"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

13 novembre 2014

Si le Christ a pardonné à Judas, alors Martin doit pardonner à Brice! (saint Brice / Brixte, successeur de saint Martin, 13/11)


Saint Brice de Tours, évêque (Brictio, Britius, Brixius)

Mort en 444. Dieu aime la variété. Il ne fait pas de production en chaîne de Ses saints. Chaque saint est unique, comme l'est le résultat de chaque nouvelle idée. Comme le dit la Liturgie : "Non est inventus similis illis"-- il n'en existe pas 2 qui soient exactement semblables. C'est notre manque d'imagination qui peint la même auréole à tous les saints.

Dieu aime la variété. Parfois, Il semble prendre plaisir à faire cohabiter 2 saints dont les caractères sont si dissemblables qu'il nous semblerait impossible de les voir vivre ensemble. Sans aucun doute, Dieu veut leur apprendre l'humilité, en leur montrant que chacun d'entre eux ne représente qu'une infîme partie du mystère de la sainteté; et peut-être que Dieu veut aussi nous rassurer, en nous prouvant qu'il y a vraiment de très nombreuses demeures dans le Ciel, comme il y a aussi nombre de routes qui y mènent.

Et c'est ainsi qu'en Touraine, dans la Gaule française du 4ième siècle, Dieu suscita l'impeccable saint Martin de Tours (11 novembre), et à ses côtés, le difficile saint Brice. Contrairement à son maître, Brice était un clerc fier et ambitieux.

Brice entra étant encore fort jeune au monastère que Martin avait fondé à Marmoutier, à la sortie de Tours. Au départ, il était un moine ordinaire, turbulent, mais il grandit vite. A 18 ans, il devint diacre, et eut ses propres étables et esclaves.

Les ennemis de saint Martin lui reprochaient ce qu'ils considéraient comme une excessive pauvreté, que Gaston Boissier qualifiera d'apparence plutôt démocratique. Martin était inquiet au sujet de la manière dont le jeune diacre se comportait, et il le réprimandait paternellement.

Brice se hérissait, et répliquait à son évêque de manière sarcastique. Comment un barbare venu des sauvages plaines de Hongrie lui apprendrait à lui, qui était né sur les rives de la Loire, la manière de se tenir? Etait-ce à lui, qui avait reçu une bonne éducation, de recevoir des leçons d'un ancien légionnaire mal éduqué? Quiconque a déjà eu affaire à des adolescents peut s'imaginer comment les choses se déroulaient.

Cependant, contrairement à la plupart des adultes, Martin écoutait calmement et répondait avec douceur. Il prédisit même à Brice qu'un jour il deviendrait évêque, mais que son épiscopat ne serait pas pacifique. Les vicaires généraux et les chanoines de Tours, qui ne pouvaient pas supporter l'idée qu'un jour ils auraient à être dirigés par ce "soupe-au-lait", pressaient Martin de l'envoyer promener.

Mais Martin répondit, "Si le Christ a dû supporter Judas, alors moi, pourquoi ne pourrais-je pas supporter Brice?"

Brice continua à mépriser Martin, mais malgré l'attitude de Brice, Martin le supportait avec patience, et pour finir, Brice se repentit avec grands remords, et supplia le pardon de Martin.

A la mort de Martin, en 397, Brice lui succéda comme évêque de Tours - pas par des malices ou des intrigues, mais par une élection du peuple toute régulière. 30 ans durant, Brice enseigna, baptisa, confirma, administra, et remplit toutes ses charges d'évêque. Plusieurs fois, Brice fut accusé de laxisme, mais rien de spécial ne se produisait, ni ces miracles ni ces scandales qui sont si chers aux coeurs des chroniqueurs comme à celui des journalistes actuels.

Mais Brice dormait mal; il ne pouvait pas oublier que Martin lui avait prédit qu'il serait soumis aux épreuves, et avec un homme comme Martin, il n'y avait pas la moindre chance que la prédiction soit fausse. Elle peut mettre du temps à s'accomplir, mais elle se fera. Et chaque jour, 30 ans durant, Brice attendit l'accomplissement de la prophétie. C'était peu confortable, mais Dieu avait choisit cette voie pour affaiblir l'excessive suffisance de la jeunesse.

Puis un matin, tout arriva. Une rumeur courrut à travers les rues de Tours, comme quoi une lingère [ religieuse ] occupée au palais de l'évêque, avait eu un fils de lui. Quelle aubaine pour les commérages de la ville!

L'accusation était fausse, mais comment le prouver? Les tests sanguins de paternité n'avaient pas encore été découverts! Brice eut à trouver une autre manière. Il se fit amener l'enfant, et d'une voix bien épiscopale, il dit, "Je te somme, au Nom de Jésus-Christ, de dire, en présence de tous, si je suis l'homme qui t'a enfanté". Ce à quoi le bébé répondit, "Tu n'es pas mon père".

Une telle précocité sembla suspecte aux gens présents, et ils pensèrent qu'il devait y avoir malice (tout cela est rapporté par saint Grégoire de Tours, fêté le 17 novembre). En tout cas, les fidèles de Brice étaient à ce point convaincus de l'adultère qu'ils expulsèrent leur évêque par la force.

Brice ne résista pas, mais il réalisa que la prophétie de Martin venait de s'accomplir. Vers 430, étant libre, il en profita pour faire un pélerinage à Rome, ce qui dura 7 ans. Durant son "exil", Brice eut l'occasion de se repentir de ses manières, et de changer complètement son style de vie. Sur son chemin de retour, il fonda plusieurs centres Chrétiens.

Les 7 ans étant passés, Brice revint à Tours. A peine était-il en vue de la ville de Tours, une fièvre tua l'évêque qui avait été élu comme son successeur. Ne voulant pas manquer de politesse, Brice hâta son pas, et arriva à temps pour accomplir les rites funéraires pour cet évêque si plein de tact. Puis il reprit son épiscopat pour le restant de sa vie et dirigea dans l'humilité, la sainteté et l'habilité.

A sa mort, il fut tenu pour saint, avec raison, vu son changement si radical de vie. Il fut enterré dans la même église que Saint Martin, car à présent que tous 2 étaient tenus pour saints, il n'y avait pas de raison qu'ils ne reposent point côte à côte. Dieu avait voulu que tous 2 soient ensemble et servent comme fondations de l'Eglise de Tours. En additionnant la sérénité de Martin à la vigueur de Brice, l'harmonie fut assurée à cette ville où la Loire et le Vouvray se rencontrent.



Dans l'art, on représente saint Brice qui porte des charbons ardents dans ses vêtements. Parfois on le dépeint :
(1) portant du feu dans sa main;
(2) avec un enfant dans ses bras ou près de lui; ou
(3) avec Saint Martin de Tours (Roeder).

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