"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

13 février 2014

Saint Hadelin de Franchimont & Celles (+ 617)



Ci-dessus, à l'église de Celles

Fête les 3 et 13 février.

Tropaire de saint Hadelin, ton 8
Sur terre tu parus comme un astre resplendissant
Eclairant ceux qui venaient trouver auprès de toi
La Lumière du Christ et la guérison de leurs maux.
Gloire du Condroz et vigoureux ascète,
Porte ton regard sur les fidèles qui te prient
Afin qu'ils puissent te chanter à haute voix :
Réjouis-toi, Père Hadelin.



Source à Franchimont (Philippeville)

Saint Hadelin naquit vers l'an 617 en Aquitaine. De ce pays sortirent plusieurs célèbres personnages qui vinrent illustrer la Belgique par leur sainteté. Tels furent saint Agrice, saint Maximin, saint Paulin archévêque de Trêves, saint Remacle évêque de Tongres-Maastricht et fondateur de Stavelot, saint Oscar et après eux sainte Ode, tante de saint Hubert, enfin saint Hubert lui-même.
Les parents d'Hadelin étaient nobles, et d'une grande et solide piété. Les exemples domestiques, les soins d'une éducation Chrétienne et les bénédictions du Ciel le fortifièrent à mesure qu'il avança en âge. Croissant donc en grâce et en sagesse, Hadelin découvre bientôt les dangers du monde, et se détermine à quitter tout ce qui pourrait mettre un obstacle à la grande oeuvre de son Salut.
Déjà il assujetissait la chair à l'esprit par les jeûnes, les veilles, et l'ascèse la plus rude, lorsque Dieu lui inspira d'aller se mettre sous la conduite de saint Remacle, homme céleste qui devait le guider dans la route certaine de la bienheureuse éternité.
Hadelin suit l'impulsion de la grâce qui l'appelait : il quitte ses parents les plus chers, et renonce à ses riches possessions et sa patrie, pour embrasser le genre de vie que lui inspire la divine providence.
Saint Remacle gouvernait en ce temps le monastère de Solignac nouvellement bâti dans le Limousin, par Eloi, le saint ministre du roi Dagobert. Ce fut vers cette pieuse retraite qu'Hadelin dirigea ses pas; sous un tel maître, il fit des progrès rapides dans la vertu et il devint bientôt un modèle pour ses condisciples.
Saint Remacle découvrant tant de vertus dans son jeune élève, voulut se l'attacher étroitement et n'hésita pas à le choisir entre tous les autres, pour le faire participer à tous ses pieux exercices, pour être le fidèle compagnon de ses travaux et le témoin de sa vie privée.

Le bruit des merveilles de la vie et des actions de saint Remacle s'était déjà répandu dans toutes les Gaules. Il était parvenu jusqu'à la cour de Sigebert, roi d'Austrasie, pays qui comprenait alors la province de Liège. Ce prince l'y fit venir, le combla d'honneurs et de bienfaits et le pria de se charger de la conduite du monastère de Cugnon, qu'il venait de fonder entre Chiny et Bouillon sur la rivière de la Semois. Remacle y conduisit son cher disciple qui l'avait accompagné à la cour du roi, et ce fut dans cette retraite qu'Hadelin résolut de passer toute sa vie dans la piété et l'étude.
Cependant 3 ou 4 ans après, saint Amand s'étant démis de l'évêché de Maastricht, devenu plus tard évêché de Liège, et saint Remacle y étant nommé par Sigebert, à la demande du clergé et du peuple, il voulut qu'Hadelin l'y suivît sachant de quelle utilité il lui serait, tant pour sa propre édification, que pour l'instruction du troupeau qu'il allait gouverner. Il l'éleva donc au sacerdoce, pour l'employer au ministère de son Église, et afin que ses lumières et ses vertus puissent servir à la sanctification de ses ouailles. C'est alors en effet, que Saint Hadelin déploya tout son zèle pour le Salut des âmes, s'appliquant sans cesse à instruire et à ramener les pécheurs à la pénitence, et à convertir les idolâtres, encore en grand nombre dans les environs. (1)
Mais il arriva qu'après avoir été 10 ans évêque, saint Remacle résolut de quitter le monde, toutes ses dignités, et de se retirer dans la solitude pour laquelle il avait toujours eu la plus grande affection. Il y avait quelque temps qu'il avait fait construire à l'aide des libéralités du pieux roi Sigebert le monastère de Stavelot, origine première de la ville de ce nom.
Ce fut dans cette solitude que le saint Evêque se retira, pour y finir ses jours loin du bruit du monde, dans la pénitence. Hadelin, disciple inséparable d'un si cher maître, voulut le suivre dans sa retraite. Saint Remacle entreprit peu après le pélerinage de Rome, où son fidèle ami l'accompagna pour aller se receuillir sur les tombeaux des saints Apôtres Pierre et Paul.

C'est au retour de ce pieux pélerinage que Dieu voulut manifester la sainteté d'Hadelin : accablé de chaleur, de fatigue et de sommeil, le saint s'était couché sur la dure et reposant profondément endormi; le soleil dardait ses rayons sur le visage d'Hadelin, lorsque Remacle qui veillait près de lui, vit une colombe d'une extrême blancheur qui vint étendre ses ailes au dessus du visage de son compagnon et le garantit par son ombre de la chaleur qui aurait pu interrompre son sommeil. Après son réveil, Hadelin à qui la colombe avait apparu en vision, résolut de prier quelques jours avant de donner connaissance de ce fait à son père spirituel, parce qu'il pensait que ce n'était qu'une illusion; mais saint Remacle, le prévenant, l'obligea à lui déclarer ce qu'il avait vu pendant son sommeil. Hadelin surpris de cette demande, mais convaincu que l'obéissance est une source féconde en bénédictions, et qu'obéir à son supérieur, c'est obéir à Dieu même, lui dit d'un ton modeste et plein d'humilité : "Puisque vous me l'ordonnez, ô Père vénérable! je me fais un devoir de vous découvrir la vision que j'ai eue. J'ai vu, pendant mon sommeil, une colombe descendre du ciel, voltiger autour de mon visage et se reposer ensuite sur ma tête; mais je vous avoue que je ne puis comprendre ce que ce présage peut signifier."
Alors Remacle qui savait à quoi Dieu destinait son bien aimé disciple, le regardant d'un oeil plein de tendresse s'écrie avec transport : "O Hadelin, mon cher Hadelin, que votre vertu est grande ! Je reconnais que votre vertu surpasse beaucoup la mienne, et que je ne suis pas digne de vous avoir plus longtemps pour compagnon, vous que les Anges daignent servir. Cette colombe signifie-t-elle autre chose que l'Esprit-Saint qui reposa sur la tête du Sauveur dans le fleuve du Jourdain. Ce même Esprit a épanché ses grâces dans votre coeur, et vous a choisi de toute éternité pour le servir. N'hésitez pas, mon cher fils, suivez la voix du tout-puissant qui vous appelle, allez établir votre demeure dans une vallée que vous trouverez entre 4 montagnes assez près de la Lesse; vous y bâtirez un oratoire où vous chanterez les louanges du Créateur avec des disciples que l'amour de la pénitence vous y attirera; mais ne m'oubliez pas, ô mon cher fils! Souvenez-vous de moi dans vos prières, venez puisque vous en avez encore les forces; venez vous dis-je, consoler ma vieillesse de la perte que je vais faire."
En disant ces mots Remacle donna la sainte accolade à son ami et fondait en larmes, Hadelin se jeta à ses genoux, lui demanda sa bénédiction, et après mille protestations d'amitié, ils se séparèrent.

Hadelin se soumettant aux ordres de la Providence, partit pour aller se mettre au rang des pénitents, dans l'endroit qui lui avait été désigné; après quelques jours de marche il arriva chez un nommé Béon à qui il demanda l'hospitalité. Béon lui en fit difficulté, alléguant que sa femme était mourante. Hadelin demanda à la voir, se mit à prier et lui rendit subitement la santé. Béon se repentant alors de son refus, et surpris que cet étranger eut tant de pouvoir auprès de Dieu, ne sut quelles marques lui donner de sa reconnaissance et lui accorda avec plaisir tout ce qu'il lui demanda.
Ainsi Dieu, qui avait destiné Hadelin pour être l'apôtre de cette contrée, voulut manifester la sainteté de cet homme apostolique, en prouvant la divinité de sa mission par le don des miracles, afin qu'y étant honoré dès son entrée dans ce pays, il pût produire les effets merveilleux de la grâce de la Foi Chrétienne.
La guérison inattendue de la femme de Béon remplit tous ceux qui en avaient été témoins, et Béon surtout, d'admiration et de vénération pour le saint. Ils eussent désiré de posséder plus longtemps chez eux un hôte aussi précieux; mais Hadelin, se hâtant de se rendre à l'ordre qu'il avait reçu, s'informa de l'endroit qu'il cherchait, en demanda le chemin, et Béon se fit un devoir de lui donner un de ses serviteurs qui l'y conduisit à travers les forêts et les montagnes.
Arrivé dans ce lieu désiré notre saint se prosterna, remercia Dieu et le pria d'y répandre ses bénédictions. Il parcourut en­suite la vallée et y ayant trouvé un endroit propre à ses desseins dans le creux d'un rocher, il en fit son oratoire et se creusa comme il put une grotte dans le pied de la montagne.
C'est là qu'il vécut le reste de ses jours dans les austérités continuelles, supportant la faim et la soif, le froid, oubliant les vanités du monde, et ne vivant plus que pour le Ciel. L'eau pure d'une fontaine était toute sa boisson; des herbes et des racines sauvages faisaient sa principale nourriture; une pierre froide et humide lui tenait lieu d'oreiller, et son lit n'était qu'une couche de pierres, large de 2 pieds et longue de 7, telle qu'on la voyait encore il y a quelques années.

Tout isolée que fut la retraite de notre saint Ermite, l'éclat de ses vertus ne put se concentrer dans l'enceinte de cette solitude.
Bientôt la réputation d'Hadelin se répandit dans les environs et parvint jusqu'à la cour de Pepin de Herstal, l'un des ancêtres de Charlemagne, qui avait toute autorité en Austrasie, et qui faisait alors sa résidence ordinaire à Jupille.
Pepin se rendit à la grotte du saint comme auprès d'un autre Salomon, pour entendre la sagesse du fidèle serviteur de Dieu, et prendre ses avis, tant sur le gouvernement des peuples, que sur celui de sa propre conscience. Ce prince fut édifié sur ce qu'il avait vu et entendu sur les grandeurs du monde, sur les obligations qu'ont les princes de demeurer parfaitement soumis à Dieu, et de conduire leurs sujets selon les maximes de l'Evangile; il lui fit donation de quelques terres pour subvenir à ses besoins et revint dans son palais de Jupille pénétré de vénération pour Hadelin.
Peu de temps après, 3 nobles, Béon, dont nous avons parlé, et ses 2 frères, Triclin, et Baudoin, vinrent aussi trouver Hadelin, et lui annoncèrent qu'ils avaient résolu de quitter le monde, le priant d'accepter tous les biens qu'ils possédaient et de les recevoir sous sa conduite.
Tous les jours arrivaient en foule à sa cabane des pélerins de tout pays, qu'il instruisait de la Parole de Dieu et dont il guérissait les maladies. On y vit aussi accourir d'autres personnages pieux et distingués qui désiraient de passer leur vie dans la sainte école de notre solitaire et profiter de ses leçons évangéliques. De tous ceux qui se présentèrent, Hadelin ne retint que 12, dont il avait particulièrement reconnu la vertu et la vocation. Avec les secours charitables qu'il avait reçu de ses hôtes, il fit construire pour ses compagnons, à une lieue et demie de Dinant, entre 4 montagnes, dans le voisinage d'une forêt, où l'on voit encore une fontaine qui porte le nom du saint, quelques cellules propres seulement à garantir leurs habitants des intempéries de l'air et de l'incursion des bêtes féroces. De ces cellules est venu le nom de Celles que porte aujourd'hui le village qui s'y forma dans la suite autour de l'église et du monastère élevés par le saint.


Saint Hadelin s'appliqua à conduire ses disciples dans l'exercice de toutes les vertus Chrétiennes et de conseils évangéliques, commençant par ses propres exemples les instructions qu'il leur faisait. On vit alors combien Dieu voulait qu'on respectât une vallée qu'un si grand homme sanctifiait par sa présence. Deux cavaliers qui y étaient entrés avec leurs veneurs pour y chasser furent bientôt punis de l'avoir ainsi osé profaner : ils trouvèrent le lendemain matin tous leurs chevaux étendus morts et sur ceux-ci leurs propres chiens qui en faisaient leur curée à bonnes dents; châtiment qui doit nous apprendre avec combien plus de respect nous devons nous approcher de nos églises où demeure, non un saint, mais notre Dieu Lui même.
L'évêque du diocèse de Liège, probablement saint Lambert, informé de cet événement, défendit, dit-on, que personne de quelque qualité que ce fût, ne se permît dans la suite d'entrer à cheval dans l'enceinte de cette solitude. Ce même évêque aurait fait présent au saint, de la terre et seigneurerie de Franchimont, village de la commune de Philippeville entre Sambre et Meuse, près de la ville de Florennes. Cette terre, à cause des événements, est devenue propriété des chanoines de Visé qui l'ont possédée longtemps. Nous pouvons croire que cette campagne est celle que les gens de la localité appellent encore : Visé.
Souvent Dieu, par un effet de sa Miséricorde, permet que nous soyons soumis à des calamités qui nous font recourir aux prêtres établis, ses ministres, pour nous convertir. Ils lui offrent le Saint Sacrifice de nos Autels, et obtiennent ainsi des effets merveilleux de sa toute puissance. C'est ce qu'on vit arriver à Franchimont, soit en punition des péchés du peuple, soit que Dieu voulut toucher plus sensiblement le coeur des habitants de ce village qu'il voulait rappeler vers lui. Une extrême sécheresse avait tari toutes les sources de l'endroit dans le temps de la moisson, et les habitants se trouvaient réduits à la dernière misère. Dans ce triste état ils envoyèrent quelques-uns d'entre eux vers saint Hadelin, pour le conjurer d'apporter, par ses prières, quelque remède à leurs maux. Hadelin se rendit sur les lieux, et touché de compassion à la vue de ce que souffraient ces pauvres villageois, il se prosterna plein de confiance et d'humilité et fit cette prière : "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac et de Jacob, qui, par l'entremise de Moïse et d'Aaron, avez fait sortir l'eau d'un rocher, dans le désert, pour subvenir aux nécessités des enfants d'Israël, ouvrez dans ce lieu la fontaine de vos miséricordes; souvenez-vous Seigneur, de votre promesse, lorsque vous avez dit : demandez, il vous sera accordé!" En disant ces paroles il enfonça son bâton en terre, et l'on vit à l'instant sortir du roc une source d'eau vive qui surprit et réjouit tous les spectateurs, et leur inspira le plus grand respect pour leur saint bienfaiteur.
Bien des siècles après, la fontaine a gardé le nom du saint qui la fit jaillir de terre, et bon nombre de personnes atteintes de la fièvre vont encore boire de son eau, en invoquant pour obtenir leur guérison l'intercession d'Hadelin.


La ville de Dinant fut aussi témoin de la puissante intervention de notre glorieux saint auprès de Dieu. Il passait un jour par cette ville, une femme vint à lui et se jeta à ses pieds, poussant des hurlements lamentables : le saint s'arrêta et demanda au peuple, que cette scène avait rassemblé; ce que voulait cette femme, qui elle était et quel accident lui était arrivé. Ces gens lui dirent qu'elle était muette depuis bien des années et réunirent leurs prières pour l'engager à la guérir. Il eut beau s'en défendre, les assistants redoublèrent leurs demandes et lui représentèrent que, puisqu'il prêchait si souvent la charité et la miséricorde, il devait lui même, les pratiquer envers cette pauvre misérable. Hadelin se laissa enfin toucher; il se jette à genoux et versant un torrent de larmes. "Seigneur Jésus-Christ, dit-il, qui avez ouvert les yeux à l'aveugle né, et qui rendez la langue des enfants éloquente, daignez exaucer ma prière, ayez pitié de cette femme, déliez-lui la langue et rendez-lui l'organe de la parole comme autrefois à votre serviteur Zacharie, afin que non pas elle seulement, mais aussi tous ceux qui apprendront cette merveille, bénissent votre saint Nom, vous glorifient et vous servent avec plus de fidélité; accordez-nous cette grâce, ô puissant Fils de Dieu, qui régnez sans fin avec votre Père et le Saint Esprit." Cette prière finie, il fit le Signe de la Croix sur la bouche de la femme; qui dans l'instant et à la vue du peuple rendit à haute voix des actions de grâce à Dieu, retourna chez elle en bénissant son nom et publiant sa gloire, et demeura tout le reste de sa vie fidèlement attachée à son service.
Il convient encore de rapporter ici ce qu'il arriva à une riche dame du pays de Namur qui avait eu occasion de se convaincre de la sainteté d'Hadelin, et qui en avait conçu la plus haute opinion. Cette châtelaine nommée Guiza se trouvait dangereusement malade; ses parents et amis que le désir de partager ses possessions avait réunis près d'elle, l'importunaient sans cesse, pour savoir à qui d'entre eux elle laisserait ses biens : "à Hadelin, répondait chaque fois la malade, au grand saint Hadelin." Elle demandait avec de vives instances qu'on le fit venir; mais elle expira avant son arrivée, sans avoir voulu laisser ses biens à aucun de ses proches. Enfin le saint arrive, approche du lit de Guiza; la morte ouvre les yeux, lève la main et lui présente ses gants pour le constituer ainsi son héritier, selon l'usage de ce temps où l'on adjugeait la possession d'un bien par quelque signe symbolique comme la remise d'un épi, d'un gazon, d'un gant, etc.

Après plusieurs années d'une vie consacrée à Dieu et à la propagation de la Foi dans les Ardennes et le Condroz, Hadelin qui avait communiqué à ses disciples, son amour pour la pénitence et son zèle infatigable pour le Salut du prochain, Hadelin accablé sous le poids des années et de ses travaux, plus consumé par le feu de la charité qui le dévorait que par l'ardeur de la fièvre qui vint l'attaquer, vit enfin, comme saint Remacle l'en avait prévenu, que le terme de sa carrière approchait. Il fit donc convoquer tous ses chers disciples, et se fit administrer au milieu d'eux le corps sacré et le sang précieux de Jésus-Christ.
Sentant son heure approcher, il leur adressa les instructions les plus touchantes, les exhortant à se préparer tous les jours, à la mort et à se la rendre familière par des méditations continuelles; puis il rendit paisiblement son âme à Dieu, entre les prières et les sanglots de ses frères, qui ne pouvaient se consoler de perdre leur père spirituel.
Sa mort arriva le 3ième jour de février 690; son corps fut enterré dans l'endroit que lui-même avait choisi, c'est-à-dire dans la grotte chérie où il avait exercé tant d'austérités. Il s'y est opéré dans la suite un grand nombre de miracles.




Notes

"On attribue ordinairement à l'illustre NOTGER, évêque de Liège (972-1008), la composition de la vie primitive de saint Hadelin. Cependant, il est établi aujourd'hui que si Notger a demandé ce travail à son ami et collaborateur HÉRIGER, abbé de Lobbes, pour satisfaire au désir des chanoines de Celles d'avoir une histoire autorisée et littéraire de leur saint fondateur, il y a mis lui-même du sien et a permis de placer l'oeuvre entière sous son nom pour augmenter le crédit du récit."
"Notger de Liège" par G. KURTH, t. 1, p. 339.
Cette vie primitive de saint Hadelin a été publiée par les Bollandistes dans les Acta Sanctorum, 1er tome de Février, p. 377

(1) "L'oeuvre des missionnaires était, à cette époque, particulièrement difficile et dangereuse. Il leur fallait, souvent au péril de la vie, abattre les idoles, empêcher les sacrifices humains, supprimer les pratiques superstitieuses qui régnaient encore dans nos contrées. Il fallait aussi bâtir des églises, créer des paroisses, veiller à la continuité régulière de l'enseignement religieux. Livrés à leurs passions sauvages, à la cruauté, à la débauche, à la soif de la vengeance, à l'ignorance, nos ancêtres apprirent que Dieu défend l'effusion du sang humain, qu'il veut que l'homme soit chaste, qu'il exige qu'on pardonne à ses ennemis, qu'on aime tous ses semblables et qu'on Lui rende un culte pur et digne de Lui. Leurs moeurs commencèrent à s'adoucir et leur esprit à s'éclairer. Cela ne se fit pas en un jour; il fallut même beaucoup de temps avant que les préceptes de la foi Chrétienne fussent respectés de la multitude." (KURTH, op. cit., p. 23, N° 33.)


(2) On trouve dans la châsse un parchemin très ancien, écrit en latin, très difficile à lire, dont copie se fit et se trouve dans les registres de l'église Saint-Martin de Visé. En voici la traduction exacte : "Les os du très bienheureux Hadelin, confesseur de l'église de Celles, ont été mis dans ce coffre et enfermés dans ce lieu l'an de l'incarnation de notre Seigneur 704 le 15 des calendes de Juin de l'indiction quatrième. Les noms de ceux qui furent présents Waton, évêque, Veron, abbé; Jean, prévot, Amand, coste, Lanfrid, doyen de Stavelot avec le chapitre de l'église de Celles. »

Hembercour, Seigneur de Brémieu, restitua à Visé la châsse qui avait été volée. Avant toutefois d'accomplir cette restitution il voulut voir les saintes reliques, et demanda l'ouverture de la châsse. Devant les évêques et plusieurs personnes de la noblesse, on déposa la châsse sur le grand autel de l'église des Dominicains, où elle fut ouverte en présence de cette nombreuse compagnie. On y trouva 2 billets enveloppés l'un dans l'autre, le premier était celui qu'on y avait mis en 704 et dont nous avons déjà parlé; le second marquait qu'en 1413 on en avait tiré la tête pour l'enchâsser dans un buste comme nous l'avons dit. On trouva en outre 2 grands linges dont l'un était le linceul dans lequel Saint Hadelin avait été enseveli en 690. Les os du saint parurent ensuite dans un état naturel d'une couleur rougeâtre et complètement différents des autres os de n'importe quelle ancienne date, qui sont ordinairement pâles; on remarquait même encore et fort distinctement les tendons et les nerfs séchés au bout de ces os.
Cet aspect remplit tous les spectateurs d'étonnement et de respect pour le saint, dont ils invoquèrent les suffrages, en adorant la toute puissance de Dieu qui se plaît souvent à faire éclater sa gloire dans ses fidèles serviteurs.
Hembercourt demanda en grâce qu'on lui accordât quelques parcelles de ces précieuses reliques, pour les exposer à la vénération des peuples de ses terres. On lui donna outre quelques parcelles des vêtements, une partie d'un bras, celle qu'on croit être honorée à Hublin, au-delà de Chiny. On fit aussi présent d'une côte aux pères Dominicains.
La châsse de saint Hadelin conservée dans l'Eglise de Visé est digne du grand saint dont elle garde les ossements sacrés, c'est un des chefs-d'oeuvre de l'orfèvrerie du vieux temps, et une pièce précieuse d'une valeur inestimable.
La forme de cette châsse, comme celle de la plupart des oeuvres d'art analogues, est un rectangle dont les côtés longs mesurent 1 m. 50 c. et les petits 0. m. 34 c.
La hauteur des parties latérales est de O m. 54 c. fronton compris. Chacun des 2 côtés latéraux est orné de 4 bas-reliefs ciselés en ronde bosse, séparés entre eux par des colonnes à chapitaux romans et inscrits dans une double bordure en émail reproduisant de riches dessins byzantins. La couverture de ce précieux reliquaire richement ornementée, nous a été enlevée par les révolutionnaires Français en 1793.
Les côtés et les façades seules ont miraculeusement échappé à leur vandalisme.

Je donne une petite notice du bas-relief qui représente le fait miraculeux opéré à Franchimont; c'est celui qui nous intéresse principalement.
Le pays de Franchimont affligé, comme nous l'avons dit, par une sécheresse extrême, avait vu ses sources se tarir successivement, et les habitants de la contrée, prêts à faire la moisson, étaient réduits à la plus horrible misère, quand ils obtinrent que saint Hadelin se rendît parmi eux et se mît sur le champ en prières. On sait que son oraison achevée, il planta son bâton dans le sol et qu'une source vive et abondante en jaillit aussitôt.
A gauche dans ce bas-relief, on voit donc saint Hadelin, à genoux, les pieds nus, vêtu de l'habit monastique, lui couvrant non seulement le corps, mais encore la tête entourée d'une nimbe. Le saint vient de terminer sa prière et a planté son bâton dans le sol. Dans le haut de la composition, une main céleste, sortant d'un nuage, projette 3 rayons lumineux sur Hadelin. Le bâton planté dans le sol et qui en fait jaillir une source abondante, occupe le centre de la scène. Au-dessus du jet de la source on lit "FONS FACTUS" (une fontaine apparaît).
A la droite du tableau sont des villageois, tête nue, vêtus de la saie et de la braie gauloise, fixée à la cheville et aux genoux par des courroies. L'un d'eux porte une cerpe; les autres sont dans une attitude exprimant tout à la fois la surprise et l'admiration. Le groupe entier est entouré de gerbes.
En avant du groupe, un paysan, penché vers la source, y puise de l'eau dans un objet creux. Enfin on lit, tracé verticalement dans le fond du bas-relief le mot "MESSORES" (moissonneurs).
La bande émaillée, entourant ce tableau porte ces mots
+ MENS + ORAT + MUNDA + NEC + FIT + MORA + PROSILIT + UNDA.
Par une prière fervente, une eau limpide jaillit aussitôt.





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