"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

07 juin 2014

La Pentecôte et les "frères du Seigneur" (Sergeï Khudiev)

En ces jours proches de la sainte Pentecôte, nous lisons dans les Actes d'Apôtres ce qui concerne la prière de l'Église : "Tous, d’un même coeur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec Ses frères. " (Actes 1,14) Nous voyons comment l'auteur de la Sainte Écriture distingue en particulier ici la Mère du Seigneur, qui était clairement entourée d'une vénération particulière des Apôtres. La prière de l'Église lors de laquelle le Saint Esprit descent est celle que l'Église prie avec la très sainte Theotokos.

Mais examinons aussi ici les "fères" de Jésus. Nous connaissons leurs noms : Jacques, Josué, Juda et Simon (Mc 6,3).

Tout d'abord, que signifie le mot "frère"? Dans la Bible, il peut signifier une grande variété de relations : frère de sang, demi-frère ou cousin. Certains érudits bibliques protestants considèrent qu'après avoir donné naissance à Jésus, Marie aurait eu des enfants avec Joseph, et que ce sont ces enfants-là qui seraient ici mentionnés.

Cette supposition est plus liée à l'histoire de la Réforme qu'au texte biblique. A leur époque, ceux qui diffusaient la Réforme Protestante défiaient fortement la vénération de la Vierge Marie par les catholiques-romains, supposant qu'elle aurait quelque part éclipsé le Seigneur Jésus comme étant le seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes. De plus, ils voyaient dans la vénération de la Vierge (et non sans quelque raison) un des pilliers spirituels du monachisme - une institution que la Réforme s'efforçait aussi de combattre.

Mais si nous examinons le texte biblique, nous remarquons que les frères de Jésus s'adressent à Lui de manière assez hautaine - cela ressemble plus à la relation d'un frère plus âgé vers un plus jeune, et non pas l'inverse.  "Et les Siens, l’ayant appris, partirent pour se saisir de Lui, car ils disaient: "Il a perdu le sens." [..] Sa mère et Ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils Le firent appeler" (Mc 3,21;31). Nous comprennons bien pourquoi Sa mère était venue avec Ses frèresz - par amour pour son Fils. Mais comment pourrions-nous expliquer le comportement des frères eux-mêmes? Dans une société patriarcale, être le frère aîné avait une grande signification, et si un frère plus jeune s'était comporté de la sorte vis-à-vis de son frère plus âgé, cela aurait été extrêmement scandaleux.

Dans l'Évangile de Jean, nous voyons non seulement le manque de foi des frères, mais aussi une condescendance qui aurait été inexplicable si ils avaient été plus jeunes, et plutôt incompréhensible si ils avaient été plus âgés et avaient vu dans les actions du Seigneur Jésus une violation de ce qu'ils considéraient comme être l'ordre nécessaire : "Ses frères lui dirent donc: "Passe d’ici en Judée, que Tes disciples aussi voient les oeuvres que Tu fais: on n’agit pas en secret, quand on veut être en vue. Puisque Tu fais ces choses-là, manifeste-Toi au monde."  Pas même Ses frères en effet ne croyaient en Lui." (Jn 7,3-5).

Comme on le voit, les Écritures ont bien l'air de montrer les frères de Jésus comme étant Ses aînés, qui dès lors n'auraient de toute évidence pas pu être les enfants de Marie. L'historien de l'Église Eusèbe de Césarée présente l'opinion qu'il s'agissait des enfants que saint Joseph avait eu lors de son premier mariage. En fait, si Joseph était un voeuf pieux, cela expliquerait aussi pourquoi après le récit de l'enfance du Seigneur, Joseph n'est plus mentionné dans les Évangiles; selon la plus forte probabilité, il était considérablement plus âgé que Marie et était mort à ce moment-là.

Cependant, nous devrions aussi prêter attention à un autre fait - l'incroyable retournement qui a lieu chez les frères du Seigneur. Au début, nous voyons des hommes totalement incrédules, même désagréables. Et par la suite, ces mêmes hommes deviendront des hérauts de l'Église. Dans les Actes, nous les voyons prier avec toute l'Église, et le saint Apôtre Paul, dans sa première épître aux Corinthiens, les mentionne avec les Apôtres (1 Co 9,5).

Saint Jacques le frère du Seigneur, mentionné plusieurs fois par les Écritures (Gal. 1,19; Actes 12,17; 15,4-29; 21,18), est l'auteur d'une des épitres du Nouveau Testament. Une autre épitre, celle du saint apôtre Jude, est aussi écrite par un des frères du Seigneur.

Qu'est-ce qui donc aurait pu amener un tel changement?

Les incroyants ont mis en avant une série de théorie afin de tenter d'un peu expliquer la foi infaillible des disciples dans la Résurrection du Seigneur. D'une manière ou d'une autre, les sceptiques supposent que les disciples n'arrivaient pas à se faire à la terrible mort de leur Guide. Et dès lors, ils s'étaient raccrochés à cette étrange croyance qu'Il était Ressuscité.

L'hypothèse de ces gens-là comporte nombre de points faibles. Un d'entre eux, c'est que les frères du Seigneur ne croyaient pas en lui avant Sa mort et Résurrection. Cela signifie que quelque chose est arrivé capable de faire de dédaigneux sceptiques des prédicateurs enflammés de l'Évangile. Cela ne pouvait qu'être ceci : le Seigneur Jésus, leur Parent, S'était relevé de la mort.



Sergei Khudiev

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