"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

22 octobre 2014

Tradition et Bible (St Sophrony de Maldon)


En tant que présence éternelle et immuable du Saint Esprit dans l'Eglise, la Tradition est le fondement le plus profond de son existence. Aussi la Tradition embrasse-t-elle toute la vie de l'Eglise à tel point que la sainte Ecriture elle-même ne se présente que comme l'une de ses expressions.

    Il s'ensuit que si l'Eglise était privée de sa Tradition, elle cesserait d'être ce qu'elle est, car le ministère du Nouveau Testament est un ministère de l'Esprit, il s'accomplit "non pas avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non pas sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair du coeur" (2 Co. 3,3-6)

    A supposer que, pour une raison ou pour une autre, l'Eglise se trouvât privée de tous ses livres: l'Ancien et le nouveau Testament, des oeuvres des saints Pères, des livres liturgiques, alors la Tradition reconstituerait l'Ecriture, non point textuellement, sans doute, et dans un autre langage. Mais par son contenu essentiel, cette nouvelle Ecriture continuerait d'être l'expression de la même "Foi qui a été confiée aux saints une fois pour toutes" (Jude 1,3), et la manifestation de ce même et unique Esprit qui agit immuablement dans l'Eglise.

    La sainte Ecriture n'est ni plus profonde ni plus importante que la sainte Tradition, mais comme il a déjà été dit, elle en est l'une des formes. Cette forme est des plus précieuses, car il est facile de la garder et de s'en servir ; mais retirée du courant de la sainte Tradition, l'Ecriture ne saurait être comprise correctement par aucune investigation scientifique.

    S'il est vrai que l'apôtre Paul avait "l'Esprit du Christ" (1 Co. 2,16), à plus forte raison l'Eglise possède-t-elle cet Esprit, elle qui contient Paul en son sein. Et si les écrits de saint Paul et des autres apôtres constituent la sainte Ecriture, alors, dans le cas où les anciens livres n'existeraient plus, la nouvelle écriture de l'Eglise serait sainte elle aussi. Car selon la promesse du Seigneur, Dieu, la sainte Trinité, demeure dans l'Eglise à tout jamais.

    Ceux qui rejettent la Tradition de l'Eglise et qui, croyant aller aux sources de l'Eglise, vont directement à la sainte Ecriture, font fausse route. Ce n'est pas la sainte Ecriture, mais la sainte Tradition qui est la source de l'Eglise. Au cours des premières décades de son histoire, l'Eglise ne possédait pas encore les livres du Nouveau Testament, et ne vivait alors que par la Tradition, - cette Tradition que l'apôtre Paul exhorte à garder (2 Thess. 2,15).

    C'est un fait bien connu que tous les hérésiarques se sont toujours fondés sur la sainte Ecriture, mais à cette différence près qu'ils l'interprètaient "à leur propre manière". Saint Pierre déjà mettait en garde contre le danger de déformer le sens de l'Ecriture par des interprétations personnelles (2 Pierre 3,16).

    Pris isolement, les membres de l'Eglise, y compris les meilleurs de ses fils et de ses maîtres, ne parviennent pas à réunir en eux la totalité des dons du Saint-Esprit. C'est pourquoi leurs doctrines et leurs écrits peuvent présenter certaines imperfections et parfois même des erreurs. Mais dans son ensemble, l'enseignement de l'Eglise, qui est la détentrice de la plénitude des dons spirituels et de la connaissance, demeure vrai dans tous les siècles."

In: "Staretz Silouane, moine du Mont-Athos", archimandrite Sophrony, éditions Présence.

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