"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 janvier 2014

Moscou / Constantinople : voyez comme ils s'aiment...

une opinion 100% personnelle qui ne me vaudra pas que des compliments - mais prier pour l'unité des Chrétiens quand au sein même de l'Église on ne cesse de se déchirer pour savoir "qui est le plus grand", quelle honte et quel ridicule à la fois..


Moscou : Il n'y a que le Christ comme chef suprême dans l'Église (Ephésiens 1,22-23), et en Russie et pour les Russes "sur toute la surface de la terre" il n'y a que le patriarche de Moscou comme chef suprême, on n'y veut pas de Grec :
https://mospat.ru/en/2013/12/26/news96344/#sthash.jqDuSytA.dpuf


Constantinople : Non, c'est le patriarche Grec qui est le chef suprême de l'Église, pour l'univers tout entier, y compris pour la Russie :
http://www.patriarchate.org/documents/first-without-equals-elpidophoros-lambriniadis

bref le discours guerrier habituel..

"C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres qu'on vous reconnaîtra comme Mes disciples" (Jésus-Christ)


Lettre 43 de Saint Grégoire le Grand
livre V des Lettres de saint Grégoire dans l'édition bénédictine

"Grégoire à Euloge, évêque d'Alexandrie, et à Anastase, évêque d'Antioche.
Lorsque le Prédicateur par excellence disait : « Tout le temps que je serai l'Apôtre des nations, j'honorerai mon ministère [Rom 11 : 13] » ; lorsqu'il disait ailleurs : « nous sommes devenus comme des enfants au milieu de vous [I Thess 2 : 7] » ; il nous donnait, à nous qui sommes venus après lui, l'exemple d'être en même temps humbles en esprit et fidèles à conserver en honneur la dignité de notre Ordre, de manière que notre humilité ne soit pas de la timidité, que notre élévation ne soit pas de l'orgueil.
Il y a huit ans, lorsque vivait encore notre prédécesseur Pélage, de sainte mémoire, notre confrère et coévêque Jean, prenant occasion d'une autre affaire, assembla un synode dans la ville de Constantinople, et s'efforça de prendre le titre d'universel ; dès que mon prédécesseur en eut connaissance, il envoya des lettres par lesquelles, en vertu de l'autorité de l'apôtre saint Pierre, il cassa les actes de ce synode.
J'ai eu soin d'adresser à Votre Sainteté des copies de ces lettres. Quant au diacre qui, selon l'usage, est attaché à la suite des très pieux Empereurs pour les affaires ecclésiastiques, Pélage lui défendit de communiquer, à la messe, avec notre susdit coévêque. Suivant les traces de mon prédécesseur, j'ai écrit à notre coévêque des lettres dont j'ai cru devoir envoyer des copies à Votre Béatitude. Notre principale intention était, dans une affaire qui, à cause de son orgueil, trouble l'Eglise jusqu'en ses entrailles, de rappeler l'esprit de notre frère à la modestie, afin que, s'il ne voulait rien céder à la rigueur de son orgueil, nous pussions plus facilement, avec le secours de Dieu tout-puissant, traiter des moyens de le réprimer.
Comme Votre Sainteté, que je vénère d'une manière particulière, le sait, ce titre d'Universel a été offert par le saint concile de Chalcédoine à l'évêque du siège apostolique dont je suis le serviteur, par la grâce de Dieu. Mais aucun de mes prédécesseurs n'a voulu se servir de ce mot profane ; parce que, en effet, si un patriarche est appelé Universel, on ôte aux autres le titre de patriarche. Loin, bien loin de toute âme chrétienne la volonté d'usurper quoi que se soit qui puisse, tant soit peu, diminuer l'honneur des ses frères ! Lorsque nous, nous refusons un honneur qui nous a été offert, réfléchissez combien il est ignominieux de le voir usurper violemment par un autre.
C'est pourquoi, que Votre Sainteté ne donne à personne, dans ses lettres, le titre d'Universel, afin de ne pas se priver de ce qui lui est dû, en offrant à un autre un honneur qu'elle ne lui doit pas. En cela ne concevez aucune crainte des Sérénissimes Seigneurs ; car l'empereur craint le Dieu Tout-Puissant, et il ne consent point à ce qu'on viole les commandements évangéliques et les très saints canons. Pour moi, quoique je sois séparé de vous par de longs espaces de terre et de mer, je vous suis cependant étroitement lié de cour. J'ai confiance que tels sont aussi les sentiments de Votre Béatitude à mon égard ; dès que vous m'aimez comme je vous aime, l'espace ne nous sépare plus. Grâces donc à ce grain de sénevé, à cette graine qui en apparence était petite et méprisable et qui, en étendant de toutes parts ses rameaux sortant de la même racine, a formé un asile à tous les oiseaux du ciel ! Grâces aussi à ce levain qui, composé avec trois mesures de farine, a formé en unité la masse du genre humain tout entier ; grâces encore à cette petite pierre qui, détachée sans efforts de la montagne, a occupé toute la surface de la terre ; qui s'est étendue au point de faire, du genre humain amené à l'unité, le corps de l'Eglise universelle ; qui a fait même que la distinction des différentes parties servît à resserrer les liens de l'unité !
Il suit de là que nous ne sommes pas éloignés de vous, puisque nous sommes un en Celui qui est partout. Rendons-lui donc grâces d'avoir détruit les inimitiés au point que, dans son humanité, il n'y eût plus dans tout l'univers qu'un seul troupeau et une seule bergerie sous un seul pasteur qui est lui-même. Souvenons-nous toujours de ces avertissements du Prédicateur de la vérité : Soyez vigilants à conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix [Eph 4 : 3] ; Cherchez à avoir avec tout le monde la paix et la bonne harmonie, sans laquelle personne ne verra Dieu [Héb 12 : 14]. Le même disait à ses disciples : Si cela est possible, autant qu'il est en vous, ayez la paix avec tout le monde [Rom 12 : 18]. Il savait que les bons ne pouvaient avoir la paix avec les méchants ; c'est pourquoi il dit d'abord, comme vous le savez : Si cela est possible.
Mais parce que la paix ne peut exister entre deux partis opposés, dès que les mauvais la fuient, les bons doivent y tenir du fond de leurs entrailles. Aussi saint Paul dit-il admirablement : Autant qu'il est en vous ; pour nous faire comprendre qu'elle doit se maintenir en nous, même lorsque les hommes pervers la repoussent de leur cour. Nous conservons véritablement la paix lorsque nous poursuivons les fautes des orgueilleux sous l'impulsion de la charité et de la justice ; lorsque nous aimons leurs personnes et que nous haïssons leurs vices, car l'homme est l'ouvre de Dieu, mais le vice est l'ouvre de l'homme. Distinguons, par conséquent, ce que Dieu a fait et ce que fait l'homme ; ne haïssons pas l'homme à cause de son erreur, et n'aimons pas l'erreur à cause de l'homme.
Poursuivons donc, dans l'homme, le mal de son orgueil, en lui restant uni en esprit, afin que cet homme soit délivré de son ennemi, c'est-à-dire de son erreur. Notre Rédempteur Tout-Puissant donnera des forces à notre charité et à notre justice ; il nous donnera l'unité de son esprit, à nous qui sommes séparés de vous par une grande étendue de terre, car c'est Lui qui a construit son Eglise comme une arche, en lui donnant pour ses quatre côtés les quatre parties du monde ; il l'a faite d'un bois incorruptible ; il l'a enduite du bitume de la charité, de manière qu'elle n'ait rien à craindre ni du côté des vents, ni du côté des flots. Nous devons le prier de tout notre cour, très chers frères, afin que, sous le gouvernement de la grâce, l'eau du dehors ne la trouble pas, et que la droite de la Providence tienne en bon état le fond du vaisseau ; car le Diable, notre ennemi, en sévissant contre les humbles et en tournant autour d'eux, comme un lion rugissant qui cherche à les dévorer, ne se contente pas, comme nous le voyons, de tourner autour, mais il a planté si profondément ses dents dans certains membres nécessaires de l'Eglise que, sans aucun doute (ce qu'à Dieu ne plaise !) le troupeau sera bientôt ravagé si les autres pasteurs ne s'entendent entre eux pour le secourir, sous les auspices du Seigneur. Songez, très chers frères, à ce que fera bientôt celui qui, de prime abord, a soulevé de si détestables projets contre le sacerdoce. Il est près de nous celui dont il a été écrit : Celui-là est roi sur tous les enfants d'orgueil. Je ne puis le dire sans être accablé de douleur, notre frère et coévêque Jean cherche à s'élever jusqu'à ce titre, en méprisant les commandements du Seigneur, les préceptes apostoliques et les règlements des Pères.
Que le Dieu tout-puissant fasse connaître à Votre Béatitude combien je gémis profondément en pensant que celui qui me semblait autrefois le plus modeste des hommes, celui que j'aimais le mieux, qui ne semblait occupé que d'aumônes, de prières, de jeûnes, a tiré sa jactance de cette cendre sur laquelle il était assis, de cette humilité dont il se faisait gloire, au point de chercher à tout s'attribuer, et par l'orgueil d'un titre pompeux, à subjuguer tous ceux qui sont attachés au chef unique qui est le Christ, c'est-à-dire les membres de ce même Christ. Il n'est pas étonnant que le Tentateur, qui sait que l'orgueil est le commencement de tout péché, qui s'en est servi tout d'abord contre le premier homme, cherche, par ce vice, à détruire les vertus de certaines personnes, qu'il tende un piège et qu'il mette un obstacle à toute bonne ouvre, dans les vertus mêmes de ceux qui sembleraient avoir échappé à ses mains cruelles.
C'est pourquoi il faut prier beaucoup ; nous devons adresser au Dieu tout-puissant de continuelles prières pour qu'il détourne l'erreur de l'esprit de notre frère, qu'il écarte de l'unité et de l'humilité de son Eglise ce mal d'orgueil et de trouble. Avec la grâce de Dieu, il faut recourir à toutes ses forces pour empêcher que, par le poison contenu dans un seul titre, les membres qui vivent dans le corps du Christ ne soient frappés de mort ; car permettre ce titre, c'est détruire la dignité de tous les patriarches ; et s'il arrive que celui qui se dit universel tombe dans l'erreur, il n'y a plus aucun évêque qui soit resté ferme dans la vérité.
Il faut donc que vous conserviez dans leur intégrité les Eglises, telles que vous les avez reçues, et que cette tentation d'usurpation diabolique ne trouve chez vous aucun appui. Tenez bon, et soyez tranquilles ; ne donnez et ne recevez jamais d'écrits qui porteraient ce faux titre d'universel ; empêchez tous les évêques qui vous sont soumis de se souiller en adhérant à cet orgueil, et que toute l'Eglise sache que vous êtes patriarches non seulement par vos bonnes ouvres, mais encore par une autorité véritable. S'il nous en arrive quelque malheur, nous le supporterons ensemble ; et notre devoir sera de montrer, même par notre mort, que nous n'avons rien qui nous soit cher dès qu'il en résulte du dommage pour l'universalité. Disons avec Paul : « Le Christ est ma vie, et mourir m'est un gain » [Phil 1 : 21]. Ecoutons ce que le premier de tous les pasteurs a dit : « Si vous souffrez quelque chose pour la justice, vous serez heureux » [Mt 5 : 10].
Croyez bien que la dignité que j'ai reçue pour prêcher la vérité, nous l'abandonnerons tranquillement pour cette même vérité, si cela est nécessaire. Priez pour moi, comme il convient à Votre Très Chère Béatitude, afin que mes oeuvres soient en rapport avec les paroles que j'ai osé vous adresser. »  "
saint Grégoire le Grand, très orthodoxe pape de Rome (+ 604)


Il s'exprimait à propos du bouffi d'orgueil Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople qui venait de s'affuber ce scandaleux titre de "patriarche oecuménique" (universel), titre scandaleux et problématique déjà à l'époque. Et saint Grégoire parle "d'usurpation diabolique", c'est bien de ça qu'il s'agit puisque ça introduisait (et y maintient) une division, une déchirure dans la Tunique Sans Couture, l'Épouse, l'unique Église du Christ. Malheur à nous!

Et si cela avait été pour le bien de l'Église, mais non, un titre "oecuménique" aussi scandaleux n'a pourtant jamais protégé ce siège d'être occupé par des hommes se trompant totalement et dévoyant le peuple loin du Christ. "Quand je verrai l'Eglise de Constantinople comme elle était auparavant, alors j'entrerai en communion avec elle sans la moindre exhortation de la part d'hommes. Mais tant qu'il subsistera des tentations hérétiques en elle, et tant que des hérétiques seront ses évêques, aucun mot, aucun acte, rien ne me convaincra jamais de rentrer en communion avec elle." Saint Maxime le Confesseur, lorsqu'il était poursuivi par les "très orthodoxes patriarches" pour sa "prétention" à rester Orthodoxe..

La soif de pouvoir est contraire à la Foi Chrétienne. Y compris au sein de l'Église.

Un titre, une dignité, n'ont rien d'apostolique si cela sert pour "commander" aux autres, au lieu de les SERVIR.
"Au Seigneur Jésus-Christ qui demandait à ses disciples quel ils le croyaient être, quel ils le confessaient, le premier des Apôtres, Pierre, seul, au nom de tous, répondit. La réponse d'un seul renfermait en effet ce que tenait la foi de tous ; mais il convenait qu'il fût le premier à répondre, car il fallait que fût observé dans la réponse le même ordre que dans la dignité, et que celui qui tenait les devants par l'âge les tînt aussi par la confession. Que dit-il donc? «Tu es, dit-il, le Christ, le Fils du Dieu vivant» [Mt 16, 16] ."
in : Saint Jean Cassien,"Traité de l'Incarnation", livre 3, chapitre 13, parag. 4, '"la confession de Foi de Pierre, meilleure preuve de la divinité du Christ".


Tant qu'il y aura un gramme de soif de pouvoir chez ces gens-là, j'ose affirmer qu'ils ne sauront pas guider qui que ce soit vers le Christ. "Car un aveugle saurait-il guider un autre aveugle? Assurément non, ils tomberont tous les deux dans le trou". Repentir, prière et repentir. Et les fidèles devraient prier pour eux, ne pas les encourager ni soutenir tout ce qui divise l'Église, abandonner tout esprit de chapelle (culturelle ou autre), n'avoir pour seule aspiration "que tous soient un" à l'image de la très sainte Trinité.

Concernant Ravenne et l'oecuménisme : hier encore, un de nos prêtres, Grec d'origine, demandait à quoi bon toutes ces discussions sur les sujets sur lequels on est d'accord - "car on sait très bien et depuis longtemps sur quoi on est d'accord. Maintenant il faut discuter sérieusement sur tout ce qui pose problème!" Et comme 2 principes contraires ne sauraient être tous les deux à la fois exacts, un des deux a nécessairement raison (par grâce divine, pas par mérite propre), et l'autre tort (par faiblesse humaine, pas par faute volontaire). Et il faudra que celui qui a tort fasse preuve d'humilité pour reconnaître que ceux de ses principes qu'il a élevés au rang de vérité à la place de Dieu ne sont que des idées humaines, et doivent donc faire place à la vérité qui vient de Dieu. Et celui qui aura exprimé la vérité mais sous un fatras culturaliste étouffant pour tous ceux qui - légitimement! - n'en partagent pas la culture, se décide à accepter que l'accessoire voire l'inutile qui le brouille soit enlevé du message que Dieu lui a confié pour le transmettre _fidèlement_ à _toute l'humanité_ peu importe la race, la langue, la couleur de peau, la culture, etc.. Repentir, prière et repentir, la route est encore longue.

"Les nations marcheront à Sa Lumière, et les rois de la terre viendront Lui porter leurs trésors. Ses portes resteront ouvertes le jour -- car il n'y aura pas de nuit -- et l'on viendra lui porter les trésors et le faste des nations". (Apoc 21,24-26)


Maranatha, viens Seigneur Jésus!

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