"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

07 octobre 2014

Saint Pallade de Saintes (Auvergne) et la vie épiscopale mouvementée en Mérovingie

Ce n'était pas de tout repos, être évêque à l'époque mérovingienne. Certes la Foi Orthodoxe prédominait, mais elle était si peu pratiquée par la plupart des dirigeants, et même une partie de l'épiscopat & clergé - comme on le verra dans la vie de saint Columban de Luxueil, qui formera quantité de grands saints pour remplacer tout ce petit monde si peu Chrétien..

A la fin du 6ième siècle, époque de sanglantes perturbations, on voit paraître la douce figure de saint Pallais ou Pallade, évêque de Saintes. C'est un noble type des évêques de cette époque, dont on a dit avec justice qu'ils ont formé la France comme les abeilles forment leurs rayons de miel. Nous les voyons apporter leurs lumières dans les conseils des rois mérovingiens, maintenir dans les Conciles la discipline ecclésiastique et la pureté de la Foi, puis rentrer dans la retraite et le silence pour reparaître, aux jours des grandes fêtes Chrétiennes, dans les cathédrales qu'ils ont bâties.
Issu de la famille des Pallades, de la noblesse de l'Auvergne, son père était comte de Gévaudan. Le plus brillant avenir séculier semblait donc déjà préparé au jeune Pallais. A tous ces honneurs, il préféra celui de servir Dieu et ses frères en entrant dans le clergé. A la mort de l'évêque Didyme, vers l'an 570, les "3 Ordres" de la ville de Saintes se tournèrent vers le jeune patricien récemment ordonné prêtre pour gouverner le diocèse. L'influence des évêques était alors la meilleure sauvegarde des intérêts temporels et spirituels des cités.

Dès l'an 573, Pallais assistait, avec 30 autres évêques, au Concile convoqué à Paris par Gontran, roi d'Orléans et de Bourgogne. Dans ce Concile fut déposé Promotus, nommé à l'évêché de Châteaudun par Sigebert, roi d'Austrasie. On s'occupa ensuite de réconcilier les rois Chilpéric et Sigebert; mais tous les efforts de l'épiscopat venaient échouer devant l'animosité réciproque des 2 reines Frédégonde et Brunehaut, cause principale des troubles qui alors ensanglantaient la Gaule Mérovingienne.

En 579, saint Pallais tint lui-même un Synode à Saintes. On y jugea Nantinus, comte d'Angoulême, coupable de violences et de déprédations sacrilèges pour lesquelles il était excommunié. Comme il manifestait du repentir, il obtint son absolution. Mais il se livra de nouveau aux mêmes excès, et mourut en proie à un mal étrange dans lequel on a cru reconnaître les symptômes de la maladie connue au moyen âge sous le nom de Feu-Saint-Antoine. Saint Grégaire de Tours rapporte, en effet, que le cadavre de Nantinus avait l'aspect d'une chair brûlée sur des charbons ardents.

Dans le but de procurer la paix de l'Eglise et de l'Etat, saint Pallais écrivit au roi Sigebert. Mais les vicissitudes politiques qui firent changer plusieurs fois de maître à la Saintonge rendaient inutile le zèle du saint homme, et lui firent encourir un jour la disgrâce de Gontran. La vertu de Pallais, soumise en cette circonstance à une rude épreuve, se démentit un instant. Les fautes des saints nous montrent qu'ils ne furent pas d'une nature différente de celle des autres hommes; mais la faiblesse est toujours rachetée chez eux par la pénitence. Pour établir les faits dans toute leur vérité, il suffira d'en emprunter le récit à saint Grégoire de Tours, témoin oculaire et véridique.

L'adultère était hélas fréquent chez les rois et nobles Francs. Clotaire 1er avait eu un fils naturel nommé Gondovald, plus connu sous le nom de Gondebaud. A cette époque, les bâtards n'étaient pas exclus du droit de succession. Gondovald pouvait donc prétendre à celle de Clotaire. Dans cette vue, sa mère avait pris un soin particulier de son éducation et l'avait présenté à Childebert, roi de Paris, comme son neveu. Ce prince, qui n'avait pas d'enfants, fit élever Gondovald et lui permit de porter les cheveux longs comme les portaient les princes du sang royal. Clotaire, l'ayant appris, déclara que Gondovald n'était pas son fils et lui fit couper les cheveux. Mais, à la mort de Clotaire, le jeune prétendant laisse de nouveau croître sa chevelure avec l'agrément de Charibert, qui le reconnaît pour son frère, malgré Sigebert. Il passe alors en Orient, où il acquiert une fortune considérable. Les dissensions des rois de Bourgogne et d'Austrasie facilitaient les desseins de quelques grands seigneurs qui aspiraient à l'indépendance. Afin de mieux exécuter leurs projets, ils appellent Gondovald, et lui offrent le trône d'Aquitaine. Cette province, restée romaine dans ses moeurs et ses institutions, avait peu de sympathie pour la domination des Francs. Gondovald est proclamé, à Brives-la-Gaillarde, roi de tous le pays qui s'étend de la Charente aux Pyrénées. Il se présente devant Périgueux, dont l'évêque lui ferme les portes; mais il s'empare de tout ce qui lui résiste; il parvient même à gagner Mummolus, ancien général de Gontran, et Bertchramne, évêque de Bordeaux. Il lui fut donc d'autant plus facile de se faire reconnaître par l'évêque de Saintes, que ce prélat trop peu préoccupé des débats politiques pouvait fort bien ignorer que Gontran eût dit, tantôt que Gondovald était le fis d'un meunier, tantôt qu'il l'était d'un lainier; ou, s'il le savait, il lui était bien permis de penser que la vérité était du côté du prétendant, proclamé de fait par la majorité des populations, reconnu par sa propre mère, par les rois Childebert et Charibert et tous les vassaux, plutôt que du côté de Gontran trop intéressé à nier les faits. On avait déjà vu en peu de temps la Saintonge passer en tant de mains, que l'on y pouvait ignorer auquel il fallait obéir. Du reste, Gontran lui-même excusait Théodore, évêque de Marseille, qui, le premier, avait accueilli Gondovald. Saint Pallais pouvait donc se croire autorisé à céder aux exigences du prétendant en matières purement spirituelles. Il s'agissait de donner un successeur à l'évêque d'Acqs qui venait de mourir. Chilpéric, légitime souverain de la contrée, exigeait que ce fût le comte Nicetius encore laïc. Gondovald et Mummolus firent nommer le prêtre Faustien. L'archevêque de Bordeaux, Bertchramne, souffrant d'une ophthalmie, chargea l'évêque de Saintes de sacrer le nouveau prélat. Les agents de Gondovald, pour mieux s'assurer du consentement de Pallais, se saisirent de sa personne et l'emmenèrent de force.
Des courtisans de Gontran trouvèrent l'occasion favorable pour desservir le saint évêque auprès de ce prince. Pallais aurait pu rejeter tous les torts sur son métropolitain. Il eut la générosité d'assumer sur lui la responsabilité d'un acte qui lui avait été extorqué. Aux reproches que lui adressaient à ce sujet les évêques et les nobles de la cour d'Orléans, il répondait avec sa loyauté ordinaire : "Mon métropolitain était affligé d'une douloureuse maladie des yeux. D'un autre côté, maltraité, rançonné, et emmené de force comme je le fus, je me suis vu dans l'impossibilité de résister aux injonctions de celui qui se déclarait maître de toute la Gaule". Malgré ces excuses, Pallais ne laissa pas d'encourir, avec Bertchramne, l'indignation de Gontran.

Peu après Gondovald, vaincu par les rois de Bourgogne et d'Austrasie, tombait sous le poignard de ceux mêmes qui l'avaient acclamé. Les évêques s'étaient réunis à Tours pour se concerter sur les moyens de faire la paix avec Gontran. Ce prince arrive dans cette ville sans y être attendu; et saint Grégoire, qui en est évêque, l'invite à un repas avec tous les évêques réunis à Tours en cette circonstance. Bertchramne et Pallais s'y étaient rendus. Malgré les instances de leurs collègues, le roi exige que tous ceux qu'il ne connaissait pas encore lui soient présentés. Bertchramne entra. "Quel est celui-ci ?" demanda le prince, car il ne l'avait pas vu depuis longtemps. "C'est Bertchramne, archevêque de Bordeaux", répond-on. Alors s'adressant à ce prélat, "Je vous suis reconnaissant", lui dit le roi, "de la manière dont vous servez les intérêts de notre famille; car vous devez savoir, bien-aimé père, que nous sommes parents par nos mères, et vous avez appelé contre notre maison un étranger qui en a été le fléau !..." Il fit encore à Bertchramne beaucoup d'autres reproches de ce genre. Puis se tournant vers l'évêque de Saintes, "Quant à vous, Pallais", lui dit-il, "je ne dois pas vous avoir beaucoup d'appréciation de votre conduite. Voilà la 3ième fois que vous me trahissez; ce qui est bien peu digne d'un évêque. Les messages que vous m'adressiez sont pleins de duplicité. Pendant que vous vous excusiez par vos lettres, vous écriviez à mon frère pour l'attirer dans votre pays. Mais Dieu a fait éclater la justice de ma cause. Je vous honorais comme un père de l'Eglise, et vous aviez la perfidie d'agir contre moi". Gontran, s'adressant ensuite à Nicaise, évêque d'Angoulème, et à Antidius, évêque d'Agen : "Et vous, saints pères", dit-il, "quelles mesures avez-vous jugé utile de prendre dans l'intérêt du pays et de notre trône ?" Les évêques contristés gardaient le silence. Le roi, néanmoins, se lava les mains, demanda aux évêques leur bénédiction, et se mit à table, dissimulant sous un visage serein et un air de gaîté le ressentiment qu'il venait de laisser éclater.

Le dimanche suivant, Gontran vint à l'église pour assister à la Liturgie. Tous les évêques avaient déféré à saint Pallais, comme au plus digne, l'honneur de célébrer les saints Mystères. Comme il commençait la lecture de la prophétie, le roi demande le nom du célébrant. C'est Pallais, lui dit-on. - "Quoi !" s'écrie-t-il en colère, "celui qui m'a toujours été infidèle, qui m'a trahi, c'est lui qui va prêcher devant moi ! Non, je sors de l'église, pour ne pas entendre la prédication de mon ennemi". A ces mots, il se lève pour sortir. Tous les évêques, affligés de l'humiliation de leur frère, disent au roi : "Prince, nous l'avons vu à votre table; vous avez reçu sa bénédiction. Pourquoi maintenant le roi ne veut-il plus l'accepter en sa présence ? Si nous avions su qu'il vous fût désagréable à ce point, nous l'aurions éloigné, et un autre aurait été désigné pour célébrer la Liturgie. Permettez au moins qu'il achève la cérémonie commencée. Plus tard nous examinerons les griefs que vous pouvez avoir contre lui, et nous vous ferons justice dans les formes canoniques". Pallais, supportant cet affront avec une rare humilité, s'était retiré à la sacristie. Mais le roi le fit rappeler, et il continua la célébration.

Néanmoins, l'âme loyale du saint évêque se révoltait en se voyant abandonné à toute l'indignation de Gontran par Bertchramne, principal auteur de sa disgrâce. Saint Grégoire de Tours ajoute que, invités de nouveau à la table du roi, les 2 évêques, au commencement du repas, se disputèrent, et dans la chaleur de la discussion se laissèrent emporter à des injures réciproques. Plusieurs riaient de ce débat; d'autres, plus sensés, gémissaient de voir entre des prêtres du Seigneur la discorde soufflée par l'esprit infernal. Bertchramne et Pallais prirent congé du roi, promettant sous caution de comparaître au prochain Concile convoqué à Mâcon pour le 10 des calendes de novembre (23 octobre).

A l'époque fixée, continue saint Grégoire, le Concile s'ouvrit à Mâcon. Faustien, ordonné évêque d'Acqs par ordre de Gondovald, fut déposé. L'archevêque Bertchramne, Oreste, évêque de Bazas, Pallais, évêque de Saintes, qui avaient consacré Faustien, furent condamnés par le Concile à payer à ce dernier une pension annuelle de cent sous d'or. Enfin, Nicetius qui, encore laïc, avait été présenté par Chilpéric, fut élevé à l'épiscopat.
Les évêques qui avaient embrassé le parti de Gondovald eurent à se justifier, et nous ne voyons pas que saint Pallais ait eu à rendre compte, comme les autres, de sa conduite politique tant elle paraissait à l'abri de tout reproche. Notre saint évêque avait néanmoins contre lui plusieurs membres de son clergé et Bertchramne, son métropolitain, qui ne ménageaient ni les intrigues ni les calomnies. Ce dernier prélat mourut à son retour du Concile. Saint Pallais put alors se faire rendre justice. Les clercs qui l'avaient calomnié furent défroqués, puis livrés selon la rigueur des lois de l'époque à des châtiments corporels.
Dès lors l'évêque de Saintes s'appliqua à mettre en vigueur dans son diocèse les sages règlements adoptés par le Concile de Mâcon et devenus loi de l'Etat par la sanction royale dont ils avaient été revêtus.

L'année suivante (587) notre Saint vit encore s'élever une nouvelle tempête. Le bruit avait été habilement répandu par ses ennemis qu'il favorisait secrètement les projets de Frédégonde contre Gontran. Il aurait soi-disant donné asile à des émissaires de cette reine dans sa ville épiscopale, et fourni le moyen d'arriver jusqu'en Espagne où ils se dirigeaient. On était alors en Carême. Le saint évêque se retirait habituellement pendant ces jours de pénitence dans une des îles de son diocèse, où il restait jusqu'à la solennité du Jeudi Saint. Au moment donc où tout le peuple attendait son retour, Pallais se voit arrêté en chemin par Antestius comte d'Angers. Ce magistrat, sans s'informer de la vérité des faits imputés au saint évêque, lui dit : "Vous n'entrerez pas à Saintes; mais vous allez être conduit en exil, pour avoir accueilli les émissaires de l'ennemi de notre roi". - "J'ignore ce que vous voulez dire", réplique l'évêque, "mais comme nous sommes dans la Semaine Sainte, rendons-nous à la ville. Après les fêtes, vous pourrez instruire l'affaire. Il me sera d'autant plus facile de me justifier, qu'il n'y a rien de vrai dans tout ce que vous alléguez". -" Pas question", dit Antestius, "vous ne mettrez pas les pieds dans votre église, parce que vous êtes déclaré coupable de haute trahison". Là-dessus, il fait mettre les biens de l'église sous séquestre, et livre au pillage la maison de l'évêque. En vain les habitants de Saintes supplient le comte d'attendre au moins, pour agir, que les fêtes de Pâques soient passées. Il résiste longtemps; mais sa cupidité, seul véritable motif qui le pousse à traiter ainsi notre saint, finit par se trahir. "Que votre évêque m'abandonne par acte de vente le domaine qu'il possède aux environs de Bourges, et je vous accorde ce que vous me demandez; sinon il ne sortira de mes mains que pour aller en exil". Pallais tenait moins à ses biens qu'à sa liberté ; il la racheta au prix de son patrimoine; écrivit et signa un acte de vente; promit de se justifier en présence du roi; donna des garants de sa promesse, et put rentrer dans Saintes. Les fêtes terminées, il se rend à la cour de Gontran. Antestius s'y présente aussi; mais ce dernier ne peut établir aucun des faits dont il charge le saint Evêque.
Le roi renvoie celui-ci dans son diocèse, et remet à un prochain Concile l'examen de cette affaire. Dès lors la paix du vénérable évêque n'est plus troublée, et il en profite pour restaurer les églises de son diocèse et en construire de nouvelles.

En 589, son ami Grégoire de Tours lui avait envoyé, sur sa demande, des reliques de saint Martin. Pallais venait, en effet, de construire à ce glorieux thaumaturge une basilique qu'il désirait enrichir de ces précieuses reliques. Sa piété envers le saint fut récompensée par les grâces signalées qu'en obtint la ville de Saintes. Pallais écrivit à son illustre ami, que déjà 2 paralytiques dont les pieds étaient tout contractés, à peine entrés dans la nouvelle église, avaient obtenu guérison et marchaient librement. 2 aveugles avaient aussi recouvré la vue, et plus de 12 malades consumés par la fièvre quarte avaient été complétement guéris.
Saint Grégoire de Tours dit que saint Pallais fit reconstruire l'église dédiée à saint Eutrope, laquelle "située en dehors de la ville", avait été précédemment restaurée par saint Léonce de Bordeaux.
C'est là que saint Pallais fit la première translation des restes précieux de saint Eutrope. Il avait convoqué, pour assister à l'ouverture du tombeau, les abbés des monastères voisins. 2 d'entre eux, en contemplant pieusement les reliques du Saint, remarquèrent avec surprise sur le crâne une longue fracture. Les malheurs des temps avaient effacé jusqu'au souvenir du martyre de saint Eutrope, et, comme rien ne pouvait fixer à ce sujet les incertitudes, on l'honorait seulement comme confesseur. La nuit suivante, il apparut aux 2 abbés pendant leur sommeil, et leur dit : "La cicatrice que vous avez remarquée à ma tête, est la trace du coup de hache qui a consommé mon martyre". Ce fut probablement à l'occasion de cette première translation que le chef de saint Eutrope fut séparé du reste du corps, pour être exposé, dans l'église haute à la vénération des fidèles.
Saint Pallais restaura également le tombeau de saint Martin, abbé de Saintes, et voulut le transférer en un lieu plus convenable.

Saint Grégoire de Tours raconte un fait merveilleux qui signala la restauration par saint Pallais de l'église dédiée à saint Pierre par saint Vivien, et où ce dernier saint était inhumé. On y vénérait aussi le tombeau de saint Trojan placé dans une des chapelles. Dans un angle de cette chapelle, à la naissance d'un arceau, se trouvait un très grand sarcophage. Une antique tradition disait que c'était le tombeau de 2 époux, qui, dans les jours qui suivirent leur Baptême, moururent en même temps dans l'innocence, pendant qu'ils portaient encore les vêtements blancs qui en étaient le symbole. On les disait descendants de la famille de saint Hilaire de Poitiers. Ce tombeau encombrait l'entrée de la chapelle, et il avait de plus l'inconvénient d'empêcher de réparer la muraille à laquelle il était contigu, et que l'infiltration des eaux pluviales dégradait de jour en jour. Saint Pallais avait fait préparer une autre place à ce monument. Le jour où l'on devait l'y transporter, plus de 300 hommes se réunissent munis de câbles et de leviers. Ils s'épuisent en efforts inutiles, sans pouvoir même ébranler le tombeau. Les efforts redoublent, la sueur inonde tous les fronts, rien n'y fait. On entend les cris redoublés de ceux qui président au travail; maintes fois le signal est donné, mais toujours en vain. Le tombeau reste inébranlable. Toutes les forces sont épuisées, et déjà la nuit invite à prendre du repos. Dès le point du jour, Pallais n'a rien de plus pressé que d'inviter ses gens à le suivre à la chapelle. Il entre le premier, et quel n'est pas son étonnement de voir le sarcophage établi sur la nouvelle base qu'il lui avait fait construire à l'emplacement qu'il lui destinait. Un cri d'admiration et de reconnaissance s'échappe du coeur du saint évêque, pour exalter la puissance de Celui qui avait accompli si merveilleusement ce qu'aucune force humaine n'avait pu faire. Personne, ajoute saint Grégoire de Tours, n'a jamais eu révélation des noms des 2 époux dont ce tombeau contenait les restes.

De tous les évêques de Saintes, saint Pallais est celui qui a le plus fait pour le culte des Saints du diocèse, dont il devait un jour partager la gloire. Ce fut lui qui plaça saint Vaise sur nos autels. Depuis que le corps de ce jeune martyr avait été inhumé par la piété de Francus, près des rives de la Charente, des miracles n'avaient cessé de s'opérer à son tombeau. L'évêque de Saintes jugea le moment venu de procéder à la glorification ("canonisation") de ce héros Chrétien. Des enquêtes constatèrent l'authenticité de ses reliques et des prodiges qu'il opérait. Tous les fidèles du diocèse furent appelés à exprimer leurs sentiments et leurs voeux relativement au culte du nouveau saint; et bientôt, de l'avis de tous, Pallais érigeait une église et un monastère sur le tombeau de saint Vaise.
L'oeuvre la plus considérable de saint Pallais fut la construction d'une basilique dédiée aux saints Apôtres Pierre et Paul, et aux saints martyrs Laurent et Pancrace. Les proportions de cet édifice étaient grandioses. Elle renfermait 13 autels, dont 9 venaient d'être dédiés à autant de Saints. Pour les 4 qui restaient encore à consacrer, le pieux évêque envoya à Rome un de ses prêtres nommé Leuparic, pour obtenir de saint Grégoire le Grand des reliques des Saints en l'honneur desquels ces autels étaient érigés. Le pape de Rome accorda les reliques demandées, et accompagna ce don de cette lettre dans laquelle il loue la piété de l'évêque de Saintes. On lui assigne pour date l'an 596.
"Votre prêtre Leuparic, porteur des présentes lettres", écrit saint Grégoire, "est venu me faire connaître que vous avez élevé une église en l'honneur des saints Apôtres Pierre et Paul, et des saints martyrs Laurent et Pancrace, qu'il y a dans cette église 13 autels, dont 4, m'a-t-on dit, ne sont pas encore consacrés, parce que vous désirez y placer, s'il plaît à Dieu, des reliques des Saints que je viens de nommer. Je vous envoye donc les reliques demandées, et, vous souhaitant bonne réception, à les placer, Dieu aidant, avec tout le respect qui leur est dû."
Saint Grégoire avait en grande estime saint Pallais. Il lui en donne une nouvelle preuve dans la lettre par laquelle il lui recommande les missionnaires envoyés de Rome en Angleterre sous la conduite de saint Augustin futur évêque de Canterbury, lesquels devaient passer par Saintes.
Saint Grégoire le Grand, saint Augustin d'Angleterre et saint Pallais moururent à peu près à la même époque, environ vers l'an 600. La bienheureuse mort du saint évêque de Saintes arriva le 7 octobre, comme l'indiquent tous les martyrologes et le bréviaire manuscrit du 13ième siècle.
Des faveurs nombreuses obtenues à son tombeau y attiraient de nombreux pèlerins. La dévotion des peuples le regardait comme un des plus puissants protecteurs de la contrée. Dans les temps de sécheresse, la châsse qui contenait les reliques de saint Pallais était portée en procession pour obtenir de la pluie. Ce précieux trésor a été profané et détruit au 16ième siècle par le fanatisme des Protestants.

Cfr Saint Grégoire de Tours, Hist, livres 7 et 8; saint Grégoire le Grand, livre 5, lettres. 50 et 52; Gallia Christ. nova, t.2, p.1058; etc

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