"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

30 janvier 2014

Sainte Aldegonde de Maubeuge (+ 684), qui intercède contre le cancer


Enluminures de la Vie de sainte Aldegonde, abbaye de Saint-Amand, début 12ème.
Sainte Aldegonde et l'Ange - sainte Aldegonde (+ sainte Waudru?) et saint Amand

C'est à Cousolre que s'installèrent Walbert 1er, seigneur Franc et gouverneur des provinces de Sambre et Meuse et son épouse Bertille (fille du roi de Turinge selon certains auteurs).
Sainte Aldegonde naquit ainsi dans le Hainaut, vers 630. Son père, Walb(de)ert ou Gualbert, était un "domesticus" mérovingien, à savoir responsable des terres fiscales sous les ordres directs du maire du palais, donc un très haut fonctionnaire du roi Dagobert I, puis Clotaire II. Une fois leurs deux filles devenues majeures, avec Bertila (Bertille) son épouse, il préféra aux honneurs de la terre le souci de croître en sainteté et ils se consacrèrent chacun de son côté à Dieu.
La famille, d'ailleurs, compta plusieurs saints : sainte Waldetrude ou Waudru, soeur aînée d'Aldegonde, mariée à Vincent Madelgaire (futur saint Vincent de Soignies), parents de 4 enfants qui furent honorés d'un culte public dans l'Église : les saintes Aldetrude (2ème abbesse de Maubeuge), Madelberte (3ème abbesse de Maubeuge), et les saints Landry (évêque de Meaux) et Dentelin (mort jeune).

Quant à Aldegonde, elle manifesta, dès le plus jeune âge le souhait de se vouer entièrement à Dieu. Demandée jeune en mariage par un noble anglo-saxon du nom d'Eudon - pour tisser des alliances politiques, coutume courante à l'époque -, elle voulut à tout prix se débarrasser du gèneur. Poursuivie par le prétendant, Aldegonde, assoiffée, fait jaillir une source à ses pieds. Puis elle traversa la Sambre en marchant sur les eaux, soutenue par des Anges.
Elle alla pour quelque temps se cacher chez sa soeur aînée. Un peu plus tard, elle revint à la maison parentale et y fit preuve d'admirables exemples de toutes les vertus. A la mort de son père et de sa mère, elle leur rendit les derniers devoirs. Dès lors libre de se consacrer à Dieu, elle alla à Hautmont trouver les saints évêques qui s'y trouvaient en réunion, Amand de Maastricht-Liège et Aubert de Cambrai, leur exposa ses luttes ascétiques et aspirations mystiques. Après un mûr examen, les 2 évêques lui donnèrent le voile des vierges et l'admirent à la vie monastique - la Vita nous expose que c'est alors que l'Esprit Saint apparut, sous la forme d'une colombe et déposa le voile des vierges sur sa tête, la consacrant ainsi à Dieu.
Suivant le conseil des saints évêques, elle se retira dans les bois de Maubeuge. De saintes filles ne tardèrent pas à venir se placer sous sa conduite. Elle reçut en particulier ses 2 nièces, Aldetrude, qui lui succédera comme abbesse, puis Madelberte et beaucoup d'autres encore.
Ce monastère double (hommes & femmes mais séparés, selon la coutume insulaire, en vigueur jusqu'aux Carolingiens) accueillait des filles de la noblesse et perdura jusqu'à la révolution, comme beaucoup de monastères, il sera détruit sous la Terreur. Il se situait sur l'actuelle place Verte de Maubeuge, non loin, il reste les maisons des chanoinesses (17e) restaurées. "Malboden" (Maubeuge) se développa autour de cette abbaye dès le 7e siècle. La ville conserve le "trésor" de Sainte Aldegonde, sainte patronne de la ville.

Sous sa direction, le monastère devint maison de Dieu et asile de la paix. L'abbesse fut pour toutes ses filles un modèle de perfection ascétique. Sa charité pour les pauvres était inépuisable. Sa vie s'écoula dans la pieuse vie de moniale. Par son ascèse, Dieu lui accorda des visions surnaturelles. La nuit où mourut saint Amand, étant en prière dans l'église, elle aperçut dans un ravissement un vénérable vieillard en habits pontificaux, environné de gloire et montant au Ciel suivi d'un grand nombre d'esprits bienheureux. Un ange lui dit "C'est l'évêque Amand dont vous avez chéri les vertus pendant sa vie."
Aldegonde fit part de cette vision au saint abbé Ghislain qui était venu la visiter. Ce saint homme lui fit comprendre que c'était un présage de sa fin prochaine. Elle en reçut l'annonce avec joie, mais, pour sortir de ce monde en expiant ce qu'elle pensait avoir commis de mal, elle demanda à notre Seigneur de pouvoir endurer une épreuve douloureuse. Dieu permit alors qu'un cancer se formât sur son sein droit. Elle supporta avec une patience héroïque les vives douleurs qui en furent la suite. Elle opéra dès ce moment plusieurs miracles, rendit la santé à un petit enfant malade après l'avoir fait porter au coin de l'Autel. Des amies, parmi lesquelles se trouvait sa soeur Waudru, vinrent la visiter. A leur grande surprise, elles virent une lumière éclatante remonter vers le ciel au moment où l'âme d'Aldegonde quittait son corps, le 30 janvier 684.
La maladie qui provoqua la mort d'Aldegonde fit qu'on invoqua son intercession pour guérir du cancer. Près de l'église où son corps fut déposé, il y eut une fontaine où les pèlerins venaient puiser de l'eau pour guérir diverses maladies.
Le corps d'Aldegonde fut d'abord inhumé à Cousolre et, peu de temps après, transféré dans l'église de Maubeuge par les soins de l'abbesse Aldétrude. Dieu a opéré plusieurs miracles sur son tombeau. Il y eut plusieurs translations de son corps, en 1039, 1161, 1439, et son culte a toujours été fort célèbre. Les anciens martyrologes et, à leur suite, le martyrologe romain, ont inscrit le nom d'Aldegonde au 30 janvier.



Sa Vita latine conservée de nos jours a été écrite par une contemporaine au 7ème siècle. Elle a été remaniée au 8ème, probablement par une oblate consacrée par ses parents encore toute jeune, comme c'était de coutume dans les monastères suivant les Règles monastiques irlandaises (c-à-d "colombaniennes"). Ce qui était le cas en nos contrées avant l'avènement des Carolingiens, et on le remarque par nombre de détails techniques, spirituels et liturgiques dans ce texte latin. Avec plusieurs citations de Virgile et un latin de très haut niveau, un texte éloigné des préoccupations populaires qui n'attendaient que des "vies de saints avec des miracles de guérisons physiques", avec ses encouragements pour une vie monastique difficile dans un monde très perturbé (peu après, les Carolingiens s'empareront de la Neustrie, affaiblie par trop d'années de luttes intestines), ce texte était de toute évidence destiné à la méditation et la lecture au monastère, par des hommes et des femmes consacrés à Dieu et de bonne culture et éducation.


Litanies, avec sainte Aldegonde et d'autres saintes universelles ou locales
Livre d'Heures à l'Usage de Tournai, vers 1460-1480, folio 68V
Bibliothèque "Willamette-Hatfield"
source :
http://www.chd.dk/gui/willamh-gui.html

Tropaire de sainte Aldegonde de Maubeuge, ton 4
Afin de rester fidèle à ton Époux Céleste,
Tu refusa l'époux terrestre auquel on t'avais promise.
Et t'enfuyant de chez toi, tu vécu en ermitesse,
Fondant le chapître de Maubeuge,
Tu y fus rejointe par de nombreuses vierges.
Toi qui intercède pour ceux qui te prient de les guérir du cancer,
Sainte Aldegonde, prie le Christ de nous sauver


Voir aussi :
http://acathistes-et-offices-orthodoxes.blogspot.be/2013/02/racines-orthodoxes-30-janvier12-fevrier.html

Anecdote : la ville d'Alken, dans le Limburg belge, à présent dirigée par un nationaliste NVA, a reçu en 1981 sainte Aldegonde comme héraldique de la cité. Vu l'origine géographique de notre sainte amie, c'est un clin d'oeil céleste, assurément :-)
http://www.alken.be/product/1098/wapenschild--staldegondis



Et "preuve" que c'est bien une sainte de nos régions.... il y a une bière qui lui est dédiée!!!



Reliquaire du voile de sainte Aldegonde, réalisée à la demande de Jean de Bourgogne, évêque (kto) de Cambrai, le 16 juin 1469.

source photo n/b


Src info translation relique
http://www.sainte-aldegonde.com/page-20671-tresor-sainte-aldegonde.html


Deux célèbres fausses reliques attribuées à sainte Aldegonde :



Crosse-reliquaire de sainte Aldegonde, église Saints Pierre & Paul, Maubeuge, vers 1200. Laquelle n'est pas de sainte Aldegonde puisque la coutume de la crosse ronde date de la période Ottonienne de l'Occident, pas de la période orthodoxe mérovingienne. La datation du bois de buis qui en est le coeur ne laisse aucun doute. De plus la volute a été réalisée par frère Hugo d'Oignies vers 1320, qui fut l'héritier et le plus célèbre des orfèvres religieux de la vallée mosanne, donc clairement postérieure à la sainte.
source photo
http://www.spectacles-selection.com/archives/expositions/fiche_expo_U/une-renaissance-V/une-renaissance.htm



Chasuble "de saint Vindicien réalisé par sainte Aldegonde", dont la forme est du 14ème siècle.
"La croyance, religieuse et populaire, affirmait que la chasuble aux perroquets, vêtement liturgique faisant partie du trésor de Sainte-Aldegonde, avait été confectionnée par la patronne de Maubeuge elle-même. De nombreux historiens mettaient en doute cette affirmation, au regard du tissage même de l’étoffe, dont la technique est largement postérieure au VIIe siècle.
La science vient de leur donner raison. La Direction régionale des affaires culturelles du Nord-Pas-de-Calais a en effet fait procéder à une datation de la chasuble. La datation au carbone 14 effectuée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Saclay a établi que le tissu daterait d’une période comprise entre 1230 et 1300. Cela correspond à l’époque de la 7e Croisade et la chasuble pourrait avoir été confectionnée à partir d’un samit, étoffe ancienne orientale composée d'une chaîne de soie et d'une trame de fil, offert par l’empereur Mongol Mongka au roi de France Louis IX, dit Saint-Louis."
Src
http://www.lasambre.fr/article/18/06/2013/maubeuge--la-chasuble-de-sainte-aldegonde-a-ete-scientifiquement-datee/4336

 
Source photo & datation


A (re)lire aussi, ce texte de 2007 :
Saintes Aldegonde, Bathilde, Martine & les 3 saints Docteurs
http://stmaterne.blogspot.com/2007/01/saintes-aldegonde-bathilde-martine-les.html


 

Sancta Aldegondis, ora pro nobis!

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