"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

28 septembre 2014

Sainte Lioba, abbesse de Bischoffsheim (Liobgytha, 28 septembre)


Née à Wimborne, Dorsetshire, Angleterre; morte à Schornsheim (près de Mainz), Germanie, vers 779.

La mère de Sainte Lioba, descendante d'une illustre famille et proche parente de Saint Boniface (5 juin), était restée stérile longtemps durant, avant que la sainte ne naquit. Dès lors, Ebba l'offrit immédiatement à Dieu et l'éleva dans la piété. Elle reçut sa prime éducation à Minster-in-Thanet. Pendant que Lioba était encore jeune, elle fut confiée aux soins de la soeur du roi, sainte Tetta (28 septembre) au couvent Bénédictin à Wimborne (Winburn ou "fontaine de vin"). Lioba acquit une maturité spirituelle et émotionnelle sous la tutelle de Tetta, et pour finir elle prit le voile de religieuse.

Tetta veilla aussi à ce qu'elle eut une bonne éducation. Les lettres à Boniface révèlent que Lioba comprennait et écrivait en vers en latin. Elle limita ses lectures, cependant, aux livres qui éleverait son esprit dans l'amour de Dieu. Elle connaissait par coeur les divins préceptes de l'Ancien et du Nouveau Testament, les principaux Canons de l'Eglise, les saintes maximes de Pères, et les règles de la vie monastique.

Boniface garda le contact avec sa jeune parente à travers de fréquentes correspondances. Reconnaissant sa vertu et ses capacités, en 748, il demanda à son évêque et à son abbesse qu'on la lui envoie avec 30 pieuses compagnes pour entreprendre des oeuvres de charité auprès des femmes en Germanie. Bien que Tetta regrettât la perte de sa protégée, elle ne pût refuser.

A leur arrivée en Germanie, Boniface installa les moniales à Tauberbischofsheim ("maison de l'évêque," possiblement sa propre résidence précédente). Lioba attira par son zèle tant de vocations que son couvent donna naissance à nombre d'autres fondations à travers le pays. Le couvent de Lioba fut un des plus puissants facteurs dans la conversion de la Germanie.

La sainte organisa ses couvents dans la véritable tradition monastique, avec la combinaison du travail manuel (au scriptorium, à la cuisine, boulangerie, brasserie, et au jardin), l'étude intellectuelle (elles avaient toutes à apprendre le latin), dévotions communautaires, et détente. Les austérités extrêmes ne furent pas autorisées pour ne pas interférer avec la vie sociale établie par la Règle.

Son amour pour Dieu était très attachant. Elle était toujours prête à s'atteler à toute tâche qu'elle aurait pu demander aux autres et le faisait avec joie et modestie. On rapporte qu'elle était fort belle, que sa contenance était angélique, et que ses moniales l'aimaient. C'est probablement parce que Lioba prit à coeur le conseil de saint Paul : "Ne faites rien par égoïsme ou vaine gloire; plutôt, regardant humblement les autres comme plus importants que vous-mêmes" (Philippiens 2,3) et "Que votre charité soit sans feinte, détestant le mal, solidement attachés au bien; que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants" (Romains 12,9-10). Ainsi, Lioba lavait régulièrement les pieds de ses soeurs en imitation du Seigneur. Les actes de miséricorde corporelle lui étaient une joie, particulièrement dans l'hospitalité offerte aux étrangers et le soin des pauvres. Elle était toujours patiente, douce, et accessible à tous ceux qui en avaient besoin.

De ce fait, rois et princes l'honoraient et la respectaient, en particulier Pépin le Bref, le Bienheureux Carloman (17 août) et Charlemagne. Ce dernier l'appela souvent à sa court à Aix-la-Chapelle (Aachen) pour lui demander conseil. Son épouse, la Bienheureuse Hildegarde (30 avril), l'aimait profondément et accordait toujours grande attention à son conseil, comme le faisaient quelques évêques.

Avant son martyre, saint Boniface recommanda Lioba et sa communauté aux soins de saint Lullus (16 octobre) et ses moines de Fulda, et demanda que les reliques de Lioba soient enterrées auprès des siennes une fois qu'elle serait morte, afin qu'ils puissent se lever à la Résurrection ensemble et vivre ainsi l'éternité. On dit que la tendre affection unissant Boniface et Lioba forme un des plus beaux épisodes de l'histoire de l'Église. Après la mort de Boniface en 754, Lioba visita fréquemment Fulda. Par dispense spéciale, elle fut autorisée avec 2 soeurs âgées à se joindre au choeur.

Sur conseil de Lullus, Lioba abdiqua de ses charges dans son vieil âge et se retira au couvent de Schornsheim, où elle redoubla en prière et pénitence. Occasionnellement, elle répondait aux demandes de l'impératrice Hildegarde de la visiter, mais ensuite retournait aussi vite que possible à sa cellule. A sa dernière visite, elle enlaça la reine, embrassa ses vêtements, et lui donna la sainte accolade, puis dit : "Au revoir, précieuse partie de mon âme; puisse le Christ, notre Créateur et Rédempteur, nous accorder que nous puissions nous retrouver sans erreur au jour du Jugement".

Après sa mort, Lioba fut enterrée à Fulda, côté nord du maître-autel, près de la tombe de saint Boniface. Sa tombe fut honorée de miracles; son biographe, Rudolphe de Fulda, assure qu'il fut lui-même témoin de plusieurs d'entre eux. Ses reliques furent transférées en 819 et à nouveau en 838 à l'église du Mont-Saint-Pierre. Son nom fut déjà introduit dans le martyrologe de Hrabanus Maurus (Raban Maur) vers 836.

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