"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 mars 2014

Mère Gavrilia (Papayannis), apôtre des lépreux en Inde, secouriste spirituelle dans les ashrams, perle de grand prix


http://orthodoxwiki.org/Gabrielia
La gérontissa Gabrielia (1897-1992), aussi appelée Gavrilia, a été une moniale Grecque Orthodoxe de sainte vie.

Vie

La gérontissa Gavrilia (Gabrielle) est née à Constantinople (Konstantinoupoli / Istanbul) il y a plus d'un siècle, le 2/15 octobre 1897, d'Helias et Victoria Papayanni(s). Elle était la 4ème et dernière enfant de la famille, la préférée. Alexandros était le frère aîné, puis venaient ses soeurs, Vasiliki et Paulina.

Gérontissa signifie plus qu'une moniale plus âgée que les autres (supervisant les plus jeunes), c'est une personne spirituellement avancée qui guide les autres dans les prières par de sages conseils et la connaissance reçue de Dieu. Sa vie est une longue suite de merveilles.

Elle grandit dans la ville jusqu'à ce que sa famille déménage en 1923 pour Thessalonique. Elle partit pour l'Angleterre en 1938 et y resta durant la Seconde Guerre mondiale. Elle y fut formée comme pédicure et kinésithérapeute. En Angleterre, elle sera honorée pour ses services rendus durant la guerre et après, on lui proposera la citoyenneté, mais elle la refusera poliment.

En 1945, elle retourna en Grèce où elle travailla avec un groupe d'aide aux réfugiés, "Friends Refugee Mission", et l'American Farm School à Thessalonique, dans les années juste après la guerre. Ensuite, elle ouvrit son propre cabinet de kinésithérapeute à Athènes, jusqu'en 1954. En mars de cette année, sa mère mourut, et le cabinet fut fermé. Soeur Gavrilia quitta la Grèce et voyagea jusqu'en Inde, où elle travailla 5 ans durant pour les plus pauvres d'entre les pauvres, même les lépreux. Elle travailla avec Baba Amte (Murlidhar Devidas Amte) et sa famille pour construire des villages communautaires pour les lépreux d'Inde. Elle ne conserva jamais un "penny" en poche! Toujours livrée en pleine confiance en les mains de Dieu.







Ce ne fut pas avant 1959 qu'elle entra au monastère des saintes Marthe et Marie, à Béthanie, en Palestine, où elle devint moniale. Lorsqu'elle y arriva, elle demanda à l'aumônier, le p. Theodosius, pour avoir une règle de prière. Le p. Theodosius fut quelque peu surpris de découvrir qu'elle savait même lire l'ancien grec médiéval (katharevousa). Le p. Theodosius dit : "Les grands Anciens dont nous entendons parler n'existent plus. Je n'en suis certainement pas un. Vous êtes venue ici pour sauver votre âme. Si je commence par vous donner des règles, vous perdrez votre âme et moi avec. Mais voici le père Jean. Il sera votre père spirituel." Pour commencer ses premières années au monastère, ce dernier ne lui donna à lire que les Évangiles et saint Jean Climaque (il est bon de noter qu'à l'époque, l'Échelle Sainte n'avait pas encore été publiée en grec moderne).



Elle resta 3 ans à Béthanie. En avril 1962, la rumeur parvint que le patriarche Athénagoras de Constantinople cherchait à envoyer un moine Orthodoxe à Taizé, France. Soeur Gavrilia partit pour Taizé - elle parlait parfaitement le français depuis son enfance - et de là en Amérique.

En 1963, elle revint en Grèce. La gérontissa fut tonsurée dans le Petit Schème par l'abbé Amphilochios (Makris) à Patmos, dans la grotte de Saint Antoine qui dépendait du monastère de l'Evangelismos, et cela juste avant qu'elle et la moniale Tomasina ne partent pour l'Inde. L'Ancien Amphilochios était très enthousiaste à l'idée qu'une moniale était ouverte à être bénévole dans le monde. En Inde, elle demeura 3 ans à Nani Tal, dans l'Utar Pradesh, où le p. Lazarus (Moore) était le prêtre. Il consulta la gérontissa pour ses propres traductions du Psautier et des Pères. Entre 1967 et 1977, la gérontissa parti en mission en Afrique de l'Est, en Europe, y compris des visites à de vieux amis et pères spirituels tels que le p. Lev (Gillet) et saint Sophrony (Sakharov, monastère Saint John the Baptist, Maldon, Essex, Angleterre), puis en Amérique, puis un bref temps au Sinaï, où l'archevêque Damianos tentait de réintroduire le monachisme féminin.

Elle voyageait beaucoup, toujours préoccupée et remplie d'amour pour le peuple de Dieu. Certains de ses enfants spirituels l'ont trouvée à Jérusalem à côté du Tombeau du Christ; d'autres l'ont trouvée sur le champ de la mission en Afrique de l'Est. Durant les années 1950 & 1960, elle eu plusieurs milliers d'amis spirituels dans le monde entier! Et elle priait pour tous nuit et jour!





A partir de 1977, elle vécut dans un petit appartement, la "Maison des Anges", à Patissia, au milieu du boucan et de la pollution et de la confusion du centre d'Athènes. Un petit endroit, caché, un endroit précieux pour ceux qui savaient qu'elle y était.

En 1989, elle partit pour l'ermitage de la Sainte Protection sur l'île d'Égine, près du tombeau de saint Nectaire. Là, elle appela ses 2 dernières filles spirituelles à devenir moniales près d'elle, et elle continua à recevoir nombre de visiteurs. Au début du Grand Carême de 1990, elle fut hospitalisée pour un cancer lymphatique. Elle resta 40 jours à l'hôpital, quittant durant la Semaine Sainte et reçu la Communion à Pâques. Et à la grande perplexité des médecins, le cancer disparu. Ce n'était pas encore son heure.

La gérontissa se retira au calme. Avec une seule moniale, elle déménagea pour la dernière fois de sa vie, vers l'île de Leros. Là, elles établirent l'hesychastarion des Saints Archanges. Ce n'est qu'alors, en sa dernière année de vie, qu'elle accepta le Grand Schème, des mains du p. Dionysious, du petit skete Sainte Anne sur le Mont Athos. Il vint lui donner le Schème dans la chapelle de la Panaghia, dans le Kastro au sommet de Leros.

La gérontissa Gavrilia quitta ce monde le 28 mars 1992, n'ayant jamais construit un monastère. Au fil des années, 6 de ses enfants spirituels étaient entrés dans la vie monastique, mais jamais plus d'un ou deux avec elle à la fois. Seuls les Anges pourraient compter le nombre de vies que Dieu a touchées et changées par elle. Sa biographie et la collection de ses écrits ont été publiées en Grec en 1996  - "I Askitiki tis Agapis", "L'ascèse de l'Amour" -, grâce au travail de sa dernière fille dans le monachisme et à la contribution des nombreux, très nombreux autres, qui tenaient beaucoup à la gérontissa.

Quiconque a connu la gérontissa Gavrilia a réalisé que Dieu ne nous avait pas laissé sans Ses saints, même de nos jours. Les quelques citations ci-dessous suggèrent à peine la clarté et l'amour de son âme. Les paroles ne sont que des instruments de ce monde; la merveille de la gérontissa était enveloppée dans le mystère du silence du monde à venir.

Elle n'a jamais cherché une réputation. Elle n'a jamais permis que l'on publie quoi que ce soit sur elle durant sa vie, et n'a permis qu'à la fin de sa vie à ses enfants spirituels de la prendre en photo. Ceux que Dieu a touchés par elle l'ont appelée gérontissa; elle ne s'est jamais présentée autrement que comme la moniale Gavrilia.

Elle était l'humilité et l'amour incarnés.





Extraits des Adages de la Gérontissa Gavrilia (Papayannis)

1. Chaque lieu peut devenir le lieu de la Résurrection. Il suffit que vous viviez l'humilité du Christ.

2. Comme pour le sommeil, garder la Vigile suffit.

3. Il y a des gens qui sont vigilants pour certaines choses, et il y en a d'autres qui le sont pour tout.

4. Non pas une connaissance que vous apprenez, mais une connaissance que vous souffrez. C'est ça, la spiritualité Orthodoxe.

5. Ne désirez pas nombre de choses - plus que ce que vous avez, ce qui est loin. Au contraire, cherchez à prendre soin de ce que vous avez afin de le sanctifier.

6. L'éducation, ce n'est que ceci : que nous apprenions comment aimer Dieu.

7. Rien n'est moins cher que l'argent.

8. Mieux vaut vivre l'enfer ici que dans l'autre monde.

9. Ce n'est pas ce que nous disons mais ce que nous vivons qui compte. Pas ce que nous faisons mais ce que nous sommes.

10. Je me revêt du rason (habit monastique) et je ne dis plus rien avant qu'on ne me le demande. Le rason parle.

11. Si vous avez de l'amour pour le monde entier, alors le monde entier est beau.

12. Quelqu'un a dit que le Chrétien est celui qui purifie l'amour et sanctifie l'activité.

13. Nous désirons notre liberté. Pourquoi? Afin d'être esclaves de nos passions.

14. Conférence : Quand des bons à riens se rassemblent et décident que l'on ne peut rien faire.

15. Le but est que même lorsque nous avons le parasite dans la tête.. nous ayons le Paraclet dans le coeur.

16. Nous devenons une reproduction du Ciel avec "Que Ta volonté soit faite sur terre comme au Ciel."

17. Celui qui aime ne fait pas de remarque, comme nul ne remarque qu'il respire.

18. Quand les portes du Ciel sont ouvertes, les portes sur terre le sont aussi.

19. Lorsque l'esprit ["noùs", en grec] n'est pas dispersé dans les choses mondaines et reste uni à Dieu, alors le "bonjour" que nous adressons à autrui devient une bénédiction.

20. Tout rejet et toute négativité détruit notre propre travail.

21. Devant toute image et ressemblance de l'Autre, nous ne devons pas exister. 



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