"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

27 décembre 2014

Imiter les vertus de saint Étienne (sermon 314 de saint Augustin d'Hippone)

Nous célébrions hier la naissance du Seigneur ; nous célébrons aujourd'hui la naissance de Son serviteur. Mais cette naissance du Seigneur était son avènement miséricordieux, et celle du serviteur, son couronnement. Celle du Seigneur a consisté, pour Lui, à se revêtir de notre chair; celle du serviteur, à se dépouiller de la sienne; celle du Seigneur, à Se rendre semblable à nous, celle du serviteur à se rapprocher du Christ; car si le Christ en naissant s'est uni à Etienne, Etienne en mourant s'est réuni au Christ. Pourquoi dans l'Eglise une double fête ? Pourquoi solenniser tout à la fois la naissance et la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? C'est que l'une et l'autre sont pour nous un remède. Car, s'Il est né, c'est pour nous faire renaître; et s'Il est mort, c'est pour nous faire vivre éternellement. Quant aux martyrs, comme ils avaient contracté la faute des origines, leur naissance les destinait à lutter contre le mal ; mais en mettant en eux un terme à tout péché, la mort les a mis en possession des biens les plus solides.
D'ailleurs, s'ils n'eussent été soutenus, au milieu des persécutions, par l'espoir de la félicité future, comment auraient-ils pu endurer tant de supplices divers? Comment le bienheureux Etienne aurait-il pu souffrir la grêle de pierres qui l'accablait, s'il n'eût pensé à la récompense à venir? Ah ! il avait à coeur d'obéir à Celui qu'il voyait présent au ciel; et embrasé pour lui d'un ardent amour, il brûlait de laisser au plus tôt sa chair et de prendre vers lui son essor. Il ne craignait plus la mort parce qu'il voyait plein de vie le Christ qu'il savait être mort pour lui ; aussi, pour vivre avec lui, s'empressait-il de mourir pour lui. Vous savez effectivement ce que voyait ce bienheureux martyr au moment de ce terrible combat ; puisque vous vous rappelez sans aucun doute ces paroles que relatent de lui les Actes des Apôtres : "Voici, je vois les cieux ouverts, et le Christ debout à la droite de Dieu" (Act. 7, 5). Il voyait donc Jésus debout; et si lui-même demeurait ferme, ferme sans chanceler, c'est qu'en se tenant debout au Ciel et en voyant sur la terre son soldat combattre, le Christ lui communiquait une force invincible pour l'empêcher de succomber. "Voici, disait-il, je vois les cieux ouverts" : heureux mortel dont le regard plongeait dans le Ciel ! Mais qui lui avait ouvert ce Ciel ? Celui dont il est dit dans l'Apocalypse: "Il ouvre et nul ne ferme; il ferme, et personne n'ouvre" (Apoc. 3, 7). Quand après avoir commis le premier péché, son horrible péché, Adam fut chassé du Paradis, le Ciel fut fermé au genre humain : le bon larron fut le premier qui y entra, après la Passion du Christ; Etienne ensuite le vit ouvert. Pourquoi nous en étonner alors ? Il l'indiquait fidèlement comme le lui montrait sa foi, et il y pénétra avec énergie.
2. Allons, mes frères, suivons-le; car si nous marchons à la suite d'Etienne, nous serons couronnés. C'est surtout en aimant nos ennemis que nous devons le suivre et l'imiter. Il vous en souvient, lorsqu'entouré de la foule serrée de ses ennemis, il était frappé par les coups précipités des pierres qui pleuvaient sur lui, il demeurait à la fois calme et intrépide, doux et tranquille sous les chocs qui lui arrachaient la vie, et l'oil fixé sur Celui pour qui il recevait la mort, il ne dit pas: "Seigneur, sois juge du meurtre dont je suis victime"; mais : "Reçois mon esprit". Il ne dit pas : "Seigneur Jésus; venge Ton serviteur, que Tu vois en proie à ce supplice mortel"; mais : "Ne leur imputes pas ce péché" (Act. 7, 58-59).
C'est ainsi qu'en rendant constamment témoignage à la vérité et en respirant, comme vous le savez bien, les ardeurs de la charité, ce bienheureux martyr parvint à la fin la plus glorieuse; pour avoir persévéré jusqu'au terme dans sa vocation, il obtint enfin ce que désignait son nom même, Etienne (Stéphanos, le couronné), il reçut la couronne céleste. Aussi quand, le premier de tous les martyrs, le bienheureux Etienne versa son sang pour le Christ, la couronne sembla descendre du Ciel; elle s'offrait comme récompense à quiconque marcherait sur les traces de ce généreux combattant. De fréquentes immolations de martyrs ont depuis couvert la terre ; et ceux qui pour confesser le Christ ont répandu leur sang, ont placé sur leur tête cette couronne, tout en la laissant intacte à ceux qui devaient les suivre. Maintenant encore, mes frères, elle est accrochée au Ciel; quiconque la convoite prendra vers elle un rapide essor. D'ailleurs, pour y exciter brièvement et clairement votre sainteté, il n'est pas besoin d'insister : qu'il suive Etienne, celui qui souhaite cette couronne!
Amen!
+ Augustin, évêque d'Hippone





martyre de saint Etienne, crypte de saint Germain d'Auxerre, fresque d'avant 859

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