"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

07 juin 2014

La Pentecôte et les "frères du Seigneur" (Sergeï Khudiev)

En ces jours proches de la sainte Pentecôte, nous lisons dans les Actes d'Apôtres ce qui concerne la prière de l'Église : "Tous, d’un même coeur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec Ses frères. " (Actes 1,14) Nous voyons comment l'auteur de la Sainte Écriture distingue en particulier ici la Mère du Seigneur, qui était clairement entourée d'une vénération particulière des Apôtres. La prière de l'Église lors de laquelle le Saint Esprit descent est celle que l'Église prie avec la très sainte Theotokos.

Mais examinons aussi ici les "fères" de Jésus. Nous connaissons leurs noms : Jacques, Josué, Juda et Simon (Mc 6,3).

Tout d'abord, que signifie le mot "frère"? Dans la Bible, il peut signifier une grande variété de relations : frère de sang, demi-frère ou cousin. Certains érudits bibliques protestants considèrent qu'après avoir donné naissance à Jésus, Marie aurait eu des enfants avec Joseph, et que ce sont ces enfants-là qui seraient ici mentionnés.

Cette supposition est plus liée à l'histoire de la Réforme qu'au texte biblique. A leur époque, ceux qui diffusaient la Réforme Protestante défiaient fortement la vénération de la Vierge Marie par les catholiques-romains, supposant qu'elle aurait quelque part éclipsé le Seigneur Jésus comme étant le seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes. De plus, ils voyaient dans la vénération de la Vierge (et non sans quelque raison) un des pilliers spirituels du monachisme - une institution que la Réforme s'efforçait aussi de combattre.

Mais si nous examinons le texte biblique, nous remarquons que les frères de Jésus s'adressent à Lui de manière assez hautaine - cela ressemble plus à la relation d'un frère plus âgé vers un plus jeune, et non pas l'inverse.  "Et les Siens, l’ayant appris, partirent pour se saisir de Lui, car ils disaient: "Il a perdu le sens." [..] Sa mère et Ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils Le firent appeler" (Mc 3,21;31). Nous comprennons bien pourquoi Sa mère était venue avec Ses frèresz - par amour pour son Fils. Mais comment pourrions-nous expliquer le comportement des frères eux-mêmes? Dans une société patriarcale, être le frère aîné avait une grande signification, et si un frère plus jeune s'était comporté de la sorte vis-à-vis de son frère plus âgé, cela aurait été extrêmement scandaleux.

Dans l'Évangile de Jean, nous voyons non seulement le manque de foi des frères, mais aussi une condescendance qui aurait été inexplicable si ils avaient été plus jeunes, et plutôt incompréhensible si ils avaient été plus âgés et avaient vu dans les actions du Seigneur Jésus une violation de ce qu'ils considéraient comme être l'ordre nécessaire : "Ses frères lui dirent donc: "Passe d’ici en Judée, que Tes disciples aussi voient les oeuvres que Tu fais: on n’agit pas en secret, quand on veut être en vue. Puisque Tu fais ces choses-là, manifeste-Toi au monde."  Pas même Ses frères en effet ne croyaient en Lui." (Jn 7,3-5).

Comme on le voit, les Écritures ont bien l'air de montrer les frères de Jésus comme étant Ses aînés, qui dès lors n'auraient de toute évidence pas pu être les enfants de Marie. L'historien de l'Église Eusèbe de Césarée présente l'opinion qu'il s'agissait des enfants que saint Joseph avait eu lors de son premier mariage. En fait, si Joseph était un voeuf pieux, cela expliquerait aussi pourquoi après le récit de l'enfance du Seigneur, Joseph n'est plus mentionné dans les Évangiles; selon la plus forte probabilité, il était considérablement plus âgé que Marie et était mort à ce moment-là.

Cependant, nous devrions aussi prêter attention à un autre fait - l'incroyable retournement qui a lieu chez les frères du Seigneur. Au début, nous voyons des hommes totalement incrédules, même désagréables. Et par la suite, ces mêmes hommes deviendront des hérauts de l'Église. Dans les Actes, nous les voyons prier avec toute l'Église, et le saint Apôtre Paul, dans sa première épître aux Corinthiens, les mentionne avec les Apôtres (1 Co 9,5).

Saint Jacques le frère du Seigneur, mentionné plusieurs fois par les Écritures (Gal. 1,19; Actes 12,17; 15,4-29; 21,18), est l'auteur d'une des épitres du Nouveau Testament. Une autre épitre, celle du saint apôtre Jude, est aussi écrite par un des frères du Seigneur.

Qu'est-ce qui donc aurait pu amener un tel changement?

Les incroyants ont mis en avant une série de théorie afin de tenter d'un peu expliquer la foi infaillible des disciples dans la Résurrection du Seigneur. D'une manière ou d'une autre, les sceptiques supposent que les disciples n'arrivaient pas à se faire à la terrible mort de leur Guide. Et dès lors, ils s'étaient raccrochés à cette étrange croyance qu'Il était Ressuscité.

L'hypothèse de ces gens-là comporte nombre de points faibles. Un d'entre eux, c'est que les frères du Seigneur ne croyaient pas en lui avant Sa mort et Résurrection. Cela signifie que quelque chose est arrivé capable de faire de dédaigneux sceptiques des prédicateurs enflammés de l'Évangile. Cela ne pouvait qu'être ceci : le Seigneur Jésus, leur Parent, S'était relevé de la mort.



Sergei Khudiev

06 juin 2014

La vie sans le Christ (saint Porphyrios)

La vie sans le Christ, ce n'est pas la vie. C'est ainsi...
Si vous ne voyez pas le Christ en tout ce que vous faites, alors vous êtes sans le Christ.
Saint Porphyrios de Kavsokalyvia

05 juin 2014

La plénitude de la joie aujourd'hui (Jn 16,24 / P. John)

Lectures du jour : Actes 25,13-19 & Jn 16,23-33

"...afin que votre joie soit complète." (Jn 16,4)

Bien plus souvent qu'à son tour, la société actuelle tente de nous instruire sur comment nous devrions vivre pour être heureux et comblés de joie. Elle le fait en détail par les publicités et annonces de tous les merveilleux produits et moyens par lesquels nous pourrions parvenir à cette fin. Cependant, la vraie joie n'est pas trouvée dans les bien que nous achetons (les boissons que nous achetons, les croisières que nous vivons, les restaurants que nous fréquentons, les voitures que nous conduisons, ou les vêtements que nous portons), mais par Celui Qui nous a rachetés par Son sang. Dès lors, ayant établi notre relation avec le Christ et trouvé faveur auprès de Dieu en Qui la joie commence et s'achève.
P. John







Today's Scripture Readings:
Acts 25:13-19 & St. John 16:23-33

"...that your joy may be full." (St. John 16:24)

More often than not, today's society tries to instruct us as to how we should live life so as to be happy and full of joy. It then goes on to detail through commercials and advertisements all the wonderful products and means by which we can accomplish that end. Yet true joy is not found in the things we purchase (the soft drinks we buy, the cruise lines we choose, the restaurants we frequent, the cars we drive, or the clothing we wear), but through the One Who has purchased us by His blood. Therefore, having a relationship with Christ and finding favor with God in where joy both begins and ends.

Fr. John

Quelle quantité de miséricorde divine? (Saint Tikhon de Zadonsk)

Il y a beaucoup plus de miséricorde en Dieu.. qu'il n'y a de péchés en nous. Confessez tous vos péchés, peu importe ce qu'ils sont.
Saint Tikhon de Zadonsk

04 juin 2014

Vivre selon sa conscience (Actes 23 / P. John)

Le Christ S'est élevé!

Lectures du jour : Actes 23,1-11 & Jn 16,15-23

"Frères, c’est tout à fait en bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu’à ce jour."  (Actes 23,1)

Vivre en harmonie avec sa conscience, cela oblige à écouter sa conscience. Et écouter sa conscience signifie que l'on choisit de prendre les bonnes décisions basées sur ce qui fait le fond de leurs convictions. Dès lors, agissant avec les Commandements de Dieu, et s'efforçant de rester libre de la culpabilité ou du péché, telle est la définition réelle de ce que veut dire être un juste.

P. John





Christ has Ascended!

Today's Scripture Readings:
Acts 23:1-11 & St. John 16:15-23

"Brethren, I have lived before God in all good conscience up to this day." (Acts 23:1)

Living by ones conscience entails listening to ones conscience; and listening to ones conscience means that one chooses to make the right decisions based upon their core value beliefs. Therefore, acting in accord with God's Commandments and striving to remain free from guilt or sin is the very definition of what it means to be righteous.

Fr. John

La puissance pour lutter contre le mal (Tolkien)

"Certains croient que ce n'est qu'avec une GRANDE FORCE que l'on peut tenir le mal en échec. Mais ce n'est pas ce que j'ai découvert. J'ai compris que ce sont les petits gestes de personnes ordinaires qui gardent les ténèbres éloignées. Des petits actes de bonté et d'amour."
Gandalf (J.J. Tolkien, The Lord of the Rings / Le Seigneur des Anneaux)

03 juin 2014

Priez vraiment plutôt que d'en parler, d'y penser, de lire à propos.. (p. John)

Le Christ S'est élevé dans la gloire!

Lectures du jour : Actes 21,26-32 & Jn 16,2-13

Penser à prier, ce n'est pas prier. Lire à propos de la prière, ce n'est pas prier. Écouter une homélie à propos de la prière, ce n'est pas prier. Vouloir prier, ce n'est pas prier. Avoir l'intention de prier, ce n'est pas prier. Il n'y a que prier qui est prier. Et pour que cela soit effectif, cela doit d'abord passer par le coeur avant de franchir les lèvres!

P. John





Christ has Ascended in Glory!

Today's Scripture Readings:
Acts 21:26-32 & St. John 16:2-13

Thinking about prayer isn't praying. Reading about prayer isn't praying. Listening to a sermon about prayer isn't praying. Wanting to pray isn't praying. Intending to pray isn't praying. Only praying is praying; and for it to be effective, it must pass through the heart first before ever exiting the lips!

Fr. John

Vies des saints / hagiographies: Occident & Orient, hier & aujourd'hui

J'ai retrouvé dans les archives d'Internet cet article qui m'avait beaucoup marqué en 2004, lorsque j'avais entamé mon défunt site "amdg". Qu'un professeur d'université occidentale expose si clairement cet historique est remarquable.


===========================
http://www.ditl.info/arttest/art1740.php

ETYMOLOGIE / etymology

Du grec γoς «saint, sacré» et γραϕ «écriture». Le substantif hagiographie apparaît en 1813. Il dérive du substantif masculin pluriel hagiographes (apparu à la fin du XVe siècle) et de l'adjectif masculin pluriel hagiographes (apparu au début du XVIe siècle: cf. l'expression les livres hagiographes). Ces deux termes résultaient eux-mêmes d'un emprunt au bas-latin hagiographa (substantif neutre pluriel) et désignaient les livres de l'Ancien Testament n'appartenant ni au Pentateuque, ni aux Prophètes, i.e. les livres sapientiaux ou historiques, comme les Psaumes, Job, ou les Rois.

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions

Le genre hagiographique comporte six formes: la mention, la notice, l'anecdote, les miracula, les actes, la vita.

1. La mention
a- Mention isolée: l'épitaphe (v. l'article
b- Mention dans un calendrier ecclésiastique: prénom du saint, statut ecclésial, lieu où il est vénéré, époque où il a vécu.
c- Mention dans les Ménées: même composition, hexamètre iambique.

2. La notice
a- Dans un martyrologe: même composition, résumé de la vie du saint. Martyrologe d'Usuard (IXe siècle).
b- Dans un synaxaire: idem. Ex.: Synaxaire de Saint Nicodème l'Hagiorite.
c- Dans un légendier: vie abrégée du saint. Ex.: Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIe siècle).
d- Dans une collection critique: idem, commentaire critique. Ex.: Acta Sanctorum, éd. par les Bollandistes (1643-1894).

3. L'anecdote [sur l'anecdote profane, v. l'article, pp. 33-37]
Dans un recueil, elle est toujours assortie de maximes spirituelles attribuées au saint qu'il s'agisse d'un recueil systématique(ex: série alphabétique des Apophtegmes des pères du Désert, du début Ve siècle); thématique(ex.: Histoire des moines d'Égypte du Ve siècle); arbitraire(ex.: Histoire lausiaque de Pallade, v. 420).
Dans un traité ascétique, elle a une fonction didactique.(ex.: L'échelle de saint Jean Climaque, v. 645).
Dans un traité théologique, la preuve est apportée par la tradition. Ex.: Traités sur les saintes icônes de saint Théodore Studite (v. 815).
Dans un vademecum catéchétique sa fonction est illustrative, (ex.: littérature occidentale médiévale des exempla.
Dans une chronique. Ex.: Historia Francorum de saint Grégoire de Tours (581-587).
Dans une lettre. Ex.: Lettre à Bassula de Sulpice Sévère (v. 398).

4. Les miracula
a- Recueil de miracles: souvent anonyme. Ex.: Miracles de St. Démétrios de Thessalonique.[V. l'article PASSIONNAIRE].
b- Récit de translation ou d'invention de reliques: dans une vita ou une chronique. Ex.: Invention des reliques des Saints martyrs Gervais et Protais relatée dans le Vie de saint Ambroise de Milan (v. 422).

5. Les actes
a- Actes proconsulaires. Ex.: Actes des martyrs scillitains (v. 180).
b- Actes remaniés ou panégyrique. Ex.: Actes des saintes Félicité et Perpétue (IIIe siècle).
c- Passion fabuleuse. Ex.: Passion de sainte Cécile de Rome (début IVe siècle).

6. La vita
a- Vita indépendante. Ex.: Vie de saint Antoine par saint Athanase (v. 360).
b- Dans un recueil systématique ou ménologe. Ex.: Ménologe de saint Syméon Métaphraste (Xe siècle).
c- Dans un recueil thématique. Ex.: Histoire philothée de Théodoret de Cyr (v. 440).
PP

Le mot revêt actuellement les significations suivantes:
1. Rédaction du récit de la vie d'un saint.
2. (Par métonymie) Genre littéraire constitué des diverses formes de récit de la vie des saints. Il s'agit du sens littéraire retenu pour le commentaire ci-après.
L'hagiographie fait donc partie des genres narratifs; son intention étant édifiante, elle entre dans la nomenclature de la littérature didactique, et de la littérature religieuse. On pourra se reporter, entre autres aux articles BIOGRAPHIE, spécialement p. 171 (l'hagiographie est un des genres de la biographie), EXEMPLUM HEROS (le saint est le héros du récit hagiographique, personnage sur lequel repose la définition du genre; c'est aussi un héros de la religion, un homme qui a montré des vertus héroïques, et qui sert de modèle dans la construction d'une IDENTITE -v. ce terme- religieuse), HISTOIRE (l'hagiographie est une histoire, c'est aussi l'une des manières de construire et de dire l'histoire; c'est donc aussi avec toute la nomenclature de la littérature historique qu'on peut la mettre en relation), LEGENDE (dont elle est presque synonyme dans son acception principale), MIRACLE, MYTHE (entre le récit mythique et la légende religieuse, il existe des liens de nature), PASSIONNAIRE (recueil hagiographique), VITA, etc.
3.Branche de l'historiographie ayant pour objet l'étude de la vie des saints et de sa relation écrite.
4. (Par extension avec une connotation péjorative) Biographie d'un individu célèbre excessivement ou systématiquement élogieuse. «Hagiographie et iconoclastie: insolites américains» (titre d'un ouvrage collectif, Aix-en-Provence: GRENA, 1983).
JMG

COMMENTAIRE / Analysis

Histoire du genre
L'hagiographie naît au IIe siècle du désir de la communauté chrétienne persécutée de conserver la mémoire des martyrs et de trouver en eux des intercesseurs. Les premiers actes connus, tels ceux de saint Polycarpe de Smyrne (v. 156) ou des martyrs de Lyon (v. 187), reflètent déjà cette double vocation de l'hagiographie: littérature du souvenir, mais aussi de la présence efficiente de ceux qui se sont conformés au Christ en imitant son sacrifice. Les grandes persécutions du IIIe siècle (Dèce et Valérien, 250-260; Dioclétien et Maximien, 284-305) suscitent une floraison de nouveaux actes, un essor du culte des martyrs et un infléchissement de la fonction impartie à l'hagiographie. Lus par l'évêque devant la communauté réunie au jour anniversaire du martyre, les actes prennent un caractère apologétique et l'hagiographie devient l'un des véhicules privilégiés de l'enseignement de l'Eglise. Comme le montrent par exemple les actes de saint Cyprien de Carthage (v.258), la simple transcription du procès verbal d'audience se transforme alors en apologue sur la spiritualité du martyre envisagé comme confession suprême de la foi.
Une fois la paix constantinienne instaurée, l'Eglise continue à honorer la mémoire des martyrs en prononçant leur éloge funèbre et en inventoriant les miracles accomplis à leur tombeau. Ainsi apparaîtront deux nouvelles formes hagiographiques: le panégyrique, pratiqué par les Pères cappadociens, et le recueil de miracles (Miracles de saints Cyr et Jean, Miracles de saints Côme et Damien). Bientôt, l'Eglise associe à la mémoire des martyrs, celle d'autres témoins de la foi, tout aussi vénérés par le peuple: les confesseurs. En outre, prenant acte de l'extinction des persécutions et du statut privilégié qui lui est accordé par le pouvoir impérial, elle reconsidère la spiritualité chrétienne et tend à substituer au martyre du sang celui des larmes: l'ascèse. Ainsi naîtront aux confins du IVe et du Ve siècles, d'une part la biographie épiscopale dont la Vie de saint Ambroise de Milan par Paulin (v.422) et celle de saint Martin de Tours par Sulpice Sévère (v.397) demeurent les exemples les plus achevés, et d'autre part la biographie ascétique appelée à jouer un rôle déterminant dans le développement de l'Eglise. C'est la Vie de saint Antoine le Grand, rédigée vers 360 par saint Athanase, qui fonde véritablement l'hagiographie chrétienne: elle servira de modèle à toutes les compositions ultérieures, tant orientales qu'occidentales.
La biographie ascétique s'épanouit au cours du Ve siècle grâce à l'essor du monachisme dans les déserts d'Egypte, de Palestine et de Syrie. Alors sont composées, par exemple, les diverses Vies de saint Pacôme ou celles de saint Hilarion le Grand et de saint Marc par saint Jérôme. Mais, en offrant à la spiritualité chrétienne l'idéal de l'érémitisme, l'exigence monastique provoque l'apparition d'une nouvelle forme hagiographique, adaptée à la recension des exploits et des maximes des anachorètes. De cette période féconde datent en effet les grands recueils d'anecdotes sur les Pères du Désert, promis à une diffusion universelle: les séries d'Apophtegmes, l'Histoire des moines d'Egypte, l'Histoire lausiaque de Pallade, l'Histoire philothée de Théodoret de Cyr, etc.
L'implantation en Provence de la tradition monastique du désert par saint Cassien donnera à l'hagiographie occidentale un nouvel élan en accentuant son caractère ascétique. Au VIe et VIIe siècles, celle-ci connaît une sorte d'âge d'or à la faveur de l'expansion lérinienne, puis du renouveau colombanien. Des hagiographes de grand talent (Venance Fortunat, Grégoire de Tours, Jonas de Bobbio, Grégoire le Grand) exploitent la diversité des formes consacrées par la tradition pour décrire les multiples aspects de la sainteté. Ceux du Regnum Francorum, par exemple, campent, dans des biographies, des chroniques, desrecueils d'anecdotes ou de miracles, le type de la vierge consacrée( Vie de sainte Geneviève), de l'ascète du désert (Vita Patrum, Vie des Pères du Jura), du martyr thaumaturge (Miracles de saint Julien de Brioude), de l'évêque à l'infini miséricorde (Miracles de saint Martin de Tours), de la reine moniale (Vie de sainte Radegonde), du commis palatin promu à l'épiscopat (Vie de saint Eloi, Vie de saint Didier de Cahors), un fondateur d'un grand monastère (Vie de saint Mandrille de Fontenelle, Vie de saint Philibert de Jumièges), etc.
Ce remarquable équilibre atteint par l'hagiographie latine se rompt au cours du VIIIe siècle et de la première moitié du IXe siècle quand les Carolingiens brisent l'unité spirituelle de la Romania en instaurant en occident un nouvel ordre politique et culturel. La rupture avec Byzance, l'uniformisation de la vie monastique et liturgique (usage exclusif de la règle de saint Benoît et du latin), la conformisation des institutions ecclésiastiques aux institutions politiques ou la promotion d'un certain humanisme constituent autant d'innovations qui remettent virtuellement en cause non seulement l'intégrité formelle de l'hagiographie, mais aussi sa fonction spirituelle en tendant à la couper de ses racines. La production de la période carolingienne trahit, malgré de brillantes exceptions (Vie de saint Boniface par Willibad de Mayence, Vie de saint Benoit d'Aniane par Adon Smaragde), cet effritement de la tradition hagiographique, particulièrement sensible dans les Vitae remaniées par Alcuin (Vie de saint Vaast d'Arras) ou Loup de Ferrières (Vie de saint Maximin de Trèves).
Au IXe siècle, la rédaction des martyrologes historiques (Florus, v.800; Adon, v. 855; Usuard, v. 875), intégrant le corpus hagiographique au cycle liturgique, tempéra certes le déséquilibre naissant de l'hagiographie occidentale. Mais celui-ci ne tarda guère à s'accentuer à cause d'une autre initiative carolingienne: l'adhésion sans réserves des théologiens entourant Charlemagne à la doctrine trinitaire d'Augustin et à la conception de la grâce que celle-ci impliquait. Tant que l'Occident avait envisagé l'ascèse, conformément à la tradition patristique, comme une synergie de la nature et de la grâce, comme une coopération du libre effort de l'homme et des énergies divines du Christ ressuscité, ses hagiographes avaient décrit avec soin le martyre quotidien que s'inflige le chrétien aspirant à la déification. Dès lors que l'Occident, suivant Augustin, amoindrira les capacités de la nature en vertu de la souveraineté de la grâce, ses hagiographes auront tendance à présenter le saint comme un être d'élite, promis dès sa naissance à l'exercice spontané des vertus, quasiment prédestiné à la jouissance des biens célestes dès cette vie. Déjà perceptible dans certains textes du Xe siècle (cf Vie de saint Mansuy de Toul par Adson, Histoire de l'Eglise de Reims par Flodoard), ce travers, qui confinera parfois à la caricature, altérera progressivement le message spirituel de l'hagiographie occidentale. Celle-ci n'en poursuivra pas moins son développement et saura même retrouver la simplicité et la vigueur de la tradition, en particulier dans les biographies des grands réformateurs de la vie monastique: cf Vie de saint Bernard de Clairvaux par Guillaume de saint-Thierry (v.1155), Vie de saint Dominique par Jourdain de Saxe (v.1235), premières légendes franciscaines de Thomas de Celano (XIIIe siècle),etc.
Les prétentions de la papauté romaine à l'hégémonie universelle ont pourtant scellé le devenir de l'hagiographie occidentale. La rupture avec les patriarcats orientaux (1054) et l'érection du Filioque en dogme de foi (1215) l'ont définitivement coupée de ses racines traditionnelles et enfermée dans un augustinisme appelé à se systématiser. La progressive dévolution au seul siège romain du pouvoir de canoniser (1170-1634) a, en outre, réduit la dialectique de l'hagiographie et de la vénération populaire à un rapport institutionnel, sinon juridique. L'hagiographie latine subira dès lors, suivant un mouvement qui prolonge le déclin du monarchisme amorcé au XIIIe siècle, un lent, discret, mais incoercible processus de marginalisation qui restreindra graduellement ses prérogatives didactiques.
Au XVIIe siècle, la Contre-Réforme tridentine, pressée par l'iconoclasme protestant a bien essayé d'enrayer cette évolution en favorisant une révision critique du legs hagiographique. Ce sera l'œuvre des Bollandistes qui éditeront la première des grandes collections érudites: les Acta Sanctorum (1643-1894). Mais la rigueur épistémologique de la critique historique n'a pas eu l'effet escompté. Loin d'établir l'hagiographie sur des bases incontestables, elle a jeté le discrédit sur l'ensemble de ses productions, l'a rendue suspecte aux élites et a ruiné tant l'ingénuité que l'unanisme de sa réception dans l'Eglise catholique. La volonté manifestée à la même époque par la hiérarchie ecclésiastique de discipliner l'exubérance de la piété populaire pour l'orienter vers un culte christocentrique a, de plus, contribué à brider la spontanéité de l'hagiographie latine. Ces conditions peu favorables n'ont pas empêché celle-ci de jouer un rôle déterminant dans la spiritualité populaire jusqu'à la fin du XIXe siècle, ainsi qu'en témoigne le succès considérable de collections comme les «Petits Bollandistes» (1858-1860). Tel n'est plus le cas aujourd'hui. Victime de l'aggiornamento de l'Eglise catholique qui a considérablement restreint le culte des saints, l'hagiographie n'est plus, en Occident, qu'un genre mineur, volontiers méprisé par une élite moderniste, contraint de s'adresser à une infime minorité dévote ou traditionaliste ou d'emprunter le masque de la littérature, sinon du reportage.

Au sein de l'Eglise orthodoxe, en revanche, jamais l'audience de l'hagiographie n'a décliné. En dépit, ou peut-être à cause, des querelles théologiques et des crises politiques, celle-ci a toujours exercé pleinement sa fonction didactique: avec la liturgie et l'icône, elle est restée l'un des trois principaux vecteurs de transmission du dogme vécu. La tradition inaugurée par saint Athanase et ses disciples des Ve et VIe siècles (Pallade, Cyrille de Scythopolis, Jean Mochos) a été brillamment poursuivie par les hagiographes de la Romania byzantine, puis ottomane, et ceux des Etats convertis au christianisme orthodoxe aux IXe et Xe siècles (Russie, Serbie, Bulgarie). Toutes les formes hagiographiques ont alors été exploitées au gré des besoins et des circonstances. Certaines ont été portées à leur point de perfection, comme le recueil d'anecdotes par les rédacteurs du Paterikon de Kiev (XIIe siècle), ou la notice par le métropolite Macaire (Ménées, XVIe siècle) et saint Nicomède l'Hagiorite (Synaxaire, XVIIIe Siècle).
D'autres ont trouvé une nouvelle vigueur, tels ma mention versifiée par les hymnographes du Studion (Ménées, IXe siècle), ou les actes qui fleurirent dès que la persécution turque eut suscité de nouveaux martyrs en Grèce et dans les Balkans. Une forme hagiographique a conservé sa suprématie en atteignant une rare complexité: la biographie ascétique. La plupart des figures charismatiques de cette période se sont vu consacrer une vita: ainsi entre autres, saint Jean l'Aumônier (par Léonce de Néapolis, VIIe siècle), saint Etienne de Sabaïte (VIIIe siècle), saint Athanase l'Athonite (Xe siècle), saint André le Fol en Christ de Constantinople (Xe siècle), saint Nil de Rossano (par Barthélémy, XIe siècle), saint Syméon le Nouveau Théologien (par Nicétas Stéthatos, XIe siècle), saint Serge de Radonège (par Epiphane le Sage, XVe siècle) et surtout les grands hésychastes du XIVe siècle byzantin, comme saint Grégoire Palamas (par Philotée de Constantinople) ou saint Maxime le Capsocalyvite (par Théophane de Périthéroion).
Cette intense production, qu'aucune épreuve historique n'a tari, continue actuellement. En Grèce, en Serbie, en Roumanie, au Mont Athos, des hagiographes composent aujourd'hui des ménologes (Arch.J. Popovic, 1972-1977), des recueils d'anecdotes (H.I.Blan, Paterikon roumain, 1980), des actes (F.M. Polsky, The New Martyrs of Russia, 1972), des recensions de miracles (M.Makaria, Miracles de saint Ephrem le Nouvel Apparu, 1981) et surtout des biographies ascétiques (M.Païssios, saint Arsène de Cappadoce, 1979; M. Marthe, le saint prêtre Nicolas Planas, 1965). Dans toutes ces publications, l'hagiographie poursuit son objectif séculaire: rendre présent, grâce au récit de ses épreuves et de ses exploits, un homme déifié par la grâce.
Pierre Pasquier
Université de Paris III, 1988.

BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie

Aigrain, R.– L'hagiographie, ses sources, ses méthodes, son histoire.– Paris : Bloud et Gay, 1953.
«Biographies spirituelles», in Dictionnaire de spiritualité (G. Bardy, Ir. Hausherr, F. Vernet, P. Pourrat et M. Viller).
Delehaye, H.– Les légendes hagiographiques.– Bruxelles : Société des Bollandistes, 1905. Delahaye, H.– Les passions des martyrs et les genres littéraires.– Bruxelles : Société des Bollandistes, 1921.
Patlagean, E.; et Riché P. (éd).– Hagiographie, cultures et sociétés (IVe-XIIe siècle).– Paris: Etudes Augustiniennes, 1981.

02 juin 2014

Nourrir 5000 personnes (fun)

Nourrir 5000 personnes avec seulement 2 poissons?
Je relève le défi!

Dieu et diable ont un projet pour vous

Dieu a un projet pour votre vie.
L'ennemi a un projet pour votre vie.
Soyez prêt pour les deux.
Soyez suffisament sage pour savoir lequel combattre, et lequel appliquer.

01 juin 2014

Le silence est d'or - ou dedans? (saint Ambroise de Milan)

La vertu de silence est très grande, en particulier dans l'Église
Saint Ambroise de Milan








'The virtue of silence, especially in Church, is very great.'
St. Ambrose of Milan

Les saintes reliques (saint Jérôme)

Nous n'adorons pas les reliques des martyrs, mais nous les HONORONS dans le culte rendu à Celui dont ils sont les martyrs.
Nous honorons les serviteurs afin que le respect qui leur est rendu puisse être retourné au Seigneur.
Saint Jérôme