"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

01 janvier 2014

Ouvrir grandes les portes de l'Église, ne repousser personne pour son apparence (p. Tryphon, EORHF)

Pour bien commencer l'année civile, une autre bonne intention : aimer son prochain _aussi_ dans l'église, peu importe qui il est et comment il est "fringué" etc.. Alors que le Seigneur a promis ceci, "voici, J’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer" (Apoc. 3,8), bien souvent, trop souvent, en effet, la tenue, l'origine ethnique ou culturelle ou linguistique voire même sociale (si! si!) est reprochée. Rarement ouvertement mais on fait facilement sentir à la personne qu'elle n'est pas la bienvenue car "pas conforme aux normes paroissiales".. Si le Christ Dieu avait dû agir de la sorte, aucun Publicain et aucune prostituée ne nous aurait précédé dans le Royaume. Or Lui-même nous l'affirme à nous les pharisiens modernes, ils nous précèdent, eux les pécheurs...  Si nous continuons à nous soucier des "pierres mortes" (les "coutumes" et "normes"), à la fin nous n'aurons plus de "pierres vivantes" (les fidèles) pour occuper nos églises, et voilà ce qui nous attend...



Merci au p. Tryphon pour cette belle réflexion sur le besoin d'être vraiment accueillants :





Ouvrir grandes les portes de l'Église


C'est un sujet de discussion qui a été débattu par le clergé de notre diocèse, à savoir s'il était convenable de laisser un homme participer aux offices alors que porteur d'une boucle d'oreille.  Pour moi, le point est qu'il fallait qu'il se sente suffisamment bienvenu pour vouloir être à l'église, ça c'est le point de départ. Exiger qu'il enlève ses boucles d'oreille serait contre-productif, car les modes ne cessent de changer, et à moins que ça ne provoque une distraction pour les autres fidèles, l'Église a besoin de s'accomoder des variations de mode & style.

Il y avait une coutume parmi les Cosaques de porter des boucles d'oreilles même lorsque militaires, c'était une manière de faire savoir aux officiers si le soldat était le fils unique de sa mère, ou même le dernier mâle de sa famille. S'il en portait une à l'oreille gauche, il était fils unique de sa mère, mais si c'était à l'oreille droite, il était le dernier mâle de sa famille, ou le fils unique de ses parents. Une à chaque oreille voulait dire qu'il était le seul mâle de sa lignée familiale. Par tradition cosaque, le chef ou capitaine était alors obligé de protéger un tel homme et n'avait pas le droit de placer ce soldat en situation périlleuse ni de l'envoyer à une mort certaine au combat.

La mode c'est la mode, c'est quelque chose qui est intrinsèquement fluctuant. Ma propre génération était la première à porter des longs cheveux en plus d'un siècle - oui, j'ai été hippie - et on portait des pantalons "pattes d'éléphant", des chemises amples et des colliers de grosses perles. La jeunesse a toujours expérimenté son propre style de mode en fonction de sa génération. Bien que le prêtre aie le devoir de demander à ceux qui participent aux offices d'être vêtus avec modestie, afin de ne pas distraire les autres, il ne devrait pas se permettre de mettre son goût en avant pour être une barrière empêchant certains de participer à l'église.

Les statistiques démontrent que nos jeunes quittent l'Église, alors voulons-nous vraiment rendre leur départ plus facile, en leur imposant des exigences qui ne sont, finalement, pas importantes. J'ai travaillé avec la jeunesse toute ma vie adulte, et ils m'acceptent (à la fois quand ils viennent au monastère et quand je visite des campus universitaires) parce qu'ils sentent que je les accepte TELS QU'ILS SONT.

Un jour, j'ai rencontré un moine dont le cou et les mains étaient couverts de tatouages représentant des fils barbelés. Il vit à présent dans la repentance monastique parce qu'au cours de son cheminement, il avait finit par se sentir bienvenu dans une église. Lorsque je l'ai rencontré, je lui ai dit qu'il serait un grand exemple pour les autres jeunes, car la porte de la repentance est ouverte à tous.

Ce grand staretz qu'est l'archimandrite Sophrony, du monastère Saint John the Baptist à Maldon, Essex, Angleterre, un jour vint saluer la fille d'un moine qui était en visite, il le fit avec tant de joie et de douceur, alors que ses cheveux était en forme de grande crète d'Iroquois toute rouge. Dans sa profonde relation à Dieu, l'ancien connaissait l'importance d'aimer tout le monde, et de veiller à ce que chaque visiteur de son monastère expérimente l'amour du Christ.

Nous devons aimer tout le monde dans l'Église, TELS QU'ILS SONT.

Dans l'amour du Christ,
hiéromoine Tryphon

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