"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

18 juin 2014

Le "Filioque" rend-t'il ses adhérents "païens"? (Saint Jérôme, p. Justin Paru & opinion)

La "ligne du temps" ci-dessous est très classique, reprise par quantité de sites & publications orthodoxes "conservateurs". Sur la page FB où je réagis, pour l'appuyer, ils font appel à une opinion très tranchée utilisant saint Jérôme pour justifier des événements postérieurs.. bien peu en rapport avec la motivation des paroles de saint Jérôme. Je m'y oppose.
Ma réponse paraîtra probablement trop contraire à "l'obligation de croire" façon Bartholomeos 1er et tels que nos évêques veulent qu'on le fasse, mais je m'y cantonerai jusqu'à preuve historique & patristico-théologique du contraire.

Note: Les "Lucifériens" auxquels saint Jérôme s'adresse ci-dessous étaient les disciples de Lucifer, évêque de Cagliari, en Sardaigne, qui tout en ayant soutenu au risque de sa vie saint Athanase le Grand contre l'empereur et ceux qui l'attaquaient, s'était ensuite opposé à la réception "par économie" dans l'Église des anciens hérétiques Ariens sans que ça ne passe par un processus comportant aussi le saint Baptême, réception prônée par saint Athanase et le Concile d'Alexandrie réuni pour la cause. Saint Jérôme parle donc de personnes qui croiraient que Jésus Christ n'est qu'un homme, certes grand, certes élu et même "adopté" par Dieu le Père, mais pas vraiment Dieu Lui-même; et c'est la relation avec ces personnes qui ne sont donc en réalité pas du tout Chrétiennes qu'il refuse. Le texte n'est donc - selon moi - pas bien choisi pour parler des Monophysites, Catholiques-Romains, Anglicans, Protestants, etc.







==================================================

https://www.facebook.com/OrthodoxCivilization

"Je vais vous exprimer brièvement mon opinion, sans détour. Nous devons rester dans cette Église qui a été fondée par les Apôtres et qui existe sans discontinuer jusqu'à ce jour. Même si vous entendez parler de n'importe desquels d'entre ceux qui sont appelés Chrétiens, qui tirent leur nom (de groupe) non pas du Seigneur Jésus Christ, mais de quelqu'un d'autre, comme les Marcionites, les Valentiniens, les Hommes de la montagne ou de la plaine, vous pouvez être certains que là vous n'avez pas l'Église du Christ, mais la synagogue de l'Antécrhist. Car le fait que c'est apparu bien après la fondation de l'Église est la preuve qu'ils sont ceux dont la venue avait été prédite par l'Apôtre. Et qu'ils n'aillent pas se vanter si ils pensent qu'ils ont l'autorité de l'Écriture pour asseoir leurs affirmations, car le diable lui-même citait l'Écriture, et l'essence des saintes Écritures n'est pas dans la lettre mais dans l'esprit de la lettre. Autrement, si nous suivons le texte à la lettre, nous aussi nous pourrions concocter un nouveau dogme et affirmer que ceux qui portent des souliers et ont deux manteaux ne doivent pas être reçus dans l'Église!"
Saint Jérôme (347-420), Dialogue contre les Lucifériens, 28


---------------------------------------
Jean-Michel Z : Cette image est bien connue mais elle comporte nombre d'importantes erreurs

- Les Samaritains étaient dévoyés? Jean 4 : le tout premier apôtre du Christ, c'est une femme Samaritaine, que nous appellons sainte Photini (Claire, Svetlana), et la première ville à se convertir au Christ est sa ville samaritaine!

- Les Esséniens aussi dévoyés? De ce que nous en savons, saint Jean le Baptiste et Précurseur était au moins proche d'eux.

- Et les Pharisiens alors? Nombre d'entre eux devinrent Chrétiens, déjà durant la vie terrestre du Christ, l'Évangile de saint Jean est éloquent à cet égard. Ce sont même des Pharisiens qui ont pris soin de Son précieux corps à la descente de la Croix. Même Rabbi Gamaliel, le maître de Saül le futur saint Paul, deviendra un saint et un martyr du Christ. Si ils avaient été si dévoyés, ils n'auraient pas compris l'accomplissement en la Personne du Christ de toutes les promesses divines faites depuis la nuit des temps et en particulier exprimées dans les innombrables prophéties vétéro-testamentaires.

- Le Catholicisme-romain ne commence pas en 1054 "comme par magie". Il a commencé en Germanie au 8ème siècle. L'empereur d'Orient n'était intéressé que par la collecte de taxes lui permettant de garder son niveau de vie fastueux et luxueux. Jamais au cours des nombreux siècles de dévastations de l'Occident par les hordes barbares venues du lointain orient, Constantinople n'a envoyé d'armées pour protéger nos ancêtres, et par là justifier le titre d'empereur qu'il prétendait aussi porter pour l'Occident.
L'évangélisation de la Germanie a été très difficile, il s'y trouvait nombre de tribus barbares païennes très violentes. Mais il en était de même pour la Russie : la plupart des premières missions y ont été massacrées; par exemple celle que sainte Olga (grand-mère de saint Vladimir) avait demandée à l'évêque de Cologne, et dont seul l'évêque et quelques hommes échapperons au massacre par les Ruthènes refusant de s'adoucir...
La Germanie a donc reconstruit le Christianisme comme elle l'a pu, sans la moindre aide fraternelle, avec d'incessantes invasions venant détruire ce qui se construisait. Manquant de culture et de passé Chrétien, avec nombre de moines faiblement cultivés (car impossible d'avoir un système scolaire stable vu les circonstances), ne connaissant pas le grec et ignorant presque tout du bon latin.. Ainsi ce Filioque qui a été l'invention de l'évêque Turibe d'Astorga à son concile local en Espagne en 460, fit progressivement son chemin vers la Germanie.. Mais il fut refusé par Rome comme ajout au Credo.
Rappelez-vous le pape Léon III de Rome : à cause des piètres traductions ci-dessus évoquées (en partie dues au snobisme des évêques orientaux, considérant que leur langue grecque était le sommet et devait être obligatoire pour tout peuple "civilisé", et c'est un fait historique), le Francs avaient une mauvaise version du Concile de 381 (2ème Oecuménique). Se basant sur elle, ils défendirent une "procession éternelle" du Saint Esprit aussi par le Fils (alors qu'une "procession temporelle" est textuellement exacte pour l'Évangile, mais le "temporel" n'était pas le sujet de l'article du Credo). Ainsi lorsqu'ils voulurent que l'on ajoute le Filioque au texte officiel du Credo, le pape de Rome, qui était à l'époque encore de Foi Orthodoxe, s'y opposa. Plus fort, selon le Liber Pontificalis, le pape de Rome fit graver 2 lourdes plaques en argent reprennant les textes grecs et latin du Credo de 381 inaltéré et les fit clouer sur les portes de sa cathédrale Saint Pierre. Malgré ses directives et son action symbolique, les Carolingiens Francs continuèrent à utiliser le Filioque pour leurs liturgies locales.. (ce qui en dit long sur l'autorité absolue qu'avait un pape de Rome et la valeur de la prétention à l'autorité universelle que le vatican a dogmatisée par la suite comme étant "depuis toujours"!!)
Au Concile de Constantinople de 879-880 - le 8ème Concile Oecuménique - le Filioque fut proclamé de manière universelle comme une hérésie, et ceux qui y adhéraient comme étant hors de la communion de l'Église. Dès lors 880 est la date "fondatrice" pour le catholicisme-romain.
Comme il s'agit d'un Tomos / Décret dogmatique d'un Concile Oecuménique, feu le patriarche Athenagoras 1er n'était pas en mesure de changer par lui-même le fait de l'excommunication. Ni l'actuel mgr Bartholomeos 1er ne le pourrait, quand bien même il semble le croire et en tout cas agit comme si c'était le cas.
Il est à ajouter que je trouve très éclairante, cette méconnaissance de culture conciliaire en 1054, puisque même les Grecs ignoraient que depuis plus de 150 ans, Rome n'enseignait plus la Foi Orthodoxe! Manquer d'amour mène à ignorer son prochain et même son frère..

- Le "papisme" - Il commence après la mort du pape de Rome Jean VIII, dernier pape de Foi orthodoxe. La chronique historique franque des "Annales de Fulda" nous rapporte que
le 16 décembre 882, il est empoisonné puis, comme il ne mourait pas assez vite, achevé à coups de marteau. Il serait donc le premier pape historiquement assassiné.. Et ce pour avoir souscrit et approuvé le 8ème Concile Oecuménique.. C'est donc en 882 que commence la "papauté" actuelle. Non pas comme un éclair traversant le ciel, mais elle s'installe progressivement, lentement. Et l'Orient a laissé faire, pas d'amour Chrétien pour ses "frères." Et l'Occident, qui avait été 2 siècles durant le sanctuaire pour d'innombrables saints d'Orient fuyant l'Iconoclasme, abandonné et livré à lui-même, s'est très progressivement enfoncé.. pendant que l'Orient ne conservait et préservait que la pureté de doctrine.. tout en polluant son apparence par tant de petites traditions culturelles qui bien souvent les opposent les uns aux autres, donc pas seulement pour des raisons théocratiques ou de soif de pouvoir terrestre, mais aussi sur de petits détails d'une insignifiance sidérale et sidérante. Rendant la Foi difficilement accessible à ceux qui sont en dehors.

- Par ce manque d'amour entre nous tous - cfr Jn 13,25, nous sommes si loins de 1thess 4,9.. - nous ne rendons pas témoignage à la Vérité de l'Évangile. Regardez un peu le nombre de ruptures de communion entre nos patriarches rien qu'au cours des 10 années écoulées! Regardez comment nous agissons partout dans le monde où l'on trouve des Chrétiens Orthodoxes - la plupart d'entre eux veulent des clubs ethniques, aucun ne veut que l'Église soit "pour le salut du monde" si ce n'est en parole.. Nous portons objectivement une énorme part de responsabilité dans le fait que le monde ne croit pas encore au Christ.

Cette ligne du temps est classique, mais trop caricaturale. C'est mon opinion à 3 centimes d'euro.

-------







A ma réaction sur l'article, déjà augmentée dans le texte, j'ajouterais ceci car 4 autres détails posent problème à mes yeux :
- la papauté romaine n'a pas "imposé" le célibat sacerdotal après le Schisme. C'est bien avant que la discipline ecclésiastique était différente entre Orient et Occident. En Occident sans cesse balayé par les invasions barbares, le système de paroisses de dépendance monastique était le plus répandu, par exemple, ce qui explique ces différences. Très tôt dans la juridiction du patriarcat de Rome, alors de Foi Orthodoxe, on a vu la recommandation du célibat sacerdotal (Canon 33 du Concile d'Elvire), alors qu'en Orient le prêtre marié était normal (à comparer avec le 13ème Canon du 6ème Oecuménique). Et lorsqu'au 7ème siècle si je me souviens bien, le monachisme obligatoire pour les évêques a été décidé par les Orientaux (au contraire de ce que recommande 1 Tim 3,2-4).. dans la très Orthodoxe Irlande on trouvait encore des évêques mariés 2 siècles plus tard..
Et même dans les 2 régions suivant officiellement la même discipline ecclésiastique, il y avait d'importantes variantes. Saint Grégoire de Nysse était un évêque marié; et saint Basile le Grand son ami faisait l'apologie du célibat sacerdotal. Saint Hilaire de Poitiers était un évêque marié, dont la fille est aussi dans notre calendrier des saints; et saint Martin de Tours était un évêque moine. Je trouve qu'on ne devrait pas "dogmatiser" des choses pareilles.


- Je le répète et le martèlerait tant que nécessaire, le Credo n'a pas été altéré en Occident en 1054 mais en 460, et en Espagne, pas à Rome, dont le pape saint Léon le Grand tenta en vain de repousser l'idée (encore un problème pour les tenants de l'autorité absolue d'un pape "depuis les origines"!). Et c'est en 1014 que le pape Grégoire VIII de Rome, déjà hors de la communion de l'Église depuis 880, accepta l'insertion dans la liturgie romaine sur demande de l'empereur germanique Henri II à qui il devait son trône papal.. Et ce n'est qu'en 1245, au 2ème concile de Lyon, que le catholicisme-romain décida de "dogmatiser" cette insertion dans son credo. Autant de question de politique que d'incompréhension d'une langue.
L'altération du Credo n'ayant été anathémisée qu'en 880, ceux qui l'ont professé auparavant - voire même défendu comme Théodulphe d'Orléans - sont comme tous les Pères qui ont commis des erreurs dans leurs écrits & paroles. Personne n'est infaillible. Saint Grégoire de Nysse est en faveur de l'apocatastase, laquelle a été condamnée pour Origène au 5ème Concile Oecuménique, et on n'en condamne pas pour autant saint Grégoire comme "hérétique"! Aucun n'a des écrits parfaits de A à Z. Par contre à partir du moment où le saint et grand Concile, dirigé par l'Esprit Saint, s'est prononcé sur la question, l'anathème est là. Et il faut se positionner - suivre la Foi de l'Église, ou suivre les idées d'autrui et en subir les conséquences. C'est un libre choix (pour ceux qui peuvent le comprendre bien sûr). Un choix qui ne savait pas être posé par ceux qui n'étaient plus de ce monde lorsque ledit Concile s'est prononcé. "Notre Loi juge-t'elle quelqu'un sans l'avoir d'abord entendu?" demandait déjà un sage Pharisien à un tribunal qui voulait condamner notre Seigneur sans même L'écouter au préalable..

- Martin Luther n'a pas vraiment lancé le protestantisme, même s'il en reste le plus célèbre "moteur" avec Jean Calvin. Les Lollards en Angleterre, au milieu des années 1300, l'étaient déjà dans la forme et la théologie.

- Le chiffre de 7 Conciles oecuméniques est une erreur classiquement répétée. Comme le rappele feu mgr Basile (Krivocheine) dans son livre "les textes symboliques de l'Église Orthodoxe", il y a eu d'autres Conciles de statut oecuménique. Le 8ème, en 879-880, déjà évoqué. Le 9ème est formé de ce qu'on appelle les "Conciles Palamites" (1329 etc) en réponse à la controverse sur les Énergies divines du moine catholique-romain Barlaam de Calabre. Et le 10ème est celui de 1871 où l'ethno-phytétisme a été condamné comme hérésie... (l'ethno-phylétisme, les églises "clubs ethniques", vous savez ce truc ignoble abondamment pratiqué dans l'Orthodoxie encore de nos jours et prôné par la plupart de nos évêques et patriarches dans notre indifférence générale...)


Comme conclusion, je ferai mienne la pensée de ce saint homme:
"Il faut aimer l'Homme. Mais afin de l'aimer, vous devez d'abord le comprendre. Si vous  voyez qu'il a chuté, vous devez lui tendre la main. L'amour de notre prochain est une expression de notre amour pour Dieu. Si vous n'aimez pas ou n'aidez pas ceux qui vous entourent, vous ne saurez pas aimer Dieu. L'amour du prochain est la première étape vers le Salut, une étape pour vous permettre de mettre en pratique votre amour envers Dieu.
Ancien Justin Parvu


3 commentaires:

Antoine a dit…

Bravo, magistral!
Il y a encore des Chrétiens dans le monde.

Merci

Anonyme a dit…

Donc tous les Pères de l'Église étaient paganisants ? https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2017/05/22/le-filioque-chez-les-peres-de-leglise/

Ressources Catholiques a dit…

Donc tous les Pères de l'Eglise étaient paganisants ? https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2017/05/22/le-filioque-chez-les-peres-de-leglise/

NOTE QUI NE DOIT PAS APPARAÎTRE DANS LE COMMENTAIRE PUBLIC: tous mes commentaires précédents ont été fait à partir de mon téléphone avec lequel je n'ai pas accès à toutes les options de publication. J'écris actuellement depuis mon ordinateur avec lequel j'ai réussi à indiquer mon identité dans le commentaire. Mes autres commentaires doivent être ignorés et le présent paragraphe ne doit pas apparaître.