"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

25 décembre 2014

homélie de Noël (mgr Antoine Bloom)


Au Nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit.

L'amour impuissant est autant Salut que jugement, impuissance qu'amour qui s'abandonne dans les mains d'hommes, c'est la seule chose qui peut finalement parler aux coeurs durcis, apporter aux âmes brutes de personnalités coupables la dernière étincelle possible de réponse. Si nous sommes incapables de répondre à l'amour qui se rend impuissant, qui accepte d'être vulnérable, qui s'abandonne entre nos mains, alors nous ne sommes pas capables de répondre à quoi que ce soit, alors quelque chose de tragique doit nous arriver, pour que notre vie en devienne capable de répondre à l'appel de l'amour. Et à cet égard, l'amour impuissant qui est le Salut est aussi un test, un moment critique dans notre vie - et le mot grec "crise" signifie le jugement.

La venue du Christ dans ce monde est notre Salut, l'arrivée du Christ dans ce monde c'est le Jugement Dernier déjà commencé; c'est notre Salut parce que l'Amour Divin Se rend présent, tangible, visible dans le monde, parce qu'Il Se rend sans défense et vulnérable, parce qu'Il nous appelle à la miséricorde, parce que l'Amour Divin fait chair est ou reçu ou rejeté. Mais c'est aussi notre Jugement parce que si nous sommes incapables de répondre à la faiblesse par la miséricorde, si nous sommes incapables d'accepter Celui Qui refuse le pouvoir qui est le Sien, de Se défendre contre nous, alors nous sommes jugés et  condamnés.

C'est de cette manière-ci que le message de l'Incarnation nous parvient; c'est sévère et en même temps c'est ainsi infiniment tendre et chaleureux et plein d'amour. Oublions la sévérité du message sans pour autant la négliger, mais en réalisant à quel point il est tragique et critique, et en répondant par toute la sensibilité, avec toute la capacité de perception qu'il y a dans notre coeur et ensuite le Salut sera vraiment le nôtre.

Mais le Salut que Christ nous offre de la sorte n'est pas simplement l'acceptation du Nouveau-Né, de Sa faiblesse, avec charité et amour et tendresse, c'est aussi quelque chose qui nous implique plus profondément et peut-être plus fortement parce qu'Il dit, "Je vous ai donné un exemple que vous devriez suivre". Si nous sommes au Christ, nous devons apprendre à devenir les porteurs d'un amour sans défense qui ainsi désarme, d'un amour sans défense qui est prêt à se voir blessé, d'un amour sans défense qui se fait sacrifice vivant pour le Salut d'entre ceux qui sont prêts à le recevoir et pour l'expiation des péchés de ceux qui le rejettent parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font.

Telles sont les pensées que je vousdrais vous adresser en ce jour de Noël, qui est aussi temps de préparation, car toute votre vie et toute l'histoire du monde est un temps de préparation, c'est un Avent, car le Christ Qui est venu en ce monde est aussi en train de revenir en ce monde. Le premier Avent, c'était dans l'humilité, l'impuissance, pour le Salut; la seconde Venue, ça sera dans la gloire et la puissance, mais aussi pour le Salut, si seulement nous pouvons voir toute notre vie et toute l'histoire humaine comme un Avent, le temps de la venue du Christ, et si sincèrement, un jour nous saurons aspirer à ce Jour du Seigneur, et dire ensemble avec l'Église et dans l'Esprit "Viens, Seigneur Jésus!"

+ Antoine, évêque de Sourozh

Aucun commentaire: