"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

31 mai 2014

Église de la Nativité: incendie après départ du pape de Rome (Bethleem 26-27/5/2014)



Quelques heures après le départ du patriarche Bartholomeos I et du pape de Rome François I, un incendie a éclaté sur le lieu de la Nativité du Christ. Un malheureux hasard, sûrement .
 

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Incendie accidentel sans grands dégâts dans la Grotte de la Nativité

Vers 3h30 du matin, mardi 27, un incendie accidentel a éclaté dans la Grotte de la Nativité, ne causant que quelques dégâts mineurs.

Les pompiers de Bethleem ont été envoyés à la Grotte, mais l'incendie était déjà sous contrôle à leur arrivée.

Pour une raison qui doit encore être déterminée, une lampada était tombée, boutant le feu aux murs entourant l'étoile de la Nativité qui est incrustée dans le sol. Le feu s'étendit rapidement vers les 2 escaliers latéraux, qui étaient aussi couverts de draperies.

Les draperies se sont d'autant plus vite enflammées qu'elles étaient imprégnées de suie, du fait de longues années de lampes à huile brûlant dans la Grotte. Cependant, le feu s'éteint de lui-même et les boiseries ont été plus noircies que brûlées.

Cependant, quelques pans de plâtre sont aussi tombés au sol.

Il sera dès lors nécessaire pour toutes les communautés responsables du "Status Quo" à Bethleem, Grecs pour les Orthodoxes, Franciscains pour les catholiques-romains, et Arméniens, de trouver un accord pour les réparations nécessaires.

La suite de l'incident a d'ores et déjà lieu dans un esprit de coopération entre les communautés concernées et le gouvernement palestinien de Bethléem.

©Nativity Church Bethlehem/Orthodox
2014/05/27
traduit 290514 jmd - original :


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Accidental fire without serious damage in Grotto of the Nativity

Close to 3:30 a.m. on Tuesday, 27 May, there was an accidental fire in the Grotto of the Nativity causing only minor damage.

Bethlehem firefighters were dispatched to the grotto, but the fire was already under control by the time they arrived.

For reasons yet to be determined an oil lamp had fallen, setting fire to the wall hangings around the nativity star that is set into the floor. The fire spread rapidly toward the two side stairways, which are also draped in wall hangings.

The hangings were set aflame all the more quickly because they are permeated with soot from the long years of oil lamps burning in the grotto. However, the fire burned itself out and the woodwork was more blackened than burnt.

A few pieces of plaster did fall to the ground, however.

It will be necessary, nonetheless, for the communities responsible for the Status Quo in Bethlehem—Greek Orthodox, Franciscan for the Catholics, and Armenian—to reach agreement on the few necessary restorations.

Follow-up to the incident is already taking place in a spirit of cooperation among the communities and with the Palestinian government of Bethlehem.

©Nativity Church Bethlehem/Orthodox
2014/05/27
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Voir aussi des agences de presse étrangères - bizarrement, aucun média chrétien-orthodoxe en Occident n'a donné large écho à ce qui frappe tout de même le lieu de naissance de notre Sauveur. Est-ce si peu important?
https://news.yahoo.com/fire-damages-bethlehems-nativity-church-180157938.html

http://news.msn.com/world/fire-breaks-out-at-bethlehems-church-of-nativity

http://www.dailystar.com.lb/News/Middle-East/2014/May-27/257831-fire-damages-bethlehems-nativity-church.ashx#ixzz32uo81xMS



Attention : 100% des vidéos en anglais sur Youtube qui affirment montrer l'incendie de la Basilique de la Nativité montrent en réalité des incendies d'églises en Europe occidentale. On se souviendra qu'il y a 3 ou 4 ans, lors d'un de ces affreux "Hellfest" dont le ministère de la culture en France faisait la promotion, un appel à incendier les églises avait été publiquement lancé, et suivi de quelques incendies. Sans que les responsables politiques ayant soutenu le festival ne soient punis autre part que dans les urnes. Cela a aussi eu lieu en Norvège.
Donc sur Youtube, en anglais, les images, c'est du pipeau. Peut-être serait-il possible de trouver quelque chose d'authentique en grec ou en arabe, mais j'en doute quand même, ils étaient occupés à éteindre, pas le temps de filmer.
La basilique originale a été achevée en 339 mais détruite par le feu durant les Révoltes de Samaritains au 6ème siècle. Une nouvelle basilique a été construite par l'empereur Justinien en 565. Depuis cette seconde construction, il y a eu de nombreuses ajoutes architecturales, dont les clochers.
Voici une photo de la véritable église en question. Les flammes n'ayant jamais dépassé les cages des escaliers dans la Grotte, les photos & films sur youtube qui montrent jusqu'aux toitures en feu sont donc totalement inappropriées, de la manipulation.

 


29 mai 2014

"Et Il monta aux Cieux" (Ascension / p. Georges Florovsky)


Archiprêtre George Florovsky, D.D.

"Je monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu et votre Dieu" (Jn 20,17).

C'est par ces paroles que le Christ Ressuscité à décrit à Marie Madeleine le mystère de Sa Résurrection. Elle devait transmettre ce mystérieux message à Ses disciples, qui "étaient à se lamenter et pleurer" (Mc 16,10). Les disciples avaient écouté cees bonnes nouvelles avec crainte et effarement, avec doute et manque de confiance. Ce n'était pas seulement Thomas qui a douté, parmi les Onze. Au contraire, il semble que seul un des Onze n'aie pas douté - saint Jean, le disciple "que Jésus aimait." Lui seul avait saisi immédiatement le mystère de la tombe vide : "il vit et il crû" (Jn 20,8). Même Pierre avait quitté le sépulcre dans l'effarement, "se demandant ce qui s'était passé" (Lc 24,12).

Les disciples ne s'étaient  pas attendus à la Résurrection. Les femmes non plus. Elles étaient quasiment sûres que Jésus était mort et reposait dans la tombe, et elles étaient allées "à l'endroit où on L'avait déposé", avec les onguents qu'elles avaient préparé, pour pouvoir L'y oindre. Elles n'avaient qu'une pensée "qui nous roulera la pierre de la tombe?" (Mc 16,1-3; Lc 24,1). Et dès lors en ne trouvant pas le corps, Marie Madeleine était effondrée et se plaignait "ils ont enlevé my Seigneur et je ne sais pas où ils L'ont mis" (Jn 20,13). En entendant la bonne nouvelle de l'Ange, les femmes avaient fuit le sépulcre dans la peur et le tremblement "et elles ne dirent rien à personne, tant elles avaient peur" (Mc 16,8). Et lorsqu'elles finirent par parler, personne ne donna crédit à leurs paroles, de même que personne n'avait crû Marie Madeleine, qui avait vu le Seigneur, ou les disciples qui avaient marché dans le pays (Mc 16,13) et qui L'avaient reconnu à la fraction du pain. "Enfin Il Se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table, et Il leur reprocha leur incrédulité et leur obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui L’avaient vu ressuscité." (Mc 16,10-14).

D'où venait cette dureté de coeur et cette hésitation? Pourquoi leurs yeux étaient-ils comme fermés, pourquoi les disciples étaietn si effrayés des nouvelles, et pourquoi la joie de Pâques n'entrait que si lentement et si difficilement dans les coeurs des Apôtres? N'avaient-ils pas, eux qui étaient avec Lui depuis le départ, "depuis le baptême de Jean", vu tous les signes de puissance qu'Il avait accomplis en présence de tout le peuple? Le paralytique marchait, l'aveugle voyait, le mort était ressuscité, et toutes les infirmités étaient guéries. N'avaient-ils pas vu, à peine une semaine plus tôt, comment Il avait relevé Lazare d'entre les morts, lui qui était déjà depuis 4 jours dans la tombe? Pourquoi dès lors était-ce si étrange pour eux que le Maître Se serait Lui-même relevé? Comment se fait-il qu'ils en soient venus à oublier ce que le Seigneur leur avait exposé à tant de reprises, qu'après la souffrance et la mort Il se releverait le 3ème jour?

Le mystère de "l'incroyance" des Apôtres est partiellement dévoilé dans le récit de l'Évangile: "Nous espérions, nous, que c’était Lui qui allait délivrer Israël", avaient dit avec désillusion et regret les deux disciples à leur mystérieux Compagnon sur la route d'Emmaüs (Lc 24,21). Ils voulaient dire : Il a été trahi, condamné à mort, et crucifié. Les nouvelles de la Résurrection apportées par les femmes n'avaient fait que les "étonner". Ils étaient toujours dans l'attente d'un triomphe terrestre, d'une victoire externe. La même tentation imprégnait leurs coeurs, qui leur avait auparavant empêché d'accepter "la prédication de la Croix" et les avaient fait discuter à chaque fois que le Sauveur avait essayé de leur révéler Son mystère. "Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans Sa gloire?" (Lc 24,26). C'était encore difficile pour eux de le comprendre.

Il avait le pouvoir de Se relever, pourquoi avait-Il permis que tout cela arrive? Pourquoi avait-Il accepté de subir disgrâce, blasphème et blessures? Aux yeux de tout Jérusalem, au milieu de cette immense foule rassemblée pour la Grande Fête, Il avait été condamné et souffert une mort honteuse. Et à présent, Il n'entrait pas dans la Ville Sainte, ni pour le peuple qui avait vu Sa déchéance et mort, ni pour les Grands Prêtres et le sanhédrin, ni pour Pilate - afin qu'Il puisse leur faire comprendre leur crime odieux et rabaisser leur orgueil. Au contraire, Il avait envoyé Ses disciples vers la lointaine Gallilée, et leur apparaissait là-bas. Déjà auparavant, les disciples s'étaient étonnés "Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde?" (Jn 14,22). Leur étonnement continue, et même au jour de Sa glorieuse Ascension, les Apôtres Lui demandent "Seigneur, est-ce maintenant, le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël?" (Actes 1,6). Ils ne comprennaient toujours pas la signification de Sa Résurrection, ils ne comprennaient pas ce que signifiait qu'Il "montait" vers le Père. Leurs yeux allaient s'ouvrir plus tard, lorsque la "promesse du Père" serait accomplie.

Dans l'Ascension réside la signification et la plénitude de la Résurrection du Christ.

Le Seigneur n'était pas revenu à la vie afin de simplement revenir à l'ordre de la vie de la chair, comme pour revivre et communier avec les disciples et les multitudes par le moyen de la prédication et des miracles. A présent, Il n'avait même plus à rester avec eux, mais seulement à leur "apparaître" pendant 40 jours, de temps en temps, et toujours d'une manière miraculeuse et mystérieuse. "Il n'était plus toujours avec eux, à présent, comme Il l'était avant la Résurrection," commente saint Jean Chrysostome. "Il est venu et a redisparu, les amenant progressivement à de plus hautes conceptions. Il ne leur a plus permis de continuer leur ancienne relation avec Lui-même, mais avait pris des mesures pour assurer ces deux objectifs : que l'on croie à la réalité de Sa Résurrection, et que Lui-même soit par la suite toujours appréhendé comme plus grand qu'un homme." Il y avait quelque chose de neuf et d'inhabituel dans Sa Personne (cf Jn 21,1-14). Comme le dit saint Jean Chrysostome "ce n'était pas une présence ouverte, mais un certain témoignage du fait qu'Il était présent." C'est pourquoi les disciples étaient confus et effrayés. Le Christ n'était pas revenu à la vie de la même manière que ceux qui avaient été ramenés à la vie avant Lui. Eux, c'était une résurrection pour un temps durant, et ils étaient revenus à la vie dans le même corps, qui était sujet à la mort et à la corruption - retournant au précédent mode de vie. Mais le Christ S'était relevé éternellement. Il S'était relevé dans un corps de gloire, immortel et incorruptible. Il S'est relevé, pour ne plus jamais mourir, car "Il a relevé ce qui est mortel dans la splendeur de l'incorruptibilité." Son Corps glorifié était déjà exempt de l'ordre charnel d'existence. "Semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel" (1 Co 15,42-44). Cette mystérieuse transformation des corps humains, dont parlait saint Paul dans le cas de notre Seigneur, a été accompli en 3 jours. L'oeuvre du Christ sur terre était accomplie. Il avait souffert, était mort et enseveli, et maintenant relevé à un mode supérieur d'existence. Par Sa Résurrection Il a aboli et détruit la mort, aboli la loi de la corruptibilité, "et relevé avec Lui toute la race d'Adam." Le christ est Ressuscité, et maintenant "il n'y a plus de morts dans les tombes" (cfr sermon chrysostomien de Pâques). Et à présent, Il monte vers le Père, et cependant Il "ne part pas," mais demeure pour toujours avec les fidèles (cfr Kondakion de l'Ascension). Car Il élève toute la terre avec Lui au Ciel, et même plus loin que tout ciel. La puissance de Dieu, selon la phrase de saint Jean Chrysostome, "ne se manifeste pas seulement dans la Résurrection, mais dans quelque chose de plus fort encore." Car "Il a été reçu dans les Cieux, et S'est assis à la droite de Dieu" (cfr Mc 16,19)

Et avec le Christ, la nature humaine monte aussi.


"Nous qui semblions indignes de la terre, nous sommes à présent élevés aux Cieux," disait saint Jean Chrysostome. "Nous étions indignes du royaume terrester, et nous voilà élevés au Royaume céleste, élevés plus haut que le ciel, nous sommes arrivés pour occuper le trône du Roi, et cette même nature dont les Anges gardaient l'entrée en Paradis, elle n'a pas été arrêtée jusqu'à ce qu'elle soit élevée jusqu'au trône du Seigneur." Par Son Ascension, le Seigneur n'a pas seulement ouvert à l'homme l'entrée du Ciel, n'a pas seulement paru devant la face de Dieu en notre faveur et pour notre salut, mais en même temps a "transféré l'homme" vers les hauts lieux. "Il a honoré ceux qu'Il a aimés en les rapprochant du Père." Dieu nous a relevés et élevés avec le Christ, comme dit saint Paul, "Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus" (Eph. 2,6). Le Ciel a reçu les habitants de la terre. "Les premiers frutis de ceux qui dormaient" sont à présent là-haut, et en Lui toute la Création est résumée et réunie. "La terre se réjouit dans le mystère, et les Cieux sont remplis de joie."

"La terrible ascension..." Les armées célestes frappées de stupeur et tremblantes contemplent l'Ascension du Christ. En en tremblant se demandent l'un à l'autre "Quelle est cette vision? Celui qui est homme en apparence monte en Son corps plus haut que les Cieux, en tant que Dieu."

C'est ainsi que l'Office de la Fête de l'Ascension dépeint le mystère, dans un language poétique. Comme aux jours de la Nativité du Christ, la terre était ébahie de contempler Dieu dans la chair, à présent les Cieux tremblent et s'écrient "Le Seigneur des Puissances, Qui règne sur tout, Qui est Lui-même la tête de tout, Qui est prééminent en toutes choses, Qui a restauré la Création dans son ordre originel - C'est Lui, le Roi de Gloire." Et les Portes célestes sont ouvertes : "Ouvrez-vous, ô Portes célestes, et recevez Dieu dans la chair." C'est une allusion ouverte au Psaume 24,7-10, à présent prophétiquement interprété : "Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portails antiques, qu’Il entre, le Roi de Gloire!  Qui est-Il, ce Roi de Gloire? C’est le Seigneur, le fort, le vaillant, le Seigneur, le vaillant des combats.  Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portails antiques, qu’Il entre, le Roi de Gloire!  Qui est-Il, ce Roi de Gloire? C’est le Seigneur Sabaot, c’est Lui, le Roi de Gloire." Saint Jean Chrysostome en dit "A présent, les anges ont reçu ce pour quoi ils attendaient depuis longtemps, les archanges ont vu ce après quoi ils aspiraient depuis toujorus. Ils ont vu notre nature brillant sur le trône du Roi, étincellante de gloire et de beauté éternelle.. Dès lors, ils descendent afin de voir cette merveilleuse et inhabituelle vision : l'Homme apparaissant dans les Cieux."

L'Ascension est l'annonciation de la Pentecôte, le signe de sa venue, "Le Seigneur est monté aux Ciel et enverra le Consolateur au monde."

Car le Saint Esprit n'était pas encore dans le monde, avant que Jésus ne soit glorifié. Et le Seigneur Lui-même avait dit aux disciples "Si Je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous" (Jn 16,7). Les dons de l'Esprit sont "dons de réconciliation", un sceau d'un salut accompli, et l'union ultime du monde à Dieu. Et cela ne fut accomplit que dans l'Ascension. "Et l'on vit miracle après miracle," dit saint Jean Chrysostome", dix jours avant, notre nature était montée jusqu'au trône du Roi, alors qu'aujourd'hui le Saint Esprit est descendu sur notre nature." La joie de l'Ascension se trouve dans la promesse de l'Esprit. "Tu as donné la joie à Tes disciples par la promesse du Saint Esprit." La victoire du Christ est accomplie en nous par la puissance du Saint Esprit.

"Là Haut est Son corps, ici avec nous est Son Esprit. Et ainsi nous avons Sa marque là Haut, à savoir Son corps, qu'Il a reçu de nous, et ici nous avons Son Esprit avec nous. Le Ciel a reçu le Saint Corps, et la terre a accepté le Saint Esprit. Le Christ est venu et a envoyé l'Esprit. Il est monté, et avec Lui notre corps est aussi monté," disait saint Jean Chrysostome. La révélation de la Sainte Trinité était achevée. A présent l'Esprit consolateur est répandu sur toute chair. "De là vient la connaissance de l'avenir, la compréhension des mystères, la découverte de ce qui est caché, la distribution des précieux dons, la citoyenneté céleste, une place dans le choeur des anges, une joie sans fin, demeurer en Dieu, être rendu comme Dieu, et plus encore que tout, être fait Dieu!" (saint Basile, Traité du Saint Esprit, IX). Commençant avec les Apôtres, et par la communion avec eux - par le biais d'une succession ininterrompue - la Grâce est répandue sur tous les croyants. Par le renouvellement et la glorification dans le Christ monté aux Cieux, la nature humaine est devenue réceptive à l'Esprit. "Et au monde, Il donne des forces qui relèvent par Son corps humain," disait l'évêque Théophane. "Il le tient complètement en Lui-même et le pénètre de Sa force, hors de Lui-même; et de même Il attire à lui les anges à travers l'esprit de l'homme, leur donnant un espace pour agir et ainsi les bénissant." Tout cela est accomplit à travers l'Église, qui est le "Corps du Christ;" c'est-à-dire Sa "plénitude" (Eph. 1,23). "L'Église est l'accomplissement du Christ," poursuit l'évêque Théophane, "peut-être de la même manière que l'arbre est l'accomplissement de la graine. A savoir que ce qui est contenu dans la graine sous forme condensée reçoit son développement en l'arbre."

L'existence même de l'Église est le fruit de l'Ascension. C'est dans l'Église que la natur de l'homme est vraiment élevée jusqu'aux Divines hauteurs. "Et Il a tout mis sous Ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église" (Eph. 1,22). Saint Jean Chrysostome commente : "Que c'est étonnant! Regardez de nouveau, de quelle manière Il a élevé l'Église. Comme s'Il la levait par quelqu'engin, Il l'a élevée jusqu'aussi haut, et placée sous le trône. Car là où se trouve la Tête, là est aussi le Corps. Il n'y a plus intervale ou séparation entre la Tête et le Corps; car s'il y avait séparation, alors il n'y aurait plus un corps, et il n'y aurait plus une tête." Toute la race humaine doit suivre le Christ, même en Son ultime exaltation, "pour suivre Son parcours." Au sein de l'Église, par l'acquisition du Saint Esprit dans la fréquentation des Sacrements, l'Ascension continue encore, et elle continuera jusqu'à l'accomplissement de tout. "La Tête aura satisfaction lorsque le corps sera rendu parfait, lorsque nous serons liés ensemble et unis", conclu saint Jean Chrysostome.

L'Ascension est un signe et un témoignage de la Parousie, du Retour du Christ. "Ce Jésus qui, d’auprès de vous, a été enlevé au ciel viendra comme cela, de la même manière que vous L’avez vu S’en aller vers le ciel."  (Actes 1,11)

Le mystère de la Providence de Dieu sera accompli avec le Retour du Seigneur Ressuscité. Lors de l'achèvement des temps, la puissance royale du Christ sera révélée et répandue dans toute l'humanité des fidèles. Le Christ compare le Royaume avec tous les fidèles. "et Moi Je dispose pour vous du Royaume, comme Mon Père en a disposé pour Moi:  vous mangerez et boirez à Ma table en Mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël." (Lc 22,29-30). Ceux qui L'auront fidèlement suivi siègeront avec Lui sur leur trônes au Jour de Son Retour. "Le vainqueur, Je lui donnerai de siéger avec Moi sur Mon trône, comme Moi-même, après Ma victoire, J’ai siégé avec Mon Père sur Son trône" (Apoc 3,21). Le Salut sera consommé dans la Gloire. "Concevez pour vous-mêmes le trône, le trône royal, concevez l'immensité du privilège. Cela, au moins si nous en faisons le choix, pourrait êtr eplus à même de nous motiver, oui, mieux encore que l'Hadès." (Saint Jean Chrysostome)

Nous devrions trembler plus à la pensée de toute cette abondante Gloire qui est prévue pour le racheté, qu'à la pensée des ténèbres éternelles. "Pensez à côté de Qui votre tête est posée..." Ou plutôt, Qui est la Tête. En vérité, "merveilleuse et terrible est Ta divine Ascension depuis la montagne, ô Donateur de Vie." Une terrible et merveilleuse hauteur, que le trône du Roi. En face de tant de hauteur, toute chair se tient silencieuse, dans la crainte et le tremblement (*). "Il est de Lui-même descendu dans les plus grandes profondeurs de l'humiliation, et a élevé l'homme dans la plus haute exaltation."

Que devrions-nous faire, dès lors? "Si vous êtes le corps du Christ, portez la croix, car Il l'a portée" (saint Jean Chrysostome)

"Par la puissance de Ta Croix, Ô Christ, affermis mes pensées, de sorte que je puisse chanter et glorifier Ta salutaire Ascension"

Publication originale dans : St Vladimir’s Seminary Quarterly, Vol. 2 # 3, 1954.

Used with permission.



(*) "Que toute chair humaine fasse silence, et se tienne dans la crainte et le tremblement" - une hymne de la Liturgie de Saint Jacques, utilisée dans la Liturgie "Sarum" (Western Rite Orthodoxy) (NDT)


28 mai 2014

Nous sommes "communautaires"! Pas de Salut en dehors du Corps du Christ (p. Tryphon, eorhf)

L'Orthodoxie, c'est communautaire. Le féroce individualisme que l'on trouve tant dans presque tout ce qui se prétend être Christianisme est en opposition directe avec la compréhension Orthodoxe de la Foi. L'Église, en tant que Corps du Christ, c'est là où nous sommes unis en Christ, devenant une partie intégrante de la communauté. L'ancien terme grec "ekklesia" signifie littéralement être appelé dans une authentique communauté. (1)

C'est au sein de l'Église que notre transformation personnelle est intimement liée à l'interaction que nous avons avec les autres, et qu'elle avance côte à côte avec nos concitoyens dans la foi. Dans l'usage moderne, Ecclesia fait référence à l'Église et à son rôle comme hôpital spirituel, un lieu où nous recevons la guérison qui vient du Christ.

Cette vérité est démontrée par le fait que nous sommes appelés par les Écritures à être en paix avec nos frères avant de recevoir les saints Mystères (Mt 26). Il nous est demandé de pardonner aux autres comme nous aimerions être pardonnés. Nous sommes même appelés par le Christ à aimer nos ennemis.

Notre Foi Chrétienne ne saurait être vécue dans le vide. (2) Notre transformation personnelle requiert notre travail pour notre Salut au sein de la communauté. Même la confession de nos péchés a lieu au sein de cette communauté, car à chaque fois que nous péchons, nous péchons contre l'entièreté du Corps du Christ.

Dans l'amour du Christ,
hiéromoine Tryphon


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NDT : 

(1) Pour être plus précis, étymologiquement, "église" vient du mot latin "ecclesia", qui lui-même vient du grec ἔκκλητος,  (sommé / convoqué), qui est le participe passé de ἐκκαλέω (convoquer, sommer) dérivé de ἐκ (hors de) et καλέω (appeler). Ceux qui sont appelés "hors de ce monde".
On rapprochera le concept du mot "paroisse", du latin "paruchia", qui dérive du grec παροίκια /  πάροικος "celui qui habite à côté" - à l'origine des étrangers sans droit de cité. D'où pour le Chrétien "qui n'a nulle demeure ici bas", l'assemblée des fidèles se retrouvant hors et près de son lieu de vie, vu la terminaison οἶκος (maison).

 (2) L'adage patristique latin dit "Solus christianus, nullus christianus!" - Tertulien expliquait par sa maxime qu'un Chrétien qui s'isolait de l'Église et de sa vie n'était tout simplement pas Chrétien.






Orthodoxy is all about community. The fierce individualism found in much of what claims to be Christianity is in opposition to the Orthodox understanding of faith. The Church as the Body of Christ is where we are united in Christ, becoming part of community. The ancient Greek word Ecclesia literally means to be called into authentic community.

It is within the Church that our personal transformation is intimately connected with the interaction we have with others, and runs side by side with our fellow believers. Ecclesia in modern usage refers to the Church and her role as a spiritual hospital, a place wherein we receive the healing that comes from Christ.

This truth is demonstrated by the fact that we are called by the scriptures to be at peace with our brethren before receiving the Holy Mysteries. We are asked to forgive others as we would be forgiven. We are even called upon by Christ to love our enemies.

Our Christian faith cannot be lived in a vacuum. Our personal transformation requires working out our salvation within community. Even the confession of our sins takes place within this community, for each time we sin, we sin against the whole of the Body of Christ.

Love in Christ,
Abbot Tryphon



Les fidèles en procession, dans ce monastère du 10ème siècle dédié à Saint Jean le Baptiste et Précurseur, "Sv. Jovan Bigorski", au cours de la Liturgie chrétienne-orthodoxe de Pâques, à Mavrovo, à 130km de Skopje, la capitale de la république FYROM "de Macédoine", 5 mai 2013. Reuters

Récits du Pèlerin Russe

Trésor de spiritualité, probablement originaire d'Optina Pustyn, les Récits sont disponibles en ligne, pour ceux qui ne les auraient pas déjà en livre ou voudraient les faire découvrir à des amis (un magnifique cadeau que cette découverte)


En vieille version française :
http://www.db-prods.net/blog/wp-content/uploads/2011/10/Recits-dun-pelerin-russe-Inconnue.pdf

En roumain (traduction d'un archimandrite en 1998)
https://archive.org/details/pelerinul_rus

Et en russe :
http://www.hesychasm.ru/library/strannik/

Si quelqu'un connaît une version fiable grecque, arabe, etc, merci de le mentionner en commentaire


27 mai 2014

Pourquoi nos Offices ne sont pas à la mode, modernes? (P. John)

Messe à la cathédrale catholique-romaine de Los Angeles

Lectures du jour : Actes 17,19-28 & Jn 12,19-36

"et Moi, une fois élevé de terre, Je les attirerai tous à Moi." (Jn 12,32)

Dans l'Amérique du Nord actuelle [et aussi en Europe; ndt], nombreuses parmi les confessions protestantes et fondamentalistes déploient de grands efforts pour "attirer" les gens vers leurs offices. Ils font appel à du rock chrétien, des guitaristes modernes, des marionnetistes, des sermons spectaculaires, des spectacles de lumière laser, et toutes sortes d'idées très à la mode conçues pour inciter les gens à venir.

Que pense l'Église Orthodoxe de toutes ces incitations inovantes? Pourquoi ne suivons-nous pas, pourquoi ne souscrivons-nous pas à toutes ces pratiques emballantes, contemporaines, à la mode? La réponse est simple : nous avons le Sauveur - et le Sauveur nous suffit. Jésus-Christ doit être le centre d'attention, pas les marionnettes d'un spectacle. Le Christ est Celui Qui accomplit les miracles, pas l'homme qui met en oeuvre les spots laser. Le Saint Esprit "remplit toutes choses" de sorte que l'Église n'a pas besoin d'inventer "des choses" pour remplir les églises.

De plus, nous prions de la manière dont Dieu nous a instruit à le faire. De la manière dont le Christ, Lui-même, a prié : avec solennité, respect, dignité, et tel que prescrit par la Sainte Écriture. Nos Offices continuent de suivre l'agencement et la forme reçue depuis les Apôtres, née de siècles de pratique vétéro-testamentaire.

Les engouements sont des engouements, et les modes vont et viennent, mais l'Église du Christ est ancrée dans la tradition et la stabilité jusqu'à la fin des temps - et le Christ est l'unique "attraction" nécessaire!


XB!
P. John





Pâques dans l'Orthodoxie


Today's Scripture Readings:
Acts 17:19-28 & St. John 12:19-36

"And I, when I am lifted up from the earth, will draw all men to myself." (John 12:32)

In America today, many of the Protestant denominations and fundamentalist churches go to great lengths to "attract" people to their services. They advertise Christian rock music, contemporary guitar services, puppet shows, comedy sermons, laser light shows, and all sorts of other trendy-sounding ideas aimed at enticing people to attend.

So what does the Orthodox Church think about such innovative enticements? Why don't we follow suit and subscribe to these fad-like, contemporary, hip and trendy practices? The answer is, because we have the Savior - and the Savior is enough. Jesus Christ must be the draw, not the puppets of a puppet show. Christ is the One Who works wonders, not the man who runs the laser lights. The Holy Spirit "fills all things" so that the Church need not invent "things" to fill the churches.

In addition, we worship the way God instructed us to worship; the way Christ, Himself, worshiped: solemn, respectful, dignified, and as prescribed in Holy Scripture. Our services still follow the formula and format passed down by the Apostles, born from centuries of Old Testament practice.

Fads are fads and trends come and go, but Christ's Church is anchored in tradition and stability until the close of the age - and Jesus is the only "draw" needed!

XB!
Fr. John






Accorde-moi de Te voir, Seigneur (saint Syméon le Nouveau Théologien)

Accorde-moi la vue de Ta face, Ô Verbe,
et la jouissance de Ton ineffable beauté.
Laisse-moi contempler et me réjouir de Ta vision,
l'indescriptible vision, l'invisible vision, la terrible vision.
Accorde-moi d'en parler au moins de ses énergies, si ce n'est de son essence
.

Saint Syméon le Nouveau Théologien, hymne 24

26 mai 2014

Caïphe, ou comment prononcer une parole prophétique sans la comprendre (Jn 11 / P. John)

Lectures du jour : Actes 17,1-15 & Jn 11,47-57

"Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière." (Jn 11,50)

Ironie du sort, lorsque le Grand Prêtre Caïphe prononça ces paroles, il était celui qui justement n'en comprenait pas la portée; et qui n'avait pas réalisé les profondeurs et ramifictions que ces paroles prophétiques porteraient. Il considérait simplement qu'en ayant Jésus condamné à mort, il éliminerait un problème et empêcherait la nation Juive d'être dispersée. Caïphe savait bien peu du fait qu'en ayant Jésus Crucifié sur la Croix, une Nouvelle Alliance serait établie, qui non seulement rassemblerait les enfants de Dieu dispersés, mais aussi inaugurerait le règne de l'Église du Christ sur terre.

XB!
P. John






Today's Scripture Readings:
Acts 17:1-15 & St. John 11:47-57

"You know nothing at all; you do not understand that it is expedient for you that one man should die for the people, and that the whole nation should not perish." (John 11:50)

Ironically, when the High Priest Caiaphas spoke these words, he was the one who didn't understand; nor did he realize the depth and ramifications those prophetic words would actually carry. He simply assumed that by having Jesus condemned to death, he would eliminate a problem and keep the Jewish nation from being scattered. Little did Caiaphas know that by having Jesus crucified upon the Cross, a New Covenant would be established which not only gathered the dispersed children of God, but inaugurated the reign of Christ's Church on earth.

XB!
Fr. John

25 mai 2014

Comment faire sourire son Ange gardien?


C’est ainsi, Je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes, qui n’ont pas besoin de repentir. (Lc 15,7)

λεγω υμιν οτι ουτως χαρα εσται εν τω ουρανω επι ενι αμαρτωλω μετανοουντι η επι εννενηκονταεννεα δικαιοις οιτινες ου χρειαν εχουσιν μετανοιας

dico vobis quod ita gaudium erit in caelo super uno peccatore paenitentiam habente quam super nonaginta novem iustis qui non indigent paenitentia

Qu'est-ce que mon ange gardien aura comme grand sourire le jour où, enfin, enfin, enfin...
Kyrie eleison...

Où est l'Église? (saint Ambroise)

"Ubi Petrus, ibi Ecclesia, ibi Deus"
s. Ambrosius Milani
"Là où est l'évêque, là est l'Église, et là est Dieu."

Saint Ambroise de Milan

Car comme l'explique saint Irénée de Lyon, là où est célébrée l'Eucharistie, c'est là que se trouve l'Église. Donc là où célèbre l'évêque, ou là où est célébrée l'eucharistie par le prêtre ordonné par son évêque, là se trouve l'Église en sa plénitude.




saint Chrodegang, moine à Sint-Truiden, devenu évêque de Metz, inventeur du chant messin, appelé depuis chant grégorien.