"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

13 décembre 2014

Saint Josse (Judoc), le roi qui se fit moine (13/12)

icône monastère de Pervijze http://www.orthodox.be

Saint Josse, le frère de saint Winoc, était plus âgé que Winoc, et lui aussi fut un serviteur exceptionnel de Dieu. Il descendait de la famille royale de Bretagne. Il avait encore un frère plus âgé, Rodichaël. Ces deux frères furent des perles célestes ; ils vécurent au temps de Dagobert, le roi des Francs, qui avait une grande inimitié envers eux, mais ils furent réconciliés par les saints Eloi et Ouen, de  sorte que Dagobert honora Rodichaël par des présents précieux. Le roi Dagobert l'invita aussi pour un grand festin, mais il ne désira pas y aller, puisqu'il ne cherchait pas le raffinement des mets. Au contraire, il alla manger chez saint Ouen, sachant qu'à cette table il pourrait écouter des bonnes choses, par lesquelles il serait édifié.

Après le retour du roi Rodichaël à son palais, il voulut abandonner la royauté pour se faire moine. Pour cela, il avertit son frère Josse qu'il voulait lui céder le règne pour que lui-même puisse s'acquitter de son dessein. Josse, qui avait le même désir, lui demanda huit jours de délibération. Jour et nuit il se soucia de savoir comment il pourrait s'échapper de sa patrie et de la royauté et comment il pourrait le faire sans s'opposer à son frère.

A cet instant, il se trouvait dans le monastère de Lammailmon où il était en train de faire ses études. Il pria pour avoir de l'aide dans cette situation épineuse. Pendant qu'il priait, passèrent auprès du monastère onze pèlerins qui s'acheminaient vers Rome. Le saint se joignit à eux et ensemble ils arrivèrent à Paris. Là, le saint doutait et se demandait s'il allait continuer avec eux, mais le Saint Esprit, qui gouvernait tous ses chemins, lui inspira de se retirer de la grande route et du monde. Il quitta la compagnie avec laquelle il avait quitté sa patrie, et se dirigea vers Pontigny, qui en ce temps était un lieu sauvage, boisé et inhabité.

Il se réjouit de la solitude du lieu et il s'installa auprès de la rivière Altiam. Haimo, le duc de ce lieu, alla à sa rencontre par un ordre de Dieu, et pendant sept ans il empêcha Josse de se retirer dans la solitude. Pendant ces longues années, Josse étudia la Sainte Ecriture et fut ordonné prêtre. Quand il fut prêtre, il baptisa le fils du duc et lui donna le nom d'Ursin, d'après le premier évêque de Bourges, un homme de grande sainteté pour lequel il avait une grande vénération.

Après sept ans, comme convenu avec le duc, il se retira dans la solitude à Brahic, un lieu entouré d'eau. Là, il construisit avec ses propres mains une église et une cabane pour se mettre à l'abri.

Entre toutes les grandes ouvres que dieu manifesta par lui, les oiseaux et les poissons venaient auprès de lui et mangeaient dans ses mains. Ils étaient comme apprivoisés par lui. Un moment donné, il n'avait qu'un peu de pain comme subsistance. A cet instant, notre Seigneur Jésus Christ est venu auprès de lui comme un pauvre qui le suppliait d'une aumône. Saint Josse partagea le pain en quatre et donna une part au pauvre. Peu de temps après le pauvre revint, et Josse lui donna la deuxième part. Presque immédiatement le pauvre revint pour la troisième fois et il reçut la troisième part. Pour la quatrième fois le Seigneur vint sous la forme d'un autre pauvre qui désirait une aumône. Le saint donna la quatrième et dernière part du pain. Son serviteur Ulmar dit : « Mais, mon père, est-ce que tu ne garderas donc rien pour nous ? ». « Je veux » - répondit saint Josse - « qu'on donne à ceux qui ont faim, parce que le Seigneur est assez puissant pour pourvoir à nos besoins. » A peine le Seigneur les eut laissés et pendant que Josse consolait son disciple par la distribution du pain, on vit par la fenêtre quatre barques, sans capitaines ou timoniers, arrivant à l'embouchure et chargées d'aliments de toute sorte. Jamais on a su comment ces barques arrivèrent là ni comment elles partirent.

Ce miracle et beaucoup d'autres que Dieu faisait par lui, furent la cause que le peuple commença à le visiter pour que, par ses prières, ils reçussent l'aide de Dieu. Quand il ne put supporter ce va et vient, il se retira, sous l'inspiration de Dieu, dans les profondeurs de la forêt où il demeura huit ans pour être libéré de l'affluence du peuple. Ici il construisit un oratoire en l'honneur de saint Martin. Il dut souffrir beaucoup par l'ennemi méchant qui enviait ses progrès. Il éleva quelques poules qui lui fournissaient des oufs, mais un aigle les vola une par une. Mais au moment de dérober aussi le coq, qui réveillait le saint au temps de la prière, et pendant que le rapace volait déjà dans l'air avec le coq, le saint fit retourner par le signe de la croix son coq sans que le coq souffre du dégât par sa chute.

Presque immédiatement, le diable lui apparut sous la forme d'un serpent qui le mordit au talon. Le Saint Esprit l'exhorta à partir de ce lieu. En compagnie du duc Haimo il parcourut la contrée pour trouver un lieu approprié. Pendant leur recherche, le duc captura un ours sauvage ; très fatigué et assoiffé, il s'endormit. Pendant que le duc faisait son petit somme, l'ami de Dieu, Josse, priait et se levant de sa prière, il enfonça son bâton dans la terre, et comme un nouveau Moïse il fit jaillir une fontaine limpide. Le duc et ses compagnons étanchèrent leur soif de cette eau miraculeuse. Jusqu'à nos jours, cette eau sert à tous ceux qui sont de passage et ils se désaltèrent de cette eau.

Partant de ce lieu, il se dirigea vers la mer où il trouva une petite vallée ombrageuse auprès d'un ruisseau. Ce lieu l'attira et il dit : « Ici se trouve ma chaise, ici je trouve mon repos. » Après le départ du duc, le saint construisit là deux oratoires : un en l'honneur de saint Pierre et l'autre en l'honneur de saint Paul.

Invité par le pape Martin, il voyagea jusqu'à Rome, puisque l'évêque de Rome voulut lui parler. Arrivant à Rome il fut reçu par le pape avec beaucoup d'honneur et de dignité. Mais le Saint Esprit, qui était le guide et le protecteur de Josse, l'exhorta de retourner dans son désert, puisqu'il devait mourir là-bas pour être reçu dans la compagnie des anges.

Après ses entretiens sur les choses célestes avec Martin, il retourna dans son désert avec beaucoup de reliques que le pape lui avait données. Plein de joie il arriva à Pontigny. Quand il alla vers sa demeure, il rencontra une jeune fille emmenée par ses parents. Elle était non seulement aveugle, mais dans son visage
on ne trouvait même pas les cavités de l'oil. La jeune fille prit l'eau avec laquelle le saint avait lavé ses mains selon l'ordre de la révélation qu'elle avait eue pendant la nuit. Elle se lava avec cette eau sainte les fosses orbitaires et son visage. Ainsi elle reçut la vue à l'émerveillement de tous ceux qui avaient vu ce miracle et qui rendaient grâce à Dieu.

Judoc, en présence du duc Haimo et d'une grande foule, montra dans l'église de saint Martin, que le duc avait fait reconstruire, les reliques qu'il avait apportées de Rome et les installa solennellement dans l'église. Après cela il se prépara intensément pour célébrer la divine liturgie. Quand il fut devant l'autel, vêtu d'une étole blanche et d'une chasuble blanche, et pendant qu'il consacrait le précieux corps et le saint sang de notre Seigneur, apparut la main de Dieu, qui bénissait son prêtre avec une bénédiction éternelle. Et on entendit une voix céleste, qui ratifiait ce geste divin : « Comme tu as méprisé les richesses du monde et tu as abandonné la couronne royale de ton père, et puisque sur cette terre tu es devenu pauvre à cause de Moi, vivant dans le désert comme un réprouvé, J'ai préparé ta couronne au milieu des anges. Et ce lieu où tu mourras, Je le garderai et le protégerai pour toujours. »

Le temps qui lui restait dans ce monde, le saint le passa vivant comme un ange dans la chair. Puisqu'il désirait ardemment être délié des liens de cette terre, il mourut six mois après cette révélation et les anges le transportèrent dans la joie et la gloire. Son corps fut enterré avec beaucoup de respect dans l'église.

Il brilla par beaucoup de miracles aussi bien durant sa vie qu'après sa mort. Par cela, nous voyons que saint Josse est placé très haut dans la joie et la gloire par Dieu le Tout-Puissant à Qui convient le pouvoir et l'adoration dans les siècles des siècles. Amen.

Traduction de la Vita Judocus


Tropaire de saint Josse ton 8
En toi, vénérable père, la divine image se reflète exactement; * afin de Lui ressembler, tu as pris ta croix et tu as suivi le Christ, * et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, * pour s'occuper plutôt de l'âme, qui vit jusqu'en la mort et par-delà, * c'est ainsi que ton esprit se réjouit, ** saint Josse, avec les Anges dans le Ciel.

Kondakion de saint Josse ton 2
Armé divinement de spirituelle pureté * et tenant en main fortement * comme lance l'incessante oraison, * tu as transpercé les diaboliques escadrons; * vénérable Josse, père saint, ** prie sans cesse le Christ en faveur de nous tous.

Les autres grands saints de chez nous fêtés ce jour: Lucie (Syracuse), Odile (Alsace) et Aubert (Flandres "cht'i")
http://stmaterne.blogspot.com/2011/12/sainte-odile-sainte-lucie-saint-aubert.html

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