Ilarione ! »
Jusqu'à quinze ans au moins, Pavloûcha n'était pas développé et travaillait si mal qu'on voulut même le retirer de l'école du diocèse et le mettre dans une boutique. Une fois, venu au bureau de poste d'Obnîno pour y chercher des lettres, il regarda longtemps le receveur et lui demanda :
— Permettez-moi de savoir combien vous gagnez? Êtes-vous payé à la journée ou au mois?
Monseigneur se signa et se retourna dans son lit pour ne plus penser et dormir.
— Ma mère est arrivée... se souvenait-il en riant...
La lune surgit à la fenêtre, éclairant le parquet, semé d'ombres. Un grillon grésillait. Derrière le mur, le P. Sissoï ronflait, et l'on sentait, dans ce ronflement de vieillard, quelque chose de solitaire, d'abandonné et comme de nomade. Sissoï avait jadis été économe de l'évêque du diocèse et, maintenant, on l'appelait « le Père économe ». Il a soixante-dix ans et habite à seize verstes du couvent ; il demeure aussi en ville. Il était arrivé, il y avait trois jours, au couvent de Saint-Pancrace, et Monseigneur l'avait gardé près de lui pour parler, à ses moments perdus, des affaires et des coutumes du couvent.
A une heure et demie les matines sonnèrent.
On entendit le P. Sissoi tourner, grommeler quelque chose, puis se lever et marcher pieds nus dans les chambres.
— Père Sissoï ! appela Monseigneur.
Sissoi entra chez lui et, peu après, apparut, déjà botté, une bougie à la main. Il avait passé sa soutane sur sa chemise et était coiffé d'une vieille calotte usée.
— Je n'arrive pas à m'endormir, dit Monseigneur en se soulevant sur son lit ; je dois être malade. Et je ne sais pas ce que c'est : j'ai la fièvre !
— Vous avez dû prendre froid, Monseigneur. Il faudrait vous graisser avec du suif.
Sissoï, resté un peu debout, fit un bâillement et dit : « Oh ! Seigneur, pardonnez-moi, pauvre pécheur ! »
— On a allumé aujourd'hui l'électricité chez Iérâkine, fit-il. Cela ne me revient pas !
Le P. Sissoï était vieux, maigre, voûté, toujours mécontent de quelque chose. Ses yeux étaient méchants, bombés comme ceux d'une écrevisse.
— Cela ne me revient pas ! répéta-t-il en s'en allant, ça ne me revient pas ! Que le Bon Dieu les bénisse !

II

Le jour des Rameaux, Sa Grandeur, ayant dit la Liturgie à la cathédrale, se rendit ensuite chez l'évêque diocésain, chez une très vieille générale malade, et rentra enfin chez lui. Passé une heure dînaient chez lui de chères convives : sa mère, et sa nièce Kâtia, fillette de huit ans.
Tout le temps du repas, un gai soleil printanier regardait aux fenêtres, luisant joyeusement sur la nappe et dans les cheveux roux de Kâtia. A travers les doubles châssis des fenêtres on entendait les corneilles glapir et les sansonnets chanter dans le jardin.
— Neuf ans déjà depuis que nous ne nous sommes vus ! disait sa mère. Aussi, hier, comme je vous ai regardé au couvent. Seigneur ! Vous n'êtes pas changé d'une ligne. Vous avez seulement un peu maigri et votre barbe est un peu plus longue. Reine des Cieux, Mère protectrice ! Hier, à complies, on n'y pouvait tenir. Tout le monde pleurait. Moi aussi, en vous regardant, j'ai pleuré. Pourquoi? je ne le sais pas moi-même. Sa Sainte Volonté soit faite !
Malgré le ton de caresse avec lequel elle parlait, on voyait qu'elle se gênait, comme ne sachant pas s'il fallait tutoyer son fils ou lui dire vous, rire ou ne pas rire, et se sentant davantage la femme d'un diacre que la mère d'un évêque. Kâtia regardait son oncle, sans ciller, comme si elle voulait deviner quel homme c'était. Ses cheveux se dressaient derrière son peigne et son ruban de velours, comme une auréole. Elle avait le nez retroussé, des yeux rusés. En se mettant à table, elle avait cassé un verre, et, à présent, sa grand'mère, en causant, éloignait d'elle tantôt son verre, tantôt un verre à pied. Monseigneur écoutait sa mère et se rappelait que, il y avait bien des années de cela, elle l'emmenait avec ses frères et ses soeurs chez des parents qu'elle considérait comme riches. Alors
elle partait en courses pour ses enfants, et, à présent, c'était pour ses petits-enfants. C'est pour cela qu'elle lui avait amené Kâtia...
— Votre sœur Vârénnka, lui racontait-elle, a quatre enfants ; Kâtia, que voici, est l'aînée et, Dieu sait comment, mon gendre, le P. Ivane, est tombé malade et est mort trois jours avant la Dormition. Ma Vârénnka n'a plus maintenant qu'à aller mendier.
— Et Nicanor? demanda Monseigneur, parlant de son frère aîné.
— Il va bien, grâce à Dieu. Bien que sa cure ne rapporte guère, il faut en remercier Dieu : il peut vivre. Seulement voilà : son fils Nicolâch n'a pas voulu rester dans le clergé ; il est entré à l'Université pour être médecin. Il croit que cela vaudra mieux, et qui sait?... Sa Sainte Volonté soit faite !
— Nicolâcha découpe les morts, dit Kâtia.
Et elle renversa de l'eau sur ses genoux.
— Tiens-toi tranquille, petite, remarqua placidement la grand'mère, en lui enlevant son verre. Mange en priant.
— Depuis combien de temps nous ne nous étions pas vus !... fit Monseigneur, caressant tendrement l'épaule et la main de sa mère. Loin de vous, ma mère, je me suis beaucoup ennuyé à l'étranger.
— Vous êtes bien bon.
— Assis, le soir, près de ma fenêtre ouverte, tout seul, tandis que la musique jouait, il m'arrivait d'être pris du mal du pays ; il me semblait que j'aurais tout donné pour rentrer et vous revoir...
La mère sourit, rayonna, mais sa mine redevint tout de suite sérieuse, et elle dit :
— Vous êtes bien bon.
L'humeur de l'évêque changea tout d'un coup.
Il regardait sa mère, ne comprenant pas d'où lui venait cette expression et ce ton respectueux et timide. Pourquoi cela? Il ne la reconnaissait plus. Il se sentait ennuyé et triste. Comme la veille, il avait mal de tête ; il ressentait une forte douleur dans les jambes, et le poisson lui semblait fade, pas bon. Il avait continuellement soif. Il vint, après-dîner, deux riches dames, propriétaires, qui restèrent une heure et demie, ne disant rien, la figure figée. L'archimandrite du monastère vint pour affaires ; il était un peu sourd et taciturne. On se mit alors à sonner les vêpres ; le soleil déclina derrière la forêt, et la journée finit.
Rentré de l'église, Monseigneur fit rapidement ses prières, se mit au lit et se couvrit chaudement.
Il se souvenait désagréablement du poisson qu'il avait mangé à dîner. Le clair de lune le gênait, et, ensuite, il entendit parler. Dans une pièce voisine, sans doute dans le salon, le P. Sissoi parlait politique :
— Les Japonais ont maintenant la guerre. Ils se battent. Les Japonais, petite mère, c'est la même chose que les Monténégrins, la même race. Ils ont été avec eux sous le joug turc...
On entendit ensuite la voix de Maria Timofèiévna :
— Alors, après avoir prié Dieu, après avoir bu le thé, nous allâmes chez le P. Iégor, à Novokhâtnoé. C'est-à-dire...
A tout bout de champ elle disait « après avoir bu le thé », et c'était comme si, toute sa vie, elle n'eût fait que prendre du thé. Monseigneur se souvenait lentement, vaguement, du séminaire et de l'Académie ecclésiastique. Il avait été trois années durant professeur de grec au séminaire et ne pouvait déjà plus, alors, lire un livre sans lunettes. Ensuite, il se fit moine et fut nommé inspecteur.
Ensuite, il écrivit sa thèse. A trente-deux ans, on le nomma recteur du séminaire et on le sacra archimandrite. Que la vie alors était facile, agréable. Elle lui semblait longue, longue... On n'en voyait pas la fin. C'est alors aussi qu'il fut malade ; il maigrit beaucoup et devint presque aveugle. Sur le conseil des médecins, il dut tout abandonner et se rendre à l'étranger.
— Et quoi ensuite? demanda Sissoï dans la chambre voisine.
— Ensuite, répondit Maria Timofèiévna, on but le thé:..
— Mon Père, dit tout à coup Kâtia, étonnée et riant, vous avez la barbe verte.
Monseigneur se rappela que la barbe grise du P. Sissoï avait, en effet, un reflet vert, et il se mit à rire.
— Seigneur, mon Dieu, dit le P. Sissoï d'une voix forte, quelle malédiction cette enfant ! Comme tu es gâtée ! Tiens-toi tranquille !
Monseigneur se souvint de l'église neuve, toute blanche, où il officiait à l'étranger. Il se souvint du bruit de la mer tiède. Son appartement se composait de cinq chambres, hautes et claires. Il avait dans son cabinet un bureau neuf et une bibliothèque. Il lisait beaucoup et écrivait. Il se rappela combien souvent il avait le mal du pays. Chaque jour, sous ses fenêtres, une pauvre aveugle chantait une chanson d'amour en jouant de la guitare, et, en l'écoutant, l'évêque songeait toujours au passé. Huit ans s'écoulèrent ainsi et on le rappela en Russie.
Et maintenant, il est évêque suffragant. Tout le reste s'est enfui quelque part au loin, dans la buée, comme si c'était un rêve...
Le P. Sissoï, tenant une bougie, entra dans la chambre.
— Ah ! bah ! Monseigneur, s'étonna-t-il, vous êtes déjà couché?
— Qu'y a-t-il ?
— Mais il est encore de bonne heure, dix heures et même pas !... J'ai acheté aujourd'hui une
chandelle. J'aurais voulu vous graisser avec du suif.
— J'ai la fièvre, dit l'évêque, s'asseyant dans son lit. Il faudrait, en effet, faire quelque chose ; ma tête ne va pas.
Sissoi, lui enlevant sa chemise, se mit à lui enduire de suif la poitrine et le dos.
— Ah ! voilà... comme ça... disait-il, Seigneur Jésus-Christ !... Comme ça !... J'ai été aujourd'hui en ville, chez l'autre... comment s'appelle-t-il... l'archiprêtre Sidônnski... et j'ai pris le thé avec lui... Il ne me revient pas, Seigneur Jésus-Christ !... Comme ça... Voilà... Il ne me revient pas !



Dmitri Kostylyov, 2000



III

L'évêque titulaire, vieux et très gros, avait des rhumatismes ou de la goutte, et ne se levait plus depuis un mois. Mgr Pierre allait le voir presque chaque jour et donnait audience à sa place. Maintenant qu'il était mal portant, le vide et la mesquinerie de tout ce que les gens sollicitaient, de tout ce qui faisait pleurer, le frappait. Le manque de développement, la timidité d'esprit l'irritaient, et toute cette inanité, ces petitesses l'accablaient de leur profusion. Et il lui semblait comprendre maintenant l'évêque diocésain, qui, jadis, dans sa jeunesse, avait écrit un Traité du libre arbitre. Il lui semblait qu'il n'était plus lui-même que minuties, il avait tout oublié et ne pensait plus à Dieu. A l'étranger, Monseigneur s'était sans doute désaccoutumé de la vie russe ; elle lui pesait. Le peuple lui semblait grossier, les solliciteuses ennuyeuses et bêtes, les séminaristes et leurs maîtres incultes, parfois bizarres. Et les correspondances qui arrivaient et partaient se comptaient par milliers ! Et quelles correspondances ! Les doyens de tout le diocèse mettaient comme notes de conduite aux prêtres, jeunes et vieux, — et aussi à leur femme et à leurs enfants, — des quatre, des cinq et même des trois ; et il fallait parler de tout cela, lire et écrire à ce sujet des lettres sérieuses ; on n'a positivement pas une minute libre ; tout le jour l'âme trépide ; et Mgr Pierre ne s'apaisait que quand il était à l'église.
Il n'avait jamais pu s'habituer à la crainte qu'il inspirait malgré lui aux gens, si doux et si discret que fût son caractère. Tous les habitants de ce Gouvernement lui semblaient, quand il les observait, petits, effarés, embarrassés ; tous, devant lui, s'intimidaient, même les vieux archiprêtres ; tous « s'écroulaient » à ses pieds, et, tout récemment, une quémandeuse, une vieille femme de prêtre de campagne, n'avait pas pu, tant elle avait peur, articuler un seul mot ; elle était partie sans lui avoir rien dit. Lui, qui, dans ses sermons, n'avait jamais osé malmener les gens, qui ne faisait jamais un reproche parce que cela le peinait, il s'emportait maintenant avec les visiteurs, se fâchait, et jetait à terre leurs suppliques. Depuis le temps qu'il était dans le pays, personne ne lui avait parlé sincèrement, simplement, humainement. Sa vieille mère, elle-même, n'était plus la même : pas du tout ! Pourquoi, on se le demande, parle-t-elle sans discontinuer avec Sissoi, en riant beaucoup, et pourquoi, avec lui — son fils — était-elle sérieuse, se taisait-elle d'habitude et se gênait-elle? — ce qui ne lui allait pas du tout. La seule personne qui fût à l'aise en sa présence et dît tout ce qu'il voulait dire, était le vieux Sissoi, qui s'était trouvé toute sa vie auprès des évêques et survivait à onze d'entre eux. C'est pour cela que Monseigneur se sentait bien avec lui, encore que, sans conteste, ce fût un homme difficile et grincheux.
Le mardi, après la Liturgie, Monseigneur reçut à l'évêché. Il s'échauffa, s'agita et rentra chez lui. Il se sentait toujours mal portant et voulait se mettre au lit. A peine fut-il rentré qu'on lui annonça, pour une affaire urgente, l'arrivée d'Iérâkine, le jeune marchand généreux. Il fallait le recevoir. Iérâkine resta près d'une heure, parla très haut, cria presque, et il était difficile de le comprendre.
— Dieu veuille que ce soit !... dit-il en partant. Tout à fait absolument ! Selon les circonstances, Révérendissime Seigneur, je souhaite que cela soit !...
Après lui, vint la Mère Supérieure d'un couvent éloigné. Et quand elle partit, on sonna les vêpres.
Il fallut se rendre à l'église.
Les moines chantèrent avec ensemble, avec inspiration. Un jeune Père à barbe noire officiait, et, en entendant les versets de l'époux qui vient à minuit et de la demeure éclairée, l'évêque ne ressentait ni repentir de ses péchés, ni affliction. Il ressentait la paix de l'âme, le repos, et s'envolait en pensée dans le lointain passé, dans son enfance, alors que l'on chantait aussi la parabole de l'époux et de la maison. Maintenant ce passé lui apparaissait vivant, magnifique, joyeux, tel sans doute qu'il n'avait jamais été. Peut-être, dans l'autre monde, dans l'autre vie, nous souviendrons-nous de notre lointain passé, de notre vie ici-bas avec autant de sentiment... Qui sait !
Monseigneur était assis dans le sanctuaire où il faisait noir. Les larmes coulaient sur son visage. Il songeait qu'il avait atteint tout ce qui est accessible à un homme dans sa position. Il avait la foi mais tout n'était cependant pas clair pour lui - il lui manquait encore quelque chose, et il ne voulait pas mourir encore. Il lui semblait qu'il ne possédait pas encore l'essentiel, ce à quoi il rêvait confusément au temps jadis ; et, actuellement, le même espoir dans le futur l'agitait qu'il éprouvait dans son enfance, à l'Académie et à l'étranger.
« Comme ils chantent bien, aujourd'hui ! pensait-il en écoutant les chantres. Que c'est beau ! »

IV

Le jeudi, il officia à la cathédrale ; il y eut la cérémonie du lavement des pieds. Quand le service prit fin et que les fidèles se retirèrent, le temps était ensoleillé, il faisait chaud et gai. L'eau jasait dans les fossés, et, des champs proches de la ville, arrivait le chant ininterrompu des alouettes, tendre,
invitant au repos. Les arbres, déjà réveillés, souriaient affablement, et, au-dessus d'eux on ne sait où s'en allait le ciel bleu, sans limites et sans fond.
Rentré au monastère, Mgr Pierre prit le thé, se déshabilla, se coucha et ordonna au frère servant de fermer les volets. La chambre s'obscurcit. Pourtant quelle lassitude, quelle douleur dans le dos et les jambes, quelle pesanteur, quelle sensation de froid, quel bourdonnement dans les oreilles !... L'évêque, comme il lui paraissait, n'avait pas dormi depuis longtemps, depuis très longtemps, et, ce qui l'empêchait de s'endormir, c'était un rien qui luisait dans son cerveau dès qu'il fermait les yeux. Comme la veille, on entendait dans la chambre voisine, à travers le mur, des voix, un bruit de verres, de cuillers... Maria Timofèiévna racontait quelque chose au P. Sissoi avec de joyeux dictons, et le vieillard répondait sombrement d'une voix mécontente :
« Laissons-les ! Qu'y a-t-il à chercher? Qu'y pouvons-nous? »
Et Monseigneur fut à nouveau dépité, puis offensé, de ce que sa vieille mère se tînt avec les étrangers de façon simple et coutumière, et que, avec lui, elle s'intimidât, parlât peu, ne disant pas ce qu'elle voulait, et tous ces derniers jours cherchant même, lui semblait-il, lorsqu'elle était avec lui, un prétexte pour se tenir debout, gênée de rester assise devant lui... Et son père?... Lui aussi
probablement, s'il eût vécu, n'aurait pas pu, en sa présence, dire un seul mot...
Quelque chose, dans la chambre voisine, tomba par terre et se brisa. Kâtia avait sans doute renversé une tasse ou une soucoupe, car on entendit le P. Sissoi cracher de dépit, brusquement, sur le plancher, et dire avec colère :
— C'est une vraie punition, cette petite! Dieu me pardonne, pauvre pécheur! La vaisselle n'y suffira pas !
Puis le silence se fit. Seuls arrivaient les bruits du dehors. Et quand Monseigneur ouvrit les yeux, il vit dans sa chambre Kâtia immobile qui le regardait. Ses cheveux roux s'élevaient, comme d'habitude, en auréole, au-dessus de son peigne.
— C'est toi, Kâtia ? demanda l'évêque. Qui donc, en bas, ouvre et ferme à tout instant la porte?
— Je n'entends rien, répondit Kâtia, prêtant l'oreille.
— Quelqu'un, à l'instant, vient de passer.
— Mais c'est dans votre ventre, mon petit oncle !
Monseigneur éclata de rire et lui tapota la tête.
— Alors, lui demanda-t-il après un peu de silence, ton frère Nicolâcha, dis-tu, découpe les morts ?
— Oui, il étudie.
— Est-il bon?
— Rien à dire, il l'est. Mais il boit crânement la vodka.
— De quelle maladie ton père est-il mort?
— Papa était faible, et maigre, maigre... et, tout à coup, le mal de gorge le prit. Moi aussi je fus malade, et mon frère Fèdia aussi. Papa est mort, mon petit oncle, et nous avons guéri.
Le menton de la fillette se mit à trembler, et les larmes, lui montant aux yeux, coulèrent sur ses joues.
— Votre Grandeur, dit-elle d'une voix ténue, pleurant amèrement, mon petit oncle, nous sommes restés malheureux, maman et nous... Donnez-nous un peu d'argent... Ayez cette bonté... oncle chéri !
L'évêque eut aussi des larmes aux yeux et ne put, d'émotion, dire un mot de longtemps ; ensuite, lui caressant la tête et lui tapotant l'épaule, il dit :
— Bien, bien, ma petite... Le saint jour de Pâques, nous en reparlerons... Je viendrai à votre aide..., je vous aiderai...
Sa mère entra sans bruit, timidement, et pria devant les Icônes. Voyant qu'il ne dormait pas, elle lui demanda :
— Ne mangeriez-vous pas une petite soupe?
— Non, merci... répondit-il. Je n'en veux pas.
— On dirait que vous êtes malade... à ce que je vois... Comment ne pas tomber malade ! Tout le jour sur pieds ; tout le jour ! Mon Dieu..., rien que de vous regarder, ça fait peine. Enfin, la semaine de Pâques n'est pas loin ; vous vous reposerez, si Dieu veut ; alors nous causerons. Je ne veux pas vous déranger maintenant. Viens, Kâtétchka (1). Laissons monseigneur se reposer.

(1) Diminutif de Kâtia. — (Tr.)

L'évêque se souvint que jadis, il y avait bien longtemps de cela, quand il était petit garçon, sa mère avait parlé avec le doyen, exactement de ce même ton, respectueux et enjoué...
A ses yeux, extraordinairement bons ; au regard timide, soucieux, qu'elle lui avait jeté en sortant de la chambre ; à cela seulement on pouvait deviner que c'était sa mère. Monseigneur ferma les yeux et parut dormir, mais il entendit deux fois la pendule sonner et, derrière le mur, de temps à autre, Sissoi tousser. Sa mère entra encore une fois et le regarda timidement une minute. Quelqu'un arriva en voiture ou en calèche près du perron. Soudain un coup à la porte, un claquement ; le servant entra.
— Monseigneur ! appela-t-il.
— Quoi?
— Les chevaux sont avancés ; il est temps d'aller à la Passion.
— Quelle heure est-il?
— Sept heures un quart.
L'évêque s'habilla et partit pour la cathédrale.
Pendant la lecture des Douze Évangiles, il fallait rester debout, immobile, au milieu de l'église.
Le premier évangile, le plus long, le plus beau, Sa Grandeur le lut elle-même. Un état d'esprit fort et sain le pénétra. Ce premier évangile : « Maintenant le Fils de l'Homme est glorifié... », il le savait par coeur. En le lisant, il levait parfois les yeux et voyait des deux côtés un océan de lumière. Il entendait crépiter les cierges, mais ne voyait pas les fidèles, pas plus que les années précédentes. Il lui semblait que c'était les mêmes gens qu'il y avait en son enfance et qu'ils seraient chaque année les mêmes, et jusqu'à quel moment?... Dieu seul le savait.
Son père était diacre, son grand-père prêtre, son arrière-grand-père diacre, et toute sa race, depuis peut-être l'origine du christianisme en Russie, avait appartenu au clergé. Son amour du service religieux, du clergé, des carillons, des cloches était inné en lui, profond et entier. A l'église surtout, lorsqu'il officiait, il se sentait animé, alerte, heureux. Il en était de même à présent.
Ce ne fut qu'après le huitième évangile qu'il sentit sa voix faiblir. On n'entendait même pas sa toux. Il avait grand mal de tête et la peur de s'affaisser sur-le-champ se mit à l'inquiéter. Ses jambes, en effet, étaient si complètement engourdies que, peu à peu, il cessa de les sentir. Il ne comprenait pas comment et sur quoi il restait debout, pourquoi il ne tombait pas...
Quand l'office prit fin, il était minuit moins le quart. Rentré dans sa chambre, Monseigneur se déshabilla aussitôt et se coucha sans même prier. Il ne pouvait pas parler. Il n'aurait pas même pu, lui semblait-il, se tenir debout. Tandis qu'il se couvrait de sa couverture, il fut pris tout à coup du désir, du désir fou de partir pour l'étranger. Il eût, lui semblait-il, donné sa vie pour ne plus voir ces misérables volets, mal faits, ces plafonds bas, ne plus sentir cette épaisse odeur de couvent, et pour qu'il y eût, auprès de lui, un seul homme avec lequel il pût causer et ouvrir son cœur.
On entendit longtemps des pas dans la chambre voisine et l'évêque ne pouvait pas du tout se rappeler qui marchait. La porte s'ouvrit enfin. Sissoï entra, tenant sa chandelle et une tasse.
— Déjà couché, Monseigneur? Demanda-t-il. Je veux vous frictionner avec de la vodka et du vinaigre. Une bonne onction fait beaucoup de bien. Voilà, comme ça !... Seigneur Jésus-Christ... comme ça!... Je viens à l'instant de notre couvent... ça ne me revient pas !... Je partirai demain, Monseigneur. Je ne veux plus rester... Seigneur Jésus-Christ... Voilà, comme ça !...
Sissoï ne pouvait séjourner longtemps nulle part. Il lui semblait qu'il était depuis toute une année déjà au monastère de Saint-Pancrace. En l'écoutant parler, il était difficile de comprendre où était sa résidence, s'il aimait quelqu'un ou quelque chose, s'il croyait en Dieu... Pourquoi il était moine, était incompréhensible même pour lui ; et il n'y pensait pas. Le temps de sa consécration s'était depuis longtemps effacé de sa mémoire. Il semblait qu'il fût né moine.
— Je partirai demain. Que Dieu fasse d'eux ce qu'il voudra !
— J'aurais voulu causer avec vous... je n'y arrive jamais, lui dit Monseigneur tout doucement, avec peine. C'est qu'ici je ne sais rien et ne connais personne...
— Jusqu'à dimanche, si vous voulez, je resterai ; que cela soit ! Mais davantage je ne veux pas. Que Dieu les bénisse !
— Suis-je un évêque? continua doucement Monseigneur... Je devrais être prêtre de village, sacristain... ou simple moine... Tout cela m'écrase... m'opprime...
— Que dites-vous, Seigneur Jésus-Christ !... Voilà, comme ça... Dormez maintenant, Monseigneur!... Qu'allez-vous penser! Quelle idée avez- vous? Bonne nuit!
De toute la nuit, Monseigneur ne dormit pas. Le matin, à huit heures, une hémorragie intestinale commença. Le servant, effrayé, courut d'abord chez l'archimandrite, puis chez le médecin du couvent, Ivane Anndréitch, qui demeurait en ville. Le docteur, un gros vieillard à longue barbe grise, ausculta longuement Monseigneur, hochant sans cesse la tête, et se renfrognant ; puis il dit :
— Savez-vous, Monseigneur? Vous avez la fièvre typhoïde.
En l'espace d'une heure, par suite de l'hémorragie, Monseigneur maigrit beaucoup, pâlit et se ratatina. Son visage se rida. Ses yeux s'agrandirent. Il semblait qu'il eût vieilli et rapetissé. Il lui semblait à lui-même qu'il était plus maigre, plus faible, de moins d'importance que tout le monde, et que, tout ce qu'il avait été s'en était allé, très, très loin, et ne continuerait pas.
« Que c'est bien ! pensait-il. Que c'est bien ! »
Sa vieille mère entra. Voyant sa figure ridée et ses grands yeux, elle s'effraya, tomba à genoux près du lit et se mit à baiser son visage, ses épaules, ses mains. Et il lui semblait à elle aussi qu'il était plus maigre, plus faible et de moindre importance que tous. Elle ne se rappelait plus qu'il était évêque ; elle l'embrassait comme un enfant très aimé, très proche d'elle.
— Pavloûcha, mon chéri, disait-elle, mon bon !... Mon fils !... Pourquoi es-tu devenu ainsi? Pavloûcha, réponds-moi donc !
Kâtia, pâle, sérieuse, se tenait auprès d'elle, ne comprenant pas ce qui arrivait à son oncle, ni pourquoi sur le visage de sa grand'mère il y avait tant de douleur, pourquoi elle disait des mots si touchants et si tristes. Monseigneur ne pouvait plus prononcer un seul mot, ne comprenait rien. Et il lui semblait qu'il était un homme tout simple, ordinaire, qu'il s'en allait vite, gaiement, à travers
champs, faisant tourner sa canne, et qu'au-dessus de lui s'étendait le vaste ciel, baigné de soleil, et
que, maintenant, libre comme un oiseau, il pouvait aller où bon lui semblait.
— Pavloûcha, mon petit, réponds-moi donc ! disait la vieille. Qu'as-tu? Mon chéri!
— Ne troublez pas Monseigneur, dit rageusement Sissoï en traversant la chambre. Laissez-le se reposer... Il n'y a pas à le déranger... Quoi faire?
Trois docteurs vinrent en consultation et repartirent. La journée fut longue, incommensurablement longue, puis, arriva la nuit, qui dura longtemps, longtemps, et, au matin du samedi, le servant s'approcha de la vieille, étendue sur le divan, au salon, et la pria de venir dans la chambre à coucher. Monseigneur avait cessé de vivre.
Le lendemain était Pâques. Il y avait dans la ville quarante-deux églises et six couvents. Du matin au soir, sans cesse, ébranlant l'air printanier, un carillon sonore et joyeux retentit dans la ville. Les oiseaux chantaient, le soleil éclairait vivement. Il y avait, sur la place du marché, une grande animation : les balançoires volaient, les orgues de Barbarie jouaient, les accordéons grinçaient ; des voix d'ivrognes s'élevaient. Dans la grand'rue, à midi, les promenades en voiture commencèrent ; bref, c'était gai, tout allait bien, tout comme l'an passé, tout comme il en serait probablement dans l'avenir.
Un mois après, il y avait un nouvel évêque suffragant, et personne ne se souvenait plus de Mgr Pierre. Ensuite on l'oublia complètement.
Et seule la vieille mère du défunt, qui habitait maintenant chez son gendre le diacre, dans une petite ville de district, lorsqu'elle sortait le soir pour aller au-devant de sa vache, rentrant du pâturage, et qu'elle rencontrait d'autres femmes au communal, se mettait à parler de ses enfants et de ses petits-enfants.
Et elle racontait qu'elle avait eu un fils évêque, le disant timidement, craignant qu'on ne la crût pas...
Et, en effet, tous ne la croyaient pas.

1902.


Russie
Yuri Saprykin, 1994

28 mars 2013

la rencontre des 2 papes


Elle a vraiment eu lieu, c'est pas une blague! Mais nous parlons d'authentiques responsables religieux, pas d'un chef d'état-cité bien connu :-)
source

la mémoire de la chute est douloureuse (saint Ambroise de Milan)





Rien ne cause une si grande affliction que lorsque l'on se rappelle qu'on a chuté parce qu'on s'est tourné vers les choses terrestres et charnelles, au lieu de diriger son esprit vers les merveilles de la connaissance de Dieu.
Saint Ambroise, évêque de Milan

27 mars 2013

Abstinence de viande? Riez! (humour)


OSEZ, RIEZ!

Théologie académique, danger de l'orgueil (p. Tryphon, Eorhf)

Un terrain piégé que nombreux ne remarquent pas, qui imite la vie spirituelle. La théologie académique, bien qu'elle puisse servir à l'Église, a aussi été la source de destruction spirituelle de beaucoup de gens. La véritable théologie découle d'une maîtrise de la prière, elle n'est pas liée à un degré académique. Lorsque la théologie devient notre philosophie de vie, nous ne sommes en rien différents des païens, et nous permettons à l'orgueil de s'installer en nous, et l'assurance que nous avons peut devenir le terrain miné où notre âme finira par se détruire.

Le véritable théologien est celui qui, par la maîtrise de la prière et en cultivant l'humilité, découvre Dieu noétiquement, dans son coeur. "Le diable n'est pas en chasse après ceux qui sont perdus; il chasse ceux qui sont conscients, ceux qui sont proches de Dieu. Il leur enlève la confiance en Dieu, et commence par les affliger en leur insufflant la confiance en soi, la logique, le rationalisme, la critique. Nous ne devrions jamais faire confiance à notre esprit logique. Ne croyez jamais vos pensées." (Ancien Païssios l'Athonite).

De même que le théologien académique, un moine qui se croit être une autorité en matière de vie monastique, mais qui n'a jamais vécu dans l'obéissance à un ancien, ne connaît en réalité rien au monachisme. Car ce n'est pas quelque chose qu'on peut étudier de manière distante, mais qui doit être vécu en communauté, dans l'obéissance.

L'acquisition d'un coeur humble et contrit, c'est le coeur du monachisme et de la théologie Orthodoxes, sans lequel on ne sait rien en connaître. Saint Jean Chrysostome avertissait ainsi ceux qui cherchaient Dieu sans l'humilité "le chemin de l'enfer est pavé de crânes de prêtres!" Probablement particulièrement le clergé, mais nul n'est immunisé contre la tentation de croire connaître ce qui concerne Dieu, quand en réalité on ne connaît que l'orgueil qui a pris racine dans la recherche académique de Dieu. Nous devons préserver nos coeurs, en extirpant toute trace d'orgueil, et alors seulement nous pourrons devenir de vrais théologiens. La théologie sans Dieu n'est que de la philosophie. Le monachisme sans lutte ascétique et obéissance n'est rien d'autre qu'un style de vie alternatif.

Dans l'amour du Christ,
Hiéromoine Tryphon

26 mars 2013

Conseils spirituels? Demandez à votre prêtre!

"Demandez à votre prêtre!"

Cela peut sembler évident, mais comme n'importe qui peut le constater après (voire pendant..) la Liturgie, nombre de fidèles se "refilent des conseils spirituels" l'un à l'autre, comme si ce qui avait été dit à l'un était d'office applicable à l'autre.
Or dans l'Église et donc devant Dieu, nous sommes toutes et tous absolument uniques. Il n'existe pas une seule règle qui puisse être dite "pour tout le monde la même chose" car il existera toujours au moins une personne sur terre à qui un père (mère) spirituel(le), un prêtre, un père confesseur, un saint homme ou sainte femme de Dieu, dira "toi, non, ce n'est pas approprié pour toi vu ton parcours personnel vers Dieu".
L'Église est une grande symphonie, nous sommes tous des notes différentes, et le Chef d'Orchestre nous fait tous apparaître sur la partition de la Vie au moment et comme Il l'entend.
Bonne continuation du saint et grand Carême.

La mission est dans l'ADN de l'Église (metr. Athanasios d'Albanie)

L'Église sans la mission, c'est une contradiction de vocabulaire. La mission fait partie de l'ADN, du code génétique de l'Église. L'indifférence envers la mission, c'est un déni d'Orthodoxie. La mission est une nécessité interne pour le fidèle et pour l'Église. Si nous la refusons, non seulement nous oublions un devoir, nous renions notre véritable nature.
Archevêque Anastasios d'Albanie





"Church without mission is a contradiction in terms. Mission is a part of the DNA of the Church’s genetic makeup. Indifference to mission is a denial of Orthodoxy. Mission is an inner necessity for the faithful and for the Church. If we refuse it, we do not merely omit a duty, we deny our true nature"
Archbishop Anastasios of Albania

25 mars 2013

Chassé du Paradis, l'Homme qui désire accomplir son destin n'aura de cesse d'y retourner (Genèse 3 & Lamentations d'Adam / saint Silouane)


Lecture des Vêpres : Genèse 3,21-4,7

Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit.  Puis le Seigneur Dieu dit: "Voilà que l’homme est devenu comme l’un de Nous, pour connaître le bien et le mal! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours!"  Et le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et Il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie.
L’homme connut Eve, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn et elle dit: "J’ai acquis un homme de par le Seigneur." Elle donna aussi le jour à Abel, frère de Caïn. Or Abel devint pasteur de petit bétail et Caïn cultivait le sol.  Le temps passa et il advint que Caïn présenta des produits du sol en offrande à le Seigneur, et qu’Abel, de son côté, offrit des premiers-nés de son troupeau, et même de leur graisse. Or le Seigneur agréa Abel et son offrande. Mais il n’agréa pas Caïn et son offrande, et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu.  Le Seigneur dit à Caïn: "Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu?  Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête? Mais si tu n’es pas bien disposé, le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer?"





La Chute nous a enlevés la communion à Dieu. Saint Silouane exprime par ce poème toute la profondeur de la déchirure, et "comme une biche aspire après l'eau vive.." l'âme humaine qui se réalise pleinement comprend que seul ce retour à l'état d'avant la Chute lui permettra de retrouver la plénitude et le véritable accomplissement, sa royale destinée..



Les Lamentations d'Adam
(saint Silouane l'Athonite)


"Adam, père de toute l'humanité, connaissait dans le Paradis la douceur de l'amour de Dieu ;
aussi souffrit-il amèrement lorsque, à cause de son péché,
il fut chassé du jardin de l'Éden et perdit l'amour de Dieu.
Il se lamentait avec de grands gémissements,
et ses sanglots remplissaient tout le vaste désert,
car son âme était tourmentée à cette pensée :
" J'ai offensé le Dieu que j'aime. "
Il ne regrettait pas tant le Paradis et sa beauté
que d'avoir perdu l'amour de Dieu, qui, insatiablement et à chaque instant, attire l'âme à Lui.

De même, toute âme qui a connu Dieu par le Saint-Esprit,
mais qui, ensuite, a perdu la grâce, passe par les tourments d'Adam.
L'âme est malade et éprouve un douloureux regret d'avoir affligé son Seigneur bien-aimé.

Adam languissait sur terre et sanglotait amèrement.
La terre ne lui était pas douce,
Et il soupirait après Dieu en clamant:
" Mon âme languit après le Seigneur, et je le cherche avec larmes.
Comment ne le chercherais-je pas ?
Quand j'étais avec lui, mon âme était joyeuse et sereine,
Et l'Ennemi n'avait point d'accès auprès de moi.
Mais, à présent, l'esprit mauvais a pris pouvoir sur moi,
Agite et fait souffrir mon âme.
C'est pourquoi mon âme désire à en mourir le Seigneur;
Mon esprit s'élance vers Dieu, et rien sur terre ne peut me réjouir.
Rien ne peut consoler mon âme,
Mais elle désire de nouveau voir le Seigneur, et être comblée par Lui.
Je ne puis L'oublier un seul instant, et mon âme languit après Lui ;
Ma peine est si grande que je pleure en gémissant :
Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de Ta créature tombée. "

Ainsi se lamentait Adam,

Et les larmes lui coulaient de son visage sur la poitrine et jusqu'à terre,
Et tout le désert résonnait de ses gémissements.
Les animaux et les oiseaux se turent de douleur,
Mais Adam pleurait, car, à cause de son péché,
tous avaient perdu la paix et l'amour.
Grande était la détresse d'Adam lorsqu'il fut chassé du Paradis ;
Mais lorsqu'il vit Abel tué par son frère Caïn, sa souffrance redoubla ;
L'âme écrasée de douleur, il se lamentait et songeait :
" De moi sortiront et se multiplieront des peuples entiers.
Tous, ils souffriront; ils vivront dans l'inimitié
et se tueront les uns les autres. "
Cette douleur était immense comme la mer,
Et seul peut la comprendre celui dont l'âme a connu le Seigneur
et sait combien Il nous aime.

Moi aussi, j'ai perdu la grâce
Et, d'une seule voix, je crie avec Adam :
" Sois miséricordieux envers moi, Seigneur.
Donne-moi un esprit d'humilité et d'amour. "
Ô amour du Seigneur! Celui qui T'a connu,
sans se lasser Te cherche jour et nuit, et s'écrie :
" Je Te désire, Seigneur, et je Te cherche avec des larmes.
Comment pourrai je ne pas Te chercher ?
Tu m'as donné de Te connaître par le Saint-Esprit,
Et cette connaissance divine entraîne mon âme à Te chercher en pleurant. "

Adam pleurait:
" Il n'y a point de douceur pour moi dans le désert.
Il n'y en a point dans les hautes montagnes, ni dans les prairies,
Ni dans les forêts, ni dans le chant des oiseaux;
Rien ne m'est doux.
Mon âme est dans une profonde affliction, car j'ai offensé mon Dieu.
Et si le Seigneur me prenait à nouveau dans le Paradis,
même là, je souffrirais et pleurerais
Pourquoi ai-je offensé le Dieu que j'aime ? "

Chassé du Paradis, Adam souffrait dans son âme,
Et, dans sa douleur, il versait d'abondantes larmes.
De même, toute âme qui a connu le Seigneur, languit après Lui et s'écrie :
" Où es-Tu, Seigneur ? Où es-tu, ma Lumière ?
Pourquoi m'as-Tu caché Ton Visage ?
Depuis longtemps mon âme ne Te voit plus ;
Elle aspire à Toi et Te cherche en pleurant.
Où est mon Seigneur ?
Pourquoi mon âme ne le voit-elle plus ?
Qu'est-ce qui L'empêche de vivre en moi ?
Voici : je n'ai pas l'humilité du Christ, ni l'amour des ennemis. "

Dieu est Amour infini, Amour impossible à décrire.
Adam marchait sur la terre, et pleurait à cause des maux
sans nombre de son coeur,
Mais ses pensées étaient absorbées en Dieu ;
Et lorsque son corps était à bout de forces
et ne pouvait plus répandre de larmes,
même alors son esprit restait tendu vers Dieu,
car il ne pouvait oublier le Paradis et sa beauté.
Mais, plus que tout, Adam aimait Dieu,
Et cet amour lui donnait la force de s'élancer vers Lui.

- Ô Adam, j'écris à ton sujet :
Mais, tu le vois, mon esprit est trop faible
pour comprendre ton désir de Dieu,
Et comment tu portais le fardeau de la pénitence.
Ô Adam, tu vois combien, moi, ton enfant, je souffre sur terre.
Il n'y a presque plus de feu en moi,
et la flamme de mon amour est près de s'éteindre.
Ô Adam, chante-nous le cantique du Seigneur,
pour que mon âme tressaille de joie dans le Seigneur
et s'avance pour le louer et le glorifier,
comme le louent, aux cieux, les Chérubins et les Séraphins,
et comme toute la hiérarchie céleste des Anges
Lui chante l'hymne trois fois sainte.
Ô Adam, notre père, chante-nous le cantique du Seigneur,
pour que toute la terre l'entende,
pour que tous tes fils élèvent leur esprit vers Dieu,
se réjouissent aux sons du chant céleste
et oublient leurs peines sur la terre.

Le Saint-Esprit est amour et douceur pour l'âme, l'intelligence et le corps.
Celui qui a connu Dieu par le Saint-Esprit ne peut être comblé.
Jour et nuit, il s'élance vers le Dieu Vivant, car grande est la douceur de l'amour divin.
Et quand l'âme perd la grâce, c'est en pleurant qu'elle cherche à nouveau l'Esprit Saint.

Mais l'homme qui n'a pas connu Dieu par le Saint-Esprit, ne peut le chercher avec des larmes,
et son âme est sans cesse assaillie par les passions ;
son esprit est préoccupé par les choses de la terre et ne peut parvenir à la contemplation,
ni connaître Jésus Christ. C'est par le Saint-Esprit que l'on connaît Jésus Christ.

Adam connaissait Dieu et le Paradis ;
et après la chute, il Le cherchait en pleurant.

- Ô Adam, notre père, parle-nous du Seigneur, à nous tes enfants.
Ton âme connaissait Dieu sur terre;
Elle connaissait aussi le Paradis, sa douceur et sa joie.
Maintenant tu demeures aux Cieux et tu vois la Gloire du Seigneur.
Dit-nous comment notre Seigneur est glorifié pour Sa Passion ;
parle-nous des chants que l'on chante aux Cieux et de leur douceur,
car c'est dans le Saint-Esprit qu'ils sont chantés.
Parle-nous de la Gloire du Seigneur ;
dis-nous combien Il est clément et combien Il aime Sa créature.

Parle-nous de la Très-Sainte Mère de Dieu ;
Dis-nous comment elle est magnifiée aux Cieux,
Et par quelles hymnes elle est dite bienheureuse.
Parle-nous de la joie des Saints ;
dis-nous comment ils resplendissent de grâce,
combien ils aiment le Seigneur et avec quelle humilité
ils se tiennent devant Dieu.
Ô Adam, console et réjouis nos âmes affligées.
Raconte-nous ce que tu vois aux Cieux...

Pourquoi donc gardes-tu le silence ?
Pourtant la terre entière est dans la souffrance...
Ou bien es-tu si absorbé par l'amour de Dieu
que tu ne peux plus te souvenir de nous ?
Ou bien vois-tu la Mère de Dieu dans la Gloire
et ne peux-tu pas t'arracher à cette vision ?
Pourquoi ne veux-tu pas nous dire avec douceur une parole de consolation,
à nous qui sommes accablés,
pour nous faire oublier l'amertume de la terre ?
Ô Adam, notre père, tu vois pourtant l'accablement de tes fils sur la terre.
Pourquoi donc gardes-tu le silence?

Et Adam dit:
- Mes enfants, laissez-moi en paix.
Je ne puis m'arracher à l'amour de Dieu et parler avec vous.
Mon âme est blessée par l'amour du Seigneur et se réjouit de Sa beauté;
Comment pourrais-je me souvenir de la terre?
Ceux qui vivent devant la Face du Seigneur
ne peuvent penser aux choses de la terre.

- Ô Adam, notre père, tu nous a abandonnés, nous tes orphelins.
Nous sommes pourtant plongés dans la souffrance ici sur la terre.
Dis-nous ce qu'il faut faire pour plaire à Dieu :
Regarde tes enfants dispersés sur toute la terre,
dispersés aussi dans les pensées de leur coeur.
Beaucoup ont oublié Dieu ;
ils vivent dans les ténèbres et se dirigent vers l'abîme de l'enfer.

- Ne me dérangez pas.
Je vois la Mère de Dieu dans la Gloire,
et comment pourrais-je m'arracher à cette vision pour parler avec vous ?
Je vois les saints Prophètes et les Apôtres ;
et, tous, ils sont semblables à notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu.
Je chemine à travers les jardins du Paradis
et, partout, je vois la Gloire du Seigneur.
Car le Seigneur est en moi et m'a rendu semblable à Lui.
Le Seigneur glorifie l'homme et le rend semblable à Lui.

- Ô Adam, nous sommes pourtant tes enfants.
Dis-nous, à nous qui peinons sur terre,
comment on peut hériter du Paradis,
pour que, nous aussi, comme toi, nous contemplions la Gloire du Seigneur.
Notre coeur languit après le Seigneur,
alors que, toi, tu demeures dans les Cieux
et te réjouis de la Gloire du Seigneur.
Nous t'en supplions, console-nous.

- Pourquoi élevez-vous la voix vers moi, mes enfants ?
Le Seigneur vous aime, et Il vous a donné les Commandements.
Observez-les ; aimez-vous les uns les autres,
et vous trouverez la paix en Dieu.
À toute heure, repentez-vous de vos péchés,
pour que vous puissiez rencontrer le Seigneur.
Le Seigneur a dit : " J'aime ceux qui M'aiment,
et Je glorifierai ceux qui Me glorifient. "

- Ô Adam, prie pour nous, tes enfants.

Nos âmes sont accablées de bien de maux.
Ô Adam, notre père, tu demeures dans les Cieux
Et contemples le Seigneur assis, dans la Gloire, à la droite de Dieu le Père.
Tu vois les Chérubins, les Séraphins, et tous les Saints;
tu entends les chants célestes, et leur douceur a fait oublier
la terre à ton âme.
Mais nous, sur terre, nous sommes dans l'affliction et assoiffés de Dieu.
Il n'y a presque plus de feu en nous pour aimer avec ardeur le Seigneur.
Inspire-nous : que devons-nous faire pour trouver le Paradis ?

Et Adam répond :
- Ne troublez pas ma paix, mes enfants, car,
à cause de la douceur de l'amour de Dieu,
je ne puis me souvenir de la terre.

- Ô Adam, nos âmes languissent,
nous sommes écrasés sous le poids de nos peines.
Dis-nous une parole de consolation.
Chante-nous l'un des chants que tu entends au Ciel,
pour que toute la terre l'entende
et que les hommes oublient leurs misères...
Ô Adam, nous sommes accablés de tristesse.

- Ne troublez pas ma paix.
Le temps de mes souffrances est passé.
La beauté du Paradis et la douceur de l'Esprit Saint sont telles
que je ne puis plus me souvenir de la terre.
Mais voici ce que je vous dirai :
Le Seigneur vous aime, et, vous aussi, vivez dans l'amour ;
soyez obéissants à toute autorité, humiliez vos coeurs,
et le Saint-Esprit vivra en vous.
Il vient silencieusement dans l'âme, lui donne la paix,
et, sans parole, témoigne de son Salut.
Chantez à Dieu avec amour et humilité d'esprit,
car c'est en cela que Se réjouit le Seigneur.

- Ô Adam, notre père, que devons-nous donc faire ?
Nous chantons, mais nous n'avons ni amour ni humilité.

- Repentez vous devant le Seigneur, et demandez.
Il aime les hommes et leur accordera tout.
Moi aussi, je me suis beaucoup repenti,
et j'ai beaucoup souffert d'avoir offensé le Seigneur,
et d'avoir, par mon péché, perdu la paix et l'amour sur terre.
Mes larmes ruisselaient sur mon visage
et inondaient ma poitrine et la terre,
et le désert entendait mes gémissements.

Vous ne pouvez comprendre ma détresse
ni comment je pleurais Dieu et le Paradis.
Au Paradis, j'étais heureux et joyeux :
L'Esprit de Dieu me réjouissait, et je ne connaissais aucune souffrance.

Mais, lorsque je fus chassé du Paradis,
le froid et la faim commencèrent à me torturer ;
les animaux et les oiseaux qui étaient doux dans le Paradis
et qui m'aimaient,
devinrent sauvages et se mirent à me craindre et à me fuir.
De mauvaises pensées m'assaillirent ;
le soleil et le vent me brûlèrent ; la pluie me trempa ;
les maladies et toutes les souffrances de la terre me tourmentèrent.

Mais j’ai tout enduré, et j'ai fermement espéré en Dieu.
Vous aussi, accomplissez les travaux de la pénitence.
Aimez les afflictions, desséchez vos corps,
humiliez-vous et aimez vos ennemis,
pour que le Saint Esprit puisse établir en vous sa demeure,
et alors vous connaîtrez et trouverez le Royaume des Cieux.

Mais moi, ne me troublez pas :
maintenant mon amour pour Dieu m'a fait oublier la terre
et tout ce qui s'y trouve.
J'ai même oublié le Paradis perdu,
car je vois la Gloire du Seigneur et la Gloire des Saints.
Eux aussi, ils resplendissent de la lumière qui jaillit de la Face de Dieu,
semblables au Seigneur Lui-même.

- Ô Adam, chante-nous un chant céleste,
pour que toute la terre puisse l'entendre
et jouir de la paix dans l'amour de Dieu.
Nous voudrions entendre ces chants :
Ils sont doux, car ils sont chantés dans l'Esprit Saint.

Adam avait perdu le Paradis terrestre et le cherchait en pleurant:
Mon Paradis, mon Paradis, mon merveilleux Paradis.
Mais le Seigneur, par Son amour sur la Croix,
Lui ouvrit un autre Paradis,
meilleur que le premier, un Paradis dans les Cieux
où resplendit la Lumière de la Sainte Trinité.

Que donnerons nous au Seigneur
pour Son amour envers nous ? "





En MP3, par Hélène Vetter : Les Lamentations d'Adam, d'après "Starets Silouane. Moine du Mont-Athos. Vie, doctrine, écrits.", archimandrite Sophrony, éditions Présence, Sisteron 1973. Très agréable d'entendre ce merveilleux poème, mais avis personnel, la musique d'introduction et de cloture est très "spéciale", par rapport à l'auteur qui est lu..


A (re)lire : Expériences du péché et de la miséricorde de Dieu chez St Silouane, par l'archimandrite Syméon (Cossec)
http://www.monastere-saint-silouane.eu/Saint_Silouane/Enseignement/2010/ExperienceP%25E9ch%25E9.xhtml


La vénération de la Vierge Marie - la Mère de Dieu - Theotokos (p. Tryphon, EORHF)



 "Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. Tu es bénie entre toutes les femmes" (Lc 1,28). Cette salutation adressée à la Vierge Marie par l'Archange Gabriel, est reprise dans l'hymne de l'Église la plus fréquemment chantée en son honneur. Élisabeth, la cousine de la Vierge, considérant comme un honneur que la Mère de son Seigneur la visite, s'exclama "Que me vaut que la Mère de mon Seigneur vienne à moi?" (Lc 1,43). C'était durant cette visite de la Vierge Marie à sa cousine, que la sainte Vierge prononça ces paroles qui servent d'hymne principale chantée en son honneur au cours des Matines : "Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Car Il S'est penché sur Son humble servante, et désormais tous les âges me diront bienheureuse" (Lc 1,47-48).

"Remplie de l'Esprit Saint," Élisabeth s'écria "Bénie es-tu entre toutes les femmes, et béni est le fruit de ton sein!" (Lc 1,41,42) C'est le même honneur rendu à la Mère de Dieu par sa cousine qui a été le fil conducteur pour toutes les générations de l'Église pour l'appeler bienheureuse. De plus, lorsque notre Seigneur dit ceci "Voici ta mère" (Jn 19,27) à l'Apôtre Jean, alors qu'Il pendait au bois de la Croix, elle devint la Mère de tous les Chrétiens! Il est clair que si elle avait donné naissance à d'autres enfants, il n'aurait pas été nécessaire au Christ de demander à Jean de prendre soin de Sa mère, dès lors Ses paroles furent prononcées pour le bien de tous Ses disciples.

D'un point de vue Orthodoxe, la Vierge Marie n'est pas vue comme une médiatrice ou co-rédemptrice, comme elle l'est dans les cercles catholiques-romains. Nous la voyons comme un intercesseur pour nous, et les prières que nous lui adressons sont sous la forme d'une requête pour son intercession. Le concept Orthodoxe de l'Église est la raison de base pour l'invocation de la Theotokos et de tous les saints.

L'Église enseigne que "l'Église militante" sur terre et "l'Église triomphante" au Ciel ne sont pas séparées l'une de l'autre, mais sont en réalité unies dans le Seigneur Jésus-Christ. De même que nous ici sur terre nous sommes chargés de la tâche de prier les uns pour les autres, ainsi le font aussi ceux qui sont partis avant nous, ils continuent à prier pour nous. Nous sommes unis dans la prière, et unis par un lien d'amour mutuel. De même qu'il convient que nous qui sommes membres du Corps du Christ, nous prions les uns pour les autres, nous savons que ce Corps, qui est l'Église, est uni, même par delà la mort. Dès lors, il n'en est que plus profitable d'invoquer les prières des saints, qui ont remporté le combat, et qui sont au Ciel avec le Christ.

Les saintes Écritures sont explicites, ceux qui sont au Ciel restent conscients de ce qui se passe ici sur terre, car sinon comment pourraient-ils se réjouir de la conversion d'un seul pécheur? "De même, Je vous le dit, il y a de la joie en présence des anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent" (Lc 15,10). En Luc 20,36, nous lisons "ils ne savent plus mourir, car ils sont égaux aux anges et sont enfants de Dieu, étant fils de la Résurrection."

Nous honorons et vénérons la Vierge Marie comme étant "plus vénérable que les Chérubins et incomparablement plus glorieuse que les Séraphins.." et nous invoquons son nom dans tous nos offices, cherchant son intercession devant le Trône de Dieu. Nous lui avons donné le titre de "Theotokos", à savoir en grec "Celle qui a enfanté Dieu", et de "Mère de Dieu", ayant donné naissance au Christ Jésus, Qui est à la fois Vrai Dieu et vrai homme. Comment pourrions-nous dès lors négliger son importance et l'oublier?

Comment pourrions-nous nier à la Theotokos un rôle important dans la vie de l'Église? Notre théologie historique a toujours insisté sur les 2 natures parfaites de notre Seigneur Jésus-Christ; vrai Dieu et vrai homme. La Vierge Marie a donné naissance à l'humanité du Dieu Incarné, et la rédemption de l'humanité a été rendue possible par l'union de Dieu et de l'homme en Christ.
La désaccentuation de l'innocence de la Mère du Christ par les catholiques-romains, et l'insistance qu'elle aurait eu d'autres enfants avec Joseph comme on le voit dans la théologie de nombre de Protestants actuels, sont le résultat de leur éloignement de l'Église des origines et de sa reconnaissance divinement guidée quant à la place de la Sainte Vierge dans la vie du Chrétien. S'être ainsi éloigné des enseignements de l'antique Église au sujet de la Sainte Vierge en a même amené beaucoup à nier la naissance virginale du Christ, et de là nombre de progressistes en sont arrivés à mettre en doute des enseignements chrétiens aussi basiques que la divinité du Christ, la doctrine de la Trinité, et la Résurrection réelle du Christ.

Par les prières de la Sainte Vierge, Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous et sauve nous.

Dans l'amour du Christ,
hiéromoine Tryphon

24 mars 2013

L'icône du Dimanche de l'Orthodoxie

L'icône du Dimanche de l'Orthodoxie commémore la restauration des icônes dans les églises et leur utilisation pour le culte orthodoxe. Cette icône représente la procession triomphale qui eu lieu le dimanche 11 mars 843, depuis l'église de la Theotokos à Blachernes, jusqu'à Agia Sophia (Constantinople), où une Liturgie fut célébrée pour marquer la restauration des icônes.

L'échelle vers Dieu est en vous (saint Isaac le Syrien)

L'échelle vers le Royaume des Cieux est cachée en vous, et en votre âme. Plongez en vous-même, loin du péché, et là vous trouverez les marches que vous pourrez escalader.
Saint Isaac le Syrien